Site antique de Thésée-Pouillé

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Site antique de Thésée-Pouillé
Site antique de Thésée-Pouillé
Les ruines des Maselles.
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région Centre-Val de Loire
Département Loir-et-Cher
Protection Logo monument historique Classé MH (1840, les Maselles)[1].
Coordonnées 47° 19′ 47″ nord, 1° 17′ 42″ est

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Site antique de Thésée-Pouillé
Site antique de Thésée-Pouillé

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Site antique de Thésée-Pouillé
Site antique de Thésée-Pouillé
Histoire
Époque IIe siècle

Le site antique de Thésée-Pouillé est un ensemble d'aménagements gallo-romains situés sur les communes de Thésée et de Pouillé, de part et d’autre du Cher (rivière), dans le département de Loir-et-Cher.

Thésée-Pouillé apparaît sur la Table de Peutinger sous le nom de Tasciaca, étape sur l’itinéraire d'Avaricum (Bourges) à Caesarodunum (Tours).

Le site comprend un fanum, un puits et un bassin au rôle peut-être religieux, des fours de potiers dont les productions de céramique se retrouvent dans plusieurs sites archéologiques en région Centre-Val de Loire, mais aussi d’autres aménagements à la fonction moins bien attestée comme un mur, un possible gué et les fondations d'un moulin dans le lit du Cher ainsi que des bâtiments aux multiples salles. L'élément le plus célèbre reste toutefois le complexe des Maselles, ensemble de bâtiments sur la rive droite du Cher, peut-être lié à la navigation sur la rivière ou au trafic routier et dont l'un des bâtiments mesure plus de 40 mètres de long. D'autres vestiges mis au jour au début des années 2000, à l'ouest du site jusqu'alors identifié, suggèrent que le site antique de Thésée-Pouillé pourrait en fait s'étendre à la commune voisine de Monthou-sur-Cher, sur deux kilomètres le long du Cher.

Contexte géographique et historique[modifier | modifier le code]

Sous l'Empire romain, la navigation fluviale est un important mode de transport ; elle est relayée et accompagnée par un réseau routier dont une part importante, dans les territoires gaulois, est héritée d'avant la conquête. La vallée du Cher se trouve sur un axe important qui, depuis Lugdunum (Lyon), permet d’atteindre les côtes de l'Océan atlantique et de la Manche.

La Table de Peutinger est un parchemin médiéval, copie d'un document antique, qui représente les principaux itinéraires de l'Empire romain et les étapes sur les trajets d'une ville à l'autre. Sur l'itinéraire d'Avaricum (Bourges) à Casaroduno (pour Caesarodunum, Tours), les distances mentionnées permettent d'assimiler la station de Tasciaca à Thésée, la station voisine notée Gabris désignant très probablement Gièvres ou Chabris[2].

Les aménagements du site[modifier | modifier le code]

Plan général simplifié du site de Thésée-Pouillé.

L'ensemble des aménagements du site de Thésée-Pouillé connus en 2014 s'inscrivent dans un carré d'environ 800 m de côté, de part et d'autre du Cher, principalement au sud et à l'ouest de l'agglomération moderne de Thésée, même si certaines constructions se trouvent dans la zone urbanisée.

Les voies[modifier | modifier le code]

Extrait d'une carte médiévale, copie d'un document antique.
Extrait de la Table de Peutinger mentionnant Tasciaca.

La voie antique Bourges-Tours par la rive droite du Cher, mentionnée sur la Table de Peutinger[expo 1], n'a pas été identifiée au niveau du site, bien qu'elle soit attestée en d'autres lieux voisins (Chisseaux ou Nohant-en-Graçay)[expo 2].

Recouverte par un chemin moderne, d'orientation sud-ouest nord-est et se dirigeant vers le Cher, une voie a été mise en évidence au nord-ouest du fanum, sur la rive gauche de la rivière. Un autre chemin, est-ouest, retrouvé à l’est du temple, semble se diriger vers son entrée[expo 3].

Les bâtiments des « Maselles »[modifier | modifier le code]

Description[modifier | modifier le code]

Vue d'un mur montrant une alternance rangées de moellons posés droits et en oblique et de lits de tuiles.
Les Maselles. Détail de l'appareil architectural.

Cet important ensemble est situé sur la rive droite du Cher, à l'extrême ouest du site reconnu en 2015. Les données archéologiques disponibles au XXIe siècle montrent un ensemble de trois bâtiments au sein d'une vaste esplanade enclose par un mur. Cet ensemble est classé au titre des monuments historiques par la liste de 1840[1].

Le plus important des bâtiments, au nord, mesure plus de 40 m de longueur sur près de 25 m de largeur, l'élévation de ses murs étant localement conservée sur 5,50 m. Il se compose d'une vaste salle non cloisonnée flanquée au sud d'une galerie accompagnée de deux pavillons (48,50 × 19,40 m pour l'ensemble de ces constructions). Plusieurs portes y donnent accès et 27 fenêtres, majoritairement situées en partie haute des murs, l’éclairent. Composés de deux parements en petit appareil de moellons calcaires liés au mortier rose de tuileau et enserrant un noyau en blocage, ses murs mesurent entre 0,50 et 0,80 m d'épaisseur. Leur architecture fait également appel à des lits de tuiles et à des assises dans lesquelles les moellons, moins larges, sont assemblés à l'oblique (opus spicatum). Les tuiles se retrouvent aussi dans les arcs en plein cintre, les chaînages d'angle ou au niveau des trous de boulins. Le bêtiment repose sur des fondations d'environ 1 m[expo 4].

Les deux autres bâtiments sont situés dans la partie sud du site ; ils sont construits selon le même principe architectural. Le bâtiment du sud-ouest, composé d'une seule salle, mesure 11,50 × 9,60 m. Le bâtiment du sud-est, mesurant 30,60 × 17,80 m, est divisé en trois pièces[expo 4].

Le mur d'enceinte du site n’est que partiellement connu : son grand côté ouest mesure 82 m de long et il est percé d'une porte de 3,80 m de large. À partir de ce mur, le côté nord est reconnu sur 18 m et le côté sud sur 35 m[expo 4].

Datation et fonction[modifier | modifier le code]

Il a été trouvé sur le site peu de matériel archéologique, quelques tessons de poterie ou de tuiles, et quelques rares monnaies mais le sol des bâtiments semble avoir été l'objet d’une récupération. Il a même été suggéré, ce qui n'est pas assuré, que le chantier de construction, qui s'est déroulé en plusieurs étapes, avait pu être abandonné prématurément[expo 5]. Dans ces conditions, la datation des « Maselles » repose sur des hypothèses fragiles liées au style architectural ; il est toutefois avancé que la construction a eu lieu au IIe siècle, peut-être sous le règne d'Hadrien[expo 6].

La vocation de cet ensemble n'est pas attestée ; il a parfois été assimilé à une villa ou à un castrum. Pour autant, l'hypothèse qui reste la plus vraisemblable est celle d'un établissement lié à la circulation sur la voie Bourges-Tours (mansio ?) ou au trafic fluvial sur le Cher[expo 6].

Le sanctuaire[modifier | modifier le code]

Vue de deux enceintes antiques arasées au niveau du sol.
Le fanum de Thésée-Pouillé, vu vers le sud.

Un petit fanum a été découvert dans la partie sud du site, sur la rive gauche du Cher. Il se présente sous la forme d'une cella de forme carrée de 6,45 m de côté, probablement dépourvue de galerie périphérique. Ses murs, mesurant 0,50 m d'épaisseur, sont revêtus de petit appareil calcaire ; une porte s'ouvre vers le sud-est. Ce fanum, flanqué au nord d'une autre construction, peut-être un autel, s'inscrit dans un péribole dont la forme irrégulière semble avoir été dictée par la présence d'une voie qui longe le temple à l'ouest ; la construction du mur de ce péribole est beaucoup moins soignée que celle du sanctuaire proprement dit[expo 7].

Une construction, peut-être un premier état du sanctuaire, a été mise en évidence sous la cella du fanum. Il est possible de proposer la chronologie suivante pour la construction de ce sanctuaire :

  1. construction du sanctuaire primitif ;
  2. édification de la cella du fanum gallo-romain ;
  3. établissement d'un sol de circulation autour de la cella ;
  4. construction du péribole.

Les trois dernières étapes ont pu se succéder rapidement dans le cours du second quart du Ier siècle[expo 8].

Vue d'un objet en métal représentant une paire d'yeux ouverts.
Ex-voto représentant des yeux (Musée de Thésée).

De l'autre côté d'une route moderne, au sud du temple, existe un bassin de 6,00 × 4,75 m ; deux niches pratiquées dans l'épaisseur de ses murs et sa faible capacité — son eau n'avait donc probablement pas une fonction utilitaire — suggèrent qu'il est rattaché au fanum avec lequel il constitue un sanctuaire « de l'eau guérisseuse », mais les sources utilisées pour son remplissage ne sont pas connues[expo 9]. Cette fonction votive du sanctuaire est par ailleurs renforcée par la découverte d'un riche mobilier à proximité, plaquettes représentant des poissons ou un ex-voto en forme d'yeux[3].

Un puits circulaire d'un diamètre d'environ 0.80 m est creusé à une vingtaine de mètres au nord du fanum. Profond d'un peu plus de 4 m, sa margelle a disparu mais son cuvelage en pierres est parfaitement conservé. Malgré sa proximité par rapport au fanum, il n'est pas attesté qu'il ait eu un caractère votif[expo 10].

Les activités artisanales[modifier | modifier le code]

Coupe stylisée d'un four à briques antique.
Schéma simplifié d'un four de potier antique de type « à sole ».
Vue de poteries en céramiques rassemblées dans un musée.
Productions de céramiques des ateliers de Thésée (musée de Thésée).

Le site de Thésée-Pouillé a développé une importante activité de poterie (céramique et amphores vinaires), comme en témoigne la trentaine de fours de potiers retrouvés sur les deux rives du Cher, avec toutefois une concentration plus importante sur la rive gauche, au regard des données disponibles[4]. Tous ces fours sont du type à sole, dans lequel les poteries à cuire sont disposées sur une sole de cuisson chauffée par dessous. Une voûte en maçonnerie recouvre le four ; elle est détruite après la chauffe pour permettre de récupérer les poteries cuites puis reconstruite pour la chauffe suivante, si l'état général du four ne justifie pas son abandon ; la durée limitée d'exploitation de ces fours peut expliquer en partie leur nombre important à Thésée-Pouillé[5].

Ayant fonctionné sur une période de 100 à 150 ans, les fours utilisaient des ressources locales : argile extraite à proximité, eau du Cher et combustible prélevé dans les bois de Pouillé[6]. Les productions de céramique commune du site de Thésée-Pouillé semblaient avoir eu une distribution assez locale lorsque les fouilles ont été faites dans les années 1970 mais la découverte en 2005 de tessons de poteries sur le site de la pile de Cinq-Mars[7], à 64 km à l'ouest de Thésée à « vol d'oiseau », vient tempérer cette appréciation ; les céramiques en provenance des ateliers de Thésée-Pouillé paraissent être distribuées dans les vallées du Cher et de la Loire, notamment en aval du site de production[8]. Thésée se livrait aussi à la revente de céramique sigillée « de luxe » en provenance d'autres sites de production, comme La Graufesenque[9].

Des activités de forge sont également attestées par la présence d'importants déchets métalliques[4].

D'autres aménagements à la fonction mal définie[modifier | modifier le code]

Sur la rive gauche du Cher, outre le sanctuaire (fanum, bassin et peut-être puits) et les fours de potiers, se trouvent un ensemble de bâtiments, peut-être une villa, qui bordent la voie antique ; la superficie connue de tout cet ensemble est d'environ 5 ha. En bordure du Cher, près des Maselles vestiges assimilables à un quai ont été repérés sur une trentaine de mètres de long[3]. Ont également été identifiées les traces d'un possible gué sur le Cher face aux Maselles, des maçonneries dans le bourg même de Thésée ainsi que les fondations d'un moulin antique dans le lit de la rivière[expo 11].

D'autres vestiges de bâtiments, à un kilomètre l'ouest du site connu, sur la commune de Monthou-sur-Cher, ont été découverts en 2004. Leur présence conduira peut-être, après de nouvelles études, à redessiner les contours du site qui s'étendrait alors le long du Cher sur plus de deux kilomètres[10].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Ouvrage collectif, Fouilles et méthodes archéologiques en Loir-et-Cher : Thésée-la-Romaine et Pouillé, château de Blois, 4 décembre 1982-20 janvier 1983, exposition réalisée avec le concours de l'Université de Paris-Sorbonne, Blois, Conservation du château et des musées de Blois, , 136 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jacqueline Cadalen-Lesieur, « Thésée-Pouillé (Loir-et-Cher), l'agglomération antique », dans Élizabeth Zadora-Rio (dir.), Atlas Archéologique de Touraine : 53e Supplément à la Revue Archéologique du Centre de la France, Tours, FERACF, (lire en ligne [PDF]).
  • Jean-Philippe Chimier, « L'artisanat antique durant le Haut Empire (1er-3e s.) », dans Élizabeth Zadora-Rio (dir.), Atlas Archéologique de Touraine : 53e Supplément à la Revue Archéologique du Centre de la France, Tours, FERACF, (lire en ligne [PDF]).
  • (en) Charles Roach Smith, Note on some of the antiquities or France, made during a fortnight's excursion in the summer of 1854, Londres, chez l'auteur, , 40 p., p. 2-7.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Céramique sigillée

Lien externe[modifier | modifier le code]

Le site internet de Tasciaca, site archéologique

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Ouvrage collectif, Fouilles et méthodes archéologiques en Loir-et-Cher, Thésée-le-Romaine et Pouillé…, 1982 :
  • Autres références
  1. a et b Notice no PA00098619, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. Alain Ferdière, « La Carte de Peutinger et la Touraine », dans Élizabeth Zadora-Rio (dir.), Atlas Archéologique de Touraine : 53e Supplément à la Revue Archéologique du Centre de la France, Tours, FERACF, (lire en ligne [PDF]), p. 2.
  3. a et b Cadalen-Lesieur 2014, p. 2.
  4. a et b Cadalen-Lesieur 2014, p. 1.
  5. anonyme, Le site archéologique de Thésée-Pouillé. Les fours de potiers de Tasciaca, Thésée, Les amis du musée de Thésée-Pouillé, , 17 p., p. 12.
  6. anonyme, Le site archéologique de Thésée-Pouillé. Les fours de potiers de Tasciaca, Thésée, Les amis du musée de Thésée-Pouillé, , 17 p., p. 8.
  7. Emmanuel Marot et Olivier Marlet, Cinq-Mars-La-Pile (Indre-et-Loire). La fouille des abords de la Pile : rapport de fouilles du 27 juin au 31 juillet 2005, Tours, Conseil général d'Indre-et-Loire, Service archéologique départemental, Université François Rabelais, UMR 6173 CITERES, Laboratoire "Archéologie et Territoires", , 178 p., p. 40.
  8. Chimier 2014, p. 1.
  9. anonyme, Le site archéologique de Thésée-Pouillé. Les fours de potiers de Tasciaca, Thésée, Les amis du musée de Thésée-Pouillé, , 17 p., p. 14.
  10. Cadalen-Lesieur 2014, p. 4.