Simultaneum

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Le simultaneum consiste dans l’usage simultané d’un bâtiment ecclésial par deux ou plusieurs communautés religieuses. En pratique en Alsace, il s’agit avant tout de catholiques et de luthériens et parfois de réformés qui associent les trois confessions. Le simultaneum a toujours été installé dans des églises protestantes. Les églises catholiques n’ont jamais été touchées. Sur le plan géographique, les églises simultanées se trouvent à l’intérieur de l’ancien Saint-Empire, en particulier dans l’ouest et le sud-ouest, dont les régions annexées par la suite par la France (Alsace, Comté de Montbéliard), en Belgique (Outremeuse des États) et en Suisse.

Le simultaneum a été introduit en Alsace par Louis XIV[modifier | modifier le code]

Le simultaneum a été introduit en Alsace par une décision du roi Louis XIV ou son représentant l’intendant. C’était une agression contre les communautés protestantes, obligées de céder le chœur de leur église aux catholiques lorsqu'il y avait au moins 7 familles catholiques dans leur localité. Le premier cas a eu lieu le 31 août 1683 à Neuwiller-lès-Saverne dans l’église Saint-Adelphe. Le 25 juillet 1684, le roi Louis XIV publie un édit royal pour l’électorat palatin qu’il avait provisoirement annexé, édit qu’il étend à toute l’Alsace et qui fonde toute la jurisprudence jusqu'à la Révolution. Sur le plan juridique, l’usage non codifié accordait aux catholiques le chœur, alors que les protestants conservaient la nef, mais l’entretien provoquait souvent des tensions entre les deux communautés. Les offices religieux ne pouvaient pas être célébrés en même temps, car le chœur et la nef n’étaient pas séparées, sauf dans les deux églises Saint-Pierre-le-Vieux et le Jeune à Strasbourg. D'où des querelles d’horaires et une animosité réciproque.

L’introduction d’un simultaneum connaît une véritable vague entre 1683 et 1688 avec 78 églises protestantes affectées au simultaneum. Ensuite le mouvement se ralentit jusqu'à la mort de Louis XIV (1715), avec 23 introductions de 1689 à 1696. Lors de l’annexion du comté de Nassau par Louis XIV en 1688, 22 villages protestants ont dû accepter le simultaneum et, lors de la restitution du comté de Nassau en 1697, ces 22 églises sont restées simultanées. À la mort du roi Louis XIV, il y avait 123 églises simultanées en Alsace. Au XVIIIe siècle, le simultaneum progresse et atteint 159 églises, avant de retomber à 150 lors de la signature du Concordat en 1801.

La juxtaposition des deux communautés a été très difficile durant tout le XVIIIe et le XIXe siècle et a suscité d’innombrables tensions, car les catholiques étaient désireux d’étendre leurs droits. Lors de la pacification religieuse par Bonaparte, le Concordat de 1801 est muet sur la question du simultaneum. Seuls les Articles organiques de 1802 l’évoquent dans l’article 46 qui stipule que « le même temple ne pourra être consacré qu’à un même culte ». Mais dans la pratique le statu quo est maintenu. Le problème ne sera résolu pour l’essentiel que dans l’Alsace allemande entre 1871 et 1914.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Octave Meyer, Le « Simultaneum », en Alsace : étude d'histoire et de droit, Impr. savernoise, Saverne, 1961, 212 p.
  • Claude Muller et Bernard Vogler, Catholiques et protestants en Alsace. Le simultaneum de 1802 à 1962, Strasbourg, 1983.
  • Claude Muller, Le simultaneum dans l’Outre-Forêt (1802-1914), Université Strasbourg 2, 1982 (thèse de 3e cycle).
  • (de) Timotheus Wilhelm Roehrich, Das Simultaneum in den elsaessischen Kirchen, Strasbourg, 1846
  • (de) Christoph Schäfer, Das Simultaneum : ein staatskirchenrechtliches, politisches und theologisches Problem des Alten Reiches, P. Lang, Francfort, New York, 1995, 168 p. (ISBN 978-3-631-49090-7)
  • (de) Bernard Vogler, « Simultaneum », in Theologische Realenzyklopädie, 31, 2000, p. 280-283.
  • Bernard Vogler, « Le simultaneum, une cohabitation religieuse introduite par Louis XIV », in Les Saisons d'Alsace, hors-série, hiver 2016-2017, p. 40-43
  • Jean Volff, La législation des cultes protestants en Alsace et en Moselle, Oberlin, Strasbourg, 1993.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]