Simone Weber

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Simone Weber
Meurtrière
Image illustrative de l'article Simone Weber
Information
Naissance en 1929
à Ancerville dans la Meuse
Surnom la diabolique de Nancy
Condamnation le
Sentence 20 ans de réclusion criminelle
meurtre
Victimes au moins un : Bernard Hettier
Période
Pays Drapeau de la France France
Régions Lorraine
Ville Maxéville
Arrestation le

Simone Weber, née en 1929 à Ancerville (Meuse), est une criminelle française qui a été condamnée le à une peine de vingt ans de réclusion pour le meurtre de son ancien amant Bernard Hettier, disparu près de six ans auparavant. Elle a toujours nié être l'auteur de ce meurtre malgré un faisceau d'indices convergents.

L'affaire Simone Weber a fait l'objet d'une grande couverture médiatique en France : elle a suscité de très nombreux articles dans les journaux, plusieurs livres et des émissions de télévision. Simone Weber est libérée de la prison centrale des femmes de Rennes le et vit depuis auprès de sa sœur à Cannes[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Simone Weber est née en 1929, d'un père mécanicien et d'une mère ouvrière. Ses parents se séparent alors qu'elle a quatre ans. Deux enfants sont gardés par la mère malade. Elle et sa sœur Madeleine restent avec leur père. Sans diplôme, les deux sœurs quittent le domicile familial pour épouser les frères Thiot. Simone a cinq enfants, trois filles et deux garçons. Elle finit par mettre à la porte son époux alcoolique et fait des petits travaux pour nourrir ses enfants. Deux de ses enfants meurent assez jeunes, ce qui la fait sombrer dans la mythomanie et la paranoïa. En 1977, elle rencontre Marcel Fixard qu'elle épouse[2].

L'affaire[modifier | modifier le code]

Disparition de Bernard Hettier[modifier | modifier le code]

Le , Patricia Hettier fait publier dans L'Est républicain, à la une de son édition, un avis de recherche dans l'intérêt des familles au sujet de son père Bernard Hettier, contremaître dans une usine chimique âgé de 55 ans et divorcé, disparu alors depuis deux semaines[3]. La police est rapidement sur la piste d'une ex-maîtresse, Simone Weber, des voisins témoignant avoir vu le (c'est-à-dire le dernier jour où il a été vu en vie) Simone en train de guetter au volant de sa voiture Bernard à son domicile à Maxéville, et le menacer de mort, un fusil à la main. Leur liaison avait débuté en octobre 1981, lorsqu'Hettier vint tondre le gazon dans le jardin de cette veuve mais il avait rompu au bout d'un an, lassé de son amante jalouse et possessive, et se disait persécuté par elle depuis[4].

Plusieurs autres indices orientent l'enquête vers elle : un arrêt maladie prétendument envoyé par Bernard Hettier à son employeur, quelques jours après la publication de L'Est républicain, se révèle ne pas lui avoir été prescrit en réalité, mais à celui de Pascal Lamoureux, marié à Brigitte, la fille de Simone Weber[5]. On retrouve même chez elle une quarantaine de timbres en caoutchouc permettant d'établir de faux documents médicaux[6].

Des témoins, les Haag, déclarent l'avoir vue le descendre de chez elle dix-sept sacs poubelle, après qu'elle eut fait dans la nuit un vacarme considérable, « comme si elle passait l'aspirateur »[6]. Or, la veille de la disparition de Bernard Hettier, Simone Weber avait loué une meuleuse à béton à six mille tours par minute (destinée selon elle à couper les murets des jardinets de fleurs), qu'on lui aurait volée. Cependant, on retrouve la meuleuse dans le coffre de sa voiture, avec des traces de sang et un morceau de chair encore accroché à un disque[7].

Le véhicule de M. Hettier a également disparu. Des conversations téléphoniques entre Simone Weber et sa sœur Madeleine, qui demeure sur la Côte d'Azur, permettent aux enquêteurs de comprendre que les deux femmes emploient un code pour en parler, l'appelant « Bernadette »[8]. Les policiers commencent à avoir des doutes quand, dans les conversations, elles échangent de prétendus résultats du loto avec des numéros supérieurs à quarante-neuf. Rapidement les enquêteurs comprennent qu'il s'agit de numéros de cabines téléphoniques destinées à passer des communications dont elles souhaitent qu'elles ne soient pas écoutées, avec l'heure de l'appel. Le juge d'instruction Gilbert Thiel qui ordonne une soixantaine d'expertises au cours de l'enquête est désigné par les sœurs comme « le shérif ». Pendant cette instruction, Simone demande à sa sœur de faire disparaître des pièces à conviction (chéquiers au nom d'Hettier, blocs d'ordonnance volés chez les médecins, passeport, autres documents) et cette dernière s'exécute. Au cours d'une perquisition menée chez Madeleine Weber à Cannes, les policiers retrouvent cependant la carte grise et les papiers d'assurance de la Renault 9 de Bernard Hettier. Ils découvrent également le contrat de location d'un box en face du domicile de Madeleine. Ce box contient la Renault 9 blanche d'Hettier. Le , Thiel fait arrêter les deux sœurs. Il inculpe Madeleine Weber pour recel de preuves, obstruction à l'action de la justice, et destruction d'éléments de preuve dans le cadre d'une affaire criminelle. Le , à Poincy, dans un bras mort de la Marne, un pêcheur retrouve un tronc humain (sans corps ni tête), enveloppé dans un plastique à l'intérieur d'une valise lestée d'un parpaing. Le corps ne peut être formellement identifié mais des indices (âge, groupe sanguin, valise identifiée par Patricia Hettier comme appartenant à son père, parpaing contenant de la terre identique à celle du jardin de la maison de Rosières-aux-Salines et des gouttes de peinture bleu ciel de composition identique à celle utilisée chez elle par Simone Weber) suggèrent qu'il s'agit de Bernard Hettier[9].

L'instruction de l'affaire est très longue, le juge Thiel cherchant à explorer au maximum toutes les pistes pour conclure qu'une seule d'entre elles est crédible, à savoir que Simone Weber est l'auteur d'un homicide, même si les preuves matérielles, apparemment accablantes, sont juridiquement minces[4]. Avec la découverte dans l'appartement de Simone d'une carabine 22 long rifle équipée d'un silencieux, d'une cartouche percutée et d'une douille sous l'armoire, l'hypothèse privilégiée de Thiel est que Simone a tué Hettier d’une balle dans la tête alors qu’il se baissait puis l'a découpé à la meuleuse, refusant de restituer cet outil loué de peur qu'on n'y trouve des traces de chair et de sang[10].

Mort mystérieuse de Marcel Fixard[modifier | modifier le code]

L'enquête sur la disparition de Bernard Hettier permet également de s'intéresser au passé de Simone Weber. On s'aperçoit alors qu'elle est veuve de Marcel Fixard, 81 ans, un militaire à la retraite, veuf et sans enfant. Fixard l'avait engagée comme dame de compagnie à la suite d'une petite annonce au printemps 1977 dans un journal, dans laquelle il recherchait une femme de service. Criblée de dettes, elle avait répondu à l'annonce alors qu'elle ne correspondait pas au profil recherché (elle se fit passer pour une divorcée sans enfant, professeur de philosophie à la retraite), et obtint le poste. Afin de toucher son héritage, elle demande à un figurant de se faire passer pour Fixard et l'épouse dans la plus stricte intimité à la mairie de Strasbourg le [11]. Bien que le retraité soit décrit comme en pleine santé pour son âge, il meurt brusquement trois semaines après ce faux mariage secret. L'enquête prouvera que ce dernier n'était pas l'homme qui s'était présenté le jour du mariage, et qu'il ignorait donc qu'il était marié. À l'ouverture du testament, elle apprend qu'elle n'est pas l'héritière, aussi décide-t-elle de fabriquer un faux testament postérieur qu'elle présente au notaire, pouvant ainsi toucher l'héritage. Elle s'installe ainsi dans sa maison de Rosières-aux-Salines, un pavillon dont elle a hérité par subterfuge à quinze kilomètres de Nancy[11].

Le juge Thiel restera persuadé, sans pouvoir le prouver, que Simone Weber a empoisonné M. Fixard, pour récupérer son héritage, avec de la digitaline qu'elle s'est procurée avec une fausse ordonnance[12].

Procès, condamnation et libération[modifier | modifier le code]

Après une instruction de cinq ans et un dossier de 18 000 pages, le procès de Simone Weber devant la cour d'assises de Meurthe-et-Moselle a lieu du 17 janvier au 28 février 1991[13]. Il est l'occasion de multiples coups d'éclat de l'accusée. Elle récuse elle-même des jurés femmes, comme elle a précédemment récusé 25 de ses avocats, notamment Gilbert Collard [14] et Jacques Vergès qu'elle a trouvé trop vulgaire lorsqu'il a dit au juge Thiel : « Vous avez créé une effrayante chimère avec les couilles de Landru et les ovaires de Marie Besnard »[15]. Elle insulte copieusement certains témoins. En entendant l'avocat général requérir contre elle une peine de vingt ans de réclusion criminelle, assortie d'une période de sûreté de dix-huit ans, elle éclate de rire[16]. Le 28 février 1991, la cour la déclare innocente du meurtre de son faux mari Marcel Fixard mais la reconnaît coupable d'avoir découpé le corps de son ancien amant à la meuleuse à béton, sans reconnaître la préméditation, et la condamne à une peine de vingt ans de réclusion criminelle[1].

Purgeant sa peine à la prison centrale des femmes de Rennes, Simone Weber continue de soutenir que ce n'est pas elle qui a découpé son ex-amant à la meuleuse[17]. Une fois libérée le 17 novembre 1999, grâce aux remises de peine et une bonne conduite, elle le redit à la télévision.

En mai 2017, Simone Weber demande à son nouvel avocat Valéry Le Douguet d'initier une demande de procédure en révision de sa condamnation criminelle de février 1991[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Pascale Robert-Diard, Didier Riouxs, Le Monde: les grands procès, 1944-2010, Les Arènes, , p. 322.
  2. Serge Cosseron, Jean-Marc Loubier, Les Femmes Criminelles de France, Éditions De Borée, , p. 336-337.
  3. Sylvain Larue, Les Nouvelles Affaires Criminelles de France, Éditions De Borée, , p. 408.
  4. a et b Pascale Robert-Diard, Didier Riouxs, Le Monde: les grands procès, 1944-2010, Les Arènes, , p. 320.
  5. Michel Pascal, 40 ans d'affaires criminelles, Michel Pascal, , p. 59.
  6. a et b « Les grands crimes du XXe siècle : Simone Weber » Article d'Isabelle Horlans publié le dans France-Soir.
  7. Michèle Agrapart-Delmas, Femmes fatales : les criminelles approchées par un expert, Max Milo, , p. 67.
  8. Michel Pascal, 40 ans d'affaires criminelles, Michel Pascal, , p. 60.
  9. Frédéric Brunnquell, Moi, juge d'instruction, Hermé, , p. 83.
  10. Roger-Louis Bianchini, Crimes sans cadavres, Fayard, , p. 127.
  11. a et b Michel Pascal, 40 ans d'affaires criminelles, Michel Pascal, , p. 62.
  12. Michel Pascal, 40 ans d'affaires criminelles, Michel Pascal, , p. 63.
  13. Serge Cosseron, Jean-Marc Loubier, Les Femmes Criminelles de France, Éditions De Borée, , p. 336.
  14. Nathalie Lamoureux, « Les mystères de l'histoire : Simone Weber, la diabolique de Nancy », sur lepoint.fr, .
  15. Bernard Violet, Vergès : le maître de l'ombre, Seuil, , p. 245.
  16. « GRANDES AFFAIRES CRIMINELLES 29 - 1991 . Simone Weber. La « diabolique de Nancy » condamnée à vingt ans », Yves-Marie Labé, , Le Monde.
  17. « La saga Simone Weber : Simone, as-tu caché le corps ? », Brigitte Vital-Durand, , Libération.
  18. « Simone Weber veut une révision de sa condamnation », L'Express,

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Moréas (conseiller technique) et Bill Waddell (conseiller technique), Dossier meurtre. Enquête sur les grands crimes de notre temps, vol. 22 : La diablesse. Simone Weber : la paisible sexagénaire de Nancy a-t-elle empoisonné son mari et dépecé son amant ?, Paris, ALP, , 30 p.
  • Jacques Zimmer, L'homme sans tête. L'affaire Simone Weber, J'ai Lu, 1994 (ISBN 2277070661)
  • Christian Gonzalez, L'affaire Simone Weber, 1992 (ISBN 2265046582)
  • Olivier Richou, Simone Weber : La bonne dame de Nancy, 1990 (ISBN 2855656311)
  • M. Raux, G. Simonin, Simone Weber, le procès (ISBN 2876920859)
  • Pascal Michel, 40 ans d'affaires Criminelles 1969-2009 (chapitre : « L'affaire Simone Weber ») pages 58 à 64, , 208 pages (ISBN 978-1-4092-7263-2)

Articles de presse[modifier | modifier le code]

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Adaptation[modifier | modifier le code]

Références
  1. Isabelle Dhombres, « Véronique Genest va jouer Simone Weber, "La diabolique de Nancy", pour France 3 », sur telestar.fr, (consulté le 23 octobre 2015).
  2. Éric Nicolas, « Véronique Genest dans la peau de Simone Wéber », sur estrepublicain.fr, (consulté le 23 octobre 2015).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]