Simaitha

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Simaitha, aussi appelée Cimétha, Simétha ou encore Simaetha, est un personnage qui apparaît dans une idylle de Théocrite, la deuxième.

Illustration tirée de The Idylls and Epigrams of Theocritus, Bion, and Moschus,The Bibliophile Society, 1905.

Le personnage chez Théocrite[modifier | modifier le code]

manuscrit des œuvres de Théocrite. Date d'édition : 1515. Source : Bibliothèque nationale de France, Rés. Yb-1075. Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37300107j

Simaitha tente de reconquérir son amant, le beau Delphis, à l'aide de pratiques de sorcellerie ou de magie. Elle est aidée par sa servante, Thestylis, qui l'accompagne dans ses actes magiques et elle a pris conseil auprès d'un étranger assyrien [1]. Elle fait également référence à d'autres magiciennes ou sorcières antiques, d'origine divine ou humaine: Circé, Médée, Périmède.

Le nom de Simaitha[modifier | modifier le code]

Il ne faut pas confondre la magicienne Simaitha, qui serait une habitante de Cos[2], et la Simaitha d'Aristophane qui vit à Mégare: la courtisane Simætha ayant été enlevée par des jeunes gens ivres, venus à Mégara, les Mégariens, outrés de douleur, enlèvent, à leur tour, deux courtisanes d’Aspasie[3].

Son nom est un composé du verbe αἴθω, « Je brûle » et « simos », « nez camus », « creux » et peut signifier « nez brûlé », ce qui pourrait être le sobriquet d'une courtisane qui attend ses clients dehors, comme la Simaitha d'Aristophane, ou bien peut signifier « qui brûle en son sein », comme l'amoureuse passionnée et délaissée de Théocrite.

Portrait social[modifier | modifier le code]

Elle habiterait Cos, selon plusieurs indices[2]: Elle fait mention d'un certain Philinos, vainqueur de la course aux jeux Olympiques en -264 et -260. Son amant est de Myndos, ville d'Asie Mineure en face de l'île de Cos. Elle emploie le juron des femmes de Cos, Par les Moires, telles qu'on les voit chez Hérondas[2]. Elle a une servante, Thestylis. Simaitha est une victime car elle est délaissée par son amant Delphis[4].

Déroulement des actes magiques[modifier | modifier le code]

la magicienne Simaitha, illustration de l'idylle II de Théocrite, par Gabrielle Faure, publiée dans le n° 15 de la collection "Antiqua" du Pot cassé en 1929, avec la traduction des Idylles de Théocrite par Ernest Falconnet parue dans les Petits poèmes grecs en 1838.

Simaitha prépare des philtra, philtres destinés à lier[5] son amant et qui seront pétris au dessus du seuil de la porte de son amant[6]. Elle utilise un vase de conception ancienne, le kélébé[7], qu'elle enveloppe de laine[8]. Elle fait aussi brûler de l'orge, habituellement utilisé dans les sacrifices, des feuilles de laurier, du son. Puis elle fait fondre de la cire, peut-être une figurine de cire[2]. Puis elle fait tourner le rhombe, une sorte de toupie de magicien. Ensuite elle accomplit trois libations, chiffre rituel. Elle prépare enfin une sorte de décoction, un breuvage magique composé de différents ingrédients dont des plantes aphrodisiaques. Toutes ces pratiques sont habituelles dans la magie amoureuse[5]. Simaitha utilise de la magie sympathique[9].

Refrains rituels[modifier | modifier le code]

Certaines phrases reviennent plusieurs fois :

"Bergeronette[10] magique" revient dix fois. "Apprends d’où me vint mon amour, vénérable Séléna!"[11] revient treize fois.

Postérité du personnage[modifier | modifier le code]

La magicienne Simaitha, d'après le personnage de l'idylle II de Théocrite, par Jean-Guillaume Moitte, 1746-1810
  • Virgile imite l'idylle de Théocrite dans ses Bucoliques et le personnage de Simaitha est repris par celui du berger Alphésibée, épris du jeune Daphnis[12]. Une enluminure d'un manuscrit médiéval appartenant à la bibliothèque municipale de Dijon montre Alphésibée, représentée en vieille femme tenant une figurine, et sa servante qui tient des herbes[13].
  • Voltaire a lui aussi écrit une imitation:

« Reine des nuits, dis quel fut mon amour,

Comme en mon sein les frissons et la flamme

Se succédaient, me perdaient tour à tour ;

Quels doux transports égarèrent mon âme ;

Comment mes yeux cherchaient en vain le jour.

Comme j'aimais, et sans songer à plaire,

Je ne pouvais ni parler ni me taire.

Reine des nuits, dis quel fut mon amour.

Mon amant vint, ô moments délectables !

Il prit mes mains, tu le sais, tu le vis,

Tu fus témoin de ses serments coupables,

De ses baisers, de ceux que je rendis;

Des voluptés dont je fus enivrée.

Moments charmants, passez-vous sans recours

Daphnis trahit l'amour qu'il m'a jurée!

Reine des nuits, dis quel fut mon amour[14]. »


  • Le personnage de Simaitha devient au XIXe siècle une héroïne romantique, parfois débarrassée de ses pratiques magiques, qui apparaît dans une œuvre de la poétesse allemande Amalie von Helvig (en) , Die Schwestern von Lesbos (Les sœurs de Lesbos), publiée par Friedrich Schiller en 1800[15], dans une élégie d'Alfred de Vigny, Simétha[16], tirée du recueil Poèmes antiques et modernes, dans laquelle les rôles sont inversés puisque c'est le locuteur qui souffre du désintérêt de Simaitha, et dans une villanelle[17] d'Oscar Wilde dans laquelle le poète s'adresse à Théocrite en tant que chanteur de Perséphone.
  • Elle est l'héroïne du court métrage[19] de Ben Ferris (en), Simaitha, réalisé en 2001, qui s'inspire de l'idylle de Théocrite.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • [8] Les Idylles de Théocrite traduites par Leconte de Lisle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paulys Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, article Astrologie, 1896.
  2. a b c et d D'après Philippe-Ernest Legrand, Bucoliques Grecs, tome I, Théocrite, Les Belles Lettres, 1946, p. 94 et 100.
  3. Les Acharniens, d'Aristophane, traduction française d’Eugène Talbot, 1897.
  4. Théocrite, Idylle II: Depuis douze jours ce perfide est loin de moi, et il ne s'informe point si je vis ou si je meurs.
  5. a et b Les Magiciennes de Théocrite et les papyrus magiques, Actes du 9ème colloque de la Villa Kérylos à Beaulieu-sur-Mer, par Béatrice Meyer, 1999, p. 71 et sq.
  6. Paulys Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, article Aberglaube, 1893.
  7. Voir la page consacrée à la typologie de la céramique grecque.
  8. Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, Charles Daremberg et Edmond Saglio, hachette, 1877-1919, article Katalogos.
  9. Théocrite, Idylle 2, les pharmaciennes
  10. il s'agit en fait de Jynx, nom grec du torcol, que sa caractéristique physique prédisposait à être invoqué dans la magie amoureuse quand il s'agit de faire revenir un amant infidèle.
  11. [1] Théocrite, Idylles, II.
  12. Eglogue VIII, Damon et Alphésibée.
  13. [2] voir l'enluminure et sa description sur le site www2.culture.gouv.
  14. Théocrite, par Voltaire, in Œuvres complètes, librairie Furne, tome II, 1835, p. 686.
  15. [3] voir le poème en allemand tel qu'il a été publié dans la revue Musen-Almanach für das Jahr 1800 (de), S. 1-182.
  16. [4] Lire le poème sur Wikisource.
  17. [5] lire le poème intitulé Théocrite sur le site Gallica, poème 21, traduit par Albert Savine, Stock, 1907.
  18. [6] Voir la gravure sur le site de la National Gallery, en Grèce.
  19. [7] Voir la fiche du court métrage sur le site imbd.