Silure glane

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Silurus glanis

Silurus glanis
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Silure glane

Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Super-classe Osteichthyes
Classe Actinopterygii
Sous-classe Neopterygii
Infra-classe Teleostei
Super-ordre Ostariophysi
Ordre Siluriformes
Famille Siluridae
Genre Silurus

Nom binominal

Silurus glanis
Linnaeus, 1758

Répartition géographique

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Distribution actuelle du Silure glane ; originelle continentale (rouge) - dans les eaux côtières (bleu) - récemment introduit (orange)

Statut de conservation UICN

( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Le silure glane (Silurus glanis) est une espèce de poisson d'eau douce de grande taille, du genre Silurus, originaire d'Europe de l'Est, aux alentours des mers Baltique et Caspienne et de l'Asie.

Grâce à huit barbillons le silure peut explorer son environnement et chasser dans des eaux très turbides
Sa taille et sa forme inhabituelles chez les poissons d'eau douce ont marqué les esprits (gravure d'auteur inconnu, datée de 1666)

Ce poisson autrefois endémique du bassin du Rhin et du Danube est cité dans l'Histoire naturelle de Buffon éditée au XVIIIe siècle. Son aire de répartition s'est récemment artificiellement étendue dans toute l'Europe, via les canaux, fleuves et rivières à la suite de l'interconnexion des bassins et réseaux hydrographiques et surtout dans de nombreux lacs, étangs et gravières à la suite de nombreuses introductions par l'Homme pour la pêche de loisir. C'est une des six espèces de poissons invasifs[1] en Europe (Il ne faut pas confondre une espèce invasive, donc introduite, avec une espèce envahissante dont le potentiel de reproduction est important tout en étant une espèce indigène).

Morphologie[modifier | modifier le code]

C'est le plus gros poisson d'eau douce d'Europe[2], avec une tête de forme massive et un corps allongé à peau vert-brun/blanc-noir, très glissante. Son ventre est clair, jaune ou blanc.
Des spécimens dits « mandarins » (jaune à orangé) présentent une peau plus ou moins dépigmentation. D'autres sont franchement albinos. Les animaux albinos, au sein d'un groupe pigmenté, ont une couleur qui pourrait les rendre plus vulnérables aux prédateurs[3]. De plus les spécimens albinos pourraient avoir une vue plus dégradée (par manque de cellules photoréceptrices)[3] ; or l'albinisme est relativement fréquent chez le silure[3] et Slavík, Horký & Maciak en 2015 ont décrit un phénomène d'exclusion du groupe de spécimens plus clairs, peut être parce qu'un poisson dépigmenté pourrait être une cible préférentielle pour certains prédateurs (Landeau & Terborgh, 1986; Theodorakis, 1989) ; ce pourrait être une raison pour l'exclusion des albinos dans un groupe de silure[3].

Sa tête, massive et aplatie, peut représenter jusqu'à 30 % de son poids total.

Sa bouche très large est pourvue de lignes de dents petites et nombreuses, semblables à de fines pointes très tranchantes. Elle lui permet d'engloutir de grosses proies et de les maintenir fermement. Elle porte six barbillons : deux longs, et mobiles, sur la mâchoire supérieure, et quatre courts sur la partie inférieure de la tête. Ceux-ci sont pourvus de « bourgeons gustatifs » (organes sensoriels servant à localiser les proies ou toute nourriture potentielle , même cachées dans la vase ou le gravier), sont situés principalement sur leur portion distale. D'autres organes lui servent aussi à détecter tout mouvement proche (la nage d'une écrevisse jusqu'à 10 mètres). Comme la plupart des poissons d'eau douce, le silure glane possède également une ligne latérale très efficace lui permettant de ressentir les mouvements de ses proies potentielles.

Ses yeux minuscules lui seraient peu utiles pour la détection, mais ils lui servent sans doute à distinguer les couleurs[réf. nécessaire], la direction de la lumière et sont importants pour la régulation de ses rythmes biologiques

Les nageoires sont au nombre de sept : deux nageoires pectorales très larges, deux ventrales légèrement moins larges, une nageoire dorsale minuscule (de texture adipeuse), une nageoire ventrale très longue partant de l'orifice anal jusque la nageoire caudale. Il peut créer un tourbillon à l'aide de celle-ci dans le but de désorienter, ou assommer sa victime qu'il peut ensuite avaler. La taille des sujets les plus rencontrés est de un à deux mètres. Mais ce silure peut atteindre un peu plus de deux mètres cinquante, pour un poids de plus de cent kilogrammes. Le plus gros silure péché en août 2015, et homologué, pesait 130 kg, dans le petit Rhône du Gard[4]. L'ichtyologiste britannique Francis Willughby mentionne au XVIIe siècle des silures dépassant les 5 mètres pour un poids de 330 kg, ce qui en faisait vraisemblablement la plus grande espèce de poisson d'eau douce au monde[5].

Ce poisson s'adapte facilement à tout type d'habitat pourvu que l'eau y soit assez chaude en période de reproduction (condition atteinte en Europe du Nord grâce au soleil de minuit en été) et abondante en nourriture.

C'est un prédateur opportuniste vivant généralement près du fond, sous les troncs et branches d'arbres tombés à l'eau où près des berges où il se cache dans l'attente d'une proie.

Origines[modifier | modifier le code]

Le groupe des siluriformes est très ancien, daté d'avant la séparation de l'Amérique du Sud et de l'Afrique il y a environ 110 millions d'années, ce qui explique la présence de nombreuses espèces d'eau douce sur plusieurs continents. Des donnnées paléontologiques montrent sa présence dans le bassin du Rhône avant l'apparition de l'Homme en Europe (avant les trois dernières glaciations)[6].

Les fossiles européens les plus anciens de poissons du gendre Silure (Silurus sp) estimés vieux de 8 à 5 millions d'années environ, c'est-à-dire du Miocène supérieur durant l'ère Tertiaire) datent de bien avant les grandes glaciations ; ils ont été trouvés dans le bassin du Danube (près de Vienne en Autriche, associés à des Cyprinidés (genres Scardinius, Rutilus , Palaeocarassius, Tinca, Barbus) et des Percoïdés selon Gaudant (1994)[7]. Un fossile provient du bassin hydrographique du Rhône (Ardèche) selon Mein & al. en 1983 [8]. Près de Perpignan ont été trouvés quelques éléments (rayons) de nageoires pectorales aujourd’hui conservés par le département des Sciences de la Terre de l'Université Claude Bernard de Lyon[9]. Ils pourraient appartenir à un poisson du genre Silurus ou Parasilurus, et sont datés du Pliocène (entre - 6 et - 3 Millions d'années) ; Aucune trace fossile du silure aussi ancienne n'a été retrouvée dans le bassin du Rhin.

Selon les données phylogénétiques disponibles, ses populations actuelles ont pour origine un noyau d'Europe de l'Est provenant il y a environ 10 000 ans (fin de la dernière glaciation) d'un unique refuge glaciaire. Dix loci microsatellites ont servi à reconstitue l'histoire des populations actuelles : sa diversité génétique est beaucoup plus élevés que les premières analyses d'ADN mitochondrial ne le laissaient penser[10] mais les niveaux relatifs de variabilité entre les populations étaient en accord avec les études antérieurs. Les populations des grands bassins (Volga et Danube) sont génétiquement les plus polymorphes, et les populations de silures des petits fleuves grecs, plus enclines au goulet d'étranglement génétique car touchées par de faibles niveaux de diversité génétique. En dépit de grandes différenciations génétiques aucun modèle cohérent de structuration géographique n'a été révélé pour cette espèce (à la différence de ce qui a été le cas pour diverses études précédentes sur les espèces européennes de poissons d'eau douce).
L'isolement géographique par la distance semble être le modèle le plus probable, avec une dispersion récente (dernière glaciation) à partir d'un seul refuge glaciaire probablement situé dans la région Ponto-Caspienne. À partir de là le Silurus glanis a recolonisé l'Est du bassin du Danube et plus récemment encore l'Allemagne, le Rhin, pour très récemment - via des réintroduction - coloniser l'ensemble de l'Europe (les premiers individus pêchés en France ne l'auraient été que dans les années cinquante). En France, il est cité deux fois par des auteurs anciens :

  1. par un poème d'Ausone daté de la fin du IVe siècle de notre ère dédié à la Moselle mais le mot silurus qu'il utilise peut n'être qu'une forme poétique décrivant un poisson de grande taille (il pourrait s'agir d'un esturgeon (A. sturio), dont la présence est, elle, avérée à cette époque dans le bassin de la moselle et une grande partie de la France)
  2. puis par un texte illustré de Baldner publié en 1666, relatif à la faune d'Alsace. Mais l'auteur précise qu'il a vu ce poisson sur les étals du marché de Strasbourg. L'illustration bien que réalisée par un naturaliste confirmé montre une queue bifide (pouvant laisser penser que ce silure était dans un mauvais état, ou qu'il était si rarement vu en France que le dessinateur a cru bon de lui dessiner une nageoire caudale. Cuvier et Valenciennes en 1839, repris par d'autres auteurs écrivent que cet animal aurait été capturé dans l'Ill qui rejoint le Rhin à Strasbourg, ce qui est rétrospectivement difficile à vérifier.

Localement, dans certaines pièces d'eau isolées notamment, le silure a été volontairement introduit par l'homme. Dans certains lieux isolés, canaux et cours d'eau, sa colonisation pourrait être spontanée[réf. nécessaire], et parfois selon le principe de déplacements de propagules (œufs fécondés) par l'intermédiaire d'oiseaux d'eau (canards, oies, cygnes, etc.).

Alimentation et croissance[modifier | modifier le code]

Silures pratiquant l'échouage volontaire dans le Tarn pour capturer des pigeons
Relation Taille/poids

Le silure se nourrit de poissons y compris prédateurs (sandre, brochet...) pouvant mesurer jusqu'au tiers de sa propre taille. Souvent, en été, à la suite de fortes chaleurs, et peut-être par manque d’oxygène, le mollusque de genre Corbicula meurt, sort de sa coquille et remonte en surface, devenant un mets de choix pour le silure, qui apprécie aussi les mulettes (autres organismes filtreurs). Il se nourrit aussi de mammifères, et d'oiseaux (ex : grèbes, poules d'eau et canetons). De gros sujets peuvent ingérer des poissons de plus de 5 kg (ex : deux saumons atlantiques de 78 cm et 80 cm pesant respectivement 5,2 kg et 5,5 kg retrouvés dans les estomacs de silures du Val de Loire[11]) et attaquent volontiers des oiseaux tes que canards, cormorans cygnes et jeunes ragondins[12].

Les alevins se nourrissent d'abord de plancton et de micro-invertébrés. La taille de leurs proies grandit à mesure de leur croissance. À la fin de la première année, ils deviennent carnassiers opportunistes.

Ils ont alors une croissance très rapide. Ils mesurent trente-cinq centimètres à un an, cinquante à deux ans et atteignent un poids de 2,5 à 3 kilogrammes la troisième année. Un silure de 25 ans pèse environ 65 kilogrammes. Ce poids varie selon la quantité de nourriture disponible et la température de l'eau.

Dès les années 1980 on s'interroge sur l'effet de leur régime alimentaire sur le réseau trophique[13]. Leur alimentation principale est représentée par les cyprinidés tels que brèmes, carassins, carpes, gardons, rotangles, etc. Quand elles sont encore présentes, le silure est aussi un grand consommateur d'écrevisses[11] et d'amphibiens, ainsi que de moules d'eau douce, d'anodontes, de larves de libellules, de rongeurs aquatiques, d'oiseaux aquatiques, et même d'oiseaux qui ne s'aventurent d'ordinaire pas dans l'eau, en utilisant la technique de l'échouage volontaire. Le silure est opportuniste : ainsi sur le bord du Tarn, l'alimentation de certains silures est composée à 80 % de pigeons[2],[14]. Les attaques sur l'homme sont rarissimes.

On constate assez vite qu'il semble particulièrement apprécier les poissons migrateurs anadromes[15],[16]. Dans les années 2000, l'écologie fonctionnelle commence à mieux mesurer les effets écologiques de prédateurs introduits dans les écosystèmes dulçaquicoles[17] et du régime alimentaire du silure[18], que certains jugent en France préoccupants pour la biodiversité[19]. Une étude récente (2016) pilotée par le Muséum d'Orléans, conduite de 2011 à 2014 dans le Val de Loire à partir de l'étude stomacale de 60 spécimens de toutes tailles, pêchés au filet avec l'aide de pêcheurs professionnels[20], a confirmé que le régime alimentaire du silure est très éclectique (les estomacs et contenaient les restes de 23 espèces-proies ; des poissons pour l'essentiel, et des cyclostomes migrateurs en grande quantité (47 % du régime alimentaire). Dans les estomacs de silure étudiés dans le Val de Loire, les poissons et les cyclostomes (lamproies) sont l'essentiel de ses proies (en nombre et biomasse). En termes d'occurrences relatives les cyprinidés qui sont les plus consommés (29,5 %), devant les cyclostomes (23 %) et les écrevisses (10 %) mais en termes d’abondance d’individus de chaque espèce consommés (pour 110 silures étudiés) la Lamproie marine qui est- en nombre - la proie la plus consommée (28 % du total)[11]. Peut-être à cause de leur teneur en iode d'origine marine, le silure semble particulièrement friand d'espèces migratrices (47 % du contenu stomacal en Val de Loire alors que ces espèces n'y sont pas dominantes et même « notoirement moins abondantes » et qu'elles ne sont présentes qu’à certains moments de l’année. Toujours en Val de Loire en termes de biomasse ingérée, c'est encore la lamproie marine qui domine parmi les proies, mais le saumon atlantique (en raison de son poids) représentent ensuite 19 % de la biomasse ingérée par le silure. L'anguille européenne, en forte voie de régression depuis une la fin du XXe siècle figure aussi à son menu[21].

On ignore encore si le silure chasse naturellement préférentiellement les migrateurs ou s'il profite opportunément de leur affaiblissement par la pollution, divers perturbateurs endocriniens, les effets de la pollution lumineuse, la fatigue due à leur longue route migratoire et à de fréquentes parasitoses (pou du saumon, anguilles parasitées..). Des hydrobiologistes et écologues comme Guillerault et al. (2015), Libois & al. (2016) jugent préoccupant que le silure consomme dans le sud-ouest de la France de manière nettement préférentielle[11] des espèces qui sont toutes depuis la fin du XXe siècle « à l’exception du Mulet porc » concernées par « un statut de conservation très précaire »[22]. Toutes sont classées comme menacées à divers niveaux[23],[24].
Le problème est aggravé pour les migrateurs en phase de reproduction (ainsi dans le cas de la Lamproie marine toutes les femelles récupérées en Val de Loire dans les estomacs de silures « étaient adultes, en phase de frai et contenaient des œufs ». Pour le silure qui se montre capable de développer des stratégies de chasse complexes et efficaces ; les migrateurs qui se concentrent temporairement au pied de chaque seuil et barrages sont a priori des proies particulièrement vulnérables[11]. Les écrevisses autochtones, dont le silure fait une grande consommation sont aussi des espèces menacées[25]

Comportement[modifier | modifier le code]

Silurus glanis pêché dans la rivière Syr-Daria, dans la région de Baïkonour au centre du Kazakhstan

Le silure est grégaire et territorial.

L'adulte est agressif envers les intrus s'il se sent en danger et il est très protecteur envers sa progéniture, il attaque tout intrus s'approchant trop près de son nid en période de reproduction, y compris les baigneurs. Ce réflexe est surtout destiné à protéger ses œufs et non à se nourrir.

Il apprécie les eaux profondes et abritées du fort courant, de préférence encombrées et tièdes en surface. Le silure affectionne particulièrement les fonds mous ou vaseux, principalement en plaine. Il passe la majeure partie de la journée en groupe, indolent près du fond, ou protégé sous les arbres ou branches, mais il peut aussi chasser en journée si son attention est attirée par un poisson ou un oiseau imprudent ou montrant des signes de faiblesse sur son territoire.

Il s'active plutôt au coucher du soleil, à la recherche de toute nourriture jusqu'au crépuscule. L'adulte chasse alors pour lui seul, mais la chasse peut être faite en groupe.

Les jeunes silures se déplacent souvent en groupes de trois à quatre individus (et d'autant plus que le nombre d'individus est élevé sur un site).

Sa réputation de prédateur vorace semble infondée, car bon nombre de silures pêchés sont retrouvés le ventre complètement vide de toute nourriture. Des études menées à l'aquarium de Touraine montrent qu'un silure de 2 mètres mange en moyenne 1 kg de poisson tous les trois jours en été lorsque la température de l'eau se situe aux alentours de 22 °C.
Cette quantité diminue très nettement lorsque la température de l'eau baisse : comme beaucoup d'animaux à sang froid, durant l'hiver le silure s'alimente peu.

Certaines légendes du Moyen Âge présentant le silure comme un mangeur d'homme semblent infondées. Le silure peut attaquer l'homme, mais seulement s'il se sent menacé, lors de la période de reproduction où il se montre très agressif pour défendre sa progéniture. Ce geste a alors pour seul but d'éloigner l'intrus, quel qu'il soit.

Le silure semble facilement s'adapter aux conditions de son environnement et pouvoir radicalement changer ses habitudes de prédation. Notamment il a été constaté que certains spécimens vivant dans le Tarn s'étaient spécialisés dans la chasse aux pigeons, qui se baignent dans les eaux peu profondes des rives, en employant une technique d'attaque en échouage similaire à celles employées par les orques du Chili et les crocodiles[26],[2].

Les silures glanes grandissent plus vite dans un environnement très riche où leur capacité de prédation est alors accrue. Dans l'Èbre, en Espagne, des silures introduits dans les années 1970 atteignent des tailles supérieures à 2 m, alors qu'il n'ont pas encore leur âge maximal.

Reproduction[modifier | modifier le code]

La reproduction du silure s'effectue de mi-mai à la mi-juin. La température de l'eau influe directement sur la date du frai. La ponte a lieu le soir ou à l'aube dans une température de 18 à 21 °C. Le silure fraye en couple, les œufs sont déposés dans un nid préparé à l'avance, le mâle défendra farouchement le nid durant l'incubation contre tout intrus. Le nombre d'œufs est fonction du poids de la femelle, on compte de 20 000 à 26 000 œufs par kilogramme. Une femelle de cent kilogrammes peut pondre jusqu'à 2 600 000 œufs.

Le caractère eutrophe des eaux d'Europe occidentale et le taux de fécondité de ce poisson, en l'absence de prédateurs à la hauteur de sa taille, ainsi que l'augmentation des températures moyennes (ce poisson est thermophile) pourraient expliquer l'augmentation spectaculaire de l'aire occupée par ce silure.

Les mâles arrivent à leur maturité sexuelle dans leur 3e ou 4e année. Les femelles sont plus tardives et ce n’est que vers leur 5e ou 6e année qu'elles arrivent à leur maturité sexuelle.

Reproduction artificielle : elle a fait l'objet de nombreuses expérimentations de la part des aquaculteurs, allant de la reproduction in situ[27] à la cryopréservation de ses spermatozoïdes [28] et des embryons[29] à l'élevage des larves en passant par l'ovulation artificiellement contrôlée [30], la survie des ovocytes exposés à des solutions salines et d'urine[31]et l'insémination artificielle, dont en Tchéquie et en France[32], en vue de l'aquaculture de l'espèce[33],[34]. Pour obtenir une reproduction (et ensuite une croissance maximale) à n'importe quelle saison, l'importance de la température de l'eau pour la maturation des gonades[35] puis pour une croissance optimale des jeunes et des adultes a aussi été étudiée[36]
Triploïdisation : En 1986, une étude a porté sur la production d'une triploïdie par exposition de l'ovule fraichement fécondé à un choc thermique (°C durant 30 à 40 min dans les 5 min suivant la fertilisation, opération qui tue 70 à 75 % des œufs fécondés)[37],[38],[39]


Traitement médiatique et controverses[modifier | modifier le code]

Très apprécié d'une nouvelle catégorie de pêcheurs pour sa puissance et les « combats » qu'il engendre lors de sa pêche, il fait l'objet depuis son apparition en France d'un intérêt et d'un traitement médiatique particulier oscillant « entre fascination et angoisse » (ainsi après qu'il ait aperçu et signalé à proximité de rejets de centrales nucléaires, et avant qu'on l'étudie près d'une centrale nucléaire (Golfech)[40] qu'on fasse savoir qu'il affectionne ces lieux en tant qu'espèce thermophile[41], on évoque un poisson-chat dont la taille pourrait résulter de « variations génétiques »[42]). Son introduction fait encore l'objet de controverses[43], même dans le monde de la pêche où deux catégories de pêcheurs s'affrontent concernant sa place dans les eaux d'Europe de l'Ouest et notamment de France : les anti-silures et les pro-silures (qui acceptent ou encouragent sa présence dans des régions où il était naturellement absent).

De nombreuses images et vidéo diffusées sur l'Internet et via des articles de revues de pêche le présentent comme une prise spectaculaire pour le pêcheur, et parfois comme un animal dangereux alors que d'autres le montrent (hors contexte de pêche) comme un animal facile à approcher et au comportement plutôt placide et débonnaire[44] (quand il n'est pas en chasse).

Outre-hexagone, le silure dès 1945 est suspecté par la presse de dévorer des enfants voir des adultes « quand bien même seules des parties de corps ont été retrouvées dans les estomacs des poissons »(Gudger, 1945).

En 2012 des chercheurs toulousains publient dans la revue Plos One un article sur le comportement d'échouage volontaire par des silures s'attaquant à des pigeons (Cucherousset et al., 2012), qui, repris par des vidéos fera un « buzz médiatique »[45]

Divers articles de presse abordent son aspect d'espèces invasive ou le jugent indésirable car susceptible de perturber les équilibres écologiques aquatiques en s'attaquant aux poissons autochtones et/ou en perturbant les frayères ou le espèces migratrices[46] par exemple.
Valadou (membre du Conseil Supérieur de la Pêche) en 2007 [47] et Proteau et al. en 2008 [41] nuancent ce risque.
En 2017, à partir d'une analyse lexicale, une étude a cherché à analyser la controverse telle que présentée par la presse française de 2003 à 2015, montrant « que des représentations négatives continuaient d’être véhiculées par les récits médiatiques » durant toute cette période principalement en raison du caractère allochtone de l'espèce, à partir d'un élément fondateur qui a été son introduction, souvent volontaire, suivie en France de son expansion dans les années 1980-1990, et peut être en raison du fait qu'il soit inhabituellement grand (pour un poisson d'eau douce), souvent considéré comme laid et de mauvaise réputation. Cette étude a aussi montré que c'est localement que la presse s'est montrée intéressée par le silure (pour 2202 articles analysés, seuls 88 articles (4 %) proviennent de quotidiens nationaux). L'introduction est « considérée au mieux comme un accident, et au pire, comme un acte malveillant »[43] susceptible de nuire aux espèces autochtones, par exemple au « traditionnel goujon » ou encore à la « "traditionnelle pêche professionnelle » ; selon cette étude « régulièrement accompagné d’un jugement péjoratif : « de façon malveillante », « de façon illégale », « clandestinement », « pour le seul plaisir de la pêche », « croyant bien faire, [il] a introduit de redoutables prédateurs », « de façon malencontreuse », « petits malins qui ont introduit le silure », « introduit maladroitement », « de mauvais plaisants les y ont mis », etc. »[43]. La presse l'affuble de surnom et descriptions métaphoriques qui entretiennent l'attention du lecteur, et donnent à ce poisson une dimension quasi-mythique « « requin d’eau douce », « (notre) monstre du Loch Ness », « Goliath du fleuve », « baleine des eaux douces », « monstre sanguinaire », « monstre des rivières », « nouveau colosse de nos cours d’eau », « monstre dévoreur d’enfants ou de jeunes filles », « “la bête” », etc. ». Ceci est exacerbé par la diffusion de « « légendes » (43 fois sur 2202), « rumeurs » (27 fois), « soupçons » (14 fois) et « bruits qui courent » à son sujet. Il aurait attaqué des baigneurs, mangé des chiens, des enfants et même des veaux entiers. Dans le Lot, un pêcheur muni d’un échosondeur en aurait repéré un de quatre mètres (Sud-Ouest, 7 mai 2004) ». Jean-Noël Kapferer (1987) souligne que le thème de l’animal malveillant est l'une des spécificités des rumeurs en tant que phénomène social, facilement soutenu par le rouage rhétorique et qui porte la rumeur : « il n’y a pas de fumée sans feu » (tautologie)[43]. Via la presse, certains pêcheurs « s’indignent du « délit de sale gueule » (6 fois) » dont souffre cet animal[43]. À partir de 2006, l'espèce semble moins mystérieuses et l'animal semble mieux perçu par les médias (pour la période 2003-2015, par rapport aux années 80, mais on continue à craindre un comportement invasif et des problèmes à l'image de ceux posés par les « écrevisses américaines/de Louisiane/de Californie, tortue de Floride, grenouille-taureau, insecte, végétal, frelon asiatique, poisson-chat, vison, ragondin, etc. » »[43]; Ainsi en 2015, selon la presse, des représentants de la pêche amateur et professionnelle fustigent « le rôle du silure dans la diminution des stocks de poisson migrateurs : « “La seule menace qui pèse sur les lamproies est le silure. Ils sont de plus en plus nombreux dans la Garonne” » selon le secrétaire de l'Adapaef, association de pêcheurs du Sud-Ouest[43] (une étude de 2016 a retrouvé de nombreuses lamproies dans les estomacs de silures ; ce sont là ses principales proies, avec l'anguille et les crustacés, devant le Barbeau et de nombreuses autres espèces[11]).

Valeur alimentaire[modifier | modifier le code]

Sa chair est comestible mais pas considérée comme de grande valeur.
En outre, comme pour tous les prédateurs, et parce qu'il se nourrit aussi sur le sédiments et d'animaux filteurs, sa chair peut être polluée par des pesticides , des organochlorés tels que les PCB et divers éléments traces métalliques toxiques (cadmium, plomb, mercure, arsernic et chrome...[48], voire des radionucléides[49],[50] ;
D'après une étude faite dans le bassin du Po (Italie du Nord) de 2007 à 2009 chez cette espèce, le mercure (Hg) est souvent le contaminant le plus problématique[51] ; il est surtout retrouvé dans la chair (muscles) et le foie, le cadmium (Cd) dans le rein, le pomb (Pb) à la fois dans les branchies, le foie et la chair, alors que le chrome est plus spécifiquement fixé dans les branchies et le foie[51]. Dans ces cas le mercure dépassait les niveaux maximaux (ML) de 0,5 ppm dans 18% des échantillons, alors que le Pb et le Cd ne dépassaient pas les normes européenne[52] dans les tissus musculaires[51]. Les taux les plus élevés de mercure (Hg) étaient dans ces cas corrélées à la proximité d'activités industrielles[51]. Les auteurs considèrent que cette espèces ne répond pas dans ce contexte aux normes et recommandations de consommation humaine et que de manière générale « une surveillance étroite de la pollution par les métaux est fortement recommandée, en particulier dans les poissons piscivores, à cause leur capacité de bioaccumulation »[51],[50], d'autant que les niveaux d'alerte sont également souvent dépassés pour des toxiques de type PCB[53]. Des résultats similaires ont été obtenus dans le bassin du Danube[54]. Plus le silure est grand et âgé, plus il est susceptible d'avoir bioaccumulé des polluants persistants[50].

Une étude récente (2017) a porté sur la composition biochimique de ses œufs, concluant qu'ils pourraient avoir (en raison de leur teneur en phospholipides et en acides gras polyinsaturés ω3 une certaine valeur nutritionnelle comme possible complément alimentaire, qui serait à confirmer par des analyses plus poussées [55], notamment car ses œufs pourraient être contaminés par des polluants organiques persistants liposolubles ou d'autres polluants.

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Statut invasif du silure glane sur le site de l'Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN)
  2. a, b et c Dans le Tarn, d’étonnants poissons se mettent à chasser… le pigeon, par Pierre Barthélémy, « Passeur des sciences », billet du 6 décembre 2012.
  3. a, b, c, d et e Slavík O, Horký P & Wackermannová M (2016) How does agonistic behaviour differ in albino and pigmented fish ?. PeerJ, 4, e1937.
  4. Un monstre de 2,73 m et 130 kg sorti de l'eau : nouveau record du monde !
  5. Jean-Pierre Proteau, Olivier Schlumberger, Pierre Élie, Le silure glane : biologie, écologie, élevage, Éditions Quae, , p. 3 et 21
  6. xxxxxxx https://www.kmae-journal.org/articles/kmae/pdf/2001/01/kmae2001357-36002.pdf
  7. Gaudant P.J (1994), L'ichtyofaune du Pannonien supérieur de Goetzendorf an der Leitha (Basse Autriche). Ann. Naturhist. Mus. Wien , 96 a : 117-131.
  8. Mein P, Méon H, Romaggi J.P, Saùuel E (1983). La vie en Ardèche au Miocène supérieur d'après les documents trouvés dans la carrière de la montagne d'Andance. Nouv. Arch. Mus. Hist. nat. Lyon , fasc. 1 : 37-44
  9. Brana J.Y & Rigaud G (1997). L'influence de l'Homme sur l'expansion du silure en Europe (Silurus glanis ). Mémoire Univ. Lyon (France). 23 p. + annexes
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Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Proteau, Olivier Schlumberger et Pierre Elie, Le silure glane, Quae, , 224 p. (ISBN 978-2-7592-0069-6)
  • Triantafyllidis, A., Krieg, F., Cottin, C., Abatzopoulos, T. J., Triantaphyllidis, C., & Guyomard, R. (2002). Genetic structure and phylogeography of European catfish (Silurus glanis) populations. Molecular Ecology, 11(6), 1039-1055.

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Références taxinomiques[modifier | modifier le code]