Sillon de Talbert

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Sillon de Talbert
Sillon du Talbert (marée basse).JPG
Vue aérienne à marée basse
Géographie
Adresse
Coordonnées
Ville proche
Superficie
18,73 ha[1]
Administration
Type
Catégorie UICN
IV (aire de gestion des habitats ou des espèces)
Identifiant
Création
Administration
Commune de Pleubian
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Le Sillon de Talbert est une flèche littorale à pointe libre formée de galets et de sable situé dans les Côtes-d'Armor sur la commune de Pleubian. Situé à l'extrémité du plateau rocheux que forme la presqu'île de Lézardrieux et encadré par les estuaires du Jaudy à l'ouest et du Trieux à l'est, il se rattache à la côte à la pointe nord-est de la commune, au niveau du hameau de l'Armor Pleubian. Il s'étend vers le nord-est dans la Manche sur environ 3,2 km de long pour une largeur moyenne de 100 m et une hauteur d'environ 10 m.

Cette structure écopaysagère particulière est à la fois un site d'intérêt écologique et une curiosité géologique. Elle est désormais protégée avec la création en 2006 de la Réserve naturelle régionale du Sillon de Talbert qui couvre une superficie de plus de 18 hectares (hors surface couverte par le domaine public maritime).

Vue aérienne à marée haute

Cette langue sableuse et de galets protège également le littoral de l'érosion et des vagues, spécialement durant les grandes marées. Il offre une zone maritime presque toujours calme entre l'est du Sillon et l'île de Bréhat située 5 km au sud-est. La langue est bordée au nord par plusieurs rochers rendant la navigation côtière délicate et auxquels elle était autrefois reliée. À trois kilomètres au nord se trouvent les récifs des Épées de Tréguier sur lesquels est bâti le phare des Héaux de Bréhat marquant l'entrée ouest de la baie de Saint-Brieuc.

Le sillon de Talbert constitue le point continental le plus septentrional de la Bretagne.

Toponyme[modifier | modifier le code]

Talbert a un t final non étymologique et un sens probable Tal Berr, « front court »[2].

Géologie et géomorphologie[modifier | modifier le code]

Lors de la dernière période glaciaire il y a 20 000 ans, le niveau de la mer se situe 120 m plus bas qu'aujourd'hui et la plateforme continentale émergée est soumise aux effets de la gélifraction produisant d'importants volumes de cailloux. Lors de la déglaciation entre 12 000 et 6 000 ans BP, l'élévation du niveau de la mer permet aux vagues de remobiliser les cailloux, les émoussant en galets, phénomène favorisé « par la présence de hauts-fonds dans une zone où les courants de marée atteignent une intensité exceptionnelle et où les vagues incessantes balayent le fond rocheux[3] ». Il y a 6 000 ans, lorsque le mouvement de transgression marine holocène connaît un net ralentissement, des chicots rocheux qui accidentent aujourd'hui l'avant-côte offrent des points d'appui stables sur lesquels s'accrochent ces galets formant différents cordons littoraux. La mer fait progressivement reculer ces cordons qui se réunissent par coalescence pour former le Sillon de Talbert qui s'accroche au large à l'archipel d'Ollone au large. Ce sillon recule en moyenne de un à trois mètre par an vers le Sud-Est depuis le XVIIIe siècle, période qui voit la formation d'une brèche de 200 à 300 m de long, probablement ouverte à l'occasion d'une tempête et entretenue, par la suite, par les courants de marée. Cette brèche a ainsi transformé ce cordon en une flèche littorale à pointe libre. Depuis 1962 il connaît des ruptures ou des submersions qui inquiètent les riverains de la côte qu'il abrite des houles du large, ce qui incite le Syndicat mixte pour la sauvegarde du Sillon de Talbert, gestionnaire du site depuis 1969, à entreprendre des travaux de fixation du sillon (épi du Chouk construit en 1974, enrochements, reprofilage)[4], [5]. Ces travaux échouent, ce qui conduit le Conservatoire du littoral, gestionnaire du site depuis 2001, à procéder à des interventions ponctuelles (suppression d'enrochements qui sont broyés sur place pour reboucher les brèches et être positionnés en cordons parallèles sur le revers du Sillon[5], mise en place d'un cheminement balisé dans la partie basale du cordon dunaire afin de permettre le rétablissement de la végétation fixatrice). En 2005, le Conservatoire confie à la commune de Pleubian la gestion du site, cette dernière poursuivant la tentative de rendre au Sillon un aspect et un fonctionnement naturels[6].

Ce cordon littoral d'une largeur moyenne de 100 m et d'une hauteur variant de 10 à 14 m, est constitué d'un mélange de sable, de gravier et de galets, en proportion variable selon les secteurs, dont le volume est estimé à 1,23 millions de m3. Les galets qui restent encore sur la plate-forme littorale rocheuse (constituée de la granodiorite de Talbert et plus au large de la microgranodiorite de Pleubian)[7] migrent vers le Sillon, créant au passage des queues de comète abritées derrière chacun des îlots[8].

La composition pétrographique du Sillon de Talbert révèle que les galets sont constitués essentiellement de roches magmatiques et filoniennes d'origine locale (71 % de microgranite, 19 % de granite et 3 % de dolérite), les 4 % de roches volcaniques (rhyolite, tuf, trachyte) et 3 % de roches sédimentaires (grès, quartzite et quelques rognons de silex)[9].

Le suivi topo-morphologique et morpho-sédimentaire du sillon depuis 2003 montre une alternance de secteurs en érosion et de secteurs en accrétion, des phases d'exhaussement et/ou abaissement de la dune et de la crête[10].

Réserve naturelle[modifier | modifier le code]

Périmètre de la réserve naturelle.
Article général Pour des articles plus généraux, voir réserve naturelle et réserve naturelle régionale.

La Réserve naturelle régionale du Sillon de Talbert (RNR 182) est une réserve naturelle régionale (RNR) de la région Bretagne. Elle couvre une superficie de plus de 18 hectares et n'a une emprise foncière que sur une seule commune, Pleubian (surface couverte par le domaine public maritime non connue).

Histoire du site et de la réserve[modifier | modifier le code]

Les galets du sillon de Talbert ont été utilisés pendant des siècles comme matériau de construction jusqu'à ce qu'un arrêté préfectoral du 17 mai 1907 en arrête l'exploitation[11].

Le Sillon de Talbert fait partie intégrante du site inscrit « Littoral entre Penvénan et Plouha », fixé par l’arrêté ministériel du 25 février 1974[12].

Cette formation de galets dite « sillon » constitue un habitat rare et même exceptionnel en Europe, ce qui explique son classement dans le réseau Natura 2000 en 1998. Il est actuellement en cours de protection et restauration et a été classé en réserve naturelle régionale le 21 décembre 2006[13].

Écologie (biodiversité, intérêt écopaysager)[modifier | modifier le code]

Le sillon de Talbert

Flore[modifier | modifier le code]

Le sillon de Talbert présente un intérêt botanique et comprend deux ensembles végétaux différents : une végétation dunaire à la base du sillon et une végétation spécialisée plus en avant du site. Parmi la végétation dunaire on trouve trois groupements végétaux classiques des côtes sableuses du littoral nord breton, l’Atriplicetum arenariae, l’Euphorbio-Agropyretum juncei, l’Euphorbio-Ammophiletum arenariae. On dénombre aussi la renouée de Ray (espèce protégée au niveau national) et le chardon bleu (espèce protégée au niveau régional)[14].

La végétation spécialisée se compose notamment de chou marin, aussi appelé crambe maritime, une espèce botanique protégée au niveau national et régional[15] qui recouvrait autrefois une partie du Sillon de Talbert.

Les eaux entourant le sillon possèdent une forte diversité d'algues en raison de la présence d'une mosaïque d'habitats (vaste platier rocheux en mode exposé ou abrité, soumis à l'action érosive des vagues qui modèle un tracé général à très forte variabilité topographique offrant des biotopes protégés, crevasses, surplombs, dessous de blocs, cuvettes permanentes…). Environ 400 espèces différentes y sont recensées, ce qui en fait le plus grand champs d'algues d'Europe[16].

Faune[modifier | modifier le code]

Le sillon est situé sur un couloir de migration des oiseaux d'importance majeure pour l'Europe de l'Ouest. 82 espèces, essentiellement des oiseaux marins et limicoles, ont été recensées à l'intérieur du périmètre de la réserve naturelle qui sert d'étape et reposoir de marée haute mais aussi de site de nidification pour un grand nombre d'oiseaux migrateurs et en particulier pour 4 espèces remarquables : la Sterne naine (un des 2 seuls sites en Bretagne), la Sterne pierregarin, le Grand gravelot et le Gravelot à collier interrompu[17].

Mais il est également possible d'observer (et écouter) pipits maritimes et farlouses, alouettes, huîtriers-pie et courlis[18].

Administration, Plan de gestion, règlement..[modifier | modifier le code]

La réserve naturelle est gérée par la commune de Pleubian.

Outils et statut juridique[modifier | modifier le code]

La réserve naturelle a été créée par une délibération du Conseil régional du [19]. Le classement en RNR a été renouvelé le pour une durée de 10 ans reconductible[20].

Intérêt touristique[modifier | modifier le code]

Il est lié à l'intérêt géomorphologique du site et à son intérêt écologique, mais une fréquentation importante du site peut nuire à la fréquentation des oiseaux et à la flore particulière qui s'y développe ou pourrait s'y développer. On estime à 80 % la végétation spécifique de la dune qui a disparu depuis 40 ans, en grande partie à cause du piétinement[21]. C'est d'ailleurs pour protéger le site que les chiens doivent être tenus en laisse et qu'ils sont même interdits du 15 avril au 1er août, au plus fort de la période de reproduction des oiseaux.

Il faut compter environ une bonne heure pour atteindre l'extrémité du sillon. Il peut être parcouru à tout moment de la marée comme il n'est jamais recouvert par la mer.

Galerie de photo[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Muséum national d'Histoire naturelle, « Sillon de Talbert (FR9300002) », sur Inventaire national du Patrimoine naturel, (consulté le 7 janvier 2014)
  2. Jean-Yves Le Moing, Noms de lieux de Bretagne, Bonneton, (lire en ligne), p. 133.
  3. Bruno Cabanis, Découverte géologique de la Bretagne, Cid éditions, , p. 14.
  4. Jean-Pierre Pinot, « Fixer le plan ou gérer le profil : l'exemple du Sillon du Talbert », Cahiers Nantais, nos 41-42,‎ , p. 307-316.
  5. a et b Ce rebouchage favorise l'alimentation du Sillon en matériaux grossiers dans sa migration vers le sud est.
  6. [PDF] Thomas Cosson, Pierre Stéphan (Géologie), Dominique Halleux, Julien Houron, Réserve Naturelle Régionale du Sillon de Talbert. Plan de gestion 2009-2014, septembre 2009, p. 20-21
  7. Carte géologique et géomorphologique du Sillon de Talbert
  8. Alain Croix, Jean-Yves Veillard, Dictionnaire du patrimoine breton, Apogée, , p. 927.
  9. Valérie Morel, « De la géomorphologie à la gestion des cordons de galets littoraux du bassin de la Manche et de ses abords : étude de cas (Bretagne, Haute-Normandie, Picardie, Sud Angleterre) et réflexions générales », thèse de 3ème cycle, Université de Bretagne Occidentale, 1997, 286 p.
  10. Bernard Fichaut, Pierre Stéphan, Serge Suanez, Emmanuel Blaise. Rapport sur le suivi morphosédimentaire du sillon de Talbert pour l’année 2013. [Rapport de recherche] LETG-Brest UMR 6554 CNRS; Université de Bretagne Occidentale (UBO). 2013, 24 p.
  11. Thomas Cosson, op. cit., p.16
  12. Thomas Cosson, op. cit., p.29
  13. Thomas Cosson, op. cit., p.25
  14. Jean-Marie Géhu, Un site célèbre de la côte Nord bretonne : Le Sillon de Talbert (C.-d.N.), Observations phytosociologiques et écologiques, Laboratoire Maritime de Dinard, fascicule n°46, 160, p.93-115
  15. « Sillon de Talbert », sur Réserves Naturelles de France, (consulté le 15 août 2014).
  16. Stéphanie Allanioux, « Une gestion durable pour l’archipel d’Ollone et les usages présents sur le sillon de Talbert à Pleubian (Côtes-d’Armor) », Rapport de stage de maîtrise d’Aménagement et de Développement Territorial, Centres d’Etudes Supérieures d’Aménagement - Tours, 2000, 75 p.
  17. Thomas Cosson, op. cit., p.75
  18. http://www.presquile-de-lezardrieux.com/index.php3?codepage=520.
  19. [PDF] « Classement de la Réserve naturelle régionale du Sillon de Talbert », sur Dréal Bretagne
  20. [PDF] « Renouvellement de classement des réserves naturelles régionales du Sillon de Talbert et du marais de Sougéal », sur RNF
  21. « Office de Tourisme Presqu'île de Lézardrieux - Sillon de Talbert », sur http://www.presquile-de-lezardrieux.com, (consulté le 22 août 2014).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • BEAULIEU (F. de). « Le sillon de Talbert », ArMen, n° 112, 2000.
  • STÉPHAN P., SUANEZ S., FICHAUT B. (2010) - « Franchissement et recul des cordons de galets par rollover. Impact de la tempête du 10 mars 2008 dans l'évolution récent du sillon de Talbert (Côtes-d'Armor, Bretagne) », Norois, n° 215, p. 59-75.
  • STÉPHAN P., SUANEZ S., FICHAUT B. (2012) - « Long-term morphodynamic evolution of the Sillon de Talbert gravel barrier (Brittany, France) », Shore & Beach, vol. 80, n° 1, p. 19-36.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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