Sigrid Hunke

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Sigrid Hunke
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Sigrid Hunke (Kiel, le [1] - Hambourg, le ) était une historienne des religions et écrivain allemande, spécialisée dans l'étude des religions, ainsi que théoricienne de l'Universalisme unitarien[2]. Ayant adopté les idées nazies, elle a travaillé pour l'Ahnenerbe avant de se faire connaître pour ses ouvrages sur la civilisation islamique et sur le néopaganisme[3] dont elle était partisane[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Sigrid Hunke naquit à Kiel le . À partir de 1934, elle étudia la psychologie, la philosophie et les sciences des religions notamment auprès de Martin Heidegger et Karlfried Graf Dürckheim[1],[5]. Elle milita à l'Union des étudiants nationaux-socialistes allemands (NSDS) avant de s'inscrire au Parti national-socialiste (NSDAP) le [5]. Elle collabora aux recherches menées par l'Ahnenerbe et donna des articles à sa revue Germanien. En 1941, elle passa son Doctorat à la faculté de Philosophie de l'Université de Berlin sous la supervision de l'islamologue Ludwig Ferdinand Clauss[1]. Ce dernier était par ailleurs un des promoteurs des théories raciales que Sigrid Hunke fit siennes dans sa thèse[1] et par la suite bien qu'avec discrétion[5]. En 1942, elle épousa le diplomate Peter H. Schulze et ensemble, ils vécurent à Tanger jusqu'en 1944[1].

Dans les années 1950, elle devint une idéologue des Unitariens allemands[1] et assura durant douze ans, de 1971 à 1983, la vice-présidence de leur communauté, la "Deutsche Unitarier Religionsgemeinschaft" (DUR)[6]. C'est en 1960 qu'elle publia les deux ouvrages qui la rendront célèbre : Allahs Sonne über dem Abendland (Le Soleil d'Allah brille sur l'Occident) et Europas eigene Religion (La Vraie Religion de l'Europe)[1]. Depuis le milieu des années 1970, elle est connue en Allemagne comme la principale théoricienne du courant unitarien[2]. En 1989, avec la minorité de tendance völkisch, elle fait sécession pour fonder la Bund Deutscher Unitarier, Religionsgemeinschaft europäischen Geistes (BDU). À partir de 1986, Hunke participe régulièrement au Séminaire de Thulé (de), fondé par Pierre Krebs à Kassel ; elle publie dans la revue Elemente (de).

Œuvres et thèses[modifier | modifier le code]

Deux thèmes sous-tendent l'œuvre de Sigrid Hunke : la promotion d'un nouveau paganisme (avec son corollaire l'anti-christianisme) et le philoarabisme.

Le Soleil d'Allah brille sur l'Occident[modifier | modifier le code]

Hunke est connue pour ses travaux traitant de l'influence de l'islam sur les valeurs occidentales[réf. nécessaire] et les apports de la civilisation islamique à l'Occident[7], comme le sextant, la psychanalyse, la chimie, la physique, et les mathématiques. Elle explique dans son ouvrage Le soleil d'Allah brille sur l'Occident (Allahs Sonne über dem Abendland) que, selon elle, l'influence du monde arabe sur l'Occident fut la première étape de la libéralisation de la chrétienté en Europe et que le monde arabe a définitivement fait entrer l'Occident dans la démocratie, la science et les valeurs spirituelles[réf. nécessaire]. En outre, elle met en lumière les voies par lesquelles les arts, la culture et les sciences de la civilisation islamique viennent nourrir la Renaissance[8]. Sur le plan astronomique, elle décrit méticuleusement les instruments de mesure arabes et leurs améliorations ayant transité par la suite en Occident[9]. L'ouvrage se termine sur un appel à la reconnaissance mutuelle entre monde occidental et oriental :

« La haine religieuse et l'intolérance ont toujours été les pires conseillères des peuples, leur fomentation l'ennemi de toute vie et de tout progrès. Que les peuples ne puissent, au contraire, atteindre leur plus grand épanouissement sans des échanges et une considération réciproque, sans l'ouverture de toutes leurs frontières et une amicale concurrence, voilà ce que ne manque pas de confirmer l'histoire étrange (marquée à la fois par la répulsion et l'attirance, l'hostilité et l'envoûtement) des relations entre le monde musulman et l'Occident, relations, qui en dépit de la méfiance et de la haine ont été pour l'univers un immense bienfait[10]. »

Son écrit est traduit dans plusieurs langues, dont le français, et a été republié par Albin Michel à plusieurs reprises[2].

Selon le militaire Pierre Marie Gallois, Sigrid Hunke s'est employée « avec une très grande érudition à mettre en évidence l'apport des Arabes à la civilisation »[11]. Pour l'anthropologue Jean-Marc Ela, l'ouvrage, en mettant en avant les apports arabo-musulmans, vient souligner la mémoire sélective de l'Occident : « L'Occident se reconnaît dans son héritage gréco-romain et judéo-chrétien. Mais que sait-il de l'apport musulman ? »[12]. L'historien Sylvain Gouguenheim dans son livre Aristote au Mont St Michel se livre, lui, à une critique de l'ouvrage de Sigrid Hunke: « L’ouvrage mériterait d’être étudié page par page tant il déforme les faits, ment par omission, extrapole sans justifications et recourt au besoin à la tradition ésotérique »[13].

La Vraie Religion de l'Europe[modifier | modifier le code]

Dans cet ouvrage, Hunke développe la thèse de la survivance du paganisme en Occident à travers les diverses hérésies du christianisme dont elle analyse les convergences[3].

Selon le philosophe Alain de Benoist dans Comment peut-on être païen ? :

« dans ces convergences, elle (Sigrid Hunke) a su lire une continuité spirituelle exprimant les lignes de force d'une « religion de l'Europe » — la vraie religion de l'Europe —, une religion qui apparaît dès la fin du IVe siècle avec Pélage, qui réapparaît au IXe siècle avec Scot Erigène, qui se poursuit au XVIe siècle avec Maître Eckhart et ses disciples... et dont les héritiers, à des titres divers, sont aussi bien Érasme et Léonard de Vinci que Henry More, Shaftesbury, l'essentiel du mouvement romantique et idéalisme allemand, Goethe, Kant, Fichte, Schelling, Schleiermacher et Herder, les Russes Théophane et Berdiaev, les Français Teilhard de Chardin et Saint-Exupéry, etc.

Chez la plupart de ces auteurs on retrouve en effet, portés au plus haut niveau, certains thèmes fondamentaux de la pensée païenne telle que nous nous sommes efforcés de la définir jusqu'à présent : en premier lieu l'unité transcendantale du cosmos, la continuité entre Dieu (ou les dieux) et le monde - un monde dont l'être est parfait mais non immobile, qui est le lieu d'un devenir permanent en toutes directions ; un Dieu qui rend le fini lui-même infini, qui conduit à penser l'espace et le temps comme infinis[14]. »

Pour Hunke, l'Europe doit se défaire du christianisme, religion orientale qui a séparé l'homme de Dieu. La vraie religion de l'Europe lui permettra de retrouver l'Unité et l'harmonie qui régnaient avant la christianisation[15].

Œuvres[modifier | modifier le code]

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Seuls deux ouvrages ont été traduits en français. Pour les autres est donnée, en commentaire, une traduction approximative en français du titre original en allemand.

  • (de) Sigrid Hunke, Schulungsbrief ,,Rassenseelenkunde",
    Article court, dont le titre peut être approximativement traduit, en français, par « Lettre de formation : psychologie de la race ».
  • (de) Sigrid Hunke, Herkunft und Wirkung fremder Vorbilder auf den deutschen Menschen, Berlin, , 173 p. (DNB 571404588)
    Mémoire de philosophie dactylographié, Université de Berlin. Traduction approximative du titre en français : « Origine et effet des modèles étrangers sur le peuple allemand ».
  • (de) Sigrid Hunke, Am Anfang waren Mann und Frau : Vorbilder und Wandlungen der Geschlechterbeziehungen, Hamm, Grote, , 312 p. (DNB 452145139)
    Traduction approximative du titre en français : « Au commencement, les hommes et les femmes : les modèles de rôle et les relations entre les sexes ».
  • (de) Sigrid Hunke, Allahs Sonne über dem Abendland - Unser arabisches Erbe, Stuttgart, Deutsche Verlags-Anstalt, , 375 p. (DNB 452145155)
(fr) Sigrid Hunke (trad. Solange et Georges de Lalène), Le Soleil d'Allah brille sur l'Occident : notre héritage arabe [« Allahs Sonne über dem Abendland, unser arabisches Erbe »], Paris, , 405 p. (notice BnF no FRBNF33046824)
(fr) Sigrid Hunke (trad. Solange et Georges de Lalène), Le Soleil d'Allah brille sur l'Occident : notre héritage arabe [« Allahs Sonne über dem Abendland, unser arabisches Erbe »], Paris, Albin Michel, coll. « Espaces libres » (no 76), , 414 p. (ISBN 2-226-09358-3, notice BnF no FRBNF36168972)
  • (de) Sigrid Hunke, Das Reich ist tot - es lebe Europa. Eine europäische Ethik, Hanovre, Pfeiffer, , 192 p. (DNB 452145147)
    Traduction approximative du titre en français : « L'Empire est mort, vive l'Europe ! : Une éthique européenne ».
  • (de) Sigrid Hunke, Europas andere Religion : Die Überwindung der religiösen Krise, Düsseldorf et Vienne, Econ Verlag, , 558 p. (DNB 457042486)
    Traduction approximative du titre en français : « L'Autre religion de l'Europe : le dépassement de la crise religieuse ».
  • (de) Sigrid Hunke, Das Ende des Zwiespalts : Zur Diagnose und Therapie einer kranken Gesellschaft, Bergisch Gladbach, Lübbe, , 245 p. (ISBN 3-7857-0077-6, DNB 720083311)
    Traduction approximative du titre en français : « La fin de la discorde : diagnostic et traitement d'une société malade ».
  • (de) Sigrid Hunke, Das nach-kommunistische Manifest : Der dialektische Unitarismus als Alternative, Stuttgart, , 240 p. (ISBN 3-512-00341-9, DNB 740300466)
    Traduction approximative du titre en français : « Le Manifeste post-communiste : l'unitarisme dialectique comme alternative ».
  • (de) Sigrid Hunke, Kamele auf dem Kaisermantel : Deutsch-arabische Begegnungen seit Karl dem Großen, Stuttgart, Deutsche Verlags-Anstalt, (ISBN 3-421-01744-1, DNB 760225826)
    Traduction approximative du titre en français : « Des chameaux sur le manteau impérial : les rencontres germano-arabes depuis Charlemagne ».
  • (de) Sigrid Hunke, Glauben und Wissen : Die Einheit europäischer Religion und Naturwissenschaft, Düsseldorf, , 306 p. (ISBN 3-430-14897-9, DNB 790313979)
    Traduction approximative du titre en français : « Foi et science : l'unité de la religion et de la science européennes ».
Sigrid Hunke, La vraie religion de l'Europe : La foi des « hérétiques » [« Europas eigene Religion : Der Glaube der Ketzer »], Paris, Le Labyrinthe, coll. « Livre-club du Labyrinthe », , 286 p. (notice BnF no FRBNF36630711)
L'identité du ou des traducteurs en français est absente de la source consultée. Le code ISBN, s'il existe, est inconnu.
  • (de) Sigrid Hunke, Vom Untergang des Abendlandes zum Aufgang Europas : Bewusstseinswandel und Zukunftsperspektiven, Rosenheim, Horizonte-Verlag, , 335 p. (ISBN 3-926116-16-1, DNB 900192593)
    Traduction approximative du titre en français : « De la chute de l'Occident à l'émergence de l'Europe : l'évolution des consciences et les perspectives d'avenir ».
  • (de) Sigrid Hunke, Allah ist ganz anders : Enthüllung von 1001 Vorurteilen über die Araber, Bad König, Goldmann Verlag, , 142 p. (ISBN 3-926116-25-0, DNB 910641846)
    Traduction approximative du titre en français : « Allah est très différent : révélation de 1 001 préjugés sur les Arabes ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Karla Poewe (en), New religions and the Nazis, Routledge, 2006, p. 167.
  2. a, b et c Alain de Benoist, Dernière année : notes pour conclure le siècle, Lausanne, Suisse, Age d'homme, (ISBN 978-2-8251-1494-0, lire en ligne), p. 153.
  3. a et b Ste?phane Franc?ois (préf. Jean-Yves Camus), La musique europaïenne : ethnographie politique d'une subculture de droite, Paris, Harmattan, (ISBN 9782296015913, lire en ligne), p. 38.
  4. Stéphane François, « The gods looked down : la musique "industrielle" et le paganisme », Sociétés 2/2005 (no 88), p. 109-124.
  5. a, b et c Horst Junginger, Sigrid Hunke: Europe's New Religion and its Old Stereotypes, Université de Tübingen.
  6. « Hommage à Sigrid Hunke (1913-1999) », Propos recueillis par Bernhard Bühler, Nouvelles de Synergies européennes, no 42, septembre-octobre 1999, p. 15.
  7. Thierry Mudry, Guerre de religions dans les Balkans, Paris, Ellipses, coll. « Référence géopolitique », (ISBN 978-2-7298-1404-5), p. 158.
  8. Anne-Lise Polo, La nef marrane : essai sur le retour du judaïsme aux portes de l'Occident, PUQ, 2001, p. 15.
  9. Michel Quitout (dir.), Les langues orales dans les pays méditerranéens : situation, enseignement & recherche, Paris, L' Harmattan, coll. « La Revue Des Deux Rives », (ISBN 978-2-7475-0750-9, lire en ligne), p. 128.
  10. Sigrid Hunke (trad. Solange de Lalène et Georges de Lalène), Le Soleil d'Allah brille sur l'Occident : notre héritage arabe, Paris, Albin Michel, coll. « Espaces libres », (ISBN 978-2-2260-9358-5), p. 389-390.
  11. Pierre-Marie Gallois, Le sang du pétrole. essai de géopolitique, vol. 2, Lausanne, Suisse, L'Age d'homme, (ISBN 978-2-8251-0727-0), partie 116.
  12. Jean-Marc Ela, L'Afrique à l'ère du savoir : science, société et pouvoir, Éditions L'Harmattan, 2006 (ISBN 978-2-2961-6123-8), p. 37.
  13. http://philo.pourtous.free.fr/Articles/A.Perrin/medievisteetinquisiteurs.htm#_edn22
  14. (en) Alain de Benoist, Comment peut-on être païen, Paris, A. Michel, (ISBN 978-2-2260-1175-6), p. 241-242.
  15. Sigrid Hunke, La vraie religion de l'Europe. La foi des « hérétiques », (1983), éd. Livre-club du Labyrinthe, 1985, p. 250, 274, 277

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