Signe de piste (collection)

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Signe de piste est une collection française de romans pour la jeunesse créée en 1937 par les éditions Alsatia. Elle connaît alors un large succès. Elle est reprise par d'autres maisons à partir des années 1970.

Le scoutisme et le catholicisme forment, au moins jusqu'aux années 1970, le substrat essentiel des thématiques abordées, dans une approche fréquemment qualifiée de réactionnaire[1].

Historique[modifier | modifier le code]

La collection est créée en 1937, par Jacques Michel (pseudonyme de Maurice de Lansaye, commissaire Scout de France et directeur de la collection « Feu de camp » aux éditions J. de Gigord de 1930 à 1936) et par Madeleine Gilleron. À l'origine, elle rassemble principalement des romans scouts. Les premiers volumes parus sont : Sous le Signe de la tortue de Georges Cerbelaud-Salagnac, Le Bracelet de vermeil, premier volume de la saga du Prince Éric de Serge Dalens et Le Tigre et sa panthère de Guy de Larigaudie. La Bande des Ayacks de Jean-Louis Foncine y est publié en 1938.

Dès le début, l'illustrateur Pierre Joubert accompagne la création[2] et en désigne notamment le logo. Il a dessiné environ 50 % des couvertures de la collection. Par le volume et la renommée, Michel Gourlier est le second « grand illustrateur » de cette collection. Mais il faut citer également Igor et Cyril Arnstam, Robert Gaulier ou René Follet.

Sous l'occupation, l'esprit et l'idéologie du régime de Vichy imprègnent fortement la collection. Serge Dalens annonce en 1941 travailler à un essai, Les trois destins du Maréchal, afin de défendre, selon lui, un chef « que l'on dit vendu parce qu'il s'est donné ». La collection rencontre alors un large succès[2].

La collection est dirigée à partir de 1954 par Jean-Louis Foncine et Serge Dalens.

En 1957, sont créées les collections "Prince Eric" à destination des plus jeunes et "Rubans noirs" pour les ainés.

Cette littérature de jeunesse a eu un très gros succès dans les années 1950 à 1970 dans le cadre des éditions Alsatia. Les ventes atteignent 370 000 exemplaires en 1957[3]. Les tirages du « Prince Eric », de Serge Dalens dépassent, sur le long terme, les deux millions cinq cent mille exemplaires[3].

À la fin des années 1970, François Chagneau[4] en devient le patron avec comme directeur littéraire Alain Gout et la collection est renommée "Safari-Signe de Piste".

Après le succès du Safari-Signe de Piste (1971-1974), l'engouement n'est plus le même auprès du grand public et la collection souffre du désintérêt ou du manque de moyen de ses repreneurs successifs. La collection cherche à se relancer via un petit éditeur, EPI, en créant le « Nouveau Signe de Piste ». Mais ce fut un échec à cause de la volonté des représentants de Hachette qui assurait la diffusion en librairie, lesquels dirigeants préféraient privilégier leurs propres collections.

En 1979 La collection passe chez Desclée de Brouwer (DDB).

En 1983 elle est reprise par Bégédis diffusion qui lui redonne du succès via sa maison d'édition de l'Epi[5], puis par les éditions Universitaires qui appartiennent au groupe.

En 1987 La collection passera au groupe Media Participation[6] en reprenant le nom "Signe de Piste" d'abord via sa maison d'édition Proost en 1991, puis sa maison d'édition Fleurus[7].

En 2003 la collection passe aux édition Carnot qui n'en édite pas[7].

Depuis 2007 la collection est reprise par les éditions Delahaye[8] et de nouveau éditée sous le nom "Signe de Piste" et l'abréviation "S2P".

En 1977, Alain Poher, Président du Sénat, remet à la collection « Signe de piste », représentée par ses directeurs Serge Dalens et Jean-Louis Foncine, la Minerve d'Or de la Société d'Encouragement au Bien[réf. souhaitée].

Positionnement et thématique[modifier | modifier le code]

La collection présente une thématique tournant autour de l'amitié, la virilité et l'ordre établi[9]. Au début de la collection le roman Scout y tient une part importante, mais la collection prend aussi en compte les « préoccupations des adolescents au delà du scoutisme »[10]. Au fil des ans les nouvelles publications s'éloignent de la thématique scoute et la science fiction y fait son apparition[7],[9]. Elle continue d'exister en rééditant ses succès et des romans plus modernes[10].

La thématique objet de polémiques[modifier | modifier le code]

Dans les années 60, Signe de piste se retrouve au cœur d'une polémique. La collection est contestée par les milieux catholiques comme laïcs, en raison de sa conception traditionaliste de l’histoire, comme de la place qu'elle accorde à la notion de hiérarchie[11]. Les Scouts de France rappellent n'avoir aucun lien avec la collection.

Au début des années 70 et pendant plusieurs décennies, la collection initiale (1937-1970) fait l'objet de nombreuses contestations[9].

Des tentatives régulières de récupération de cette collection ont aussi eu lieu par des mouvements traditionalistes ou d'extrême-droite sous prétexte de scoutisme[12]. Marie-José Chombart de Lauwe indique que, si le fondateur de la collection, Serge Dalens, devient ultérieurement membre du comité central du Front national, la collection Signe de Piste « a été longtemps considérée, à tort, comme une collection scoute »[12].

Elle est aussi attaquée par les mouvements de gauche et présentée dans Combat du comme « dangereuse pour les enfants parce qu'elle ne s'affirme pas pour ce qu'elle est en réalité : une littérature d'extrême-droite, et qu'elle noie son idéologie sous de pseudo-bons sentiments, pensant, à travers cet amalgame, faire passer naturellement tous les éléments que nous avons brièvement analysés ici : passéisme, élitisme, culte du chef, critique de la démocratie, racisme et xénophobie, bonne conscience de la civilisation de l'Occident, anti-féminisme, etc. »[13],[3]. Le 10 novembre 1972, dans le même journal, l'écrivain Gabriel Matzneff écrit une tribune libre contre cet article décrivant les griefs des auteurs comme étant d'un ton sectaire, stalinien dans un jargon proprement marxiste, tous faux et sans fondements et il y contredit les griefs[14].

Pascal Ory indique pour cette période que le corpus de la collection témoigne « d'un projet politique foncièrement "réactionnaire" », valorisant le passéisme et la nostalgie. Il identifie une idéologie de la collection qui serait toute féodaliste. Ainsi, « malgré son nimbe religieux, sa principale préoccupation est d'ordre social ; elle tient dans la relation hiérarchique, de suzerain à vassal, qui structure son imaginaire, dans la méfiance atavique qui l'anime à l'égard de la démocratie »[15].

Christian Guérin indique aussi pour cette période que les romans de la collection, « centrés sur l'homme occidental, [...] exaltent l'œuvre coloniale et scientifique de l'Europe lorsqu'ils n'illustrent pas les vertus d'une société d'ordre, patriarcale et hiérarchisée, où la vertu, le travail (et la piété souvent) sont justement récompensés tandis que les velléités contestataires sont vilipendées »[16]. Le scoutisme et le catholicisme forment le substrat essentiel des thématiques abordées[17].

Le héros type, très majoritairement un jeune garçon, de la beauté adolescente d'un kouros, est un noble dans la moitié des romans : « c'est bien là l'une des caractéristiques principales des romans de la collection : l'aventure y est soit proprement aristocratique, soit élitiste »[n 1],[17]. Il incarne une jeunesse positive, par opposition au monde adulte forcément dévoyé, celui de la ville, et d'une « république ploutocratique, parlementaire et cosmopolite »[18].

La collection doit ainsi une part importante de son succès au fait qu'elle propose, à travers ses récits initiatiques propres à enthousiasmer de jeunes adolescents, un univers clos, parfois autoréférentiel, une bulle de l'imaginaire affirmant l'opposition au réel[19].

Les images de Joubert et Gourlier, d'accès facile, proposent un miroir aux jeunes garçons invités à s'identifier au héros : « l'illustration exalte [...] glorieusement le corps masculin adolescent », dans une sensualité qui culmine dans la représentation habituelle du couple de garçons, à l'érotisme omniprésent, quoique « neutralisé » par l'uniforme, la loi, la discipline et les valeurs[n 2],[20]. Il peut se nuancer de sado-masochisme[21]. La place des filles dans l'illustration est restreinte, stéréotypée (écervelée et gentille), et « lorsqu'elle est laide, tout comme le garçon, c'est alors qu'elle manifeste un mal répréhensible : elle aguiche, elle divertit l'intimité mâle en menaçant son épanouissement »[21].

Auteurs et illustrateurs[modifier | modifier le code]

Les principaux auteurs de Signe de piste sont : Serge Dalens, Jean-Louis Foncine, Georges Ferney, Pierre Labat, Bruno Saint-Hill dont les livres ont été réédités par les éditions Fleurus, puis par les éditions : Delahaye, Elor, du Triomphe, de la Licorne ou Téqui.

Des journalistes comme Bertrand Poirot-Delpech (Portés disparus, sous le pseudonyme de Bertrand Mézière) ou des artistes comme Philippe Avron (Le Coup d'envoi, Patrouille ardente) y publièrent leurs premiers romans.

Collections[modifier | modifier le code]

La collection originale en 1937 est créée par Alsatia sous le nom Signe de Piste qui s'adresse principalement aux adolescents. Au départ les romans n'étaient pas numérotés, mais ils le seront par la suite.

Avec son succès des collection sœurs vont apparaitre chez Alsatia avec différents noms tel que Signe de Piste Junior qui cible un publique plus jeunes, Rubans Noirs qui cible un publique plus âgés, la Collection Joyeuse plus féminine qui s’adresse aux guides, la collection La croix potencée une collection scoute, ou encore les recueils La Fusée régulièrements édités sous les différentes appellations de la collection, juqu'à la collection Nouveau Signe de Piste chez l'éditeur EPI. Des romans de ses différentes collections sœurs seront aussi édités ou réédités dans les collections Signe de Piste et inversement. La collection a aussi existé en Allemand sous le nom Spur Bücher.

A partir de 1971 toujours édité par Alsatia, la collection change de nom pour s’appeler Safari Signe de piste, le logo est remanié et la numérotation des romans repasse à un.

En 1978 les éditions EPI changent le nom en Nouveau Signe de piste, le logo est remanié et la numérotation repasse de nouveau à un.

Sous les Editions Universitaires en 1986 et à partir du n°126 la collection redevient Signe de Piste en gardant la numérotation de la collection Nouveau Signe de Piste. La présentation change aussi : Le logo disparait de la couverture et Signe de Piste apparait en Gros en tête de couverture.

Depuis 1986 la collection conserve le nom Signe de Piste avec différentes présentations et des logos plusieurs fois remaniés.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Christian Guérin indique : « En résumé, le héros « SDP » est un beau garçon, orphelin ou dans la proximité d'un orphelin ; il est titré, ou c'est un « élu » sans qu'il le sache toujours ; il est scout, dans la mouvance du scoutisme ou d'un groupe de pairs organisé comme des scouts, et, dans tous les cas ou presque, il est traversé par un système représentationnel hérité du scoutisme catholique de l'avant et de l'immédiat après-guerre. L'aventure est son espace de réalisation »
  2. Christian Guérin indique : « les illustrations donnent ce couple à voir à travers une large palette de situations qui rythment les développements romanesques : moment de la rencontre, du plaisir partagé de la presque nudité et des sports de plein air, de la confidence, de l'effusion, de la confrontation, de la séparation aussi. L'érotisme est omniprésent : position des corps, figuration des gestes, expression des visages ne peuvent tromper l'observation la moins prévenue ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. Guérin 1993.
  2. a et b Cantier 2019, p. 163.
  3. a b et c Pascal Ory, « "Signe de piste" - le pays perdu de la chevalerie », La Revue des livres pour enfants,‎ , p. 73-74 (lire en ligne)
  4. Pierre Joubert, Souvenirs en vrac, Editions universitaires, , p. 180-181
  5. « Les édition de l'EPI » sur Societe.
  6. Benoît Collombat et David Servenay, Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours : Le vrai visage du capitalisme français, La Découverte, (ISBN 9782707178930), p. 428
  7. a b et c Charline Avrillault, « Signe de Piste » : histoire et analyse d’une collection octogénaire de romans scouts (1937-2020) (Mémoire de Master 2), Enssib, coll. « Mémoires Master "Culture de l'écrit et de l'image" », , 128 p. (présentation en ligne, lire en ligne [PDF])
  8. « Reprise des Signe de Piste édités par les éditeurs précédents », sur Editions Delahaye (consulté le )
  9. a b et c Daniel Compère, Dictionnaire du roman populaire francophone, Nouveau-monde, (ISBN 9782847362695, présentation en ligne), p. 387
  10. a et b Daniel Compère, Dictionnaire du roman populaire francophone, Nouveau-monde, (ISBN 9782847362695, présentation en ligne), p. 401-402
  11. Christian Chelebourg, Les Fictions de jeunesse, Paris, PUF, , 236 p. (ISBN 9782130591849, lire en ligne), p. 22-23
  12. a et b Marie-José Chombart de Lauwe, Vigilance: vieilles traditions extrémistes et droites nouvelles, Editions de l'Atelier, (ISBN 978-2-85139-084-4, lire en ligne), p. 116
  13. Isabelle Jan et Paul Lidsky, « Faux roman scout ? Vrai roman de classe ? », Combat,‎ (lire en ligne)
  14. Gabriel Matzneff, « Signe de Piste », Combat,‎ , p. 1 et 7 (lire en ligne)
  15. Pascal Ory, « Signe de piste, le pays perdu de la chevalerie », La revue des livres pour enfants,‎ , p. 78-79 (lire en ligne)
  16. Guérin 1993, p. 51.
  17. a et b Guérin 1993, p. 53.
  18. Guérin 1993, p. 55.
  19. guérin 1993, p. 55-57.
  20. Guérin 1993, p. 58.
  21. a et b Guérin 1993, p. 59.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nathalie BOITEL, Écrits et chuchotements autour d'une collection pour la jeunesse, Signe de piste, maîtrise, 1991.
  • Laurent Déom, Le Roman scout : Du texte à la réception : Essai de psychosociologie d’un imaginaire littéraire : Dalens, Foncine, Leprince, Valbert, Vauthier (1937-2000), université catholique de Louvain-la-Neuve (thèse de doctorat), 2007.
  • Florence FOURQUIER, Littérature enfantine et idéologie, Safari-Signe de Piste : trente huit ans au service de l'encadrement politique de l'adolescence, mémoire d'IEP, dir Mlle de Luze, IEP de Bordeaux, 1974.
  • Agathe GEORGES-PICOT, Analyse historique de la collection Signe de Piste, maîtrise d'histoire, dir Philippe Levillain, université de Paris X, 1988.
  • Alain Gout, La littérature pour adolescents: analyse de la collection "signe de piste", maîtrise de lettres modernes, université de Paris VIII, 1970.
  • Alain Gout, Signe de piste : Étude structurale et socio-thématique d'une collection de romans pour adolescents, université de Paris VIII (thèse de troisième cycle), 1973.
  • Christian Guerin, Éclaireurs, scouts de France et Signe de piste : histoire d'un système de représentations (1920-1964), Université Paris 10, 1993, 3 vol. (thèse d'Histoire)
  • Christian Guérin, « La collection "signe de piste". Pour une histoire culturelle du scoutisme en France », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, vol. 40,‎ , p. 45–61 (DOI 10.3406/xxs.1993.2999, lire en ligne, consulté le )
  • Michel Menu, Raiders scouts, presses d'Île de France, 1955.
  • Jacques Scheer, Signe de piste et scouts de France, université de Paris VIII (mémoire de maîtrise en sciences de l'éducation), 1983.
  • Charline Avrillault, Le roman scout et le succès de la collection « Signe de Piste » (Mémoire du Master 1), Université de Lyon - Université Lumière Lyon 2, (présentation en ligne)
  • Charline Avrillault, « Signe de Piste » : histoire et analyse d’une collection octogénaire de romans scouts (1937-2020) (Mémoire de Master 2), Université de Lyon - Université Lumière Lyon 2, (présentation en ligne, lire en ligne)
  • Jacques Cantier, Lire sous l'occupation, Paris, CNRS éditions, , 381 p. (ISBN 9782271093325).

Liens externes[modifier | modifier le code]