Siegfried (opéra)

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Siegfried découvre la femme et la peur avec la vision de Brünnhilde endormie. Arthur Rackham

Siegfried est le troisième des quatre drames lyriques qui constituent Der Ring des Nibelungen (L'Anneau du Nibelung ou Tétralogie) de Richard Wagner. La première fut donnée à Bayreuth le sous la direction de Hans Richter[1]'[2].

Personnages[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Personnages du Ring des Nibelungen.

Argument[modifier | modifier le code]

Acte I[modifier | modifier le code]

L'acte s'ouvre sur le Nain Mime qui, réfugié dans la forêt après la déconfiture d'Alberich, frappe sur une enclume pour forger une épée. Siegfried, fils des jumeaux Siegmund et Sieglinde (personnages de la Walkyrie), est son fils adoptif. La force du jeune homme est telle que, si habile forgeron que soit Mime, toutes les épées qu'il a jusqu'à présent forgées pour lui se sont cassées comme du cristal entre ses mains. Cette force inspire Mime. Siegfried est le seul qui puisse terrasser Fafner, le frère de Fasolt, qui s'est transformé en dragon grâce au Tarnhelm, le heaume magique, et qui passe son temps à dormir vautré sur son tas d'or dans sa caverne, Neidhöhl. Fafner mort, Mime espère récupérer le Tarnhelm, l'Anneau et le trésor. Pour cela il tente de reforger Nothung, l'épée de Siegmund brisée par la lance de Wotan (La Walkyrie), mais il utilise tout son art en vain.

Arrive Siegfried, accompagné d'un ours qu'il vient de capturer vivant au cours d'une chasse. Il envoie l'animal attaquer Mime afin que ce dernier se dépêche de lui fournir une nouvelle épée. Sa nouvelle lame en main, Siegfried s'emporte, casse la lame et moleste Mime. Il se gausse de sa médiocrité. Il s'ensuit une violente dispute au cours de laquelle Mime confesse qu'il n'est pas le père de Siegfried et lui révèle ses origines. Siegfried s'en va parcourir le monde en laissant Mime seul et en lui intimant de reforger Notung.

Mime, est en pleine panique quand arrive un voyageur borgne (Wotan, appelé Der Wanderer - le Voyageur - dans tout l'opéra). Ce Voyageur demande refuge auprès de Mime. Une dispute éclate. Mime défie alors le Voyageur, qui lui offre sa tête s'il ne peut pas répondre à trois questions

  1. Quel peuple vit dans les profondeurs de la terre ? Les Nibelungen auxquels appartient Mime.
  2. Quel peuple vit sur la crête du monde ? Les Géants dont viennent Fafner et Fasolt
  3. Quel peuple vit dans les monts célestes ? Les dieux dont Wotan est le maître.

Mime, vaincu, doit accueillir le Voyageur. Ce dernier se venge du mauvais accueil de Mime en lui lançant le même défi avec trois questions :

  1. Quel est le peuple préféré de Wotan bien qu'il soit cruel envers lui ? Les Wälsungen dont sont issus Siegmund, Sieglinde et Siegfried.
  2. Comment Siegfried peut-il tuer Fafner ? Grâce à Nothung.
  3. Comment reforger Nothung ?

Mime ne connaît pas la réponse à la dernière question. Mais Wotan refuse de lui prendre sa tête. Il laisse la destinée de Mime entre les mains de celui qui pourra reforger Nothung. Il s'en va.

Siegfried réapparaît : alors, cette épée ? Qu'il puisse enfin quitter le nabot encombrant. Mais Mime va ruser : « Tu ne peux te lancer à parcourir librement la Terre entière si tu ne connais pas la peur ». C'est une promesse que Mime aurait faite à Sieglinde, sa mère. Siegfried aiguillonné par Mime pense que Fafner pourra lui apprendre la peur. Siegfried reforge avec succès Nothung tandis que Mime prépare une boisson empoisonnée. Il a un nouveau plan, il empoisonnera Siegfried une fois Fafner mort. Il s'emparera ensuite de l'Anneau et du Tarnhelm pour devenir maître du monde. L'acte s'achève sur la joie délirante de Mime d'avoir élaboré un si bon plan, et la destruction de l'enclume de Mime par Siegfried grâce à Nothung.

Acte II[modifier | modifier le code]

Dans les ténèbres de la nuit finissante, près de Neidhöhl, la caverne de Fafner, Alberich guette celui qui s'approche de l'antre de Fafner avec la ferme intention de le tuer. Sa ronde l'amène à croiser le Voyageur. Alberich reconnaît Wotan et lui ordonne de partir, mais le Voyageur reste : il ne fait que passer, observer, et il ne fera rien. Wotan ne peut attaquer Fafner lui-même car par contrat il lui a remis l'Anneau. Alberich lui rappelle la malédiction qui le poursuivra si jamais il touche à l'Anneau. Alberich le soupçonne d'utiliser Siegfried à cette fin. Le Voyageur affirme sa neutralité. Fafner mort, il ne cherchera pas à reprendre l'Anneau.

Mais le jeune homme, poursuit le Voyageur, est accompagné de Mime qui a également des vues sur l'Anneau. Le Voyageur réveille ensuite Fafner et titille Alberich. S'il parvient à convaincre Fafner de lui céder l'Anneau, il doublera Mime. Mais Fafner refuse, malgré les avertissements d'Alberich, de rendre l'Anneau. Il a seulement aiguisé son appétit. Fafner retourne ensuite se coucher. Le Voyageur, satisfait et goguenard, s'en va en confiant à Alberich que seuls Mime et lui sont en concurrence pour l'Anneau.

Le jour s'est levé, Mime et Siegfried arrivent à Neidhöhl. Siegfried, abandonné par Mime, s'extasie sur la beauté environnante. En essayant d'attirer un oiseau, il réveille Fafner. Chacun défie l'autre, le combat s'engage et Siegfried vainc Fafner en lui fichant Nothung dans la poitrine . Fafner agonisant conte sa vie : le dernier des Géants, le fratricide... Brûlé à la main par le sang du dragon en reprenant Nothung, Siegfried se lèche les doigts. Subitement, il peut comprendre le chant des oiseaux. L'Oiseau lui parle du Tarnhelm et de l'Anneau. Siegfried entre dans la grotte du dragon.

Mime apparaît, Alberich surgit et lui ordonne de disparaître. Ils se disputent le butin. Mime veut bien lui donner l'Anneau s'il garde le Tarnhelm. Alberich veut tout garder pour lui.

Leur querelle est interrompue par Siegfried qui a pris les deux objets convoités. L'Oiseau lui dit de se méfier de Mime. Alberich reste confiant, la malédiction joue en sa faveur (L'Or du Rhin). Mime félicite le héros pour sa victoire. Il essaye de lui faire boire son poison, mais Siegfried entend le fond de sa pensée au lieu de sa voix et comprend le dessein de Mime grâce au sang bu. Siegfried tue Mime. Caché, Alberich se réjouit. L'Oiseau parle à Siegfried de Brünnhilde qui dort sur un rocher cerné de flammes (La Walkyrie). Siegfried demande à l'Oiseau de lui montrer le chemin. Ils s'en vont.

Acte III[modifier | modifier le code]

Au pied du Rocher de la Walkyrie, Wotan convoque une dernière fois Erda, mais celle-ci ne peut plus l'aider à comprendre le monde. Il décide alors d'accepter et même de souhaiter la fin des dieux.

Guidé par l'Oiseau, Siegfried arrive. Wotan tente de lier conversation, Siegfried lui répond insolemment, Wotan se fâche et tente de lui barrer la route vers le Rocher avec sa lance qui autrefois brisa Nothung. Siegfried abat Nothung sur la lance de son grand-père, elle se brise. Wotan s'efface, les morceaux de sa lance à la main..

Siegfried franchit alors le cercle de feu. Il voit Brünnhilde endormie, la dépouille de son bouclier, de son armure et découvre que « Ce n'est pas un homme ! ». Il est saisi de panique, et pour la première fois il ressent les tremblements de la peur. Mais c'est un jeune homme, ses pulsions lui font surmonter la peur, et après avoir vainement essayé par d'autres moyens, il éveille Brünnhilde d'un baiser. Une passion absolue naît entre la tante et le neveu. Brünnhilde abandonne alors la vie éternelle pour les passions humaines et annonce la fin des dieux.

Mythologie[modifier | modifier le code]

Siegfried est un héros de la mythologie germanique et nordique, tueur du dragon Fafner et amant de la walkyrie Brünnhilde. Victime de la malédiction de l'anneau de Fafner, il meurt à cause de Brünnhilde. « Siegfrid » est le nom germanisé de Sigurdr le Volsungr, et le nain Mime est en fait le pendant germanique du forgeron Reginn.

Analyse[modifier | modifier le code]

Siegfried occupe le centre des trois journées du Ring, prologue non compris. C'est là que l'histoire bascule et que le rapport de forces s'inverse. Alors que la lance de Wotan brisait l'épée de Siegmund dans La Walkyrie, à présent le plus grand des dieux a perdu la volonté qui lui avait permis de conquérir le savoir et le pouvoir. Il n'est plus qu'un « voyageur » qui parcourt le monde au lieu de le gouverner. Sa rencontre avec Siegfried, au milieu du troisième acte, le présente sous un jour pathétique : il se laisse irriter comme un enfant par l'arrogance de Siegfried au point d'essayer de lui barrer le chemin. Tentative vouée à l'échec qui marque sa dernière apparition sur la scène du Ring. Tout au plus l'apercevra-t-on de loin dans les flammes qui consument le Walhalla à la fin du Crépuscule des dieux.

Siegfried, en revanche, incarne la vitalité triomphante de l'humanité naissante. Tandis que Mime échoue avec toute sa maîtrise technique, Siegfried forge l'épée en suivant sa simple intuition. Face à la science d'Erda, privé des conseils de Wotan qui avaient causé la perte de Siegmund, il renverse, ignorant, des obstacles dont il n'a pas compris le sens profond.

Siegfried est un héros mais il est profondément homme. D'abord parce qu'il est sociable. Il n'a que faire des obsessions de Mime ou de Wotan. Ce qu'il cherche en premier lieu, il le répète constamment, c'est un compagnon, quel qu'il soit : d'abord un ours, puis un oiseau. C'est en sortant de la forêt, en quittant cette nature dont il est si proche, qu'il devient authentiquement homme : avec Brünnhilde il découvre à la fois la peur et l'amour. Il la prend même, l'espace d'un instant, pour sa mère. Il ne lui manque plus que l'amitié, qu'il croira découvrir avec Gunther dans le Crépuscule.

Brünnhilde, à l'inverse, quitte le monde des dieux pour rejoindre celui des humains. En aidant Siegmund elle a, dit-elle, « ressenti » les désirs secrets de Wotan. Elle participe à la fin des dieux qu'elle annonce à la fin de l'opéra. Aussi lucide que Wotan, elle fait un choix différent : au lieu de se retirer du monde comme lui, elle décide d'accepter, dans la douleur et l'exaltation, de changer de condition. Non plus divine mais humaine, elle assume une condition aussi basse et une dignité aussi haute que Siegfried.

Siegfried comporte surtout des personnages masculins, remarquablement variés : à l'héroïsme ingénu du héros s'oppose la ruse maléfique de Mime ou la lucidité tragique de Wotan. Cette diversité se retrouve dans la tonalité des scènes. Siegfried aborde tous les genres : conversation, combat héroïque entre Siegfried et le dragon, scène bouffonne au cours de laquelle Mime explique à Siegfried avec la plus grande bienveillance comment il va l'assassiner, grande scène d'amour entre Siegfried et Brünnhilde.

Composition[modifier | modifier le code]

Wagner a élaboré le texte des quatre parties de la Tétralogie à rebours. Siegfried est donc chronologiquement le deuxième livret qu'il a écrit, en 1851 sous sa première forme. Le personnage principal, comme dans le Crépuscule, est encore Siegfried, incarnation de la jeunesse héroïque. Ce n'est que par la suite que Wotan prendra le rôle central de la Tétralogie dans La Walkyrie et dans L'Or du Rhin.

La composition, en revanche, a suivi l'ordre de l'histoire racontée. Il a ainsi entrepris d'écrire la musique de Siegfried en septembre 1856 à Zurich, mais s'est arrêté au cours du deuxième acte pour se consacrer à Tristan et Isolde. Il ne reprend Siegfried qu'en 1864 et surtout en 1869, pour l'achever en 1871. Entre-temps son langage musical s'est profondément enrichi. Les leitmotive s'inscrivent dans le cours d'une harmonie complexe qui exploite la valeur expressive des dissonances.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. François-René Tranchefort, L'Opéra, Éditions du Seuil,‎ 1983, 634 p. (ISBN 2-02-006574-6), p. 278
  2. Dictionnaire de la musique : sous la direction de Marc Vignal, Larousse,‎ 2011, 1516 p. (ISBN 978-2-0358-6059-0), p. 1185

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Peinture[modifier | modifier le code]

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