Si (poème)

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Si
Kipling If (Doubleday 1910).jpg
Informations générales
Titre
Si
Auteur
Création
Publication
Rewards and Fairies (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Date
Type
Poésie lyrique (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Si, en anglais If—, est un poème de Rudyard Kipling, écrit en 1895, et publié en 1910 dans Rewards and Fairies. Il lui a été inspiré par le raid Jameson[1]. Évocation de la vertu britannique de l'ère victorienne, comme Invictus de William Ernest Henley vingt ans plus tôt, ce poème est rapidement devenu très célèbre. Deux de ses vers sont notamment reproduits à l'entrée des joueurs du court central de Wimbledon.

Texte[modifier | modifier le code]

Texte en anglais Adaptation d'André Maurois

If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting,
Or being lied about, don't deal in lies,
Or being hated, don't give way to hating,
And yet don't look too good, nor talk too wise:

If you can dream - and not make dreams your master;
If you can think - and not make thoughts your aim;
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you've spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to, broken,
And stoop and build 'em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss[es];
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your [or our] turn long after they are gone,
And so hold on [to it] when there is nothing in you
Except the Will which says to them: 'Hold on!'

If you can talk with crowds and keep your virtue,
' Or walk with Kings - nor lose the common touch,
if neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count [on you,] with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds' worth of distance run,
Yours is the Earth and everything that's in it,
And - which is more - you'll be a Man, my son!

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie

Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,

Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties

Sans un geste et sans un soupir ;


Si tu peux être amant sans être fou d’amour,

Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,

Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,

Pourtant lutter et te défendre ;


Si tu peux supporter d’entendre tes paroles

Travesties par des gueux pour exciter des sots,

Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles

Sans mentir toi-même d’un mot ;


Si tu peux rester digne en étant populaire,

Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,

Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,

Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;


Si tu sais méditer, observer et connaitre,

Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,

Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maitre,

Penser sans n’être qu’un penseur ;


Si tu peux être dur sans jamais être en rage,

Si tu peux être brave et jamais imprudent,

Si tu sais être bon, si tu sais être sage,

Sans être moral ni pédant ;


Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite

Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,

Si tu peux conserver ton courage et ta tête

Quand tous les autres les perdront,


Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire

Seront à tout jamais tes esclaves soumis,

Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire

Tu seras un homme, mon fils.

Traductions et adaptations[modifier | modifier le code]

André Maurois l'a adapté dans son livre Les Silences du colonel Bramble (publié en 1918) sous le titre Tu seras un homme, mon fils. Soucieux de maintenir la pureté de la langue et de rester fidèle au sens plutôt qu'à la lettre des textes, Maurois a écrit une version se composant de vers parfaitement réguliers et sans rime approximative qui reprend l'idée fondamentale du poème de Kipling tout en ne traduisant directement que quelques vers.

Le 14 juin 1940, Paul Rivet placarde le poème sur les portes du musée de l'Homme, en signe de résistance à l'occupant allemand.

Le poème a connu d'autres traductions françaises, d'inégal bonheur, dont celles de Germaine Bernard-Cherchevsky (1942) et de Jules Castier (1949)[2].

La traduction (ou réécriture) par André Maurois de ce poème a été chantée par Bernard Lavilliers en 1988 dans son album intitulé If. Signe de succès, elle est aussi reprise dans de nombreuses anthologies et cartes postales, et désignée directement comme « poème de Kipling. »,

Avis divergent[modifier | modifier le code]

Dans son essai Une folle solitude : le fantasme de l'homme auto-construit (2006), p. 116, Olivier Rey déclare :

« On trouve des effets délétères de la tyrannie paternelle jusque dans ses modalités d'effacement. Par exemple, dans ce poème mondialement connu et célébré de Rudyard Kipling, If — adapté en français par André Maurois sous le titre « Tu seras un homme mon fils » — où le père n'abandonne ses anciennes exigences qu'en imprégnant son renoncement de venin. Oh, certes, le fils est libre : pas de contraintes ! Juste une liste égrenée de conditions à remplir pour être un homme, plus exorbitantes les unes que les autres. Voir tout ce qu'on a accompli anéanti d'un coup et repartir de zéro avec une énergie intacte, endurer la calomnie sans un soupir, garder confiance quand tout le monde doute et sans reprocher aux autres de douter, etc. — ce genre de choses qui sont plus du ressort du divin que de l’humain. Une liste aussi délirante ne peut signifier qu'une chose : tu ne seras jamais un homme mon fils. Ou comment rester castrateur, l'être davantage encore en prétendant ne plus l'être. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paul Halsall, Modern History Sourcebook: Rudyard Kipling: If, sur le site officiel de l'université Fordham, 1998.
  2. On peut les comparer, avec d'autres plus récemment traduites, ici : Pierre Crescenzo, « Rudyard Kipling »

Sources[modifier | modifier le code]

  • Olivier Rey, Une folle solitude : le fantasme de l'homme auto-construit, Le Seuil, 2006 (spéc. p. 116).

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