Siège de Zara

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Siège de Zara
Description de cette image, également commentée ci-après
Les Croisés entrant dans Zara, peint par Andrea Vicentino (it)
Informations générales
Date novembre 1202
Lieu Zadar, Royaume de Hongrie
Issue la majorité de la population a fui vers Nin et Biograd
Zara est restée sous contrôle vénitien.
Belligérants
Croisés Zadar.JPG Royaume de Hongrie
Commandants
Boniface de Montferrat
Enrico Dandolo
Forces en présence
10 000 croisé
10 000 vénitiens[1]
210 navires[2]
inconnue
Pertes
Inconnues Inconnues

Quatrième croisade

Batailles

Zara · Constantinople (1203) et (1204)
Coordonnées 44° 07′ nord, 15° 14′ est

Géolocalisation sur la carte : Croatie

(Voir situation sur carte : Croatie)
Siège de Zara
Le pape Innocent III

Le siège de Zara, la première action importante de la Quatrième croisade, constitue la première attaque de croisés contre des catholiques. Les croisés ont dans les mois précédents négocié un accord avec Venise pour le transport par mer. Pour honorer le coût du transport, le doge de Venise propose alors de capturer Zara, ville convoitée et appartenant à la Hongrie dont le roi, Imre, est pourtant membre de la croisade. Bien qu'une partie des croisés ait refusé de prendre part au siège, l'attaque de la ville commence le 10 novembre 1202 en dépit des lettres du pape Innocent III menaçant les croisés d'excommunication. La ville tombe le 24 novembre, saccagée par les Vénitiens et les croisés. Après avoir passé l'hiver sur place, la quatrième croisade poursuit sa campagne, la conduisant à Constantinople[3],[4],[5].

Contexte[modifier | modifier le code]

Zara, aujourd'hui Zadar en Croatie, est alors en rébellion contre la République de Venise en 1183; ce port s'est alors placé sous la double protection de la Papauté et de Imre de Hongrie.

Peu après son élection, le pape Innocent III publie plusieurs encycliques visant à libérer la terre sainte des musulmans. Son plan diffère des deuxième et troisième croisade, infructueuses. Au lieu des nobles laïques qui ont mené les croisades précédentes, celle-ci serait, en théorie, totalement placée sous contrôle du pape. Innocent projette également d'envahir le delta du Nil, destiné à devenir ensuite une base d'action en direction de la Palestine. Son appel, d'abord mal reçu parmi les familles régnantes d'Europe, permet cependant la formation d'une armée d'environ 35 000 personnes.

Innocent III négocie un accord avec la République de Venise, la puissance maritime dominante de l'Europe à l'époque, impliquant la construction d'une flotte de navires de guerre et des transports. L'accord stipule qu'environ 35 000 croisés auraient besoin de transport et les Vénitiens serait payé 94 000 marcs d'argent, versés en plusieurs fois. Un concile tenu à Soissons en juin 1201, choisit Boniface de Montferrat pour diriger l'expédition[6].

L'accord entre les vénitiens et les croisés fixe la date de l'arrivée à Venise avant la fin avril 1202, afin d'assurer un départ pour une traversée fin de juin. Pour payer les sommes dues aux vénitien, les chefs de la croisade prévoient de demander aux croisés eux-mêmes le paiement de leur transport. Cependant, les premiers groupes croisés ne quittent pas la France avant avril et mai, d'autres avancent péniblement tout le long de l'été et quelques nobles français choisissent de partir de Marseille et d'autres ports. Par conséquent, après que les Vénitiens aient suspendu leur commerce et exploitation réguliers pour la construction et la formation d'équipage des navires, seulement environ 12 000 croisés arrivent à Venise et peuvent payer pour la traversée. Boniface et les nobles financent eux-mêmes le transport de nombreux croisés désargentés. Les croisés ne sont en mesure que de payer 51 000 marks aux Vénitiens. En réponse, les Vénitiens indiquent qu'ils accepteraient l'invasion de Zara en guise de paiement; pourtant le roi Imre a récemment accepté, de participer à la croisade. Les croisés devraient ensuite payer le restant dû aux Vénitiens avec les gains de la croisade. Bien qu'un grand groupe de croisés ait trouvé cet accord répugnant et refusent d'y prendre part, la majorité accepte, en dépit des protestations écrites d'Innocent III, considérant cet épisode comme nécessaire à l'atteindre d'un objectif plus grand : la prise de Jérusalem.

Assaut[modifier | modifier le code]

Une fois l'accord conclu, les croisés et les Vénitiens commencent l'embarquement des navires. Les croisés utilisent 50 transporteurs amphibies, 100 transporteurs de chevaux et de 60 navires de guerre conçus et construits pour eux par les Vénitiens. Les transporteurs mesurent 30 m de long, 9 m de large et 12 m de haut, pour un équipage de 100 personnes et une capacité de transport de 600 fantassins. Des transporteurs sont spécialement conçus pour la cavalerie, équipés d'une rampe rabattable en dessus de la ligne de flottaison permettant aux chevaliers, montés et armés, de charger directement sur le rivage. Chacun des navires de guerre de Venise était propulsé par 100 rameurs. Leur figure de proue, un bélier en métal, positionné juste au-dessus de la ligne de flottaison est leur arme principale. Plus de 300 engins de siège sont également construits.

La flotte vénitienne dirigée par le doge Enrico Dandolo quitte le port le 1er octobre vers Istrie et impose la suprématie de Venise sur Trieste, Muggia et Pula. La plupart des forces croisées quittent Venise le 8 octobre. Les deux armées font leur jonction près de Pula et naviguent ensemble vers Zadar. Le doge Dandolo a alors prévu de passer l'hiver à Zadar.

La flotte arrive le 8 novembre à Zadar. L'attaque de la ville comporte un débarquement amphibie suivi d'un bref siège. Des chaînes et des estacades, posées en travers de l'embouchure du port de Zadar en défense, sont enfoncées par les navires vénitiens, tandis que sont débarqués troupes et matériel près de la ville. Les citoyens de Zadar accrochent des drapeaux avec des croix sur les murs, pour indiquer que c'est une ville chrétienne. Certains des chefs croisés, y compris Simon de Montfort , Robert de Boves et Guy de Vaux-de-Cernay, refusent de prendre part au siège et demandent d'épargner la ville. Au nom du pape, Guy de Vaux-de-Cernay interdit la conquête de la ville « parce que c'est une ville de chrétiens, et que vous êtes pèlerins. » Cependant, la plupart des croisés suivent Enrico Dandolo.

Treize engins de siège sont utilisés contre les murs de la ville; Zadar tombe le 24 novembre 1202. L'incident préfigure le siège de Constantinople qui aura lieu plus tard dans la croisade. La plupart de la population de Zadar fuit vers Nin et Biograd ou les îles environnantes.

Épilogue[modifier | modifier le code]

Trois jours après la prise de la ville, des combats ont lieu entre Francs et Vénitiens, tandis que parvient la nouvelle de l'excommunication de la croisade par Innocent III. Devant la demande des croisés, le pape donne son absolution[7].

Mais cependant, les plans initiaux sont de nouveau modifiés. Des ambassadeurs de Philippe de Souabe, d'Italie, d'Allemagne, d'Isaac II, d'Alexis IV demandent de l'aide contre l'usurpateur Alexis III dans la conquête du trône, promettant en échange d'entretenir l'ensemble de l'armée des croisés pendant un an, de payer deux cent mille marcs d'argent, de renforcer l'armée croisée avec 10 000 hommes, et d'appuyer la réunification des Églises.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) AA.VV. Storia di Venezia, Treccani, 12 Vol., 1990-2002
  • (it) Charles Diehl, La Repubblica di Venezia, Newton & Compton editori, Rome, 2004. (ISBN 88-541-0022-6)
  • (it) Samuele Romanin, Storia documentata di Venezia, Pietro Naratovich tipografo editore, Venise, 1853.

Références[modifier | modifier le code]

  1. J. Phillips, The Fourth Crusade and the Sack of Constantinople, p.106.
  2. J. Phillips, The Fourth Crusade and the Sack of Constantinople, p.159.
  3. (en) Janet Sethre, The souls of Venice, , p. 54–55
  4. Algis Ratnikas, « Timeline Croatia », sur timelines.ws (consulté le 1er juillet 2016).
  5. (en) Jonville et Villehardouin, Chronicles of the Crusades, Penguin Classics, p. 22.
  6. (en) R. L. Wolff, The later Crusades, 1189–1311, University of Wisconsin Press, (lire en ligne), « V: The Fourth Crusade », p. 162
  7. (en) « Fourth Crusade », sur HistoryNet, HistoryNet, (consulté le 1er juillet 2016).