Siège de Saint-James de Beuvron (1426)
| Date | 27 février - 6 mars 1426 |
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| Lieu | Saint-James |
| Issue |
Victoire anglaise décisive
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Philipp Branch |
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Renfort :
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Batailles
- Chronologie de la guerre de Cent Ans
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- Saint-James (1426)
- Montargis (1427)
- Laval (1428)
| Coordonnées | 48° 31′ 22″ nord, 1° 19′ 29″ ouest | |
|---|---|---|
Le siège de Saint-James-de-Beuvron est un épisode de la guerre de Cent Ans, qui se déroule du 27 février au 6 mars 1426, à Saint-James, en Normandie faisant entrer le duché de Bretagne dans le conflit. L'armée bretonne, en alliance avec le Royaume de France, lance une campagne militaire massive contre les positions anglaises à la frontière du duché de Bretagne contre le village fortifié de Saint-James-de-Beuvron à la suite du déclenchement des hostilités un mois plutôt. Après un siège éprouvant, un assaut final est lancé causant une déroute pour l'armée coalisée et une trêve est signée entre le duché de Bretagne et le royaume d'Angleterre.
Contexte
[modifier | modifier le code]En pleine guerre, le Duché de Bretagne sous Jean V de Bretagne décide de s'allier avec le Royaume de France officiellement le 7 octobre 1425 à Saumur[1],[2], dont les termes annulent le Traité de Troyes qui reconnaissait le roi d'Angleterre comme roi de France. Le duc Jean V prête l'hommage simple au roi, ce qui va être considéré par les Anglais comme une trahison[1],[2].
Cette décision d'alliance est prise à cause de l'implication de jours en jours du duché de Bretagne dans le conflit et aux possibles représailles. Des bandes anglaises opéraient des pillages et incendies dans le territoire jusqu'au cœur des régions de Rennes, Dol, Fougères et Saint-Malo[1].
À la suite de cette alliance, une campagne militaire anglaise punitive est lancée sur les positions bretonnes au début de l'année 1426. Le commandent anglais Thomas Rempston prend la ville de Saint-James-de-Beuvron et rejoint après le duc de Suffolk à la tête de deux mille hommes[2]. Ils conduisent une expédition jusqu'aux portes de Rennes[1] en ravageant tout sur le passage[3].
Ils s'emparent de Pontorson[3], place forte d'importance stratégique entre la Normandie et la Bretagne [1].
Thomas Rempston se replie avec le butin pillé et s'en va fortifier le village Saint-James-de-Beuvron[1], malgré la fuite de nombreux bourgeois et habitants[4], avec une garnison de 500 soldats[3] et deux capitaines[5] :
- Philipp Branch
- Nicholas Burdet[6]
À la suite de ce raid, Jean V de Bretagne ordonne la formation d'une armée coalisée l'envoye à la frontière pour chasser les Anglais et la défendre[3].
Déroulement
[modifier | modifier le code]Campagne franco-bretonne
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Sur ordre de son frère le duc de Bretagne, en février 1426 le connétable français Arthur de Richemont recrute et rassemble une armée imposante à Antrain[2] composée de 16 000 soldats[1], chevaliers bretons et français dont son autre frère Richard d'Étampes en tant que commandant[3] .
Cette opération a pour plusieurs intentions, à la fois de lancer les assauts au nord sur la Basse-Normandie pour reprendre les positions perdues, et aussi délivrer la région du Maine au Sud-Est sous le joug anglais[1].
Après le lancement de la campagne, au milieu de février 1426, l'armée française et bretonne réussit à reprendre Pontorson[2],[1] dans un violent assaut ayant fait plusieurs morts côté défenseurs et à avancer sur les lignes anglaise[3]. Saint-James-de-Beuvron est la prochaine cible où les Anglais ont battu en retraite, encerclé par l'armée de Richemont venant de l'ouest, et celui du Maine venant du sud[3].
Siège
[modifier | modifier le code]Arrivée à Saint-James-de-Beuvron dans les derniers jours de février[7],[3], Arthur de Richemont déploie le siège autours de la place forte où les Anglais ont mis toute leurs matériels de guerre et un renfort de 100 soldat en plus (Soit 600 au total) sous le commandement de Thomas Rempston[1].
Au moment du siège, les bourgeois de Rennes envoient à l'armée de Richemont en guise de ravitaillement[8] :
- 240 maillets de plomb
- 244 paniers doublés de cuir de mouton
- 123 livres de poudre
- 900 viretons ferrés
- 2 canons
- 1 foras carnia de soufflate et d'enclume[Quoi ?]
Résistance
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Rapidement, l'armée coalisée est confronté à une forte résistance des anglais dans la place forte[1].
Saint-James était bâti sur un éperon rocheux dominant un coude serré de la rivière Beuvron. La rivière la protégeait sur trois côtés, tandis que le quatrième était défendu par un puissant boulevard entouré de douves et doté de sa propre garnison[3].
Pendant une semaine, des escarmouches violentes ont lieu lors des tentatives de sorties des Anglais ; toutes sont repoussées [2], et derrière les remparts ils se défendent « comme des lions vaillants » face à des « forts assauts cruels » par les Bretons et Français et des coups de bombardes[5],[3].
Trahison
[modifier | modifier le code]Les soldats coalisés ont tenu leurs promesses jusqu'ici, mais le problème financier arrive pour leurs payements et les vivres[3]. Les nouvelles de Richemont sur le siège, lui donnant du renom à la cour, désolent les favoris dont Pierre II de Giac, le conseiller et trésorier du dauphin Charles VII[2].
Alors que le connétable attend du roi des troupes et de l'argent, le sire de Giac lui fait payer l'exil des autres favoris et sa haine personnelle et n'envoie aucun moyen[2].
Les États de Languedoc avaient accordé un million de livres qui n'arriveront finalement jamais. Giac ayant prélevé l'argent au passage pour les plaisirs de la cour[2].
La patience de l'armée assiégeante est à bout. Certains soldats ne peuvent plus acheter de nourriture sur les marchés ambulants qui suivent chaque armée et commencent à déserter les lieux[3],[2].
Assaut final
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Le siège traîne en longueur depuis une semaine[3] sans aucun renforts et ravitaillements alors que deux armées anglaises sont positionnées dans l'ouest, l'une aux ordres de Suffolk à Avranches, l'autre aux ordres de Salisbury est devant la Ferté-Bernard[2].
Le 6 mars 1426, un conseil de guerre à lieu entre le connétable Arthur de Richemont et ses capitaines sur la prochaine décision à prendre. Ils comprennent qu'ils n'ont pas le temps d'affamer la place forte, et qu'ils vont devoir la prendre d'assaut avant que leur armée, non payée, déserte complètement[3].
Considérant ce manque de temps[2], un plan d'attaque massive est appliqué[3] :
- Les Bretons seront chargés de franchir les murs du côté nord de la ville
- Le connétable Richemont et les Français doivent attaquer le boulevard par l'ouest
Le même jour[7], le lancement de l'assaut est ordonné. Une série de bombardements a lieu sur le village fortifié[3].
Les colonnes d'attaques arrivent avec des échelles pour grimper, tandis qu'à l'intérieur le commandant anglais Thomas Rempston, avec plusieurs centaines d'hommes, contre-attaque[3].
Après trois à quatre heures de combats, soudains, au nord, une forte armée bretonne, que le connétable de Richemont avait stationnée près d'Avranches pour contenir la garnison anglaise de Suffolk, arrive en renfort pour aider à l'assaut[3].
Retraite
[modifier | modifier le code]Cependant, cette armée de gens d'armes bretons sème la confusion par les assiégeants et assiégés : les deux camps pensent que c'est une armée anglaise de secours[3],[2].
Tout commence lorsque des Anglais en haut des remparts crient « Salisbury ! » et « Suffolk ! », causant une panique dans les rangs bretons et ils abandonnent l'assaut en se repliant en désordre vers leurs campements[3].
Toutefois, la rivière Beuvron s'élargissait en une série d'étangs profonds traversés par d'étroites chaussées, qui est rapidement encombrées par ceux qui fuient, tout étant repoussée par Thomas Rempston[1].
Les défenseurs ouvrent les portes et font une saillie (sortie de siège), et rattrapent les assiégeants par derrière[3].
Le capitaine anglais Nicholas Burdet, avec environ 80 hommes durant cette sortie, il pourchasse les Français dans la retraite précipitée. C'est un massacre, beaucoup de soldats et chevaliers sont tués dans l'affrontement[6] et ceux qui n'ont pas pu franchir les chaussées se sont jetés à l'eau, où beaucoup ont noyé[3].
Abandon
[modifier | modifier le code]Dans la nuit du 6 au 7 mars[7], il y a beaucoup de blessés dans les campements assiégeants, certains survivants décident de s'enfuir à travers la forêt et leurs capitaines, voulant les rattraper, beaucoup d'autres prennent aussi la décision de partir[3].
À 2 heures du matin, un incendie se propage depuis le camp breton et cause une panique. Richemont, blessé à la cuisse, tente de rétablir l’ordre, mais est désarçonné et presque piétiné par la foule en fuite. Son frère, Richard, comte d’Étampes, le sauve et le persuade finalement d'abandonner le siège[3],[2].
Les assiégeants abandonnent 14 pièces d’artillerie, 141 étendards, ainsi qu’une grande quantité de vivres et de matériel[3],[5],[1].
Au lendemain matin, le connétable, avec le reste de l'armée, se replie sur la ville de Fougères[1].
Conséquences
[modifier | modifier le code]La défaite de Saint-James-de-Beuvron cause l'échec de l'opération franco-bretonne et rend vulnérable le duché de Bretagne à une invasion anglaise, que le comte de Suffolk marchait déjà, deux jours après avec une armée de Avranches et Saint-James de Beuvron[3], sur Dol[1].
C'est alors que le duc Jean V de Bretagne, résidant à Rennes[3], désireux de gagner du temps, décide de se soumettre[9] et sollicite la conclusion d'une trêve de trois mois. Il envois un messager au camp de Suffolk où le comte exige une indemnisation avant d'accepter[3],[1].
Le duc accepte et obtient une trêve, jusqu'à la fin du mois de juin 1426, avec le paiement d'une somme entre 2 500 livres/4 500 francs[1],[3],[2].
Ce dernier se soumet à nouveau aux Anglais en septembre 1427 et reconnaît Henri VI d'Angleterre comme roi de France[10] à la suite d'un autre siège où les anglais ont repris Pontorson[2] et de graves affrontements[1].
Après cette défense décisive des Anglais et la sortie de Nicholas Burdet, le capitaine devient un homme de confiance pour le duc de Bedford Jean de Lancastre dans les prochains opérations en Normandie[6].
Au total, le siège ayant durée une semaine, il y a eu des milliers de morts et capturés dont 800 nobles/chevaliers durant l'assaut final[5],[3], parmi eux :
- Alain III de Coëtivy (commandant de l'armée avec Richemont)[11]
- Hervé II du Pont-l'Abbé[12]
- Jean V de Poulmic[13]
Références
[modifier | modifier le code]- René Cintré, Les Marches de Bretagne au Moyen Âge, (lire en ligne).
- Jean-Paul Etcheverry, Arthur de Richemont le justicier, précurseur, compagnon et successeur de Jeanne d'Arc, (lire en ligne).
- Jonathan Sumption, The Hundred Years War Vol 5, Faber & Faber, (lire en ligne).
- ↑ Victor Ménard, Histoire religieuse, civile et militaire de Saint-James-de-Beuvron depuis sa fondation jusqu’à nos jours, Histoire locale, (lire en ligne), p. 2.
- Anne Curry, A Soldiers' Chronicle of the Hundred Years War, D.S. Brewer, (lire en ligne), p. 94 ; 219
- Edward Powell, Kingship, Law, and Society, Clarendon Press, (lire en ligne), p. 238.
- Guillaume Gruel, Chronique d'Arthur de Richemont, (lire en ligne).
- ↑ Jean-Pierre Leguay, La ville de Rennes au xvme siècle à travers les comptes des miseurs, Université de Rennes, (lire en ligne), p. 290.
- ↑ Spencer Tucker, A Global Chronology of Conflict, ABC-CLIO, (lire en ligne), p. 331.
- ↑ Alfred H. Burne, The Agincourt War (Frontline Books, 2014), chapter 8, "From Verneuil to Orleans"
- ↑ Jean-Marie Moeglin, Dictionnaire de la guerre de Cent Ans, ABC-CLIO, (lire en ligne), p. 27%
- ↑ Christophe-Paulin de La Poix Fréminville, Antiquités du Finistère, ABC-CLIO, (lire en ligne), p. 121
- ↑ Annales de Bretagne et des pays l'ouest (Anjou, Maine, Touraine), Universite de Haute-Bretagne, (lire en ligne), p. 33.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Victor Ménard, Histoire religieuse, civile et militaire de Saint-James-de-Beuvron depuis sa fondation jusqu’à nos jours, Histoire locale,
- Jean-Marie Moeglin, Dictionnaire de la guerre de Cent Ans, (lire en ligne)
- Jean-Paul Etcheverry, Arthur de Richemont le justicier, précurseur, compagnon et successeur de Jeanne d'Arc, (lire en ligne)
- Jean-Pierre Leguay, La ville de Rennes au XVme siècle à travers les comptes des miseurs, Université de Rennes, (lire en ligne)
- Edward Powell, Kingship, Law, and Society, Clarendon Press, (lire en ligne)
- Christophe-Paulin de La Poix Fréminville, Antiquités du Finistère, Slatkine, (lire en ligne)
- Université de Haute-Bretagne, Annales de Bretagne et des pays l'ouest (Anjou, Maine, Touraine), (lire en ligne)
- René Cintré, Les Marches de Bretagne au Moyen Âge, (lire en ligne)
- Anne Curry, A Soldiers' Chronicle of the Hundred Years War, D.S. Brewer, (lire en ligne)
- Jonathan Sumption, The Hundred Years War Vol 5, Faber & Faber, (lire en ligne)
- Spencer Tucker, A Global Chronology of Conflict, ABC-CLIO, (lire en ligne)
- Guillaume Gruel, Chronique d'Arthur de Richemont, (lire en ligne)