Siège de Constantinople (1204)

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Siège de Constantinople (1204)
Prise de Constantinople par Palma le Jeune
Prise de Constantinople par Palma le Jeune
Informations générales
Date 1204
Lieu Constantinople, Empire byzantin
Issue Capture de la cité par les Croisés
Belligérants
Palaiologos-Dynasty-Eagle.svg Empire byzantin Croisés
Commandants
Flag of PalaeologusEmperor.svg Alexis III Ange
Palaiologos-Dynasty-Eagle.svg Alexis V Doukas
Argent a chief gules.svg Boniface de Montferrat
Flag of Most Serene Republic of Venice.svg Enrico Dandolo
Forces en présence
30 000 hommes[1]
20 navires[2]
Croisés: 10 000 hommes[3]
Vénitiens: 10 000 hommes[3] et 210 navires[1]
Pertes
Inconnues Inconnues
Quatrième croisade
Batailles
Zara — Constantinople (1203) et (1204)

Le siège de Constantinople de 1204 par les Croisés fait suite au premier siège et aboutit à la prise et au saccage de la capitale de l'Empire byzantin. Après sa chute, l'Empire latin est fondé et Baudouin de Flandre se voit couronné empereur sous le titre de Baudoin Ier de Constantinople dans la cathédrale Sainte-Sophie.

Prise de la ville[modifier | modifier le code]

Le 9 avril, l'armée d'Alexis V oppose une forte résistance, qui décourage les Croisés.

Les Grecs jettent d'énormes projectiles sur les engins de siège de l'ennemi, détruisant nombre d'entre eux. Les mauvaises conditions météorologiques ont gêné les assaillants. Le vent soufflait de la rive et empêchant la plupart des navires de se rapprocher des murs pour lancer une attaque. Seuls cinq tours grecques sont prises et aucune d'entre elle ne peut être protégée ; en milieu d'après-midi, il est évident que l'attaque a échoué.

Les membres du clergé discutent de la situation entre eux et sur le message qu'ils souhaitent adresser à l'armée démoralisée. Ils doivent convaincre les hommes que les événements du 9 avril ne sont pas le jugement de Dieu pour le péché commis : la campagne qu'ils ont menée, était juste et avec la foi elle devrait réussir. Le concept de Dieu testant la détermination des Croisés par des reculs temporaires est un moyen familier pour le clergé d'expliquer l'échec au cours d'une campagne.

Le message du clergé est conçu pour rassurer et encourager les Croisés. Leur argument selon lequel l'attaque de Constantinople est d'ordre spirituel s'appuie sur deux thèmes. Tout d'abord, les Grecs sont des traîtres et des assassins, car ils ont tué leur seigneur, Alexis IV. Le langage ecclésiastique incendiaire utilisé affirme que « les Grecs sont pires que les Juifs », et ils invoquent l'autorité de Dieu et du pape à prendre des mesures.

Bien qu'Innocent III demande qu'ils n'attaquent pas, la lettre du pape est supprimée par le clergé, et les Croisés préparent leur propre attaque, pendant que les Vénitiens attaquent à partir de la mer; l'armée d'Alexis V reste dans la ville pour se battre, avec la garde du corps impérial, les Varègues, mais Alexis V lui-même prend la fuite pendant la nuit[4].

Le 12 avril 1204 enfin, les conditions météorologiques sont favorables aux Croisés. Un fort vent du nord aide les navires vénitiens à se rapprocher de la paroi du mur. Après une courte bataille, environ soixante-dix croisés réussissent à pénétrer dans la ville. Certains croisés peuvent faire des trous dans les murs, assez petits pour le passage de quelques chevaliers à la fois, les Vénitiens ont également réussi à joindre les murs depuis la mer, après des combats extrêmement sanglants avec les Varègues. Les Croisés capturent la section des Blachernes dans le nord-ouest et l'utilisent comme base pour attaquer le reste de la ville, mais tout en essayant de se défendre avec un mur de feu, ils finissent par incendier encore plus la ville.

Ce deuxième feu laisse 15 000 personnes sans abri[5]. Les Croisés prennent la ville le 12 avril. Les Croisés infligent à Constantinople un horrible et sauvage pillage[6] pendant trois jours, pendant lesquels de nombreuses œuvres grecques et romaines anciennes et médiévales sont détruites ou volées.

La magnifique bibliothèque de Constantinople est détruite[7]. En dépit de leur serment et la menace d'excommunication, les Croisés ont impitoyablement et systématiquement violé les sanctuaires sacrés de la ville, détruisant, salissant, ou volant tout ce qui pouvait l'être ; rien n'a été épargné.

Il a été dit que le montant total pillé à Constantinople était d'à peu près 900 000 marcs d'argent. Les Vénitiens ont reçu 150 000 marcs qui leur étaient dus, alors que les Croisés ont reçu 50 000 marks d'argent. 100 000 autres marks d'argent ont été répartis entre les Croisés et les Vénitiens. Le reste des 500 000 marcs d'argent a été secrètement gardé par de nombreux chevaliers. Les résidents latins de Constantinople quant à eux, ont pris leur revanche sur le massacre des Latins de 1182[8].

Suites[modifier | modifier le code]

Selon un traité préarrangé, l'empire est réparti entre Venise et les dirigeants de la croisade, et l'Empire latin de Constantinople est créé. Boniface de Montferrat n'est pas élu comme le nouvel empereur, bien que les citoyens aient semblé le considérer comme tel, les Vénitiens ont pensé qu'il avait trop de liens avec l'ancien empire à cause de son frère, Rénier de Montferrat, qui avait été marié à Marie Comnène, impératrice dans les années 1170 et 1180. Ils ont plutôt mis Baudouin de Flandre sur le trône. Ce dernier est couronné empereur dans la cathédrale Sainte-Sophie sous le titre de Baudouin Ier de Constantinople[9],[10]. Boniface part fonder le royaume de Thessalonique[11], un État vassal de l'Empire latin nouvellement créé. Les Vénitiens fondent aussi le duché de Naxos dans la mer Égée. Pendant ce temps, les réfugiés byzantins fondent leurs propres États successeurs, le plus notable étant l'Empire de Nicée sous Théodore Lascaris (un parent d'Alexis III), l'Empire de Trébizonde, et le Despotat d'Épire.

Héritage[modifier | modifier le code]

Huit cents ans après la quatrième croisade, le pape Jean-Paul II a exprimé sa douleur à deux reprises au sujet de ces événements. En 2001, il a écrit à Christodule Ier, archevêque d'Athènes, en disant : « Il est tragique que les assaillants, qui visaient à garantir le libre accès pour les chrétiens de Terre Sainte, se retournèrent contre leurs frères dans la foi. Le fait qu'ils soient chrétiens latins remplit les catholiques d'un profond regret »[12]. En 2004, alors que Bartholomée Ier, patriarche de Constantinople, visitait le Vatican, Jean-Paul II a demandé : « Comment pouvons-nous, partager après huit siècles, la douleur et le dégoût »[13]. Cela fut considéré comme une demande de pardon à l'Église orthodoxe grecque du fait du terrible massacre perpétré lors de la quatrième croisade[14].

En avril 2004, dans un discours sur le 800e anniversaire de la capture de la ville, le patriarche œcuménique Bartholomée Ier a formellement accepté les excuses du Pape Jean-Paul II. « L'esprit de réconciliation est plus fort que la haine », a-t-il dit au cours d'une liturgie en présence de l'archevêque catholique romain de Lyon Philippe Barbarin. « Nous recevons avec gratitude et respect votre geste cordial pour les événements tragiques de la quatrième croisade. C'est un fait que le délit a été commis ici dans la ville il y a 800 ans ». Bartholomée Ier expliqua que son acceptation était issue de l'esprit de Pâques : « L'esprit de la réconciliation de la résurrection ... nous incite à la réconciliation de nos Églises. »[15].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Siege of Constantinople (1204) » (voir la liste des auteurs)

  1. a et b J. Phillips, The Fourth Crusade and the Sack of Constantinople, p.106.
  2. J. Phillips, The Fourth Crusade and the Sack of Constantinople, p.159.
  3. a et b J. Phillips, The Fourth Crusade and the Sack of Constantinople, p.269.
  4. (en) Sack of Constantinople, 1204. Agiasofia.com. Consulté le .
  5. J. Phillips, The Fourth Crusade and the Sack of Constantinople, p.209.
  6. (en) Sack of Constantinople, 1204. Agiasofia.com. Consulté le .
  7. (en) Preface. Clir.org. Consulté le .
  8. Jean Richard, The Crusades, c.1071-c.1291, p.251.
  9. (ru) Герцберг, Г. Ф. История на Бизантия, Москва 1895, p.359-360
  10. Gerland, Е. Geschichte des lateinischen Kaiserreiches von Konstantinopel. 1. Teil: Geschichte des Kaisers Balduin I und Heinrich. Homburg v. d. Höhe 1905. p. 1-10
  11. (en) The Latin Occupation in the Greek Lands. Fhw.gr. Consulté le .
  12. (en) In the Footsteps of St. Paul: Papal Visit to Greece, Syria & Malta – Words. Ewtn.com. Consulté le .
  13. (en) Pope Expresses “Sorrow” Over Sacking of Constantinople. Atheism.about.com. Consulté le .
  14. Phillips, The Fourth Crusade and the Sack of Constantinople, intro., xiii).
  15. (en) In Pascha messages, Patriarchs address question of violence. Incommunion.org. Consulté le .

Liens externes[modifier | modifier le code]