Shuowen Jiezi

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Shuowen Jiezi – réimpression moderne d’une édition Song

Le Shuōwén Jiězì (chinois simplifié : 说文解字 ; chinois traditionnel : 說文解字) souvent abrégé en Shuōwén (chinois simplifié : 说文 ; chinois traditionnel : 說文), ouvrage du début du IIe siècle), rédigé par le spécialiste des Cinq classiques Xu Shen (许慎 / 許慎, xǔ shèn 58147), est le premier dictionnaire de caractères chinois à proposer une analyse de leur composition et à les classer à l’aide des clés. Son titre est « Explication des pictogrammes (wen 文) et des idéo-phonogrammes (zi 字) », les deux catégories de caractère inventés par Cang Jie selon l’auteur.

L’ouvrage aurait été achevé vers 100, mais ne fut présenté à l’empereur qu’en 121 par Xu Chong (许沖 / 許沖, xǔ chóng), fils de Xu Shen.

Selon W.G. Boltz[1], l’entreprise de Xu Shen n’était pas uniquement linguistique mais également politique, liée à l’idée confucéenne que l’emploi de mots justes (正名, zhèng míng) est nécessaire pour bien gouverner, comme l’auteur le rappelle dans la postface[2].

Composition[modifier | modifier le code]

L’ouvrage débute par une préface suivie de 15 chapitres dont le dernier est composé d’une postface et d’un index. Il renferme 9353 caractères et 1163 variantes[3] classés sous 540 clés. En fait, 34 des clés ne correspondent à aucun caractère et 159 à un seul. Ce choix n’est pas conforme à la logique des dictionnaires ultérieurs qui cherchent à regrouper le maximum de caractères sous le minimum de clés, et pourrait avoir été dicté par des considérations numérologiques et cosmologiques. Chaque clé semblent être sémantiquement ou phonétiquement reliée à ses voisines[4].

Chaque caractère - de type petit sceau (小篆, xiǎozhuàn)[5]- est suivi d’un caractère de sens similaire, d’un homophone indiquant la prononciation puis de son analyse sémantique ou phonétique et de sa catégorisation dans l’une des quatre premières des six catégories de caractères (liùshū 六書)[6]. Des variantes peuvent être indiquées, soit de style « grand sceau » (大篆, dàzhuàn)[7], soit de style « ancien » (古文, gǔwén)[8]. Suivent parfois une seconde définition, des précisions sur l’usage régional ou une citation[9].

Philologie[modifier | modifier le code]

Le Shuowen s’est perdu mais a pu être reconstitué à partir des extraits recopiés dans d’autres ouvrages. Le fragment le plus ancien connu, très court, concerne la clé de (木) et date des Tang. Une édition de référence connue comme la Grande Édition des Xu[10] fut commandée en 986 par l’empereur Song Taizong à Xu Xuan (徐铉 / 徐鉉, xú xuàn 916991), spécialiste de l’ouvrage, qui travailla avec son frère Xu Kai (徐鍇 920-74) ; ce dernier ajouta une exégèse et des indications phonétiques de type fanqie.

Sous les Qing, le Shuowen ne fut pas oublié par les philologues, nombreux durant cette période. Zhu Junsheng (朱駿聲 1788-1858), Gui Fu (桂馥 1736-1805), Wang Yun (王筠 1784-1834) et surtout Duan Yucai (en) (段玉裁 1735 - 1815), auteur d’une édition commentée largement utilisée par les scolaires au XXIe siècle[11], sont connus comme « les quatre grands spécialistes du Shuowen »[12].

Parmi les spécialistes du XXe siècle, on peut citer Ma Zonghuo (馬宗霍), Ma Xulun (馬敘倫), William G. Boltz, W. South Coblin, Thomas B.I. Creamer, Paul L.M. Serruys, Roy A. Miller et K.L. Thern. Ding Fubao (丁福保, 1874-1952) publia l’ensemble des travaux sur le Shuowen, des plus anciens au début du XXe siècle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Boltz, William G. (1993), « Shuo wen chieh tzu », p.429-442 430 in Loewe, Michael (ed.). Early Chinese Texts: A Bibliographical Guide, (Early China Special Monograph Series No. 2), Berkeley: Society for the Study of Early China, and the Institute of East Asian Studies, University of California, (ISBN 1-55729-043-1)
  2. Thern 1966:17
  3. 9431 caractères et 1279 variantes dans les éditions modernes
  4. Thern 1966:4
  5. Ecriture standardisée dans l’État de Qin et imposée à l’ensemble de l’empire par Qin Shi Huang.
  6. Les deux dernières n’ayant qu’une valeur sémantique et non structurelle.
  7. Encore appelés « écriture zhou » (籀文, zhòuwén) il s’agit d’une forme plus ancienne de l’écriture sigillaire.
  8. Il s’agit en fait d’une écriture contemporaine de l’écriture « petit sceau », caractéristique des régions orientales avant l’unification par l’empire.
  9. Coblin W. South. 1978 « The initials of Xu Shen's language as reflected in the Shuowen duruo glosses » Journal of Chinese Linguistics 6 p27–75
  10. Daxuben 大徐本
  11. Shuowen jiezi zhu 說文解字注
  12. Shuowen sidajia 說文四大家

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • William G. Boltz 1993 « Shuo wen chieh tzu », p.429-442 in Loewe, Michael (ed.). Early Chinese Texts: A Bibliographical Guide, (Early China Special Monograph Series No. 2) Society for the Study of Early China, and the Institute of East Asian Studies, University of California Berkeley (ISBN 1-55729-043-1)
  • (zh) Chén Zhāoróng 陳昭容. (2003). 秦系文字研究 ﹕从漢字史的角度考察 [Research on the Qín (Ch'in) Lineage of Writing: An Examination from the Perspective of the History of Chinese Writing]. 中央研究院歷史語言研究所專刊 Academia Sinica, Institute of History and Philology Monograph.
  • Creamer, Thomas B.I. (1989) « Shuowen Jiezi and Textual Criticism in China », International Journal of Lexicography 2:3, pp. 176-187.
  • Ding Fubao (丁福保). 1932. Shuowen Jiezi Gulin (說文解字詁林 « A Forest of Glosses on the Shuowen Jiezi »). 16 vols. Repr. Taipei: Commercial Press. 1959. 12 vols.
  • Duàn Yùcái (段玉裁). (1815). « 說文解字注 » (Shuōwén Jĭezì Zhù, commentary on the Shuōwén Jíezì), compiled 1776-1807. nombreuses éditions dont Li-ming Wen-hua Co Tiangong Books, Taipei (1980, 1998)
  • Serruys, Paul L-M. (1984) « On the System of the Pu Shou 部首 in the Shuo-wen chieh-tzu 說文解字 », Zhōngyāng yánjiùyuàn lìshĭ yǔyán yánjiùsuǒ jíkān (中央研究院歷史語言研究所集刊, Journal of the Institute of History and Philology, Academia Sinica), v.55:4, pp.651-754.
  • K.L. Thern 1966 Postface of the Shuo wen chieh tzu, The First Comprehensive Chinese Dictionary Madison, WI: University of Wisconsin

Liens externes[modifier | modifier le code]

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