Shumona Sinha

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Shumona Sinha
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Shumona Sinha en 2014.
Naissance (47 ans)
Calcutta Drapeau de l'Inde Inde
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Français
Genres

Œuvres principales

Assommons les pauvres !

Shumona Sinha (en bengali সুমনা সিনহা), née le à Calcutta, est une romancière franco-indienne de langue française qui vit en France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Milieu familial[modifier | modifier le code]

Shumona Sinha naît dans une famille bourgeoise hindoue de Calcutta : son père est professeur d'économie, de tendance marxiste, et athée, sa mère est professeur de maths et plus traditionnaliste. Sa famille appartient à la caste guerrière des Kshatriyas et aussi à la caste des grands propriétaires terriens, les Zamindars[1]. Sa tante maternelle est traductrice du sanscrit à l'allemand et de l'allemand au sanskrit. Enfant puis adolescente, Shumona vit entourée de livres achetés par ses parents ou offerts par sa tante. Elle dévore non seulement les littératures bengalie et indienne mais aussi russe, américaine, française et espagnole à travers leurs traductions en bengali et en anglais[2].

En 1990, l'adolescente reçoit le prix du Meilleur jeune poète du Bengale[3]. Comme tous les Indiens de son milieu social, elle parle plusieurs langues indiennes et l'anglais[1].

Apprentissage du français[modifier | modifier le code]

Rêvant de vivre à Paris, c'est à la Ramkrishna Mission School of Foreign Languages à Calcutta que Shumona Sinha commence, en 1995, à 22 ans, à étudier le français [4],[5], langue dont elle déclare être tombée amoureuse dès sa quatorzième année[6],[7]. Quelque douze ans plus tard, elle décrira sa décision d'étudier la langue française comme « sa petite révolte post-coloniale » contre l'anglais, langue de l'ancien colonisateur et seconde langue officielle de l'Inde[8].

En 1998, elle étudie la science politique et l'économie à l'université de Calcutta. L'année suivante, elle suit les cours de français de l'Alliance française de Calcutta[4].

En 2001, elle obtient une maîtrise en littérature et linguistique françaises au Central Institute of English and Foreign Languages d'Hyderabad[4].

Arrivée en France[modifier | modifier le code]

En 2001, elle est recrutée, dans le cadre d’un programme d’échange de l'ambassade de France en Inde, pour être assistante d'anglais dans un collège de l'Hexagone[9]. Elle arrive le , « Le temps était lumineux », dit-elle. « Tout le monde me disait : "C'est l'été indien", je ne comprenais pas bien l'expression, mais j'étais heureuse d'être là. »[10].

Sur place, elle continue ses études de littérature et de linguistique françaises et obtient, en 2006, un diplôme d'études approfondies (DEA) / Master 2 Recherches en lettres modernes à l'université Paris-Sorbonne[11],[12].

Enseignement de l'anglais et interprétariat en bengali[modifier | modifier le code]

De 2001 à 2005 et de 2012 à 2016, Shumona Sinha est professeur contractuel d’anglais pour les rectorats de Créteil et de Versailles.

De 2009 à 2011, elle travaille comme interprète-traductrice en langue bengalie à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) auprès des demandeurs d’asile bangladais de la région parisienne[11].

Collaboration avec le poète Lionel Ray[modifier | modifier le code]

Dans les années 2000, Shumona Sinha fréquente les milieux de la poésie et est mariée pendant neuf ans au poète Lionel Ray[5]. En collaboration avec ce dernier, elle publie[11] :

  • une anthologie de poésie française contemporaine en version bengalie : 70 poètes de la deuxième partie du XXe siècle (Calcutta, , éd. Ebang Mushayera) ;
  • un recueil de poésie bengalie contemporaine en version espagnole (Murcie, Espagne en , éd. Lancelot) ;
  • un recueil de poésie bengalie contemporaine en version française (2007, éd. Le Temps des Cerises)[13].

La romancière[modifier | modifier le code]

Fenêtre sur l'abîme (2008)[modifier | modifier le code]

Se lançant dans l'écriture en français, Shumona Sinha publie, en 2008, chez La Différence, maison amie des poètes, un premier roman, Fenêtre sur l'abîme, dont l'intrigue s'inspire de son itinéraire personnel : l’arrivée d’une jeune Indienne dans la Ville lumière, ses expériences en tant qu’étudiante et sa liaison, qui se termine mal, avec un Français[14]. Le livre ne passe pas inaperçu bien que l'écriture eût méritée d'être travaillée davantage, ainsi que le reconnaît l'auteur elle-même[1].

Assommons les pauvres ! (2011)[modifier | modifier le code]

En 2011, elle publie Assommons les pauvres !, roman inspiré de son expérience d'interprète à l'Ofpra et racontant les conditions de vie des demandeurs d’asile[15]. Le titre de ce second roman est emprunté au poème en prose éponyme de Charles Baudelaire, Assommons les pauvres ![3]. Comme Shumona Sinha, l'héroïne est interprète auprès des demandeurs d'asile, lesquels, loin d'être des militants politiques persécutés, sont en fait des émigrants économiques. Exaspérée par leurs récits de sévices appris par cœur, la jeune interprète prend en grippe ces candidats à l'exil. Un jour, à coups de bouteille de vin, elle assomme un immigré un peu trop entreprenant. Au fil de ses déclarations au commissariat, elle en vient à comprendre ce qui l'a poussée à une tel geste[11],[16],[17].

Le livre fait un tabac. Très remarqué par la critique[3],[18], il reçoit le prix Valery-Larbaud 2012[11], le prix du roman populiste et le Internationaler Literaturpreis HKW (2016), prix récompensant un ouvrage traduit pour la première fois en allemand. Le roman est adapté à la scène par des théâtres en Allemagne et en Autriche, notamment le théâtre Thalia à Hambourg[19] et le théâtre Freies Werkstatt à Cologne[20]. Assommons les pauvres ! est traduit également en italien, en hongrois et en arabe.

La mise en accusation de l'Ofpra vaudra à l'auteur la perte de son emploi de traductrice auprès des services d'immigration[21].

Calcutta (2014)[modifier | modifier le code]

Dans son troisième roman, Calcutta, publié en 2014, l'héroïne, Trisha (qui est un peu Shumona), retourne en Inde pour assister aux funérailles de son père, ancien marxiste. Elle redécouvre Calcutta, le bengali qu'elle a désappris et la maison familiale, désormais vide. Elle se remémore l'histoire de sa famille à travers les violences politiques du Bengale occidental depuis les années 1970[22]. Le livre reçoit le Grand prix du roman de la Société des gens de lettres et le prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises de l'Académie française[23].

Apatride (2017)[modifier | modifier le code]

Dans Apatride, son quatrième roman, paru en 2017, Shumona Sinha décrit les destins croisés de trois jeunes femmes libres. La première, Esha, une immigrée indienne installée à Paris et professeur d'anglais dans un lycée de banlieue, s'interroge, désabusée par la vie dans la capitale et par son métier, sur les raisons qui la poussent à rester en France. La deuxième, Mina, est une paysanne de Tajpur près de Calcutta, qui se bat pour vivre son amour avec son cousin et pour sauver le lopin de terre familial de l'expropriation. Elle a le soutien de Marie, une Française d'adoption, originaire du Bengale, partie en Inde à la recherche de ses parents biologiques[24]. À travers l'histoire de ces trois femmes, l'auteur, « de l'Inde à la France, dénonce, sans concessions, les fabriques modernes de l’apatride »[25].

Le testament russe (2020)[modifier | modifier le code]

Dans Le testament russe, son cinquième roman, paru en chez Gallimard (Blanche), elle décrit la fascination d'une jeune Bengalie, Tania, pour un éditeur juif russe des années 1920 qui fut le fondateur des Éditions Raduga. Pour la journaliste Claire Devarrieux, « Un des sujets de ce roman est la manière dont se perpétue l’internationale des lecteurs »[26],[27].

Autres activités[modifier | modifier le code]

Shumona Sinha a collaboré à la chronique mensuelle « Le Papier Buvard » dans le journal Charlie Hebdo[28] de à .

Depuis 2018, elle est membre du jury du prix Eugène Dabit du roman populiste.

Elle a également bénéficié de résidences d'auteur à Zurich de juin à , au Literarisches Colloquium de Berlin (LCB) de mai à [29].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Elle dénonce en 2019 la loi sur la citoyenneté adoptée par le premier ministre indien Narendra Modi, discriminatoire à l'égard des musulmans, et la violence policière exercée contre les opposants au gouvernement nationaliste[30].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Fenêtre sur l'abîme, Éditions de la Différence, Paris, 2008
  • Assommons les pauvres !, Éditions de l'Olivier, Paris, 2011 — Traduit en allemand (Erschlagt die Armen!, Edition Nautilus, 2015, 128 p.), en italien (A morte i poveri!, Edizioni Clichy, 2017, 176 p.), en hongrois et en arabe.
  • Calcutta, Éditions de l'Olivier, Paris, 2014 — Traduit en allemand (Kalkutta, Edition Nautilus, 2016, 192 p.) et en italien.
  • Apatride, Éditions de l'Olivier, Paris, 2017 — Traduit en allemand (Staatenlos, Edition Nautilus, 2017, 160 p.) et en italien.
  • Le testament russe, Éditions Gallimard, Paris, 2020

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Jean-Claude Perrier, Une Indienne à Paris, livreshebdo.fr, 22 novembre 2013.
  2. (en) French is my language of liberty: Shumona Sinha, IndiaTV, February 9, 2015 : « Born in a middle-class micro family with her father an economist and follower of Marxism and mother a math teacher, Shumona describes herself as a “bookworm” since childhood. “Both of my parents used to spend money on books and on trips all over the India. I should also mention my maternal aunt, Ratna Basu, a scholar, translator of Sanskrit literature into German and German writers into Bengali who used to offer us her translations. So it was just normal that I became a bookworm from my very childhood.” Not only Bengali or Indian literature but Russian, American, French, Spanish literature in Bengali or English versions. As an adolescent, I used to pass the whole night reading. »
  3. a b et c Marc Weitzmann, Shumona Sinha et la trahison de soi, Le Monde], 15 septembre 2011.
  4. a b et c Profil et diplômes de Sumona, site Superprof.
  5. a et b AFP, Entre Calcutta et Paris, les identités multiples de Shumona Sinha, Le Point (Culture), 30-06-2017.
  6. Sabrina Royer, Shumona Sinha : les succès d'une romancière indienne francophone, la salle des profs, site des professeurs de français d'Asie du Sud, 11 février 2015.
  7. (en) Press Trust of India, French my language of liberty: Bengali origin author Shumona, Business Standard, 9 février 2015 : « "From the age of fourteen I always smoldered a dream to live in Paris, in the land of poets and painters, as wrote Sunil Gangopadhayay," Shumona says ».
  8. Claire Darfeuille, "Je déteste la littérature anglaise, sauf Sterne qui est presque français", Adam Thirlwell, actualitte.com, 14 avril 2014 (section « La révolte post-coloniale de Shumona Sinha ».
  9. Shumona Sinha : "J'écris comme je crache", Le Monde, 15 septembre 2011 : « Comme l'héroïne de Fenêtre sur l'abîme, Shumona Sinha a quitté l'Inde en 2001, grâce à un recrutement local organisé par l'ambassade de France, pour partir enseigner l'anglais dans des collèges de l'Hexagone. »
  10. Jean-Claude Perrier, op. cit..
  11. a b c d et e Le prix Larbaud remis à Shumona Sinha, L'Express, 12 juin 2012.
  12. Sujet de mémoire : Statut de la femme vu par les auteurs femmes - étude comparée à l’appui des anthologies de poésie française et bengalie, traduites et éditées par Shumona SINHA.
  13. Fiche de Shumona Sinha, site mél (Maison des écrivains et de la littérature).
  14. Alison Rice, Shumona Sinha, site Francophone Metronomes, 2014.
  15. Shumona Sinha - "J’ai voulu redonner de la dignité aux demandeurs d’asile", lepetitjournal.fr, 19 septembre 2016.
  16. Présentation de Shumona Sinha dans le « Dico des invités depuis 1990 », site Étonnants voyageurs, 2017.
  17. Tirthankar Chanda, « Assommons les pauvres », l’écriture inventive de Shumona Sinha, RFI, 24 septembre 2011.
  18. Télérama, critique de Christine Ferniot le 13 septembre 2011.
  19. Erschlagt die Ar men!, Thalia Theater, Hambourg, septembre 2016.
  20. Erschlagt die Armen!, Freies Werkstatt Theater, Cologne, novembre 2016.
  21. (en) Patrice Normand, Fiche de Shumona Sinha, European Writers' Conference 2016 : « As a result of her critique of the asylum system in France, the author lost her job at the French immigration services. »
  22. (en) Patrice Normand, Fiche de Shumona Sinha, op. cit. : « In her recently published novel, Calcutta (2014), Sinha explores West Bengal’s brutal political past ».
  23. Shumona Sinha, site de l'Académie française : « 2014 - Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises médaille de vermeil. »
  24. Flavie Gauthier, Le cri d'émancipation de la femme indienne, lesoir.be, 11 janvier 2017.
  25. Compte rendu de Mustapha Harzoune, dans Hommes & Migrations, 2017/4 (n° 1319), pp. 195-196.
  26. Claire Devarrieux, « La Bengalie » de la Neva : Une échappée russe par Shumona Sinha, liberation.fr, 24 avril 2020.
  27. Nicolas Julliard, "Le testament russe" réveille les fantômes d'une Inde à l'âme slave, rts.ch, 23 avril 2020.
  28. Delphine Perez, Laeticia Hallyday caricaturée en mante religieuse par Charlie Hebdo, leparisien.fr, 21 février 2018 : « La rubrique Papier buvard accueille une nouvelle plume, Shumona Sinha, écrivaine franco-indienne ; elle dénonce la culture du viol au pays du Bollywood, avec deux catégories de femmes, celle qu'on épouse et celle qu'on viole. »
  29. Sandrine Charlot Zinsli, Questions à Shumona Sinha, auteure en résidence à Zurich. « Je ne crois pas au rapport lisse et paisible avec la langue », auxartsetc.ch, octobre 2016.
  30. « Inde. Lettre de solidarité », sur L'Humanité, .

Liens externes[modifier | modifier le code]