Shlomo Sand

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Shlomo Sand, né le à Linz en Autriche est un historien israélien spécialisé dans l'histoire contemporaine. Il est professeur à l'université de Tel Aviv depuis 1985 et fait partie des nouveaux historiens israéliens.

Sand est un homme de gauche qui milite pour qu'Israël devienne «un Etat démocratique, de tous les Israéliens, et non plus seulement de tous les juifs[1]». Il est devenu mondialement célèbre grâce à son livre polémique Comment le peuple juif fut inventé, où il défend la thèse selon laquelle le terme moderne de peuple nécessite l'existence de pratiques laïques communes et ne peut pas s'appliquer aux juifs. Shlomo Sand s'interroge sur «comment dénationaliser les histoires nationales[2]?» Il remet en doute l'existence de l'exil fondateur de l'an 70 et critique l'ensemble de l'histoire juive qu'il déclare être un rêve nationaliste. Il rédige ensuite un livre critique du sionisme puis sur le rejet de l'identité juive[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Shlomo Sand a passé les deux premières années de sa vie dans des camps de réfugiés juifs polonais, en Allemagne. Il a grandi en Israël, où ses parents ont émigré.

Après l'expérience traumatisante de la guerre des Six Jours (1967) à laquelle il a participé comme simple soldat, il a milité dans l'extrême gauche israélienne favorable à un projet de formation de deux Républiques (israélienne et palestinienne) dans une perspective confédérationnelle.

Il quitte ensuite l'Union de la Jeunesse Communiste Israélienne (Banki), pour rejoindre le mouvement plus radical et antisioniste, Matzpen en 1968, et y reste jusqu'en 1970[4].

Au milieu des années 1970, il a poursuivi ses études universitaires à Paris, où il a soutenu, sous la direction de Madeleine Rebérioux, une maîtrise sur Jean Jaurès et une thèse sur Georges Sorel qu'il a rédigée et soutenue en français. Il a relancé en France les études soréliennes en y organisant le premier colloque sur Sorel, en 1982, et en cofondant en 1983 les Cahiers Georges Sorel, devenus ensuite Mil neuf cent : revue d'histoire intellectuelle. Retourné en Israël, il s'est intéressé à l'histoire du cinéma, à l'histoire des intellectuels et, plus récemment, à l'histoire du peuple juif[5].

En proie à une remise en cause identitaire, Sand affirme avoir décidé d'« arrêter d'être juif » et rejette également l'identité israélienne, éprouvant une profonde détestation envers Israël, en tant que État Juif[6]. Ces prises de positions, lui amènent la critique du monde juif[7], et en réaction, Moshe Sluhovsky, professeur de l'université hébraïque de Jérusalem, affirme que Sand a « également cessé d'être historien »[8].

Thèse sur le « peuple juif »[modifier | modifier le code]

En 2008, Shlomo Sand a publié Comment le peuple juif fut inventé, une étude de la construction nationale israélienne par le mouvement sioniste. Il y défend l'idée que cette construction s'est appuyée sur un récit fondateur mythique, faisant des populations juives un peuple, uni par une même origine et possédant une histoire nationale commune, remontant à la terre d'Israël. Sand nie la réalité de cette origine commune, mettant en avant l'importance des conversions au judaïsme dans la constitution des populations de confession juive. D'autre part, pour lui, jusqu'à l'avènement du sionisme, ces populations ne se définissaient qu'à travers leur appartenance religieuse en commun et ne se percevaient donc pas comme un peuple. L'ouvrage de Sand procède à une étude de la formation de ce récit national, à travers une historiographie critique des travaux d'historiens et d'hommes politiques, ayant vécu aux XIXe et XXe siècles[9].

L'ouvrage, qui s'inscrit dans le sillage des chercheurs postsionistes[10], a suscité débats et controverses[11], y compris chez les historiens du peuple juif[12],[13].Son propos s'appuie partiellement sur le mythe[14] de l'origine khazare des Ashkénazes par conversion, qui est rejetée par l'ensemble des historiens, d'autant que des études génétiques ont confirmé « une ascendance génétique commune moyen-orientale » de toutes les populations juives[15],[16],[17],[18].

En France, la publication de la traduction de l'ouvrage se heurte d'abord au silence ; ainsi, comme mentionné par l'auteur lui-même dans la préface de l'édition de poche 2010 chez Champs/Essais : «… alors même que la grande presse parisienne (Le Monde, Le Figaro, Libération…) ne lui a pas consacré le moindre compte rendu… », il finit par rencontrer son public, notamment en Israël et en France, et obtient dans ce dernier pays le Prix Aujourd'hui 2009, prix littéraire qui récompense un ouvrage politique ou historique sur la période contemporaine[11].

En , il fait paraître un nouvel ouvrage, Comment j’ai cessé d’être juif, dont il résume ainsi le thème : « Supportant mal que les lois israéliennes m’imposent l’appartenance à une ethnie fictive, supportant encore plus mal d’apparaître auprès du reste du monde comme membre d’un club d’élus, je souhaite démissionner et cesser de me considérer comme juif. » Cet ouvrage suscite en réponse un ouvrage de Claude Klein, Peut-on cesser d'être juif ?[19].

Ses ouvrages, en principe rédigés en hébreu, ont été traduits dans de nombreuses langues.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Puchot, « Entretien avec l’historien israélien Shlomo Sand : «Le peuple juif n’existe pas» », sur Mediapart (consulté le )
  2. Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, (ISBN 978-2-213-63778-5), page 36
  3. https://www.theguardian.com/world/2014/oct/10/shlomo-sand-i-wish-to-cease-considering-myself-a-jew
  4. https://web.archive.org/web/20090315184657/http://www.notimportant.co.il/?p=680
  5. Dominique Conil, « Shlomo Sand: vous voulez vraiment que je parle de ça? (entretien) », délibéré,‎ (lire en ligne)
  6. https://www.globes.co.il/news/article.aspx?did=1000977938
  7. https://www.forward.com/culture/206656/how-i-stopped-reading-shlomo-sands-crackpot-memoir/%3fgamp
  8. https://www.haaretz.com/amp/life/books/.premium-chronicle-of-a-persecuted-historian-1.5417897
  9. Shlomo Sand aborde l'histoire de l'histoire des Juifs à partir des premières œuvres sur le sujet (Jacques Basnage, Histoire de la religion des Juifs depuis Jésus-Christ jusqu'à présent, La Haye, 1706-1707, cité par Sand 2008, p. 98) jusqu'aux hommes politiques liés à la naissance de l'État d'Israël (Ben Gourion, cité p. 392) et aux juristes israéliens (p. 404 et suivantes).
  10. Shlomo Sand, « Postsionisme. Un bilan provisoire »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Annales ESS, 2004.
  11. a et b Maya Sela, « Israeli wins French prize for book questioning origins of Jewish people », Ha'aretz, 12 mars 2009.
  12. Israel Bartal, « Israel Bartal’s Response to Shlomo Sands’ Invention of the Jewish People », sur Wordpress.com, Haaretz,
  13. Claude Klein, « L'invention de Schlomo Sand» , Les Temps modernes, no 655, 2009, p. 71-89 voir en ligne sur Cairn.
  14. https://www.haaretz.com/jewish/khazar-myth-busted-1.5253397
  15. (en) Sharon Begley On 6/2/10 at 8:00 PM EDT, « What We Can Learn From the Jewish Genome », sur Newsweek, (consulté le )
  16. Jean-Luc Nothias, « L'histoire juive confirmée par la génétique », sur Le Figaro.fr, (consulté le )
  17. (en) Nicholas Wade, « Studies show Jews’ genetic similarity », sur The New York Times, .
  18. M. Fellous , J. Feingold , L. Quintana-Murci, J.S. Beckmann, H. Ostrer, D. Behar, « La Génétique des Populations et le Peuple Juif », sur dafina.net, (consulté le )
  19. Claude Klein, Peut-on cesser d'être juif, Grasset, (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie et filmographie[modifier | modifier le code]

  • Esther Benbassa, Shlomo Sand, Maurice Sartre et Michel Winock, « Enquête sur le peuple juif », L'Histoire, no 343,‎ , p. 8-21 (résumé)

Autour de l'ouvrage Comment le peuple juif fut inventé de Shlomo Sand :

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