Shangaïer

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Un shangaïer (ou, selon OQLF, shangaier) était un homme enrôlé, par force ou par ruse, pour compléter un équipage sur le départ.

Avec l'expansion de la marine à voile au long cours, la demande en matelots est devenue de plus en plus forte. Les difficultés du métier et la longueur des voyages, alliées à une paye peu motivante faisait que les capitaines avaient du mal à se constituer un équipage complet. Certains, peu scrupuleux, n'hésitaient pas, quelques heures avant l'appareillage, à soûler quelques pauvres gens dans les bistrots près du port ou à soudoyer quelques responsables de la police pour enlever de force des gens dans les prisons de la ville. Les exemples sont nombreux de marins qui, à peine rentrés au port d'un long périple et ayant fait de fortes « libations » pour fêter ce retour, se retrouvaient repartis le lendemain même.

Les malheureux, quelquefois sans aucune expérience maritime, se réveillaient au large sur un bateau parti pour faire un voyage de plusieurs mois (jusqu'à Shanghai...) ou une campagne de pêche à la morue ou la baleine, sans espoir de pouvoir être débarqués avant la fin du voyage. Certains se faisaient à cette vie mais, globalement, ils vivaient extrêmement mal cette expérience et étaient souvent les premières victimes des accidents de ces métiers difficiles.

Marchands d'hommes[modifier | modifier le code]

Le procédé existait plus ou moins dans tous les ports du monde mais d'après les mémorialistes de la marine à voile comme Basil Lubbock, ou le Cdt Hayet, le shangaiäge était une véritable industrie sur les ports de la côte ouest des États-Unis (Portland , Tacoma, Seattle et surtout San Francisco) , peut être à cause de l'épisode de la Ruée vers l'or (qui vit des centaines de navires être désertés par leurs matelots, tentés par le mirage des placers)

Dans ces ports sévissaient des "marchands d'hommes" ( terme français) ou encore des "Boarding Masters" (terme officiel en anglais mais le mot argotique et usuel était "Crimp".)

Liés à la pègre et aux milieux interlopes de quais , mais aussi et surtout la police locale (souvent corrompue) les Marchands d'hommes avaient pignon sur rue et touchaient une commission du capitaine par tête de matelot, sinistrement dénommée "blood money".

Tout n'allait pas toujours sans heurts : à Portland , Oregon, le capitaine Batchelor du trois mâts anglais Cedarbank, furieux de l'audace du "crimp" local (trois de ses matelots avaient été kidnappés en ville et le marchand d'homme venait en canot proposer ses services au tarif double) fit larguer l'enclume du bord sur le canot, obligeant le marchand d'hommes et ses sbires à rentrer à la nage....La vengeance ne tarda pas : Le sheriff local, frère du marchand d'hommes, lui infligea un mois de prison...mais le second du navire, loyal et efficace parvint malgré tout à faire effectuer le chargement et le navire put repartir avec un équipage réduit complété par...un jockey, deux ouvriers agricoles et quelques autres "éléphants" absolument pas marins, une escroquerie fréquente chez les "Crimps" de la côte Ouest des États-Unis.

L'un des pires "Crimps" de San Francisco, un certain Brown, connu comme Shanghaï Brown, se vit rendre la monnaie de sa pièce en 1896.

Les novices (apprentis matelots) du Springburn , un quatre mât barque anglais (plus tard Alexandre sous pavillon français, et coulé par un U boot en août 1917) étaient une équipe de gaillards jeunes, athlétiques et téméraires.

Ils n'hésitèrent pas à attirer Shangaï Brown dans un guet-apens, à l'assommer et le droguer, puis à l'entortiller dans un ballot de linge qu'un blanchisseur chinois livrait bord juste avant l'appareillage . Réveillé à coups de botte alors que le navire était déjà loin des côtes, il put goûter aux joies du métier de matelot lors d'un retour en Europe hivernal par le cap Horn....anecdotes célèbres citées notamment dans l'ouvrage suivant: Sixpence for the wind : a knot of nautical Folklore[1]

Un roman d'aventures, Le Shangaïé, de André Le Gal, a été extrapolé de ces pages quelquefois sordides de la navigation.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Malcolm Archibald, Sixpence for the wind : a knot of nautical folklore, Whittles Publishing,