Shahid Rahman

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Shahid Rahman
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Shahid Rahman, né en 1956 à New Delhi, est un mathématicien qui possède la double nationalité argentine et allemande, professeur de logique et d'épistémologie à l'Université Lille III.

Il est notamment connu pour son développement de la logique du dialogue.

Biographie[modifier | modifier le code]

À l'Université Nationale du Sud à Bahia Blanca en Argentine), en passant par celle d'Erlangen-Nuremberg (Allemagne), il s'est formé en mathématique, en philologie, et a également étudié la psychologie et la philosophie.

Shahid Rahman est docteur en philosophie, psychologie et philologie de l'Université de Sarre. Sa thèse, sous la direction de Kuno Lorenz, en 1993, portait sur la logique du dialogue du point de vue de la théorie des catégories. Son Habilitation à la Direction de Recherche, en 1997, fut consacrée à Hugh MacColl, aux problèmes des fictions et à la logique connexe. Depuis 2001, il est professeur de logique et d'épistémologie à l'université des sciences humaines de Lille III (France).

La logique dialogique[modifier | modifier le code]

La partie la plus importante de son travail concerne la logique dialogique. Sa principale contribution a ainsi été de la systématiser pour permettre le développement et la combinaison de différentes logiques. Depuis le début des années 1950, ses créateurs, Paul Lorenzen et Kuno Lorenz avaient développé la logique dialogique dans le but de fonder la logique intuitionniste. En 1987, lors d'une intervention à l'Université de Sarre, Rahman suggéra pour la première fois le lien entre les dialogues et les topoï de la théorie des catégories, même si à l'époque ce lien ne concernait que les fondations de la logique intuitionniste. La seconde partie de sa thèse de doctorat, publiée en 1993, a développé cette suggestion, tandis que la première partie était consacrée à la toute première étude systématique des relations entre les dialogues, les tableaux, et leur métathéorie.

Rahman et ses équipes de recherche (tout d'abord à l'université de Sarre avec Helge Rückert, puis à Lille avec le groupe pragmatisme dialogique, fondé en collaboration avec Laurent Keiff, proposèrent une redécouverte de la logique dialogique à une époque où elle disparaissait progressivement de l'agenda de la recherche en philosophie.

Sous l'influence de Rahman, la logique du dialogue fut convertie en un cadre théorique général où étaient étudiées, entre autres, la logique conditionnelle, la logique libre, la logique modale normale, la logique modale hybride, la logique modale non-normale, la logique modale de premier ordre, la logique paraconsistante, la logique linéaire, la logique pertinente ou encore la logique connexe.

L'un des avantages de cette démarche est que la logique dialogique peut être utilisée comme un pont entre la théorie des modèles et la théorie de la démonstration, mais également comme une méthode pour générer des tableaux pour les logiques dont la sémantique n’est pas évidente, comme la logique linéaire ou la logique connexe. La perspective dialogique sur les logiques non-classiques a été l'occasion de riches discussions.

En 1995, dans un exposé à l'Institut des Sciences Informatiques Max Planck de Sarrebruck, Dov Gabbay fit remarquer que les nouveaux développements de l'interface entre les jeux et la logique (qui fournissent les bases techniques de l'approche dialogique) offrent la possibilité d'utiliser les dialogues comme une sorte de système de déduction pour l'approche pragmatique. En 1999, Rahman et Rückert organisèrent un atelier intitulé nouvelles perspectives en logique dialogique à Sarrebruck, qui a donné lieu à une publication de Synthèse (vol. 127, numéros 1-2 avril/mai, 2001). Cet ouvrage témoigne d'une reconsidération des liens entre jeux et logique, principalement au sein des sciences informatiques et de l'intelligence artificielle.

Patrick Blackburn écrivit en réponse au papier de Rahman et Rückert sur la dialogique de la logique modale, un article, publié en 1999 dans Logique et Analyse[1] où il établit une relation entre les dialogues que l'on trouve dans les langages hybrides et l'une des découvertes les plus intéressantes en logique modale contemporaine : la notion de bi-simulation. Dans le même volume, Gabriel Sandu présenta un autre développement important des travaux sur interface entre jeux et logique, celui de la logique linéaire. La logique linéaire et sa généralisation, le projet ludique de Jean-Yves Girard, est l'une des préoccupations du groupe lillois.

Dans le projet rédigé pour son entrée dans l'International Directory Of Logicians[2], Rahman prétend que la logique a un rôle central à jouer dans les programmes de recherche de la philosophie des sciences du XXe siècle. Les critiques historiques et sociologiques des années soixante avaient banni la logique de la philosophie des sciences en l'accusant de réduire la science à un ensemble de propositions reliées entre elles par la logique classique. Mais cela ne veut pas dire que la collaboration entre logique, philosophie et histoire des sciences doit être abandonnée.

La logique doit plutôt approcher la science avec des outils nouveaux et plus sophistiqués, capables de traiter des propositions dans un contexte, en décrivant ce contexte et sa dynamique. Cela est envisageable si l'on développe l'interface entre jeux et logique, entre théorie de la révision des croyances et théories des jeux, et entre théorie de la décision et théorie de l'argumentation. Cette déclaration est à la base du projet Kluwer-Springer lancé en 2001 par Rahman et John Symons et dont le premier volume fut publié en 2004 dans la collection Logic, Epistemology and the Unity of Science, éditée par Rahman, Symons et Gabbay.

Les projets d'édition de Rahman ont pour vocation d'apporter à la communauté philosophique les outils adéquats pour qu'elle puisse résoudre les problèmes classiques de la philosophie des sciences, à l'aide des développements actuels en logique mathématique, et plus particulièrement dans son lien avec la théorie des jeux. C'est cette même ambition qui animent les autres collections des College Publications, par exemple les Cahiers de Logique et d’Épistémologie et sa version espagnole, les Cuadernos de Lógica, Epistemología y Lenguaje, ou encore la toute récente publication The Games of Logic, A philosophical perspective.

Ce sont donc ces perspectives qui inspirent les travaux de Rahman, de ses collaborateurs et de ses étudiants, sur une grande diversité d'approches : des langages hybrides jusqu'à l'abduction, en passant par la théorie du choix rationnel, celle de la révision des croyances, la logique libre dynamique ou encore les raisonnements non-monotones.

Travaux[modifier | modifier le code]

  • S. Rahman and H. Rückert (editors), New Perspectives in Dialogical Logic. Synthèse 127 (2001) (ISSN 0039-7857).
  • Rahman S. On Frege’s Nightmare. A Combination of Intuitionistic, Free and Paraconsistent Logics. In H. Wansing (ed.), Essays on Non-Classical Logic, World Scientific, New Jersey, Londres, Singapore, Hong Kong, 61-85, 2001.
  • Rahman S. Un desafío para las teorías cognitivas de la competencia lógica: los fundamentos pragmáticos de la semántica de la lógica linear. In M. B. Wrigley (editor), Dialogue, Language, Rationality. A Festschrift for Marcelo Dascal, Special volume of Manuscrito, vol. XXV-2. 383-432, octobre, 2002.
  • S. Rahman, Non-Normal Dialogics for a Wonderful World and More. In J. van Benthem, G. Heinzmann, M. Rebuschi and H. Visser (eds.) The Age of Alternative Logics. Springer (2006). (ISBN 978-1-4020-5011-4).
  • S.Rahman/L. Damien/M.H. Gorisse, Dialogique temporelle et hybridation. In M. Rebusqui & T. Tulenheimo (ed.), Logique et théorie de jeux, Kimé, 2004, 17-38. (ISSN 1281-2463)
  • S. Rahman and L. Keiff, On how to be a dialogician. In Daniel Vanderken (ed.), Logic Thought and Action, Springer (2005), 359-408. (ISBN 1-4020-2616-1).
  • S. Rahman and C. Dégremont, The Beetle in the box. In T. Aho and A-V. Pietarinen (eds.) Truth and Games. Essays in honour of Gabriel Sandu. Societas Philosophica Fennica (2006). (ISBN 951-9264-57-4).
  • S. Rahman and T. Tulenheimo, From Games to Dialogues and Back: Towards a General Frame for Validity. Dans Ondrej Majer, Ahti-Veikko Pietarinen and Tero Tulenheimo (ed.), 'Games: Unifying Logic, Language and Philosophy. LEUS: Springer, Part III, 2008.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L. Keiff, « Introduction à la logique modale et hybride », Philosophia Scientiae, Kimé « Logique et théorie de jeux »,‎ , p. 89-102 (ISSN 1281-2463)
  • L. Keiff, Le Pluralisme Dialogique, Lille, Université de Lille III (Thèse), 2007
  • H. Rückert, « Logiques dialogiques multivalentes », Philosophia Scientiae, Kimé « Logique et théorie de jeux »,‎ , p. 59-88 (ISSN 1281-2463)
  • (en) H. Rückert, « Why dialogical logic? », dans Essays on Non-Classical Logic, New Jersey, London, Singapore, Hong Kong, World Scientific, , p. 165-182
  • (en) H. Rückert, Dialogues as Logical Framework for Logic, Leyden, (Thèse), 2007

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vol. 167-168)
  2. College Publications 2008, p. 279-285

Liens externes[modifier | modifier le code]