Service d'action civique

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Service d'action civique
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Type
Forme juridique

Le service d'action civique (SAC) a été, de 1960 à 1981, une association au service du général de Gaulle puis de ses successeurs gaullistes. Elle est créée à l'origine pour constituer une « garde de fidèles » dévouée au service inconditionnel du général après son retour aux affaires en 1958. Ses statuts mentionnent qu'il s'agit d'une « association ayant pour but de défendre et de faire connaître la pensée et l'action du général de Gaulle ». Le SAC est issu du service d'ordre du Rassemblement du peuple français (RPF), qui s'était régulièrement opposé au service d'ordre et aux militants communistes dans des affrontements violents, de 1947 à 1955.

Fondé pendant la guerre d'Algérie et les troubles qui l'accompagnent en métropole (attentats du FLN puis de l'OAS), le SAC est marqué par cette ambiance originelle de violences.

Pierre Debizet, un ancien de la France libre (réseau Libération-Nord et BCRA), en est le premier secrétaire général pour une brève période — de janvier à . Il quitte le SAC en raison de problèmes de santé et d'un désaccord avec la politique algérienne du général de Gaulle, désormais orientée vers l'autodétermination de ce pays. Après son départ, Paul Comiti est coopté à la présidence du SAC, qu'il conserve jusqu'en 1969 où, trop absorbé par ses nouvelles fonctions d'adjoint à la sécurité présidentielle, il met fin à son mandat. Pierre Debizet réintègre alors le secrétariat général du Service.

Le SAC a souvent été présenté comme une « police parallèle » du régime gaulliste. Plusieurs de ses membres sont mis en cause dans des affaires de violences électorales et de droit commun. Il est parfois confondu avec les « barbouzes », groupe de 200 à 300 individus recrutés par Lucien Bitterlin et Pierre Lemarchand pour lutter contre l'OAS en Algérie à partir de 1961. Pour sa part, le SAC n'a jamais combattu l'OAS. Certains de ses membres avaient d'ailleurs de la sympathie pour l'organisation.

Le SAC est finalement dissous par François Mitterrand en 1982 après la tuerie d'Auriol, survenue le 18 juillet 1981, au cours de laquelle le responsable de la section locale des Bouches-du-Rhône et cinq personnes de sa famille sont assassinés par des membres de sa section qui le soupçonnent de trahison.

Historique[modifier | modifier le code]

Une organisation au service du général de Gaulle[modifier | modifier le code]

Le SAC est né en décembre 1959 et est enregistré le à la préfecture de Paris. L'objectif de ses fondateurs est d'apporter un soutien inconditionnel à la politique du général de Gaulle. Il est dirigé par Pierre Debizet[1] (militant actif dans les années 1950 au sein du mouvement ultracolonialiste Les volontaires français et du groupe d’extrême droite Parti patriote révolutionnaire[2]). Selon certaines sources, le vrai patron est Jacques Foccart. L'historien François Audigier, auteur de Histoire du S.A.C. La part d'ombre du gaullisme le qualifie de « parrain politique » du SAC. Foccart explique qu'il a été chargé par le général de Gaulle d'assurer le contact avec les organisations de la mouvance gaulliste, parmi lesquelles figure le SAC. C'est à ce titre qu'il en a « eu l'occasion de suivre et de voir les activités du SAC[3] ». Devant la Commission d'enquête parlementaire, il indique en être membre honoraire.

Serge Planté en est le vice-président et André Laviron, le trésorier. Il ne compte alors que quelques centaines d'adhérents, souvent anciens du service d'ordre du RPF. Ce sont des militants pour qui le Général de Gaulle seul compte. Pour expliquer le fait qu'ils aient choisi le SAC plutôt que l'adhésion à l'UNR, Paul Comiti les compare à « des chrétiens qui vont directement au Seigneur sans passé par le curé ».

Le SAC s'installe au 5, rue de Solférino dans un immeuble qui avait abrité le siège du RPF et le bureau du général de Gaulle. Charles Pasqua en devient le vice-président en 1965 jusqu'en 1969 où il quitte le mouvement. Jacques Godfrain, futur ministre de la coopération d'Alain Juppé de 1995 à 1997, occupe le poste de trésorier du SAC de septembre 1976 à février 1978.

Les années 1960[modifier | modifier le code]

Lors du changement de politique du général de Gaulle à l'égard de l'Algérie, des membres du SAC favorables ou militants de l'Algérie française démissionnent. Pierre Debizet, qui se trouve par ailleurs gravement malade, laisse la place au printemps 1960. Paul Comiti, ancien résistant, commissaire de police et garde du corps du général de Gaulle, est coopté à la présidence du Service. René Tiné en est le secrétaire général. Comiti occupe ce mandat jusqu'en 1969.

Les campagnes électorales de 1965-67 voient l'augmentation des effectifs, qui atteignent les 2 000 à 3 000 adhérents. Le contexte politique de l'époque est tendu. Les campagnes électorales des années 1960 sont marquées par des affrontements souvent violents avec parfois morts d'homme et usage d'armes à feu (référendum de 1958, législatives de juin 1968)[4].

Le rôle principal du SAC est le service d'ordre du parti gaulliste (UNR, UD-Ve République puis RPR). Cependant les deux organisations sont indépendantes. En 1978, Alain Devaquet, secrétaire général du RPR tente de faire intégrer les responsables départementaux du SAC aux comités départementaux du RPR en tant que membres de droit. Selon la Commission d'enquête parlementaire, cette initiative n'est pas couronnée de succès[5].

Des membres du Service d'action civique initient en mai- la création des Comités de défense de la République qui préparent la contre-manifestation en faveur de De Gaulle[6] et participent au service d'ordre des réunions de l'Union pour la défense de la République autour de l'UD-Ve (ex-UNR). Des membres du SAC créent également l'UNI pour contrer la « subversion gauchiste » dans le milieu universitaire. L'organisation de Debizet a aidé jusqu'en 1976 le syndicat étudiant dans toutes ses démarches d'autant plus que beaucoup de militants avaient leur carte dans les deux organisations. Après 1976, la double appartenance existe, mais les organisations ont une direction distincte.

Les événements de mai 68 provoquent de nombreuses adhésions au SAC. Charles Pasqua évoque le nombre de 15 à 20 000 adhérents à cette époque. Selon certaines sources, des personnes peu scrupuleuses seraient ainsi entrées au service[6].

Violences[modifier | modifier le code]

  • En , les membres du SAC déguisés en ambulanciers ramassent des manifestants pour aller les tabasser au sous-sol de leur QG, rue de Solférino[7],[8][source secondaire nécessaire].
  • Des membres du SAC sont impliqués dans plusieurs bagarres de colleurs d'affiche à l'occasion de campagnes électorales, avec des conséquences parfois tragiques :
    • Le 24 , une bagarre oppose un groupe de colleurs d'affiches gaulliste et des cheminots CGT dans les locaux de la SNCF à Clichy-Levallois; un chauffeur de taxi est blessé par une balle perdue et deux membres du SAC sont inculpés pour port d'arme prohibé[9].
    • Le 29, un colleur d'affiches de 18 ans, militant des jeunesses communistes, est tué par balles à Arras : le meurtrier Jean-Claude Vallein n'est apparemment pas encarté au SAC, c'est un membre présumé de cette organisation qui lui avait fourni l'arme[1].
    • Le 14 avril 1969, un militant communiste reçoit un coup de couteau à Drancy, dans une bagarre de colleurs d'affiche; l'auteur du coup, militant UDR et membre présumé du SAC, est renvoyé aux assises pour tentative de meurtre[10].
    • Le 26 avril 1969, pendant la campagne électorale, un militant du SAC ouvre le feu à Grenoble sur des partisans du non au referendum[11].
    • La Commission d'enquête parlementaire écrit à ce sujet : « Dans les campagnes électorales, les membres du SAC font évidemment comme tous les militants, de l'affichage, de la distribution de tracts, etc. En ce domaine, les seules remarques qui puissent être faites sur le comportement des militants du SAC est que leur rôle se limite le plus souvent à assurer la protection des colleurs d'affiches et à intervenir pour cela à tort et à travers, et trop souvent dangereusement[12] ».
  • En 1970, deux membres du SAC sont condamnés pour coups et blessures ayant entrainé la mort sans intention de la donner et complicité, dans l'affaire de droit commun dite « de Puyricard » au cours de laquelle une femme a été tuée près d’Aix-en-Provence[13],[14].

Le retour de Pierre Debizet[modifier | modifier le code]

En 1968, redevenu député du Cantal, Georges Pompidou accepte la présidence d'honneur du SAC, qu'il occupera jusqu'à son élection à la présidence de la République. Nommé commissaire principal, adjoint au directeur de la sécurité présidentielle, Paul Comiti quitte ses fonctions au SAC en 1969. Pierre Debizet reprend son poste de secrétaire général.

La même année, le préfet de police Maurice Grimaud transmet au ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin plusieurs curriculum vitae de personnages ayant encouru une condamnation et qui ont adhéré récemment au SAC. Marcellin transmet l'information à Georges Pompidou. Le ministre envisage une auto-dissolution du SAC, mais se voit objecter qu' « il était fâcheux de porter préjudice à l'ensemble d'une organisation à cause de la présence de quelques personnages douteux qu'il valait donc mieux exclure[15] ». Pierre Debizet est chargé de cette « épuration ».

Il entreprend un examen des récentes adhésions et en rejette un certain nombre[16]. René Tiné, Charles Pasqua et de nombreux autres membres sont écartés ou quittent d'eux-même le Service, considérant qu'il n'a plus lieu d'être dans le mesure ou le général de Gaulle a abandonné le pouvoir. Debizet décide également de remplacer la carte de membre qui ressemble trop à une carte de police et exige que chaque candidat soit parrainé par deux membres du Service et produise un extrait de casier judiciaire vierge[6].

  • Dans les années 1970, Patrice Chairoff publie dans Libération un plan du SAC prévoyant l’internement de gauchistes dans des stades. Ce document est attribué au marseillais Gérard Kappé, un ancien lieutenant de Charles Pasqua qui dément[17]. Devant la Commission d'enquête parlementaire sur les activités du Service d'action civique, Paul Comiti qualifie le document de « faux manifeste » et « d'une des plus vilaines insultes qu'on nous ait adressées[18] ». Patrice Chairoff, de son vrai nom Dominique Calzi, a été condamné à plusieurs reprises pour escroquerie[19].
  • Le 5 juin 1977 à Reims, Pierre Maître, un ouvrier des Verreries Mécaniques Champenoises qui se trouve à un piquet de grève est abattu d'une balle dans la tête. Deux autres ouvriers sont blessés. L'auteur des coups de feu est un membre de la CFT qui fait également partie du SAC[20]. Il est condamné à vingt ans de réclusion[21].

En 1982, la Commission d'enquête parlementaire cite une liste établie par la police judiciaire mentionnant « soixante-cinq affaires commises par cent six membres du SAC depuis sa création[22] ». Le SAC aurait joué un rôle dans la création d'une organisation de contre-terrorisme en Corse, Francia, destinée à s'opposer au FLNC. Selon certaines sources, des membres de l'organisation sont employés pour des missions de « mercenariat » en Afrique.

L'observation du mouvement laisse à penser que la théorie des « deux SAC » développée en manière de défense par certains adhérents pourrait avoir une part de vérité, la coexistence sous une même étiquette, d'une part, de groupes gaullistes très droitiers et activistes, recrutant des personnes souvent honorables, telles un magistrat de l'Est de la France, un certain nombre de militants ouvriers souvent liés aux syndicats indépendants comme la Confédération générale des syndicats indépendants ou la Confédération des syndicats libres, etc. et, d'autre part, une série d'individus aux franges du renseignement, du banditisme et de l'extrême droite (voire des trois), utilisés pour des « coups » peu recommandables. Des associations appelées SAC et sans rapport avec le mouvement national ont été déposées par des amis de Charles Pasqua après que celui-ci a été exclu du mouvement.

Les liens supposés avec le banditisme[modifier | modifier le code]

Le SAC est réputé avoir recruté des adhérents parmi le « Milieu ». Des malfaiteurs auraient possédé une carte du SAC, sans qu'il soit possible d'établir avec certitude s'ils ont été membres du SAC[23]; certains éléments de la pègre avaient en effet conservé des liens avec le gaullisme en raison de leur passé de résistant ou de déporté durant la Seconde Guerre mondiale. D'autres malfaiteurs auraient pu souhaiter exhiber une proximité du pouvoir politique pour impressionner les policiers.

François Audigier explique que la détermination de l'appartenance de certains malfaiteurs au SAC est « une question très délicate. D'abord pour des raisons méthodologiques (liée au manque de sources : les archives policières et judiciaires étant inexistantes ou non accessibles, les témoignages étant difficiles, l'historien est dépendant d'enquêtes journalistiques souvent à charge) et épistémologiques (cela pose la question de la définition de l'appartenance à une organisation militante). Dire de telle figure de la pègre niçoise, marseillaise, grenobloise ou lyonnaise qu'elle appartient au SAC, comme le fait souvent rapidement la presse de l'époque, reste en réalité discutable[4] ».

La Commission d'enquête parlementaire recense six cas[22] :

- Edmond Vidal, le chef du Gang des Lyonnais : en 1975, lors de l'instruction ouverte contre cette association de malfaiteurs qui a commis de nombreux vols à main armée, Vidal indique avoir « travaillé pour des polices parallèles » et notamment avoir installé des systèmes d'écoute dans la chambre d'hôtel de Gaston Defferre à l'occasion du congrès du Parti socialiste à Grenoble. Le magistrat instructeur demande un supplément d'enquête à la police judiciaire qui conclut à l'inanité de ces déclarations. Lors du procès, Vidal déclare également avoir obtenu sa carte d'identité par l'intermédiaire du malfaiteur Jean Augé. Après enquête, l'avocat général rend ses conclusions le 3 juillet 1977 devant la cour d'assises : il apparaît que cette carte a été délivrée le 3 mai 1973 en toute légalité à Edmond Vidal, tous les documents nécessaires ayant effectivement été déposés par le demandeur. Ce n'est pas Edmond Vidal qui avait retiré cette carte, mais un inspecteur des Renseignements généraux détaché au Sénat. L'intéressé a déclaré « ne plus se souvenir des conditions de ce retrait, mais a spécifié qu'il effectuait de fréquentes démarches identiques pour de nombreux parlementaires. »

- Jean Augé : cet ancien résistant est considéré, à partir des années 1960, comme le caïd du milieu lyonnais. La Commission cite un arrêt de la Cour d'appel de Lyon du 16 septembre 1965 selon lequel Augé a effectué en 1961 une mission en Algérie pour le compte de la Sécurité militaire. Selon le journaliste James Sarazin, spécialiste du grand banditisme, Jean Augé se prévalait cependant de son appartenance au SAC. Pierre Debizet dément l'appartenance d'Augé au Service : « Il a été utilisé par d'autres services dans le cadre de la lutte contre l'OAS, des services souterrains, trop contents de mettre ça sur le dos du SAC ».

- Christian David, surnommé « le beau Serge » : malfaiteur chevronné, il abat le 2 février 1966 le commissaire Galibert et blesse deux inspecteurs lors d'une tentative d'interpellation, puis prend la fuite en Amérique du Sud où il rejoint les réseaux Ricord. Dirigées par Auguste Ricord, un ancien de la Gestapo française de la rue Lauriston, ces organisations se livrent au trafic d'héroïne avec les États-Unis et le Canada. Plusieurs organes de presse ont mentionné le fait que David aurait exhibé une carte du SAC avant de tuer le commissaire. Selon François Audigier, cette information est fausse : il ne s'agit que d'une carte tricolore[4]. La Commission d'enquête parlementaire confirme qu'il ne s'agissait pas d'une carte du SAC, « mais plutôt d'un « coupe-file », sans doute du type de ceux que délivrait la Préfecture de police à cette époque ». La Commission affirme que la fuite de David a été organisée par les malfaiteurs Antoine Guérini et Constantin Tramoni (Tramini). Ce dernier se prévalait de son appartenance au SAC[24] alors que les Guérini étaient notoirement proches de Gaston Defferre depuis 1947. En novembre 1972, peu après l'arrestation de Christian David par la police brésilienne, le journaliste René Backmann affirme que « les policiers français ne semblaient plus s’intéresser beaucoup à ce personnage encombrant ». Selon le journaliste, le malfaiteur aurait été « bien placé pour connaître les liens qui existent entre le S.A.C., le « milieu », et certaines filières internationales de trafic de l’héroïne ou des armes ». Il affirme que « beaucoup de gens tremblent, donc à la pensée que le « beau Serge », pris au piège, pourrait révéler un peu trop de noms aux policiers américains du Bureau des Narcotiques qui ont demandé son extradition au gouvernement brésilien[13] ». Honoré Gévaudan, qui fut directeur adjoint de la police judiciaire, estime qu'il s'agit de « venimeux sous-entendus » auxquels il oppose des arguments moraux et juridiques. Selon lui, ni les policiers, ni les juges n'auraient accepté de ne pas faire leur devoir vis-à-vis de l'assassin d'un commissaire. David a d'emblée plaidé coupable devant le tribunal de Brooklyn, parce qu'il ne tient pas du tout à revenir en France où il risque la guillotine[25]. Après avoir purgé sa peine aux États-Unis, Christian David est extradé en 1985 vers la France où il est condamné en 1989 à 15 ans de détention.

- Trafic de drogue :

  • la Commission cite deux individus interpellés dans la même affaire en 1969 et 1970 pour trafic de stupéfiants : Pierre (Yves) Lahovary et Jean Audisio. L'inspecteur Claude Chaminadas, de l'Office central pour la répression du trafic de stupéfiants, explique qu'il a trouvé chez eux deux cartes du SAC et que l'instigateur du trafic Macel Galvani était responsable du SAC pour les Alpes Maritimes. La Commission précise que ces trois malfaiteurs font partie d'une branche du Service dirigée par Gérard Kappé qui a fait sécession du SAC de Pierre Debizet. Ils sont condamnés au maximum de la peine prévue, soit cinq ans de prison.
  • Deux autres membres présumés, désignés par leurs initiales L.F. et J.C., ont été impliqués dans une autre affaire de stupéfiants. Ce dernier a été condamné, le 10 juillet 1975, par le Tribunal correctionnel de Paris, à trois ans de prison, dont deux années avec sursis, pour « avoir transporté de France aux USA, le Ier août 1969, un kilogramme cinq cents grammes d'héroïne, et début novembre 1969, une certaine quantité d'héroïne cachée dans deux valises »[26].

- La Commission cite enfin un règlement de comptes survenu le 19 octobre 1969, près de Niolon, dans les Bouches-du-Rhône. L'enquête permet d'arrêter le 12 janvier 1970 l'auteur de l'assassinat, André Granato et de démanteler à cette occasion une bande de malfaiteurs. Gérard Kappé, alors responsable d'une branche sécessionniste du Service, identifie Granato comme membre du SAC.

L'affaire de l'ETEC[modifier | modifier le code]

Fin décembre 1971, une instruction est ouverte à Paris par le juge Michaud pour extorsion de fonds, chantage et trafic d'influence. Sept personnes sont interpellées. Elles ont agi sous le couvert de la société ETEC (Études techniques et commerciales) sise boulevard de Courcelles à Paris. Joseph dit "Charly" Lascorz, principal animateur de l'ETEC, est en fuite et sera extradé d'Espagne quelques mois plus tard. Quatre des inculpés se prévalent d'appartenir au SAC, dont ils avaient été exclus en 1969.

Lascorz est condamné en première instance à trois ans de prison et ses co-inculpés de huit mois avec sursis à deux ans de prison[27].

Tuerie d'Auriol et fin du SAC[modifier | modifier le code]

Pierre Debizet, responsable du SAC, arrive à Marseille en car il s'inquiète des rivalités entre les membres locaux de son organisation. Jacques Massié, responsable local du SAC et policier, est accusé de détournement de fonds et de proximité avec la gauche par les autres membres de l'organisation.

Quelque temps plus tard, Massié et toute sa famille sont assassinés. Rapidement, les meurtriers sont arrêtés et condamnés à de lourdes peines. Pierre Debizet est inquiété par la justice mais sans suite pénale.

À l'initiative du groupe communiste de l'Assemblée nationale, une commission d'enquête parlementaire est constituée en . Elle dispose de 6 mois pour enquêter, mène des investigations et interroge 99 témoins durant 46 séances, des dirigeants du SAC comme Debizet qui refuse de prêter serment, des anciens membres comme Charles Pasqua, des fonctionnaires ou anciens fonctionnaires du ministère de l'intérieur tel Robert Pandraud, des syndicalistes, des journalistes comme Roger Colombani, des personnalités comme Jacques Foccart et des hommes politiques comme Christian Bonnet, ancien ministre de l'intérieur[28]. Les membres de la majorité de gauche jouent un rôle majeur dans les activités de la Commission, car les membres de l'opposition comme Alain Madelin, Marc Lauriol ou Jean Tiberi refusent de pourvoir un poste de vice-président et un poste de secrétaire et ne posent pas de questions aux témoins. Son rapport est remis le . Elle décide de ne pas demander formellement la dissolution du SAC. Ses conclusions sont les suivantes : « Il appartient donc au seul pouvoir exécutif d'apprécier si les activités du SAC telles qu'elles ressortent des éléments qu'il a en sa possession, peuvent ou non le conduire à prendre une telle décision. (...) Cependant, la Commission ne peut manquer d'affirmer que les investigations menées, que les documents rassemblés la conduisent à conclure que le SAC, par sa nature, par son organisation et par son orientation a été inéluctablement entraîné à exercer des activités hors de la loi[29] ».

Les commissaires appartenant aux groupes RPR et UDF récusent le rapport de la Commission « dont le mobile dominant est inspiré par des fins politiciennes, notamment en vue des prochaines consultations électorales, beaucoup plus que par une recherche sincère et sereine de la vérité[30] ».

Le SAC est dissous par le président François Mitterrand le [31], par application de la loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées.

Effectifs et recrutement[modifier | modifier le code]

La Commission d'enquête parlementaire cite un nombre « ne dépassant pas 10 000 adhérents » avant 1968. Les événements de mai 68 provoquent un afflux d'adhérents, dont le nombre atteint 20 000 selon Charles Pasqua, voire 30 000 selon d'autres sources. Le tirage du bulletin « Action civique » destiné aux adhérents est alors de 10 000 exemplaires. Il redescend à 7 000 en avril 71, après l' « épuration » effectuée par Pierre Debizet et les autres départs.

En 1981, Pierre Debizet communique le nombre de 10 000 adhérents. Les Renseignements généraux les estiment à 5 000 seulement. Compte tenu du tirage d' « Action civique » stable à 8 500 exemplaires depuis 1975, la Commission conclut que « le SAC comprend entre 8 000 et 10 000 adhérents, dont environ la moitié militent (sic) effectivement au sein de l'association »[32]. Les éléments d'information qu'elle a pu recueillir - et notamment l'étude de certains fichiers départementaux -, permettent d'évaluer globalement entre 10 et 15 % environ le nombre de policiers par rapport à l'ensemble des adhérents du SAC.

Les « successeurs »[modifier | modifier le code]

Après la dissolution du SAC, de nouvelles structures apparaissent.

Solidarité et défense des libertés[modifier | modifier le code]

Certains, lors de la période de flottement du SAC, voulurent récupérer cette organisation qui a toujours existé de façon autonome par rapport aux différents partis gaullistes. Charles Pasqua est l'un d'eux[33].

Le futur ministre de l'Intérieur créa à cette occasion « Solidarité et défense des libertés » qui rassemblait des membres du RPR, de l'UDF, des anciens du SAC et même de certains mouvements très à droite comme le Parti des forces nouvelles (PFN).

Ce descendant du SAC n'a pas eu une existence très importante. À la suite de l'attentat de la rue Marbeuf, le mouvement pasquaien organisera une manifestation où des militants du Centre national des indépendants et paysans (CNIP) et du PFN se distingueront. Ce mouvement sera vite dissous.

Le MIL[modifier | modifier le code]

Le Mouvement initiative et liberté (MIL) a été créé le [34], soit huit mois avant la dissolution du SAC.

Il est alors présidé par Jacques Rougeot, un proche du Rassemblement pour la République (RPR) et président de l'Union nationale inter-universitaire (UNI). Le général Alain de Boissieu, Pierre Messmer, Jacques Foccart et Pierre Debizet, dernier président du SAC avant sa dissolution, participent également à la création du MIL.

Ouvrages et médias traitant du SAC[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  1. Tome 1. Premières armes 1960-1968[35], 2011
  2. Tome 2. Hautes Sphères 1974-1979[36], 2013
Les auteurs enquêtent sur la mort du juge François Renaud et s'intéressent largement au SAC.

Films[modifier | modifier le code]

Émissions de télévision[modifier | modifier le code]

Émissions de radio[modifier | modifier le code]

  • Patrick Pesnot, « Rendez-vous avec X » - Le SAC : Service d'action civique, diffusion en 2 émissions (25/02/2006 et 4/03/2006 ; rediffusion 26/12/2009 et 2/01/2010).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Yves Bordenave, « En Mai 68, le SAC était considéré comme la « police parallèle » du pouvoir », lemonde.fr, (consulté le 25 avril 2018)
  2. Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsita, KAMERUN !, La Découverte,
  3. Rapport parlementaire t 2, p. 915.
  4. a b et c Etienne Campion, François Audigier, « Ce qu'était vraiment le Service d'action civique », Le Figaro - FigaroVox,‎ (lire en ligne)
  5. Rapport parlementaire t 1, p. 114.
  6. a b et c Voir sur lexpress.fr..
  7. Voir sur temoignagechretien.fr..
  8. Voir sur liberation.fr..
  9. « PARIS: deux membres du service d'action civique écroués pour port d'arme après l'échauffourée de Clichy », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  10. « M. Deroualle, militant U.D.R., est renvoyé aux assises », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  11. « UN MEMBRE DU S.A.C., AUTEUR DE COUPS DE FEU CONTRE UN PARTISAN DU "NON", EST ARRÊTÉ », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  12. Rapport parlementaire t 1, p. 131.
  13. a et b « Les truands au service du pouvoir », Le Nouvel Observateur, 13 novembre 1972.
  14. « La cour d'assises a condamné les trois accusés à des peines de réclusion : douze ans pour Mme Boulbès, huit ans pour Padovani et Costeraste », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  15. Rapport parlementaire t 2, p. 955.
  16. Rapport parlementaire t 2, p. 916.
  17. Cité par Le Nouvel Observateur, 15 octobre 2005.
  18. Rapport de la Commission d'enquête parlementaire sur les activités du Service d'action civique - t 2, Paris, Les Presses du Palais-Royal, , 996 p. (lire en ligne), p. 484
  19. « L'AUTEUR DE " B... COMME BARBOUZES " A ÉTÉ ÉCROUÉ », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  20. « Le procès d'un truand du patronat », Club de Mediapart,‎ (lire en ligne)
  21. Jean-Marc Théolleyre, « Le meurtrier de Pierre Maître est condamné à vingt ans de réclusion », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  22. a et b Rapport parlementaire t 1, p. 235.
  23. Audigier 1, p. 464.
  24. Rapport parlementaire t 1, p. 240.
  25. Honoré Gévaudan, La bataille de la French Connection, Paris, Éditions Jean-Claute Lattès, , 496 p. (ISBN 9782706269189), p. 463
  26. Rapport parlementaire t 1, p. 241-243.
  27. « TROIS ANS DE PRISON DONT UN AVEC SURSIS POUR JOSEPH LASCORZ », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  28. Liste des membres de la commission et avant-propos
  29. Rapport parlementaire t1, p. 261.
  30. Rapport parlementaire t1, p. 267-270.
  31. Décret no 82-670 du 3 août 1982 portant dissolution de l'association nommée « Service d'action civique » (SAC).
  32. Rapport parlementaire t1, p. 66-68.
  33. Charles Pasqua avait été exclu du SAC sur ordre de Jacques Foccart au début de 1969 pour avoir tenté d'en prendre le contrôle à la faveur des événements de mai 1968. Contrairement à la légende, Pasqua était généralement mal vu du SAC.
  34. La fiche du MIL sur le site france-politique.fr.
  35. (ISBN 978-2848103525).
  36. (ISBN 978-2848104201).
  37. Fiche Allociné.