Sermon sur la montagne

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Le Sermon de la montagne par Carl Heinrich Bloch, 1890

Le Sermon sur la montagne (ou Discours sur la montagne) est un discours prononcé par Jésus-Christ à ses disciples ainsi qu'à une large foule rapporté dans l'Évangile selon Matthieu[v 1]. Il l'aurait prononcé dans les années 30 au début de son ministère, peu après son baptême par Jean le Baptiste, du haut d'une montagne près du lac de Tibériade, pas loin de Capharnaüm au-dessus de Génézareth. Ce discours est un ensemble d'enseignements moraux. Il s'agit en fait du plus long enseignement de Jésus d'une seule pièce du Nouveau Testament. Il inclue notamment les Béatitudes et la prière Notre Père.

Le Sermon dans les Évangiles[modifier | modifier le code]

Ce sermon se compare au "Sermon dans la plaine", similaire, mais plus succinct, rapporté dans l'Évangile selon Luc[v 2]. Certains commentateurs pensent qu'il s'agit du même sermon, d'autres pensent que Jésus a tenu des propos similaires dans plusieurs circonstances, d'autres encore prétendent qu'aucun des deux sermons n'a eu véritablement lieu et qu'ils sont plutôt des combinaisons des enseignements de base de Jésus rassemblés par Matthieu et Luc.

La portion la mieux connue est probablement celle des Béatitudes, qui se trouve au début de la section. Il contient aussi la prière du Notre Père et les injonctions contre la loi du talion[v 3]« Ne résistez pas à celui qui vous veut du mal »[v 4] et « si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre »[v 4], ainsi que la version de Jésus de la Règle d'or. Souvent, on cite également les références au « sel de la terre »[v 5], à « la lumière du monde »[v 6] et « Ne condamnez pas les autres, pour ne pas être vous-mêmes condamnés »[v 7]. Le Sermon sur la montagne est considéré comme une sorte de commentaire des Dix Commandements. Pour différents penseurs religieux et moraux tels que Léon Tolstoï[1] et le Mahatma Gandhi[2], le Sermon sur la montagne contient les principes centraux de l'observance chrétienne.

Les pauvres en esprit[modifier | modifier le code]

Le troisième verset a donné lieu à plusieurs traductions différentes. Les traducteurs hésitant entre les expressions "pauvres d'esprit", "pauvres en esprit", "pauvre de cœur", "pauvre par l'esprit". Les seules autres mentions des « Pauvres en esprit » se trouvent à plusieurs reprises dans les Manuscrits de la mer Morte[3]. « Par cette expression ne sont nullement visés les simples d'esprit, mais les humbles, les observants de la Loi qui vivent sous la mouvance de l'Esprit[3]. » Cette expression désigne les membres du yahad (unité, alliance) qui sont consensuellement identifiés aux Esséniens. Dans la terminologie essénienne, les « pauvres en esprit » sont des « fils de lumière », par opposition aux « fils des ténèbres »[3]. De même, tant le mouvement nazoréen — le mouvement juif créé par Jésus (notsrim en hébreu) et dont les membres le reconnaissaient comme Messie — que les esséniens se désignaient sous le nom de « pauvres »[4], ebyon en hébreu, d'où l'appellation péjorative d'ébionites que les hérésiologues chrétiens donnent aux mouvements judéo-chrétiens à partir de la fin du IIe siècle. Cela renvoie à Jésus qui demande à un riche qui veut devenir son disciple:« " Une seule chose te manque : va, ce que tu as, vends-le et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; puis, viens, suis-moi (Mc 10:21) », ou Zachée le publicain qui donne « la moitié de [s]es biens aux pauvres (Lc 19:8) » avant de suivre Jésus[v 8]. De même saint Paul indique que « Jésus s'est fait pauvre de riche qu'il était », montrant que Jésus s'est appliqué à lui-même, ce qu'il demandait aux autres.

On comprend alors pourquoi on trouve en tête de ce premier discours de Jésus dans l'évangile attribué à Matthieu le bonheur des pauvres d'esprit, ces fils du Royaume de la Nouvelle Alliance (yahad), inauguré par Jésus, nouveau Moïse et sagesse de Dieu[3].

On connaît dans la Bible certaines béatitudes isolées, ou groupées par deux ou trois, rarement quatre[5]. Il existe une série de huit béatitudes dans le Siracide « construite suivant un procédé poétique obéissant à des règles précises pour ce genre littéraire (Si 14, 20-27)[5]. » On a pu démontrer que ce même procédé s'appliquait à un des manuscrits de la mer Morte provenant de la grotte 4 (4Q525 2 II)[5]. Cette constatation a des conséquences directes sur l'étude du texte de l'évangile selon Matthieu « qui présente lui aussi, une structure reposant sur le même procédé[5]. »

La phrase « Bienheureux les pauvres d'esprit... » a parfois été interprétée à contresens comme « Bienheureux les imbéciles », par exemple par Luigi Cascioli[6], alors qu'elle ne peut être comprise que dans le judaïsme palestinien de l'époque de Jésus. C'est probablement cette difficulté et une volonté polémique qui conduit Origène, un Père de l'Église, à dire que les judéo-chrétiens qu'il appelle péjorativement ébionites[7] (ebyon veut dire « pauvre » en hébreu) sont « pauvres en intelligence ». Il est difficile de ne pas entrevoir un sens péjoratif dans cette réflexion d'Origène, même si c'est aussi une référence à l'évangile selon Matthieu, mais qui parle de « pauvres en esprit »[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Versets bibliques[modifier | modifier le code]

  1. Mt 5. 1 et Mt 7. 28
  2. Lc 6:17–49
  3. Mt 5. 38
  4. a et b Mt 5. 39
  5. Mt 5. 13
  6. Mt 5. 14
  7. Mt 7. 1
  8. On peut noter que Joseph Barsabas et Ananias et Saphira (Ac 5:1-11) vendent une propriété et en donnent la valeur au mouvement pour y adhérer. De même, il est souligné que la communauté de biens, mis en place par l'église de Jérusalem ressemble aux communautés esséniennes, telles que décrites par Flavius Josèphe, Philon d'Alexandrie ou dont parlent les textes du Yahad retrouvés à Qumran.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Léon Tolstoï, Ma religion, (lire en ligne), « chapitre I »
  2. Dans An Autobiography or The Story of My Experiments with Truth, au chapitre 20, « Acquaintance with Religions », il écrit « the New Testament produced a different impression, especially the Sermon on the Mount which went straight to my heart ».
  3. a, b, c et d Émile Puech, Les manuscrits de la mer Morte et le Nouveau testament, inAux origines du christianisme, Pierre Geoltrain (Dir.), 2000, Gallimard, Paris, p. 161.
  4. Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus,  éd. Albin Michel, 2003, p. 276.
  5. a, b, c et d Émile Puech, Les manuscrits de la mer Morte et le Nouveau testament, inAux origines du christianisme, Pierre Geoltrain (Dir.), 2000, Gallimard, Paris, p. 162.
  6. Point de vue de Luigi Cascioli.
  7. Gilles Dorival, Le regard d'Origène sur les judéo-chrétiens, in Le judéo-christianisme dans tous ses états - Actes du colloque de Jérusalem - 6-10 juillet 1998, Dir. Simon Claude Mimouni, Paris, éd. Cerf, 2001, p. 259.
  8. Gilles Dorival, Le regard d'Origène sur les judéo-chrétiens, in Le judéo-christianisme dans tous ses états - Actes du colloque de Jérusalem - 6-10 juillet 1998, Dir. Simon Claude Mimouni, Paris, éd. Cerf, 2001, p. 260.

Annexe[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Saint Augustin d'Hippone (trad. William Findlay), Commentary on Sermon on Mount (lire en ligne)
  • (en) Hans Dieter Betz (en) (trad. Laurence Welborn), Essays on the Sermon on the Mount, Philadelphie, Fortress Press,
  • (en) Warren S. Kissinger, The Sermon on the Mount: A History of Interpretation and Bibliography, Metuchen, Scarecrow Press,
  • (en) Andrej Kodjak, A Structural Analysis of the Sermon on the Mount, New York, M. de Gruyter,
  • (en) Harvey King McArthur, Understanding the Sermon on the Mount, Westport, Greenwood Press,
  • (en) Glen H. Stassen, Living the Sermon on the Mount: A Practical Hope for Grace and Deliverance, Jossey-Bass, (ISBN 0-7879-7736-5)