Serge Berna

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Serge Berna
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Œuvres principales

Serge Berna est, avec Michel Mourre, Ghislain Desnoyers de Marbaix, Jean-Louis Brau, Claude Matricon et Jean Rullier[1], l'un des jeunes lettristes auteurs du « Scandale de Notre-Dame ».

Poète dans le cercle de jeunes radicaux autour d'Isidore Isou, il fait partie de la scission qui quitte Isou pour fonder en 1952 l'Internationale lettriste[2], précurseur de l'Internationale situationniste. Il en est exclu l'année suivante, et, après quelques écrits publics, renonce à toute manifestation.

Actuellement, très peu de choses sont connues sur la vie de Serge Berna[3].

Le Scandale de Notre-Dame[modifier | modifier le code]

C'est Berna qui rédigea le texte[4] nietzschéen et anticatholique sur une table du café Mabillon (Paris VIe), qui fut déclamé par Michel Mourre le dimanche , jour de Pâques en la cathédrale Notre-Dame de Paris, en pleine messe.

Déguisé en dominicain et accompagné par Berna et leurs deux complices qui faisaient office de garde du corps, Mourre est monté en chaire pour y annoncer « la mort du Christ-Dieu pour qu'enfin vive l'Homme », interrompu avant la fin du discours par les grandes orgues. Ils échappèrent au lynchage par la foule grâce à l'intervention de la police, qui les conduisit au commissariat du quartier Saint-Gervais[5].

L'Adresse de Notre-Dame[6]

Aujourd’hui, jour de Pâques en l’Année sainte,
Ici, dans l’insigne Basilique de Notre-Dame de Paris,
J’accuse
l’Église Catholique Universelle du détournement mortel de nos forces vives en faveur d’un ciel vide ;
J’accuse
l’Église Catholique d’escroquerie ;
J’accuse
l’Église Catholique d’infecter le monde de sa morale mortuaire,
d’être le chancre de l’Occident décomposé.
En vérité je vous le dis : Dieu est mort.
Nous vomissons la fadeur agonisante de vos prières,
car vos prières ont grassement fumé les champs de bataille de notre Europe.
Allez dans le désert tragique et exaltant d’une terre où Dieu est mort
et brassez à nouveau cette terre de vos mains nues,
de vos mains d’orgueil,
de vos mains sans prière.
Aujourd’hui, jour de Pâques en l’Année sainte,
Ici, dans l’insigne Basilique de Notre-Dame de France,
nous clamons la mort du Christ-Dieu pour qu’enfin vive l’Homme[7].

Dans la continuité de son anticléricalisme radical, il récidive en juin 1950 et se trouve de nouveau arrêté pour entrave à la liberté de culte pour avoir troublé une cérémonie à laquelle assistait Mgr Feltin à l’Œuvre des Orphelins d’Auteuil et est remis en liberté provisoire, conformément à la loi, après cinq jours de détention préventive (cf. journal L’Aurore du 26 juin 1950, p. 7).

L'Internationale lettriste[modifier | modifier le code]

Le , en compagnie de Guy-Ernest Debord, Jean-Louis Brau et Gil Joseph Wolman, il participe à Aubervilliers, à la première conférence de l’Internationale lettriste. Ils écrivent un document final sur une feuille qu'ils introduisent dans une bouteille et qu'ils jettent dans le canal Saint-Denis. Jean-Louis Brau la repêche le lendemain.

En 1952, il rachète à un chiffonnier 43 feuillets de notes et fragments d’Antonin Artaud retrouvés dans un grenier et datant de 1935-1936 qu’il fait publier en les préfaçant en juin 1953 à Paris aux éditions Arcanes, collection « Voyants » sous le titre Vie et mort de Satan le feu suivi de Textes mexicains pour un nouveau mythe[8]. Suite à cette opération, il est exclu de l'Internationale lettriste en pour "suspicion de déviation vers la littérature" [9].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Christophe Bourseiller, Vie et Mort de Guy Debord 1931-1994, Paris, Plon, 1999, page 36
  2. Lire "La Conférence d'Aubervilliers" du 7 déc. 1952, en ligne.
  3. Selon le fichier des décès de l'INSEE, né le 11 février 1930 à Nanterre, il est décédé le 30 mai 2004 à Montluçon (Allier) : https://arbre.app/insee#s=BERNA&n=Serge&e=b&a=1925&b=1932&o=a
  4. Michel Mourre, Malgré le blasphème, Juillard, 1951.
  5. In Combat, 12 avril 1950.
  6. Ainsi qualifiée par Berna et publiée par Marcel Mariën in "Le Chemin de la croix", revue Les Lèvres Nues no 4, Bruxelles, janvier 1955.
  7. Littérature lettriste
  8. Jean-Louis Brau, Antonin Artaud, éditions de la Table Ronde, collection Les Vies perpendiculaires, Paris, 1971, pages190-191
  9. Histoire de l'Internationale lettriste, 1956, in Guy Debord, Enregistrements magnétiques, Nrf Gallimard, Paris, 2010, page 46

Publication, revue, contribution cinématographique[modifier | modifier le code]

  • "Cri", poème paru dans la revue Janus, cahiers mensuels bilingues de la jeune poésie française et américaine, no 1, .
  • Ratés, carton d'invitation au "Grand Meeting des ratés", organisé par Berna, et signé avec Maurice-Paul Comte, Jacques Patry [Michel Mourre] et Madeleine Auerbach, Paris, 8 rue Serpente, .
  • "Du léger décalage qu’il y a entre le Tam du cœur et son écho aux tempes" et "Un nommé Berna Serge, né à…" , parus dans la revue lettriste Ur, no 1, . (Cf. Visages de l'avant-garde, 1953. Jean-Paul Rocher éditeur, Paris, 2010 ; nouvelle édition revue et augmentée, La Nerthe, Toulon, 2020.)
  •  : Berna répond à l’enquête de la revue Le Soleil noir Positions, no 1, "La révolte en question" (qui porte en bandeau : « Ceci est un effort pour comprendre Camus », qui l’année précédente avait publié L'Homme révolté) : « 1) La condition d’homme révolté se justifie-t-elle ? 2) Quelle serait, d’après vous, la signification de la révolte face au monde d’aujourd’hui ?" Sa réponse, qui revient assez brièvement sur le scandale de Notre-Dame, porte le titre "Comment ? » et paraît dans la rubrique « Témoignages ».
  • "Jusqu'à l'os", paru dans la revue lettriste ION, centre de création, numéro spécial sur le cinéma, no 1, .
  • Contribution vocale au film de Guy Debord, Hurlements en faveur de Sade, .
  • Tract La Nuit du cinéma où est annoncé le film en cours de préparation de Berna, Du léger rire qu'il y a autour de la mort (1952).
  • Tract contre Charlie Chaplin, Finis les pieds plats, , cosigné avec Jean-Louis Brau, Guy Debord et Gil J Wolman.
  • Préface à Antonin Artaud, Vie et mort de Satan le feu, suivi de Textes mexicains pour un nouveau mythe, Paris, Arcanes, . La couverture porte la mention : « Manuscrit retrouvé et préfacé par Serge Berna ».
  • En marge. La revue des refus. Pour une nouvelle participation. Rédacteur : Serge Berna. 1re année. no 1, janvier-, Paris, Galerie de la Huchette (seul numéro paru).
  • En , il participe avec Jean-Louis Brau et Gil J Wolman à une exposition intitulée « Nouvelle école de Paris : Berna, Brau, Wolman » au Salon des arts à La Garde-Freinet (Var).
  • Dans le fonds André Breton conservé par la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet se trouve une lettre autographe de Serge Berna de trois pages adressée de Marseille le à André Breton (cote BRT C Sup 75 ; sujet : Marseille).

Liens externes[modifier | modifier le code]