Diète de Grodno

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Sejm de Grodno)
Aller à : navigation, rechercher
Le Nouveau château de Hrodna (en) où s'est tenue le Sejm de Grodno

Le Sejm de Grodno ou la Diète de Grodno (polonais : Sejm grodzieński, lituanien : Gardino seimas) fut le dernier Sejm (session du Parlement) de la République des Deux Nations. Il s'est tenue du au à Grodno dans le Grand-duché de Lituanie (maintenant Hrodna, en Biélorussie). Sous la contrainte de l'Empire russe, les députés ratifient le deuxième partage de la Pologne.

Contexte[modifier | modifier le code]

Jacob Sievers, ambassadeur de Russie en Pologne

La Guerre russo-polonaise de 1792 se termine par une victoire de l'Empire russe. Varsovie étant jugée trop dangereuse, (cela se vérifiera en avril 1794 avec l'insurrection de Varsovie (en)), les vainqueurs russes et leurs alliés de la Confédération de Targowica, décident de réunir la Diète à Grodno pour confimer leurs exigences[1].

Alors que bon nombre de députés leur sont déjà acquis, comme Stanisław Kostka Bieliński (pl), le maréchal de la Sejm, les Russes tentent de soudoyer les autres pour faire élire leurs favoris dans les Sejmiks (en)[2], n'hésitant pas à envoyer l'armée ou à employer la corruption, afin de contourner l'opposition des députés polonais et lituaniens. Les parlements locaux refusant par exemple d'élire un nombre de représentants suffisamment pour participer à une Sejm nationale.

Le Sejm est finalement convoqué le 17 juin[3], au Nouveau château de Grodno (en), en présence de la garnison russe stationnée dans et autour du château et commandée par l'ambassadeur de Russie en Pologne (en), Jacob Sievers, pour assurer l'obéissance de tous les députés. Alors que les dissidents sont menacés de coups, d'arrestation, d'internement et d'exil[4], la majorité des sénateurs choisissent de ne pas assister aux débats[3]. Seuls sont présents les évêques Józef Kossakowski (pl), Ignacy Massalski, Wojciech Skarszewski (pl), les voïvodes Michał Radziwiłł, les castellans Konstanty Plater (pl), Józef Oborski (pl), Piotr Ożarowski, Anthony Suchodolski, Nicholas Ledóchowski et Antoni Lasocki (pl).

La déroulement[modifier | modifier le code]

La question principale à l'ordre du jour est le projet d'Alliance éternelle entre la Pologne et la Russie, envoyé par Catherine II et présenté comme la « demande du peuple polonais, par les partisans polonais de la Russie »[5]. La plupart des députés ne sont pas autorisés à prendre la parole, mais sur les 140 présents, 25 réussissent néanmoins à protester contre les revendications territoriales de la Prusse.

Le 2 juillet, les troupes russes encerclent la ville et plusieurs députés (Joseph Służewski, Dionizy Mikorski (pl), Józef Młodzianowski (pl), Antoni Karski, Tadeusz Skarżyński, Kazimierz Wyganowski (pl) et Franciszek Kunicki (en)) sont arrêtés[3]. Le 16 juillet l'ambassadeur de Russie, Jacob Sievers averti qu'en cas d'échec des négociations, les troupes russes procèderaient à la séquestration des biens des membres récalcitrants[6].

Le la traité d'alliance éternelle est soumis aux votes. Le débat dure près de 4 heures. Les forces russes sont présentes et empêchent quiconque de quitter la salle. Le maréchal du Sejm doit demander par trois fois s'il y a un accord. Pas un député ne prend la parole, à l'exeption de Józef Ankwicz (pl), partisan pro-russe notoire, qui déclare que le silence vaut acceptation[3],[7],[8]. Le traité est donc adopté par acclamation.

Les accords conclus[modifier | modifier le code]

La deuxième partition de la Pologne

Le Sejm adopte les actes suivants:

  1. l'Alliance éternelle de la Pologne et de la Russie: la Pologne officiellement alliée à la Russie[9], devient en fait un protectorat russe. L'Empire russe obtient le droit de posséder des bases en Pologne et la libre circulation des troupes à travers le territoire polonais. La Pologne ne peut signer d'autre alliance sans l'approbation de la Russie et ne peut envoyer de missions diplomatiques à l'étranger qu'acompagnées de diplomates Russes[10].
  2. modifications territoriales: l'Empire russe et la Prusse reçoivent de grands territoires[4].
  3. la Constitution polonaise du 3 mai 1791 est abolie[11], à l'exeption de certains articles accordant des droits à la bourgeoisie.
  4. certaines lois cardinales (en) (élections libres, Liberum veto) sont restaurées. Le Conseil permanent, est également rétabli et maintenant présidé par l'ambassadeur de Russie[1],[4],[12].
  5. l'armée polonaise est limitée à 15 000 hommes.
  6. la récompense suprême, Virtuti Militari, récemment créé et remis lors Guerre russo-polonaise de 1792, est abolie.

L'Empire russe garantie cette nouvelle constitution et des sanctions pour sa violation[13].

En raison des pertes territoriales importantes, le Sejm ajuste la division administrative de la République des Deux Nations (en) et créé 18 nouvelles voïvodies: Brasław, Brześć, Chełm, Ciechanów, Grodzień, Cracovie, Lublin, Mazovie, Mereck, Nowogródek, Podlachie, Sandomierz, Trakai, Varsovie, Wieluń, Włodzimiersz, Wołyńs et żmudzkie[14].

Le Sejm prend fin le 23 novembre[15].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les confédérés de Targowica, qui ne s'attendaient pas à une nouvelle partition et le roi, Stanislas II qui les a rejoint, perdent beaucoup de prestige et de soutien[16],[17] au contraire des réformateurs qui deviennent très populaires[13],[18]. En mars 1794, l'Insurrection de Kościuszko commence. Sa défaite en novembre de la même année donne lieu au troisième partage de la Pologne, qui met fin à l'existence de la République des Deux Nations[16].

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frédéric de Raumer, La Chute de la Pologne, (lire en ligne)

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Levent Gönenç, Law in Eastern Europe, Prospects for Constitutionalism in Post-Communist Countries, Martinus Nijhoff Publishers, (ISBN 978-90-411-1836-3, lire en ligne), p. 55
  2. La chute de la Pologne, page 92 [1]
  3. a, b, c et d (en) Jacek Jędruch, Constitutions, elections, and legislatures of Poland, 1493–1977: a guide to their history, EJJ Books, (ISBN 978-0-7818-0637-4, lire en ligne), p. 186
  4. a, b et c (en) Norman Davies, Europe: A History, HarperCollins, (ISBN 978-0-06-097468-8, lire en ligne), p. 719
  5. (en) Robert Bideleux et Ian Jeffries, A History of Eastern Europe: Crisis and Change, Taylor & Francis Group, (ISBN 978-0-415-16112-1, lire en ligne), p. 161
  6. La chute de la Pologne, pages 93 et 94 [2]
  7. (pl) Edward Krysciak, II rozbiór Polski. 27 janvier 2008
  8. (pl) Nr 37 (518) IV kadencja Aneks - Z dziejów parlamentaryzmu polskiego: Zakaz zbytkownych strojów - szczególna uchwała ostatniego Sejmu Rzeczypospolitej
  9. (en) Jerzy Lukowski et W. H. Zawadzki, A Concise History of Poland: Jerzy Lukowski and Hubert Zawadzki, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-55917-1, lire en ligne), p. 103
  10. (en) Vasiliĭ Osipovich Kli︠u︡chevskiĭ et Marshall S. Shatz, A Course in Russian History: The Time of Catherine the Great, M.E. Sharpe,‎ (ISBN 978-1-56324-526-8, lire en ligne), p. 82
  11. (en) Norman Davies, God's Playground: A History of Poland, The origins to 1795, Columbia University Press, (ISBN 978-0-231-12817-9, lire en ligne), p.405
  12. (en) Norman Davies, God's Playground: A History of Poland, The Origins to 1795, Columbia University Press, (ISBN 978-0-231-12817-9, lire en ligne), p. 266
  13. a et b (en) Jacek Jędruch, Constitutions, elections, and legislatures of Poland, 1493–1977: a guide to their history, EJJ Books, (ISBN 978-0-7818-0637-4, lire en ligne), p. 187
  14. (pl) Encyklopedja powszechna, Orgelbranda, (lire en ligne), p. 272
  15. (en) Norman Davies, God's Playground A History of Poland: Volume 1: The Origins to 1795, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-925339-5, lire en ligne), p. 254
  16. a et b (en) Henry Smith Williams, The Historians' History of the World: Poland, The Balkans, Turkey, Minor eastern states, China, Japan, Outlook Company, (lire en ligne), pp. 88–91
  17. (en) Jerzy Lukowski et W. H. Zawadzki, A Concise History of Poland: Jerzy Lukowski and Hubert Zawadzki, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-55917-1, lire en ligne), pp. 101–103
  18. (en) Norman Davies, Boże igrzysko. 1. Od początków do roku 1795, Społeczny Inst. Wydawniczy Znak, (ISBN 978-83-7006-400-6, lire en ligne), p. 703