Seitai

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Le Seitai (整体?) a été mis au point par Haruchika Noguchi (1911-1976) au Japon. Le terme signifie « corps positionné avec justesse ».

Historique[modifier | modifier le code]

Haruchika Noguchi, d'abord guérisseur, a étudié de manière autodidacte de nombreuses méthodes thérapeutiques orientales et occidentales[1]. Cependant, dans les années cinquante, à près de quarante ans, il décida de renoncer à l'approche thérapeutique. Itsuo Tsuda, écrivain et philosophe qui étudia avec lui, décrit ce changement de perspective comme suit [2]:

« Quand il [H. Noguchi] guérissait l'estomac faible, le patient se mettait à manger démesurément et revenait chez lui avec un mal au foie. Simple transfert de maladie. Les gens se mettaient à faire des débauches sans tenir compte des besoins de leur organisme, dans l'idée qu'il suffisait d'aller chez lui pour tout remettre en place. Il devenait le réparateur des erreurs commises par ses clients. Un rapport de dépendance s'est établi. Quand il s'absentait pour un voyage, ses clients ne trouvaient rien d'autre à faire que d'être inquiets et de tomber malades. En essayant d'enlever les béquilles, il devint lui-même une autre béquille, de taille cette fois. C'est alors qu'il est arrivé à la conception du Seitai. Pour que les gens puissent marcher avec leurs propres pieds, il faut leur apprendre à se servir de leur corps. »

Principe[modifier | modifier le code]

Le Seitai repose sur le postulat fait par Haruchika Noguchi que le corps a une capacité naturelle à se rééquilibrer de façon à assurer son bon fonctionnement[3]. À l'inverse, le corps perdrait cette capacité à se rééquilibrer de lui-même lorsqu'il serait mal utilisé, se désensibiliserait, ou deviendrait apathique. Le Seitai a pour objectif de restaurer cette sensibilité et ces capacités d'auto-régulation.[3]

Selon Haruchika Noguchi à force de chercher à se rendre la vie plus facile ou de chercher à se protéger pour rester en bonne santé, le corps s’affaiblit :

« Tous les animaux vivent en prenant les changements extérieurs comme des stimuli, en s'adaptant à eux. S'adapter signifie vivre en changeant la forme ou les fonctions du corps pour que cela convienne avec l'environnement. Seul l'être humain considère qu'il est sain de vivre en adaptant l’environnement à ses besoins. Pour cette raison, il fait constamment des efforts pour changer cet environnement. Pour arriver ici plus vite, je suis venu en voiture plutôt qu'à pied, mais si nous en faisons une commodité quotidienne, nos jambes vont s'affaiblir graduellement et parce qu'elles s'affaibliront, nous ferons davantage d'efforts pour éviter la marche. Il y a la nourriture : nous avons trouvé des façons de la rendre plus digeste en la faisant bouillir ou rôtir et en l’assaisonnant. Mais maintenant, si vous ne faîtes ni rôtir ni bouillir ces aliments, vous trouvez qu'il est difficile de les manger et si la nourriture n'est pas très digeste, l'estomac trouve que c'est trop difficile ; l'estomac s'est adapté lui-même à cette situation.[...] Ainsi chaque fois que nous adaptons l'environnement à nous-même, le besoin de faire de nouvelles améliorations surgit et nous devenons encore plus faibles. […] Ce n'est pas parce que nous avons perdu cette faculté naturelle que le corps devient faible mais bien parce que nous la possédons. » [3]

Selon cette conception, la santé est considérée d'une manière particulière : la maladie ne serait que le symptôme d'un corps qui essaie de rétablir son équilibre[4], et elle deviendrait chronique lorsque les ressources pour rétablir la santé viendraient à manquer ou seraient entravées. Haruchika Noguchi en parlait ainsi « Si vous êtes blessé, cela fait mal, n'est-ce pas ? Si cela fait mal c'est que les forces du corps se rassemblent, les liens à travers le corps sont activés et la blessure est réparée. La douleur, la forte fièvre et la diarrhée, toutes sont des activités de récupération. »[3]

Méthodes et Pratiques[modifier | modifier le code]

Seitai Soho[modifier | modifier le code]

Le Seitai Soho (整体 操法?) (ou technique Seitai) est une intervention visant à aider le corps d'un individu à retrouver sa propre vitalité, lui permettant ainsi de se rééquilibrer seul. Cette intervention doit être spécifique et adaptée à chaque individu, et seuls les experts formés à l'institut Seitai Kyokai de Tokyo sont en mesure de l'appliquer[5]. Selon les situations, ceux-ci peuvent également proposer des exercices corporels spécifiques (体操Taiso) permettant de stimuler les réactions naturelles du corps. Ces Taiso peuvent être faits par la personne elle-même, et dans certains cas avec l'aide d'un partenaire[6].

Katsugen Undo[modifier | modifier le code]

Le Katsugen Undo (活元運動?) (ou « Mouvement régénérateur » tel que traduit par Itsuo Tsuda) est décrit par Haruchika Noguchi comme un exercice du système moteur extrapyramidal (qui désigne les circuits nerveux responsables de la motricité involontaire, comme les réflexes et le contrôle de la posture): « Le corps humain est doué d'une faculté naturelle qui réajuste sa condition. Cette faculté, précisera-t-il plus tard, est du ressort du système moteur extra-pyramidal » [2].Cette pratique fut reconnue par le ministère de l'éducation japonais[7], aujourd'hui ministère de l'éducation, de la culture, des sports, de la science et de la technologie[1].

Enfants pratiquant le Katsugen Undo à Seitai Kyokai, Tokyo, 1970

Yuusuke Noguchi, fils de Haruchika Noguchi et responsable technique de l’institut Seitai, en parlait ainsi : « [c'est] une sorte d’éducation physique utilisant le mouvement involontaire. Ainsi, vous devriez le considérer comme un moyen pour restaurer la résilience du corps. Ce n’est sûrement pas une forme de « mystique orientale ». Il n’y a vraiment rien d’extraordinaire à propos du Katsugen Undo. C’est simplement la manifestation d’un travail interne que les êtres humains possèdent à l’origine. » [6]. En d'autres termes, comme le précise Itsuo Tsuda[7] : « il y a deux formes de mouvement régénérateur l'une existant de fait chez tous les individus, sous forme de réactions naturelles de l’organisme, telle que : bâillement, éternuement, agitation pendant le sommeil, etc. ; l’autre, dont la formule a été mise au point il y a un demi-siècle, par Maître Haruchika Noguchi. »

Haruchika Noguchi a ainsi développé une méthode pour pratiquer une gymnastique chargée d'exercer ce système involontaire. Cette pratique s'inscrit pleinement dans sa conception du Seitai, en ce qu'elle devrait permettre au corps de se rééquilibrer lui-même. Les exercices techniques préliminaires de cette pratique visent alors a mettre le corps dans un état de réceptivité à ses propres besoins : « On n’exécute pas le mouvement régénérateur. C’est lui qui se déclenche, en répondant au besoin de l’organisme. »[7]

Le Seitai en occident[modifier | modifier le code]

Le Katsugen undo fut introduit en Europe par Itsuo Tsuda dans les années 1970[8],[9]. Celui-ci fut à l'origine de nombreux groupes de Mouvement régénérateur (Katsugen Kai), en Asie (Tokyo, Séoul, Busan) et en Europe (Paris, Genève, Madrid, Bruxelles, Ibiza, Rome, Milan, Londres).

Plus récemment, d'autres enseignants se sont implantés en France et proposent d'apprendre le Seitai de la lignée de Kuniaki Imotolui aussi ancien élève de Haruchika Noguchi.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « 公益社団法人整体協会 », sur seitai.org (consulté le 13 juin 2018)
  2. a et b Tsuda, Itsuo., Un, Le Courrier du livre, (ISBN 2702900682 et 9782702900680, OCLC 373536682, lire en ligne)
  3. a b c et d Haruchika Noguchi, Order, Spontaneity and the Body, Zensei,
  4. Monica Rossi, « Bonjour Maladie – Entretien avec Régis Soavi », Arti d'Oriente,‎ (lire en ligne)
  5. Tsuda, Itsuo, 1914-1984., Le non-faire, vol. 1, Le Courrier du livre, impr. 2008 (ISBN 9782702900659 et 2702900658, OCLC 762512680, lire en ligne)
  6. a et b Andréine Bel, Le Corps accordé: Pour une approche raisonnée de la santé et du soin de soi, , p458
  7. a b et c Tsuda, Itsuo, 1914-1984., Coeur de ciel pur : oeuvre posthume réalisée à partir d'inédits, Le Courrier du livre, dl 2014 (ISBN 9782702911495 et 2702911498, OCLC 902786372, lire en ligne)
  8. Claudine Brelet-Rueff, « Chez le philosophe du Ki », Question de, no 9,‎ (lire en ligne)
  9. Itsuo Tsuda, interview sur France Culture, “Maître Tsuda s'explique sur le mouvement générateur”, émission n°3, début des années 1980.

Liens externes[modifier | modifier le code]