Secours rouge international

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Secours rouge.
Secours rouge international 1922-1932

Le Secours rouge international (également connu sous l'acronyme russe МОПР ou MOPR) est une organisation caritative internationale autrefois liée à l'Internationale communiste.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'ancêtre du SRI, "le Secours ouvrier"[modifier | modifier le code]

Le Secours Ouvrier International est créé en 1921, un an avant le SRI, à l’époque de la grande famine en URSS[1]. Son fondateur est Willy Münzenberg, proche de Lénine[1], de retour d’un voyage en Russie. Ce futur député communiste d’Allemagne, lié aux milieux de l’avant-garde artistique. C’est l’époque du vote du Komintern en faveur de la politique de front unique.

Le SOI rassemble des organisations de gauche et personnalités du monde entier: Albert Einstein, Anatole France, Henri Barbusse[1]. Il envoie des bateaux de vivres pour lutter contre la famine en URSS et installe toutes sortes d’usines en URSS, bâtit des immeubles, répare les anciens[1].

Le SOI organise des collectes pour soutenir les grévistes, accueille les enfants des grévistes[1], comme dans le Borinage dont des enfants sont envoyés dans des familles ouvrières françaises et allemandes pendant la durée de la grève[1].

La fondation en 1922[modifier | modifier le code]

Créé le à Moscou à l'initiative de la Société des vieux bolcheviks, le Secours rouge international, association « d'aide et de solidarité internationale aux combattants de la Révolution »[2], est une contrepartie politique de la Croix-Rouge. Il propose de secourir les alliés communistes dans tous les pays où ils se trouvent en difficulté en apportant un soutien moral et matériel.

Le premier président du comité central du SRI est Julian Marchlewski (de 1922 à 1925)[3]. A sa mort, la relève est assumée par la dirigeante communiste féministe allemande Clara Zetkin.

Dès 1923, des sections nationales sont créées, tout particulièrement dans les pays où la répression anti-révolutionnaire est la plus forte. Il en compte 19 en septembre 1924, quand le SRI tient sa première Conférence internationale[3]. Celui créé en 1924 par le KPD, le parti communiste allemand a Clara Zetkin pour présidente[4].

En 1923, des militants du nouveau Parti communiste français fondent la section française, qui se veut la « Croix-Rouge du peuple » et rassemble rassemble au-delà du PCF des pacifistes mobilisés pour les millions de veuves, orphelins, blessés de la Grande guerre, des antifascistes engagés contre la montée des dictatures militaires en Europe, des intellectuels de renom tels Henri Barbusse, Francis Jourdain ou Romain Rolland.

Le journal La Défense voit le jour comme étant l’organe de la section française du SRI dès 1927 [5]. Le premier numéro parait le 3 décembre 1927, d’abord de manière bimensuelle puis devient hebdomadaire à partir de 1931[5]. Plus de 500 numéros seront publiés de 1927 à l’interdiction du journal à l’automne 1939[5]. Il assurait la solidarité de tous les emprisonnés politiques, y compris les anarchistes[6]. Jean Chaintron en est la secrétaire général et le permanent de la section française, entre 1932 et 1935.

La campagne pour Sacco et Vanzetti[modifier | modifier le code]

L’année 1920 est marquée aux États-Unis par de nombreux attentats anarchistes, visant les responsables politiques: maires de Seattle et Cleveland, chez lequel une bombe explose[1]. A Wall Street, la banque JP Morgan est victime d'un attentat qui fait 38 morts et 200 blessés[1]. Le 5 mai 1920, la police arrête deux anarchistes italiens, Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, soupçonnés d’avoir commis deux braquages, puis condamnés tous les deux à la peine capitale le 14 juillet 1921 et, malgré les campagnes massives du Secours rouge en leur faveur[1], exécutés dans la nuit du 22 au 23 août 1927.

Le contre-procès de l'incendie du Reischtag[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du 27 au 28 février 1933, le parlement allemand est incendié et les nazis hurlent au complot communiste et instaurent un régime de terreur, faisant arrêter à Berlin le dirigeant communiste Dimotrov et deux autres bulgares pour les accuser de complicité avec un vagabond hollandais arrêté sur les lieux de l'Incendie du Reichstag.

Willi Münzenberg organisa à Londres un grand contre-procès basé sur un jury pluraliste. Son président est le King’s Councellor Pritt du barreau de Londres et il comporte aussi l’avocat new-yorkais célèbre pour avoir défendu Sacco et Vanzetti, le bourgmestre socialiste de Stockholm, un avocat français, ou encore une parlementaire libérale néérlandaise[1]. Le jury rendit son verdict trois jours avant l’ouverture du procès de Berlin, le 18 septembre[1], en déclarant qu’il était bien probable que le véritable incendiaire fut Hermann Goering, alors ministre de l’intérieur du Land de Prusse[1].

L'activité pendant la Guerre d'Espagne[modifier | modifier le code]

Le Secours rouge international est particulièrement actif lors de la Guerre d'Espagne (1936-1939). Toutefois cette organisation propose une aide ciblée pour les communistes. C'est pourquoi en 1937, la Solidarité internationale antifasciste est créée en contrepartie du Secours rouge. Impulsée par la CNT, elle vient au secours de tous, civils comme soldats de tout horizon.

Fondateur du Parti communiste algérien (PCA) en octobre 1936, Jean Chaintron, l'ex-responsable du Secours rouge (France), devient Commissaire politique des Brigades internationales pendant la Guerre civile espagnole, où l'un de ses frères a trouvé la mort.

A la faveur de son intervention dans la guerre civile espagnole, l'organisation se dirige progressivement vers une activité de type humanitaire, tout en maintenant sa solidarité envers les emprisonnés, les réfugiés et les victimes du fascisme. En 1938 voit le jour le slogan « tout ce qui humain est nôtre ».

La transformation en Secours Populaire, en France[modifier | modifier le code]

Le changement d’orientation politique et stratégique opéré par le PCF et le Komintern au milieu des années 1930 débouche sur la constitution du Front populaire (France)[5], qui va gagner les élections législatives en 1936. Déjà depuis la crise de 29, se développaient ses activités sociales destinées aux enfants démunis : colonies de vacances, aide aux enfants des chômeurs. La conséquence du Front populaire, est que les fondateurs affirment leur volonté de réunir des gens « de toutes opinions, de croyance et de non-croyance ». L’association change de nom et devient le Secours populaire de France et des colonies[7]. C'est une transformation en profondeur de la section française du SRI[5]. Alors qu’elle change d’appellation au cours de l’année 1936 (« Secours rouge de France » puis « Secours populaire de France et des colonies »)[5], la période est marquée par un développement spectaculaire de l’organisation (qui passe de 35 000 à 180 000 adhérents entre 1933 et 1938[5]) et par une redéfinition de ses principes et objectifs[5].

Après sa dissolution à l’automne 1939, le Secours populaire maintient difficilement son existence dans la clandestinité durant l’Occupation[5]. Il faudra attendre novembre 1945 pour assister à la fusion entre le Secours populaire de France et des Colonies et l’Association nationale des victimes du nazisme, qui donne naissance au Secours populaire français[5].

La renaissance en France en 1970[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Secours rouge (France).

La renaissance du Secours rouge (France) se fait d'abord en France, dans le contexte de nombreux emprisonnements de jeunes militants maoïstes, avec le soutien de personnalités comme Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, Charles Tillon et Jean Chaintron. Au début de 1970, avec Serge July et Michel Fontaine[8], Jeannette Colombel une enseignante gauchiste du Centre universitaire de Vincennes recherche un parrainage célèbre[8] et propose d'anciens résistants comme Charles Tillon, Jean Chaintron, Eugénie Camphin, mère de deux mineurs fusillés, Roger Pannequin, ou encore Bernard Lambert, responsable paysan[8]. Mais July et Fontaine commencent par demander la présence de Sartre[8] que Jeanette Colombel va trouver car elle est alors la seule à le connaître[8] et qui fut d'emblée d'accord[8].

Au même moment[9], Jean Chaintron, un ancien grand résistant, reçoit chez lui la visite de quelques jeunes militants, menés par la même Jeannette Colombel, et accepte de prendre la direction d'un "comité d'initiative" qui voit le jour le 11 juin 1970 : dix-sept personnalités[6] signant un appel présenté par Jean-Paul Sartre le 18 juin 1970, trentième anniversaire de celui du Général De Gaulle en 1940 et réunissant notamment l'ex-avocate du FLN algérien Gisèle Halimi, et de célèbres résistants exclus du PCF comme Charles Tillon, Robert Davezies, Roger Pannequin, Vercors ou encore Georges Montaron, de Témoignage chrétien.

Plusieurs dizaines de comités du Secours rouge naquirent pendant l’automne et l’hiver 1970[6]. Le 12 décembre, c'est le Secours rouge qui organise le Tribunal populaire de Lens en 1970[6], devant 500 personnes réunies à l’Hôtel de ville de Lens[6], un tribunal d'opinion contre les accidents du travail dans les mines, l'avant-veille du procès des militants qui avaient lancé des cocktails Molotov dans les bureaux des Houillères à Hénin-Liétard[6] et qui seront acquités. Ensuite, les violences commises en février 1971 contre l'administration pénitentiaire puis en mars 1971 contre un meeting d'extrême droite vont aboutir au retrait des partis politiques et des résistants qui avaient soutenu le Secours rouge en 1970.

La renaissance en Belgique en 1971[modifier | modifier le code]

Le mois de février 1971 voit la première refondation du Secours Rouge en Belgique, avec des démarches semblables à celles opérées en France. Il est recré par des organisations marxistes-léninistes comme le Parti Communiste Marxiste-Léniniste de Belgique (PCMLB), les trotskistes et les maoïstes de l’organisation "Université Usine Union" ou de "Tout le pouvoir aux travailleurs"[1].

Mais le projet d’unir ces organisations en un nouveau SRI restera letre morte et seul le nouveau Secours Rouge allemand (Rote Hilfe) passera le cap de la fin des années 1970[1].

La renaissance en Allemagne en 1972[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Secours rouge (Allemagne).

En Allemagne, le début des années 1970 voit la renaissance d'un "Rote Hilfe" (secours rouge), plutôt marxiste, avec un nom qui rappelle celui créé en 1924 par le KPD[4]. En 1971, ce sera le tour du Schwarze Hilfe (secours noir) de tendance plutôt anarchiste d'occuper une vocation proche: l'assistance aux militants politiques poursuivis par la Justice. Tous deux ont été précédés par un "Secours Républicain", dont le conseil d’administration s'est réuni dès juillet 1968 dans la rue Wilhelm-Hauff à Francfort[10] mais qui sera rapidement emporté par la dissolution du l'Union socialiste allemande des étudiants au début de 1970.

Hans-Joachim Klein, militant du groupe Revolutionärer Kampf, qui a rencontré en 1971 son leader Joschka Fischer, entre au "Secours Rouge" allemand en février 1972[11] ou à la mi-1972[12], selon les sources, qui assure le soutien juridique à la RAF, et travaille pour le cabinet d'avocats Johannes Riemann[12], qui assure la même mission[13].

Le journal "Nachrichten & Mitteilungen" du Secours rouge de Berlin-Ouest a été publié pour la première fois à l’automne 1972 et sa suite sera alternativement assurée par les comités de Francfort, Hambourg, et Munich. Parmi ses militants devenus ensuite célèbres, Götz Aly[14], le fondateur à Berlin du journal Hoch-Mpf[15], qui a ensuite a pris conscience que cette voie « révolutionnaire » n’alimentait que des illusions et contredisait ses aspirations personnelles[14].

Après l'arrestation de tous les chefs de la "Bande à Baader" au printemps 1972, ce sont des militants du “Secours rouge” et “Secours noir”, puis, à partir de 1973 des comités contre la torture qui assurent le lien entre les emprisonnés et le reste de l'extrême gauche, mais les premiers n'acceptent de lien qu'en échange du ralliement à leur cause[4],[16].

Parmi ces ralliés à la "Bande à Baader", Wolfgang Grams, qui a aidé les membres de la Fraction armée rouge emprisonnés pendant leur grève de la faim en 1974, a rendu visite à certains d'entre eux et transmis certains messages à l'extérieur puis rejoint la Fraction Armée Rouge en 1984, ou encore Inge Barz, cofondatrice en 1971 du "Secours Noir", association de soutien aux prisonniers, qui a d'abord soutenu le mouvement du 2 juin, jusqu'à ce qu'elle et son ami Wolfgang Grundmann soient recrutés à l'automne 1971 par Gudrun Ensslin pour la première génération de la "Bande à Baader": le 27 mai 1972, les journaux allemands publient la liste des 19 terroristes recherchés où figure le sien. Puis le 21 février 1972, elle a appelé sa mère et lui a dit qu’elle voulait quitter la RAF. La rumeur voulant qu'elle ait été tuée par la RAF en 1972 seront infirmées: les recherches dans une zone boisée près de Gernsheim , où le corps d'Inge Barz aurait été enterré, sont restées infructueuses. La membre de la RAF Inga Hochstein a ensuite avoir rencontré Inge Barz au printemps 1975 dans un pub de Hambourg tandis qu'en 1974 les empreintes digitales d'Inge Barz seront retrouvées sur une boîte de pilules de contrôle des naissances dans un hôtel à Belfast, capitale de l'Irlande du Nord.

A la mi-juin 1972, deux semaines après l’arrestation de G. Ensslin, la Cour fédérale de justice dessaisit de son mandat l'avocat Otto Schily en affirmant qu'il serait, selon toute vraisemblance, membre de l’organisation criminelle à laquelle appartient sa cliente[17]. En retour, il dénonce le viol de la Loi fondamentale garantissant le libre exercice des métiers et les juges ne donnent pas entièrement tort à cette argumentation[17].

Volker Speitel, membre du « Secours Rouge » de Stuttgart dès 1973 puis du « Comité contre la Torture », travaillait en collaboration avec les avocats Croissant et Lang à Stuttgart[4]. Arrêté en octobre 1977[4], il sera condamné à 38 mois de détention pour appartenance à association criminelle[4], puis le principal témoin de l’accusation dans le procès contre la "Bande à Baader" et certains de ses avocats en 1978 et 1979[4]. Il a ensuite bénéficié d’une réduction de peine et a été libéré en octobre 1979[4]. Comme Hans-Joaquim Klein, membre du « Secours Rouge », il a cité la mort d’Holger Meins comme à l'origine de sa décision de prendre les armes[4].

Le lendemain, une tentative d'enlèvement du juge Günter von Drenckmann, le 10 novembre 1974, cause son meurtre et une centaine de personnes sont interpellées à Francfort, Heidelberg, Munich, Hambourg et Berlin[4]. A Francfort sept personnes sont inculpées sur le seul témoignage à charge de Ralf Mauer, ancien prisonnier de droit commun[4], qui s’était lié au « Secours Rouge » et au « Comité contre la torture » de Francfort[4]. Elles passeront plusieurs mois en détention jusqu’à ce que les accusations portées contre elles s’effondrent[4]. Plus tard, six membres du Mouvement du 2 Juin furent jugés en 1986, mais le tribunal n'a pu prouver aucune implication.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m et n "Brève histoire du Secours Rouge International et de sa section belge" 6 janvier 2018 [1]
  2. Paul Claudel, « Secours rouge international », sur universalis.fr.
  3. a et b « Histoire du SRI », sur secoursrouge.org (consulté le 8 mars 2018).
  4. a b c d e f g h i j k l et m Extraits du livre d'Anne Steiner et Loïc Debray: La Fraction Armée Rouge : guérilla urbaine en Europe occidentale, Éditions Méridiens Klinsieck, 1987, (notice BnF no FRBNF36630562), L'Échappée, 2006, (ISBN 2-915830-05-3) [2]
  5. a b c d e f g h i et j "Les publications du Secours rouge international et du Secours populaire français font leur entrée sur Gallica", par Jean Vigreux le 28 juin 2018[3]
  6. a b c d e et f "Les emprisonnements des maoïstes et la détention politique en France (1970-1971)" par Jean-Claude Vimont [4]
  7. BnF Catalogue général, « Notice de collectivité Secours populaire de France », sur catalogue.bnf.fr (consulté le 9 mars 2018).
  8. a b c d e et f "Sartre l'engagé", tribune libre de Jeannette Colombel dans Libération le 11 mars 2005 [5]
  9. "Le vent soufflait devant ma porte" par Jean Chaintron, Mémoires
  10. Erklärung zur Gründung des Kuratoriums Republikanische Hilfe. in: Materialien zur politischen Justiz Nr. 1 Demonstrationsrecht. Frankfurt am Main 1968. S. 47f
  11. "La contribution de Francfort au terrorisme révolutionnaire mondial", par Werner Olles, le 10 novembre 2000 [6]
  12. a et b "Le chauffeur de Sartre" par Hans Schueler dans Die Zeit le 9 janvier 1976 [7]
  13. "German court rules for terrorists" par Lena Mletzko [8]
  14. a et b "Haro sur Mai 68 en Allemagne" par Lionel Richard, dans Le Monde diplomatique de septembre 2009 [9]
  15. "Writing the Revolution: The Construction of 1968 in Germany" par Ingo Cornils
  16. "Les terroristes disent toujours ce qu'ils vont faire: Terrorisme et révolution par les textes" par Alain Bauer, François-Bernard Huyghe, aux Presses Universitaires de France, 2018
  17. a et b Décision de la Cour fédérale de justice du 17 juin 1972, reproduite dans Vorbereitung der RAF-Prozesse durch Presse, Polizei und Justiz : Dokumentation, Berlin, Rote Hilfe, 1972, p. 6-7 "Un procès hors du commun ? Histoire d'une violence terroriste et de ses agents" par Frédéric Audren et Dominique Linhardt, dans Annales. Histoire, Sciences Sociales 2008 [10]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :