Sculpture sociale

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Une sculpture sociale est une expression utilisée pour décrire un concept élargi de l'art et qui a été promue par l'artiste conceptuel et homme politique Joseph Beuys. Beuys a créé le terme de "sculpture sociale" pour communiquer sa vision du potentiel de l'art à transformer la société. Comme une œuvre d'art, une sculpture sociale inclut l'activité humaine qui cherche à structurer et transformer la société ou l'environnement. Le sculpteur social est un artiste qui crée des structures dans la société en s'aidant de la langue, des pensées, des actions et des objets.

Le concept de "sculpture sociale"[modifier | modifier le code]

Quelques-uns des 7000 Chênes plantés par Joseph Beuys de 1982 à 1987 pour l'exposition Documenta 7 (7000 Oaks, 1982)

Dans les années soixante, Beuys formula ses théories concernant les fonctions et potentiels politiques, sociaux et culturels de l'art. Héritant des écrivains romantiques comme Novalis et Schiller, Beuys était motivé par une croyance utopique dans le pouvoir de la créativité universelle de l'être humain et croyait au potentiel de l'art à apporter des changements révolutionnaires.

Ses idées trouvent leur origine dans l'anthroposophie et l'œuvre de Rudolf Steiner, dont il était un fervent partisan. Beuys forgea d'après ces idées le concept de "sculpture sociale", selon lequel la société dans son ensemble doit être considérée comme une grande œuvre d'art (le Gesamtkunstwerk Wagnérien) à laquelle chacun peut contribuer de manière créative. Idée résumée dans la phrase, probablement la plus célèbre de Beuys et empruntée à Novalis : "Chaque personne [est] un artiste".

Dans la vidéo "Joseph Beuys' public dialogue" de Joseph Beuys et William Sharp (1974, 120 minutes), présentant un enregistrement du premier grand débat public de l'artiste aux États-Unis, Beuys élabore trois principes : la liberté, la démocratie et le socialisme, en déclarant que chacun d'eux dépend des deux autres pour avoir un sens.

En 1973, Beuys écrivit :

"À la seule condition d'un élargissement radical des définitions sera-t-il possible pour l'art et les activités liées à l'art [de] fournir la preuve que l'art est aujourd'hui le seul pouvoir évolutif révolutionnaire. Seul l'art est capable de démanteler les effets répressifs d'un système social sénile qui continue de chanceler au bord de la falaise : démanteler pour construire "UN ORGANISME SOCIAL COMME UNE ŒUVRE D'ART"... CHAQUE ÊTRE HUMAIN EST UN ARTISTE qui – de son état de liberté – la situation de liberté dont il fait directement l'expérience – apprend à déterminer les autres situations de L'OEUVRE D'ART TOTALE DU FUTUR ORDRE SOCIAL."[1]

En 1982, Beuys fut invité à créer une œuvre pour la Documenta 7. Il délivra un gros tas de pierres de basalte. Du dessus, on pouvait voir que le tas de pierres formait une grand flèche pointant vers un chêne qu'il avait planté. Il déclara que les pierres ne pouvaient être déplacées qu'à la condition de planter d'autres chênes à leur place. 7000 chênes furent plantés à Kassel, en Allemagne[2]. Ce projet illustra l'idée qu'une sculpture sociale est définie comme interdisciplinaire et participative.

En 1991, le projet "The thing" tira son inspiration du concept de sculpture sociale.

En 2007, lors de la Documenta 12, Kirill Preobrazhenskiy créa "Tram 4 Inner Voice Radio". Son travail fut comparé par la critique à l'œuvre "7000 Oaks" de Beuys[3].

Organisation pour la démocratie directe par référendum[modifier | modifier le code]

L'organisation pour la démocratie directe par référendum ("Organization for direct democracy through plebiscite"), fut fondée par Joseph Beuys, Johannes Stüttgen et Karl Fastabend le 19 juin 1971 à Düsseldorf, sous forme d'organisation politique. L'objectif était d'influencer les modèles sociaux en utilisant les concepts de Beuys de manière politique. Johannes Stüttgen a également contribué à la diffusion de l'idée de démocratie directe via le projet "Omnibus"[4].

L'individu[modifier | modifier le code]

Beuys pensait que tout le monde était artiste : "chaque versant de l'activité humaine, même éplucher une pomme de terre, peut être une œuvre d'art, du moment que c'est un acte conscient". L'idée étant que chaque décision qu'on prend doit être pensée et tentée afin de faire ou de contribuer à une œuvre d'art qui, finalement, est la société. Ce point de vue invite ses adeptes à devenir plus humbles en réalisant qu'ils sont une part importante d'un tout et pas seulement des individus[5].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Déclaration de Beuys, datée de 1973, publiée en anglais dans "Art into Society – Society into Art: Seven German Artists", de Caroline Tisdall (Institut d'Art Contemporain, Londres, 1974), p.48.
  2. Reames, Arborsculpture: Solutions for a Small Planet, 2005 p.42 (ISBN 0-9647280-8-7)
  3. (en) « A City in the Shadow of Documenta », sur Der Spiegel, (consulté le 18 janvier 2017) : « "Une partie de l'art de la Documenta de cette année s'est échappée des halls d'exposition confinés et est intervenue dans l'espace public de Kassel, comme l'oeuvre de Kirill Preobrazhenskiy : "Tram 4 Inner Voice Radio", une installation sonore jouée sur un axe routier très emprunté." »
  4. (en) « Omnibus », sur omnibus.org (consulté le 18 janvier 2017)
  5. Weintraub, Danto, Mcevilley, Art On The Edge And Over, "Political Reformation: Joseph Beuys",

Lectures complémentaires[modifier | modifier le code]

  • Götz Adrini, Winfried Konnertz, et Karin Thomas: Joseph Beuys: Life and Works. Trans. Patricia Lech. Woodbury, NY: Barron's Educational Series, 1979.
  • Bastian, Heiner: Joseph Beuys: The secret block for a secret person in Ireland. Texte par Dieter koepplin a. Munich: Schirmer/Mosel, 1988.
  • Borer, Alain: L'Essentiel De Joseph Beuys. Londres: Thames and Hudson, 1996.
  • Buchloh, Benjamin H. D. : Beuys: The Twilight of the Idol, Artforum, vol.5, no.18 (janvier 1980), pp. 35-43.
  • Buchloh, Benjamin H. D., Krauss, Rosalind, Michelson, Annette : Joseph Beuys at the Guggenheim. Dans: October, 12 (Printemps 1980), pp. 3-21
  • De Duve, Thierry : Kant After Duchamp, Cambridge (Mass.): MIT Press, 1996.
  • Murken, Axel Hinrich : Joseph Beuys und die Medizin. F. Coppenrath, 1979. (ISBN 3-920192-81-8)
  • Oman Hiltrud : Joseph Beuys. Die Kunst auf dem Weg zum Leben. München, Heyne (1998) (ISBN 3-453-14135-0)
  • Potts, Alex: Tactility: The Interrogation of Medium in the Art of the 1960s. Histoire de l'Art, Vol. 27, N ° 2, avril 2004. pp. 282-304.
  • Ray, Gène (ed.) : Joseph Beuys, Mapping the Legacy. New York et Sarasota : Distributed Art Publishers, 2001.
  • Rosenthal, Marque : Joseph Beuys: Actions, Vitrines, Environments, Tate Modern, Londres, 2005.
  • Sacs, Shelley : Social Sculpture and New Organs of Perception: New practices and new pedagogy for a humane and ecologically viable future. Chapitre du livre édité chez Lerm-Hayes (Ed.) : Beuysian Legacies in Ireland and Beyond. European Studies in Culture and Policy; L. I. T. 2011 pp. 80-98 (ISBN 978-3-8258-0761-0)
  • Sacs, Shelley & Zumdick, Wolfgang : ATLAS of the Poetic Continent: Pathways to Ecological Citizenship. Temple Lodge, 2013. (ISBN 978-1906999568)
  • Sacs, Shelley & Kurt, Hildegarde: Die rote Blume. Ästhetische Praxis in Zeiten des Wandels, Klein Jasedow 2013 (thinkOya), (ISBN 978-3927369771)
  • Schneede, Uwe M. Joseph Beuys Die Aktionen. Gerd Hatje, 1998. (ISBN 3-7757-0450-7)
  • Stachelhaus, Heiner. Joseph Beuys. New York: Abbeville Press, 1991.
  • Temkin, Ann, et Bernice Rose : Thinking is Form: The Drawings of Joseph Beuys (exposition, Musée d'Art de Philadelphie). New York: Thames and Hudson, 1993.
  • Tisdall, Caroline: Joseph Beuys, New York, Musée Guggenheim, 1979.
  • Hasecke, Jan Ulrich: Soziale Plastik. Die Kunst der Allmende: ein Essay zum 30. Todestag von Joseph Beuys, Solingen, 2016, ISBN 978-1-5234-5876-9

Liens externes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]