Scipion Mourgue

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Jean Scipion Mourgue (22 février 1772 à Montpellier en France - 31 juillet 1860 à Paris en France) était un industriel français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Jacques Antoine Mourgue, ministre de l'Intérieur, il se maria avec Élisabeth Fillietaz, fille du négociant genevois Gabriel Fillietaz.

Sous la Révolution[modifier | modifier le code]

En juin 1792, Jacques Antoine Mourgue, en donnant sa démission au Roi de ministre de l’Intérieur, obtient que son fils soit nommé secrétaire à la Légation française de Londres dont monsieur de Chauvelin est ambassadeur. Les négociations avec l’Angleterre sont difficiles et les rapports entre les deux nations tendus : Chauvelin est rappelé. Jean Scipion Anne Mourgue est alors chargé de poursuivre les négociations avec le premier ministre anglais, William Pitt, au sujet de la libération des échanges entre les deux pays. La France conserve cependant une représentation à Londres sous les ordres d’Hugues Bernard Maret (futur duc de Bassano) qui nomme Jean Scipion Anne Mourgue premier secrétaire de légation, puis lui ordonne de rester à Londres comme agent secret. Le 1er février 1793, la France déclare la guerre à l’Angleterre. Jean Scipion Anne Mourgue reçoit une lettre comminatoire du gouvernement anglais l’invitant à quitter le royaume dans les 7 jours. De retour à Paris, Jean Scipion Anne Mourgue est nommé commis principal au ministère des Affaires Étrangères (poste qu’il occupe du 1er juin au 3 octobre 1793).

Le décret du 17 septembre 1793 relatif aux “gens suspects” (les Girondins et leurs amis essentiellement) le force à quitter Paris. Il échappe à la conscription et se réfugie avec son père au Vigan, dans le Gard. Jean Scipion Anne Mourgue devient agent des Poudres et Salpêtres (du 5 août 1794 au 29 avril 1795) et se trouve chargé d’exploiter les forêts gardoises pour récolter la potasse contenue dans les cendres de bois.

Jean Scipion Anne Mourgue apprend que ses deux jeunes frères et sa sœur, qui poursuivaient leurs études en Angleterre, sont considérés comme “Emigrés”. Il n’hésite pas à aller les défendre devant le Comité révolutionnaire et prouve qu’ils sont partis à l’étranger avec un passeport régulier. Il va les chercher à Genève, où ceux-ci attendaient de pouvoir rentrer en France, et les ramène au Vigan.

En 1795, de retour à Paris, il est réintégré dans l’administration comme commis au ministère des Affaires extérieures, poste qu’il occupe du 20 avril au 22 décembre 1795.

Il s’engage ensuite comme simple dragon dans l’armée d’Italie. Il y rencontre un ami de sa famille qui l’emploie comme inspecteur des subsistances (5 février 1797 - 11 novembre 1797), puis comme adjoint au Commissaire des Guerres (1er décembre 1797 - 12 avril 1798). C’est à ce titre qu’il participe à l’occupation de Venise.

Venise avait été déclarée neutre dès l’entrée des Français en Italie, mais cette neutralité n’est qu’apparente puisque les Vénitiens coulent un vaisseau français et en massacrent l’équipage. La ville est occupée, la République vénitienne destituée et le Doge contraint de prêter serment de fidélité au représentant de Bonaparte. Le 17 octobre 1797, le traité de Campo-Formio rend Venise à l’Autriche.

Jean Scipion Anne Mourgue doit quitter la cité. Il rejoint alors l’armée d’occupation de Rome et de Naples sous le commandement du général Jacques Mac Donald. La division française d’occupation est constamment harcelée par des soulèvements et abandonne finalement le sud de l’Italie pour rejoindre le gros de l’armée dans le Nord.

Jean Scipion Anne Mourgue reste en arrière après le départ des troupes françaises comme inspecteur principal des finances, et bientôt ministre des Finances de la République romaine. La petite garnison française est obligée de capituler sous la pression des insurgés et d’une escadre anglaise. C’est Jean Scipion Anne Mourgue qui est chargé des négociations. Fait prisonnier, il est ensuite rapatrié par les Anglais (1799).

Sous le Premier Empire[modifier | modifier le code]

En 1800, le général Louis Alexandre Berthier, ministre de la Guerre, est chargé d’organiser “l’armée de réserve de Dijon”. Il choisit Jean Scipion Anne Mourgue comme inspecteur général des vivres et viandes. Peu à peu, cette armée de réserve passe par petits groupes en Suisse, où elle se reforme sous les ordres de Bonaparte, qui lui fait envahir l’Italie par le Saint-Bernard (15 mai 1800). Jean Scipion Anne Mourgue participe à toute la campagne d’Italie y compris aux combats de Marengo. Après être resté cinq ans en tout en Italie, il y tombe malade et rentre en France.

De retour en France, le ministre de l’Intérieur, Jean Antoine Chaptal – d’origine montpelliéraine –, le nomme Secrétaire général de son ministère(22 novembre 1800 - 21 mars 1802), puis chef de la Ve division du ministère (22 mars 1802 - 22 janvier 1804). Jean Scipion Anne Mourgue déplaît à Napoléon Bonaparte, car il a laissé jouer une pièce de théâtre intitulée “Edouard V en Écosse” qui contient des allusions politiques fâcheuses. Le chef de la Ve division du ministère de l’Intérieur préfère donner lui-même sa démission.

En décembre 1803, il épouse à Paris Elisabeth Fillietaz, fille d’un homme d’affaires internationales genevois, qui possède plusieurs maisons de négoce à Anvers et Lorient, où il est associé à la famille Davillier. Sur son contrat de mariage, il est précisé qu’il possède un domaine à Quaëdypre, canton de Bergues, dans le département du Nord, dont il est membre du Conseil Général à partir de 1803[1]. Jean Scipion Anne Mourgue entre dans la banque de Jean-Charles Davillier, parent de sa femme, mais y reste peu de temps (Jean-Charles Davillier, futur baron d’Empire et Régent de la Banque de France avait épousé la cousine germaine de Gabriel Fillietaz, père d’Elisabeth).

Jean Scipion Anne Mourgue rassemble des capitaux et fonde en 1807 une filature de coton à Rouval-lès-Doullens (Somme), exploitée sous la raison sociale “Mourgue, Vieusseux et compagnie”. La filature occupe 800 à 900 personnes et produit 500 à 600 kilos de fil par jour. Mais les revers militaires de l’Empire provoquent une crise financière et les premières mesures du comte d’Artois en arrivant au pouvoir en 1814 sont de rétablir l’importation en France des fils de coton anglais.

Les affaires de la filature de Rouval ne repartent qu’entre 1816 et 1822 quand le gouvernement établit des primes d’exportation. Pendant les Cent Jours, Jean Scipion Anne Mourgue est nommé député de la Somme à la Chambre des Représentants. Il semble manquer d’enthousiasme, puisqu’un journal satirique lui décerne le titre de “Chevalier de l’Ordre de l’Eteignoir” qu’il réserve aux bonapartistes un peu tièdes.

Sous la Restauration[modifier | modifier le code]

Jusqu’en 1823, la filature de Rouval fonctionne bien, mais, alors qu’il se trouve au chevet de son fils gravement malade, Jean Scipion Anne Mourgue apprend que son usine brûle. Il sollicite des subsides auprès de ses nombreux amis, monte une société par actions (les associés commandités sont les financiers Davillier, Ogier et Hottinguer), et, en moins de trois mois, reconstruit son usine. Pour garnir sa nouvelle usine des derniers perfectionnements techniques – que les Anglais veulent garder secrets –, il n’hésite pas, en 1823, à se rendre lui-même en Angleterre pour faire de l’espionnage économique et industriel. Il se fait passer pour un ouvrier anglais, pénètre dans les usines, achète des indicateurs, prend des croquis qu’il rapporte à Rouval, pour faire réaliser des machines modernes. Il débauche même quelques ouvriers anglais. Son usine devient une filature modèle que l’on vient visiter de la France entière.

Sous la Monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

Vers 1830, une nouvelle crise économique, bientôt suivie d’une crise politique fait basculer la vie de Jean Scipion Anne Mourgue. Resté attaché aux idées libérales et à la maison d’Orléans, il avait créé dans sa région un véritable réseau social d’amitiés hostile aux Bourbons. Dès le début de la Révolution, il mobilise ce réseau orléaniste et réussit à entraver les mouvements de troupes du général Dalton, qui avait reçu l’ordre de marcher pour dégager Paris. Jean Scipion Anne Mourgue est le premier à porter la cocarde tricolore à Doullens et organise une réjouissance populaire quand le duc d’Orléans est nommé Lieutenant général du Royaume.

Parallèlement, la situation financière de la filature de Rouval est catastrophique. Il faut vendre pour rembourser créanciers et actionnaires. L’usine est adjugée au plus offrant : Louis Bocking, dit Sydenham (1832).

Jean Scipion Anne Mourgue est à peu près ruiné. Fort heureusement, Jean Scipion Anne Mourgue est admis dans la nouvelle administration de Louis-Philippe. En récompense de son attachement aux causes orléanistes, le roi le nomme préfet de la Loire (du 23 septembre 1830 au 14 mai 1831) où il doit y réprimer une “sédition ouvrière”. Il occupe ensuite le poste de préfet de la Dordogne (du 14 mai 1831 au 14 juillet 1833), puis de la Haute-Vienne (14 juillet 1833 au 1er juillet 1835). Lors de son entrée officielle à Limoges, il est reçu par un charivari particulièrement violent qui impressionne fortement sa fille Élisabeth, présente avec lui dans la voiture officielle.

En 1833, il est promu officier de la Légion d’Honneur. Frappé de disgrâce en 1835, il est nommé préfet des Hautes-Alpes (du 1er juillet 1835 au 5 juin 1840). Enfin, en 1840, il est affecté à Paris comme receveur percepteur du IXe arrondissement (de 1840 à 1851) et meurt aveugle le 31 juillet 1860 dans sa 89e année, à Paris.

Famille[modifier | modifier le code]

Son épouse, Elisabeth Fillietaz, est décédée à Paris en 1840 ; le couple a eu 6 enfants : Eugène Mourgue (1804-1860), Claire Mourgue (1805-1863), Edmond Mourgue (1807-1901), Amélie Mourgue (1810-1844), Frédéric Mourgue (1812- 1885) et Elisabeth (dite Elise) Mourgue (1820-1902).

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Les archives concernant ScipionMourgue ont été déposées (Fonds Mourgue) en 2008 aux AD34. Vous pouvez en voir le sommaire à l'adresse : http://archives-pierresvives.herault.fr/archives/fonds/FRAD034_000000465/view:fonds