Sciences économiques

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Les sciences économiques (ou la science économique ou encore l'économie) est une discipline scientifique qui étudie le fonctionnement de l'économie.

Depuis les travaux de John Maynard Keynes, on distingue la microéconomie de la macroéconomie. La macroéconomie étudie les grands agrégats économiques (l'épargne, l'investissement, la consommation, la croissance économique), alors que la microéconomie étudie le comportement des agents économiques (individus, ménages, entreprises) et leurs interactions, notamment sur les marchés.

On distingue également la théorie économique, qui vise à construire un corpus de résultats abstraits sur le fonctionnement de l'économie, de l'économie appliquée, qui utilise les outils de la théorie économique pour étudier des domaines précis comme le travail, la santé, l'immobilier, l'organisation industrielle ou encore l'éducation.

Les sciences économiques font partie des sciences sociales.

Définitions[modifier | modifier le code]

La définition la plus courante des sciences économiques est dûe à l'économiste Lionel Robbins. Il définit l'économie comme (« la science qui étudie l'allocation de biens rares à des fins alternatives »[1].

Pour Jean-Baptiste Say, « l'économie est la science qui enseigne comment se forment, se distribuent et se consomment les richesses qui satisfont aux besoins des sociétés[2] ».

Pour Alfred Marshall, « l'économie politique ou économique est une étude de l'humanité dans les affaires ordinaires de la vie : elle examine la partie de la vie individuelle et sociale qui a le plus particulièrement trait à l'acquisition et à l'usage des choses matérielles, nécessaires au bien-être. Elle est donc d'un côté, une étude de la richesse, de l'autre et c'est le plus important, elle est une partie de l'étude de l'homme[3]. »

Pour l'économiste Edmond Malinvaud, « l'économie est la science qui étudie comment les ressources rares sont employées pour la satisfaction des besoins des hommes vivant en société ; elle s'intéresse, d'une part, aux opérations essentielles que sont la production, la distribution et la consommation des biens, d'autre part aux institutions et aux activités ayant pour objet de faciliter ces opérations[réf. nécessaire]. »

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de la pensée économique.

Le terme d'économie provient du grec. Xénophon et Aristote ont chacun écrit un traité sur l'économie. La pensée économique moderne se développe avec le mercantilisme au XVIIe siècle, les physiocrates au XVIIIe siècle et la naissance de l'économie politique avec Adam Smith (fin du XVIIIe siècle), David Ricardo ou encore Jean-Baptiste Say (début XIXe siècle).

C'est avec la révolution marginaliste à la fin du XIXe siècle que l'économie se constitue comme une discipline scientifique.

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, les sciences économiques se structurent comme une discipline académique avec la création de départements d'économie dans les universités, de revues académiques spécialisées et d'associations professionnelles. Par exemple aux États-Unis, le département d'économie de l'université Harvard est créé en 1897 et le département d'économie de l'université de Californie à Berkeley est créé en 1903[4],[5]. L'American Economic Association est créée en 1885, le Quarterly Journal of Economics eb 1886, le Journal of Political Economy en 1892 et l'American Economic Review en 1911.

Dans les années 1930, la science économique connaît deux grandes révolutions avec l'apparition de la macroéconomie et de l'économétrie.

Avec la publication de la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936), John Maynard Keynes crée le champ de la macroéconomie.

Les années 1930 sont aussi marquées par le développement de l'économétrie. Ragnar Frisch crée la société d'économétrie en 1930 et la revue Econometrica en 1933. Le développement de l'économétrie conduit à un usage de plus en plus importants des statistiques dans la science économique. Les modèles économétriques peuvent aussi bien être utilisés pour calibrer un modèle économique existant que pour tester sa validité empirique.

Dans les années 1940 et 1950, les sciences économiques sont marquées par le développement des théories de la croissance économique avec le modèle de Harrod-Domar et surtout le modèle de Solow (Solow 1956), le développement des fondements de la théorie des jeux avec l'ouvrage fondateur de von Neumann et Morgenstern (von Neumann et Morgenstern 1944) et les travaux de John Nash, et l'accomplissement des recherches sur l'équilibre général en concurrence parfaite avec les travaux de Kenneth Arrow et Gérard Debreu qui montrent les conditions d'existence et d'unicité de l'équilibre général imaginé par Léon Walras.

Dans les années 1960, les sciences économiques explorent de nouveaux sujets comme l'éducation, la criminalité ou encore la famille. Les travaux de Gary Becker sont emblématiques de cette tendance à utiliser la théorie économique pour analyser des sujet hors du domaine traditionnel de l'économie.

Dans les années 1970 se développent les modèles économiques en information imparfaite comme le modèle d'Akerlof sur les asymétries d'informations dans un marché (Akerlof 1970).

Méthodes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Méthodologie économique.

Modélisation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Modèle (économie).

En théorie économique, les économistes développent des représentations simplifiées de la réalité appelées modèles.

Méthodes statistiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Économétrie.

L'usage des modèles statistiques en économie s'est développé avec la création de la Société d'économétrie en 1930 et de la revue Econometrica en 1933.

Depuis les années 1980, la part des articles pouvant être considérés comme empiriques dans les publications en économie a largement augmenté[6],[7].

Méthodes expérimentales[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Économie expérimentale.

Depuis les travaux des psychologues Amos Tversky et Daniel Kahneman et de Vernon Smith, les expériences de laboratoire sont devenues une méthode à part entière en sciences économiques pour valider empiriquement la pertinence des théories économiques. Ainsi, les travaux expérimentaux en théorie de la décision ont montré que les agents ne se comportaient pas selon la théorie de l'utilité espérée (théorie développée par John von Neumann et Oskar Morgenstern dans Theory of Games and Economic Behavior). La théorie des perspectives, développée par Amos Tversky et Daniel Kahneman (Kahneman et Tversky 1979), est plus conforme aux résultats expérimentaux.

Parallèlement aux expériences de laboratoires, les économistes développent également des expériences de terrain à grande échelle pour tester des théories économiques ou encore évaluer l'effet de politiques publiques. Ces méthodes se sont largement développées depuis les années 1990. En économie du développement par exemple, les économistes Esther Duflo et Abhijit Banerjee ont largement diffusé l'usage de ces méthodes, notamment à travers la création d'un institut dédié à ces méthodes, le Abdul Latif Jameel Poverty Action Lab.

Méthode historique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire économique.

Liens avec d'autres disciplines[modifier | modifier le code]

Liens avec la sociologie[modifier | modifier le code]

Depuis les travaux de Gary Becker sur la famille, la criminalité ou l'éducation, les sciences économiques ont tendance à explorer des sujets d'ordinaires réservées à la sociologie. On désigne par impérialisme économique cette tendance des sciences économiques à analyser des sujets traditionnellement du domaine de la sociologie.

A l'inverse, la sociologie économique analyse l'économie avec les outils et les théories sociologiques. Ainsi les travaux de Mark Granovetter ont montré l'importance des réseaux sur le marché du travail (ce que les économistes avaient ignorées jusque là). De même, les travaux de sociologie des marchés montrent le caractère socialement construits des marchés à l'opposé de la vision naturaliste des économistes.

Liens avec la psychologie[modifier | modifier le code]

Les travaux pionniers de Daniel Kahneman et Amos Tversky sur la théorie de la décision en univers risqué (Kahneman Tversky) ont donné lieu à un domaine de recherche qui relève à la fois de la psychologie et de l'économie.

Liens avec les neurosciences[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Neuroéconomie.

Liens avec la physique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Éconophysique.

Reproductibilité et réplication en économie[modifier | modifier le code]

D'après une étude publiée dans la revue Science en 2016, 40% des expériences en économie échouent à être répliquées[8],[notes 1].

Épistémologie de l'économie[modifier | modifier le code]

Pour Jacques Sapir[9] la question de la théorie de la connaissance sous-jacente à l'approche économique devient cruciale. Ce dernier souligne que la rupture avec le positivisme, (...) ce scientisme hérité du XIXe siècle, est bien le point d'achoppement principal en économie[10].

Claude Mouchot en appelle, quant à lui, à une véritable épistémologie de l'économie[11]. Il propose, dans son ouvrage Méthodologie économique[12], une approche constructiviste de l'économie. Claude Mouchot note finalement la nécessaire multiplicité des discours en économie et en appelle à un retour du politique.

Sciences économiques et société[modifier | modifier le code]

Rôle politique des sciences économiques[modifier | modifier le code]

Les économistes sont amenés à intervenir dans le débat public ou à conseiller les gouvernements pour faire des recommandation de politique économique. Aux États-Unis, le Council of Economic Advisers a été créé en 1946 pour conseiller le président des États-Unis. En France, le Conseil d'analyse économique a été créé en 1997.

Les économistes peuvent aussi jouer un rôle dans l'évaluation des politiques publiques.

Approches alternatives[modifier | modifier le code]

Critiques[modifier | modifier le code]

Contestation de la scientificité de l'économie[modifier | modifier le code]

La question du statut scientifique de la science économique est encore problématique. Certains auteurs ont mis en cause la scientificité de tout ou partie des approches économiques[13].

Les recommandations de l'économie « orthodoxe » dépendent en effet beaucoup des hypothèses qu'elle a retenu pour construire ses modèles. Or, il s'agit souvent d'hypothèses fortes : transitivité, continuité des préférences individuelles, convexité des fonctions d'utilité, maximisation des fonctions de production, marché pur et parfait, etc. Ces hypothèses sont jugées par beaucoup d'économistes hétérodoxes, et par des scientifiques de diverses tendances, par exemple Benoît Mandelbrot, comme « irréalistes ». Il est admis qu'elles n'ont jamais donné lieu à des confirmations empiriques très robustes, ce qui a fait dire à Karl Popper : « Le développement de l'économie réelle n'a rien à voir avec la science économique. Bien qu'on les enseigne comme s'il s'agissait de mathématiques, les théories économiques n'ont jamais eu la moindre utilité pratique »[réf. souhaitée].

Comme Léon Walras nombre d'économistes voulaient trouver une base commune à tous les modèles économiques, et découvrir des lois capables d'expliquer et de prévoir l'ensemble des comportements des agents économiques, cependant l'économie ne semble pas être une science exacte (selon la définition de Karl Popper) en raison de son caractère fondamentalement « autoréférentiel » : la connaissance d'une loi modifie le comportement des acteurs économiques qu'elle est censée décrire[14].

Ainsi d'après Claude Mouchot : « l'économie ne sera jamais « science normale » au sens de T.S. Kuhn ; l’unification des théories économiques ne se réalisera jamais, au moins dans une société démocratique ; il faut abandonner la référence à la physique et déterminer à nouveau frais le statut épistémologique de notre discipline »[15].

Cherchant à rendre compte du mouvement des sciences au XXe siècle, l'historien Eric Hobsbawm avance : « Bien qu'elle soit soumise à des impératifs de cohérence et de logique, la science économique a été une forme de théologie florissante – sans doute dans le monde occidental, la branche la plus influente de la théologie séculière – parce qu'elle peut être formulée, et l'est habituellement, de manière à échapper à toute espèce de contrôle [...] n n'a aucune peine à montrer ce que les écoles de pensée et les caprices de la mode en économie doivent à l'air du temps et au débat idéologique »[16].

pour Jacques Sapir « ce n’est qu’en … s’acceptant comme des chercheurs en sciences sociales que les économistes peuvent mettre fin à la crise de leur discipline »[17].

Prix et distinctions en économie[modifier | modifier le code]

Depuis 1969, la Banque de Suède décerne annuellement le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel communément appelé prix Nobel d'économie.

L'American Economic Association décerne la médaille John-Bates-Clark du meilleur économiste de moins de 40 ans depuis 1947.

Place des femmes en économie[modifier | modifier le code]

Elinor Ostrom, lauréate du prix Nobel d'économie 2009, est la seule femme lauréate de cette distinction.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pour aller plus loin, voir le dossier dans l'American Economic Review du mois de mai 2017 https://www.aeaweb.org/issues/465

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Baptiste Say, Traité d'économie politique, 1803
  2. Alfred Marshall, Principes d'économie politique, 1890
  3. « About », sur université Havard (consulté le 19 juillet 2017)
  4. « A Brief History: Economics at the University of California », sur université de Berkeley (consulté le 19 juillet 2017)
  5. « An empirical turn in economics research », sur American Economic Association (consulté le 19 juillet 2017)
  6. (en) Joshua Angrist, Pierre Azoulay, Glenn Ellison, Ryan Hill et Susan Feng Lu, « Economic Research Evolves: Fields and Styles », American Economic Review, vol. 107, no 5,‎ , p. 293-97 (DOI 10.1257/aer.p20171117)
  7. (en) John Bohannon, « About 40% of economics experiments fail replication survey », Science,‎ (DOI 10.1126/science.aaf4141, lire en ligne)
  8. Les Trous noirs de la science économique : essai sur l'impossibilité de penser le temps et l'argent, éd. Points Économie, p. 117
  9. Les Trous noirs de la science économique : essai sur l'impossibilité de penser le temps et l'argent, éd. Points Économie, p. 165
  10. Voir cet article
  11. Méthodologie économique, Seuil (Poche) 2003
  12. Voir L’économie : science ou pseudo science ?, par Bernard Guerrien, La science économique n’aura pas lieu, par Daniel Duet
  13. Par exemple les banques centrales depuis quelques décennies ont appris à limiter l'impact des crises financières en intervenant rapidement sur les marchés financiers. Les investisseurs, mis en confiance, intègrent progressivement cette nouvelle donnée en prenant des risques supplémentaires, ce qui aboutit ainsi à une nouvelle instabilité financière
  14. Claude Mouchot, « Pour une véritable épistémologie de l’économie »
  15. Eric Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle, 1914-1991, Complexe, 2003, p. 704.
  16. Les Trous noirs de la science économique : essai sur l'impossibilité de penser le temps et l'argent, éd. Points Économie, p. 39, voir aussi l'article d'André Orléan, Essentialisme monétaire et relativisme méthodologique

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages fondamentaux[modifier | modifier le code]

Articles fondamentaux[modifier | modifier le code]

Ouvrages de vulgarisation[modifier | modifier le code]

Encyclopédies[modifier | modifier le code]

Articles encyclopédiques[modifier | modifier le code]

  • (en) Craufurd D. Goodwin, « History of economic thought », The New Palgrave,‎

Autres[modifier | modifier le code]

  • Laville J.L & Cattani A.D (2005) Dictionnaire de l'autre économie (Vol. 123). Desclée de Brouwer.
  • Laville J.L (2003) Avec Mauss et Polanyi, vers une théorie de l'économie plurielle (No. 1, pp. 237-249). La Découverte.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]