Scène de la douche de Psychose
| Titre original | Psycho |
|---|---|
| Réalisation | Alfred Hitchcock |
| Scénario |
Joseph Stefano d'après le roman de Robert Bloch |
| Acteurs principaux |
Anthony Perkins Janet Leigh Vera Miles John Gavin |
| Sociétés de production | Shamley Productions |
| Pays de production |
|
| Genre | Thriller |
| Durée | 109 minutes |
| Sortie | 1960 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
La scène de la douche (parfois appelle la scène du meurtre de Marion) est la scène clé du thriller horrifique Psychose, écrit par Joseph Stefano en 1959 et réalisé par Alfred Hitchcock en 1959 et 1960.
Le film est une adaptation du roman policier éponyme de l'écrivain américain Robert Bloch, basé sur la vie du tueur en série Ed Gein. Il est un très grand succès commercial et culturel et reçoit des critiques globalement très bonnes. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus célèbres films de l'oeuvre d'Hitchcock et l'un des plus grands de l'histoire du cinéma. La scène de la douche est quant à elle l'une des plus célèbres de l'histoire du cinéma et a trouvé un écho dans la culture populaire.
Le film commence avec l'histoire de Marion Crane, une secrétaire qui prend la fuite après avoir volé 40 000 dollars à son employeur pour commencer une nouvelle vie avec son amant. S'arrêtant la nuit dans un motel tenu par Norman Bates et sa mère, elle prend la décision de rendre l'argent à son patron et de retourner chez elle dès le lendemain. Elle est alors assassinée à coup de couteau dans la douche de sa chambre par une femme âgée et inconnue. L'identité de son meurtrier est également un élément marquant du film et de la culture populaire.
Plusieurs éléments expliquent que la scène est marquée le public. Premièrement, le personnage de Marion Crane, interprétée par la célèbre actrice Janet Leigh, présentée jusqu'alors comme le personne principal du film et engagée à ce moment-là sur la voie de la rédemption, est sauvagement assassinée dans le premier tiers du film. Ce rebondissement dans le scénario et la possibilité de le mettre en scène pour choquer le public sont d'ailleurs ce qui motiva Hitchcock de réaliser le film. La musique du compositeur Bernard Herrmann, reconnue comme l'une des plus célèbres dans les films d'horreur et même dans l'histoire du cinéma, contribue à renforcer l'effet sur le spectateur. Au départ, Hitchcock voulait que l'épisode se déroule sans musique, mais il a accepté la proposition du compositeur d'utiliser sa pièce, interprétée uniquement par des instruments à cordes.
Contexte du film et déroulement de la scène
[modifier | modifier le code]Le film s'ouvre sur une chambre d'hôtel de la ville de Phoenix où se trouvent Marion Crane, secrétaire dans une agence immobilière, et son amant Sam Loomis. Déterminée à changer de vie, Marion, chargée par son patron de déposer à la banque 40 000 dollars reçus d'un riche client, décide de les voler et de s'enfuir en voiture pour commencer une nouvelle vie avec son amant.
Après plusieurs péripéties, épuisée par la tension et souhaitant de se cacher, elle quitte la route très fréquentée. Surprise par une violente tempête de pluie, Marion s'arrête au « Bates Motel », tenu par Norman Bates et sa mère. Elle en est la seule cliente. Le jeune homme souffre manifestement de l'oppression de sa mère despotique, qu'il aime pourtant passionnément. Norman attribue à Marion une chambre voisine de son bureau, et, manifestement sous le charme de la jeune femme, l'invite à partager avec lui un repas frugal, puisqu'il n'y a pas de restaurant à proximité immédiate. Marion, fatiguée par le stress et les kilomètres au volant, accepte. Alors que Norman prépare à manger dans sa vielle maison lugubre située à proximité et en surplomb du motel, elle perçoit dans la nuit une conversation animée entre la mère et son fils. La voix de la vielle femme, voyant d'un mauvais oeil ce tête-à-tête de son fils avec une femme, le réprimande. Revenant avec le repas, Norman demande d’excuser sa mère « malade » et parle à la jeune femme de son hobby : la taxidermie. Cette discussion fait prendre conscience à Marion que sa propre fuite n'est pas une solution.
De retour dans sa chambre, elle envisage de rembourser son patron, et se déshabille et enlève son peignoir pour prendre une douche. Elle ignore être observée par Norman depuis un trou pratiqué dans le mur de son bureau. Une vieille femme, dont la silhouette est estompée par le rideau, surgit et frappe mortellement Marion à coups de couteau avant de disparaître. L'horreur de cette scène est accentuée par la musique de Bernard Herrmann faite d'une note aiguë saccadée par des cordes stridentes.
Ainsi, Norman apparaissant horrifié, fait ensuite la découverte du meurtre mais nettoie la douche et élimine avec soin les traces du crime et du passage de Marion. Il regroupe toutes les affaires de celle-ci, y compris, sans le savoir, l'argent volé dissimulé dans un journal. Il immerge ensuite la voiture de la jeune femme, avec le corps, dans un marais proche...
Réalisation
[modifier | modifier le code]Le tournage de la mort de Marion Crane, qui coûta 62 000 dollars[1], se déroule sur sept jours et 70 prises différentes pour seulement 45 secondes de plans rapidement enchaînés[2],[3]. On a rarement vu à cette époque une scène d'un tel impact. Le meurtre de Marion Crane n'est pas seulement une scène pivot pour la cohérence de Psychose ; il va donner à Hitchcock le rang de maître[4].
Hitchcock répète souvent qu'il dirige le tournage avant de diriger son public[2]. Et c'est bien ce qu'il fait dans la salle de bains blanche du Bates Motel. L'intention est de souligner le voyeurisme face à cette femme séduisante, nue sous la douche ; l'accent est mis sur l'effrayant couteau et le sang qui gicle. La vraie force de Psychose, sa véritable horreur, repose sur la manière dont Hitchcock tue[pas clair] l'émotion du public[1],[2].
Le meurtre est tourné la semaine précédant Noël, ce qui, pour Janet Leigh, ajoute à la scène une dimension surnaturelle. « Durant la journée, j'étais dans l'angoisse d'être poignardée à mort, et le soir j'emballais les cadeaux de Noël pour les enfants[1],[5]. »
La scène de la douche, à l'origine, n'est pas découpée en plusieurs plans, comme dans la version finale. Il n'y a pas de story-board précis de la scène. Le scénariste Joseph Stefano a simplement décrit le fait qu'elle entre dans la douche et que quelqu'un vient la tuer à coups de couteau. Dans le livre de Robert Bloch dont le film est inspiré, l'héroïne est décapitée. La description du meurtre est suffisamment détaillée pour dissiper le moindre doute concernant la tête de Janet Leigh. « De plus, je doute qu'Hitchcock ait imaginé une chose pareille », se rappelle-t-il. Hitchcock charge Saul Bass de concevoir un story-board pour la scène.
Pour cette scène, le mannequin Marli Renfro (en) (née le à Los Angeles en Californie) fut engagé[6]. Elle fut payée 500 dollars[7].
La scène de douche est tournée sur un plateau qui ne fait pas plus de 15 mètres carrés[8]. « La scène de la douche m'a pris un tiers du temps de tournage. J'ai travaillé trois semaines sur le film et la scène de la douche a pris sept jours complets. Sept jours de tournage, une large part de mon travail », déclare Janet Leigh[2]. L'équipe doit mesurer le débit d'eau et l'épaisseur du rideau afin de déterminer si l'on pouvait voir l'héroïne nue. Sans avoir une personne nue, il est impossible de savoir quand couper la scène[2]. « Si on ne la voit pas vraiment, on croit voir quelque chose mais c'est faux » selon Leigh[2].
« La construction de cette scène est très ingénieuse. Car à partir de là, Hitchcock réussit à mettre en scène non plus ce que le spectateur voit réellement, mais ce qu'il croit voir. Il signe ce coup de maître grâce au montage et le public, pris dans l'action se laisse emporter. Chaque coupure est comme un coup de couteau. Le public se prend à croire, finalement, qu'il s'agit d'un coup de couteau, quand ce n'est qu'une coupure. Le mot coupure est d'ailleurs bien choisi, il correspond aux coups de couteau. »
— Janet Leigh, The Making of 'Psycho'
Pour créer le bruit des coups de couteau, l'accessoiriste utilise des melons[1],[2],[9],[10]. Pour le sang, il y a de nombreux essais avant le tournage[8]. Jack Barron et Bob Dawn, les maquilleurs, doivent mesurer la viscosité du sang. Le film étant en noir et blanc, la couleur importe peu[8]. Mais il faut la bonne viscosité. Ils testent plusieurs composants, comme le sang de cinéma, qui est alors utilisé dans les films en noir et blanc. Ils essayent ensuite le ketchup et le coulis de chocolat, qui est retenu[1],[2].
Un des plans de cette scène ne sera jamais utilisé. « C'était pourtant l'un des plans les plus marquants que j'aie jamais vus. Il y avait quelque chose de tragique à voir cette femme somptueuse ainsi inanimée », déclare Stefano. La caméra remonte et on voit la jeune femme allongée sur le sol, les fesses nues. Plusieurs personnes émettent des protestations, et en fin de compte, Hitchcock ne voit pas l'utilité de ce plan.
Le plan le plus techniquement difficile est celui du gros plan sur l'œil de Janet Leigh, où la caméra s'éloigne lentement. À l'époque, la mise au point automatique n'existe pas. Quand la caméra s'éloigne, il faut faire le point à la main, tout au long, ce qui est très difficile. Le plus dur pour l'actrice est de garder un regard vitreux, de rester sans ciller. « En plus, l'eau me coulait dessus, et les gouttes d'eau me chatouillaient ! C'était un vrai calvaire. Comme une démangeaison qu'on ne peut soulager », déclare-t-elle. Elle dément par ailleurs que, contrairement à ce qu'ils[Qui ?] affirment durant la visite[Quand ?] des studios Universal Pictures, Hitchcock se serait amusé à faire couler de l'eau froide pour la faire crier.
Anthony Perkins est à New York au moment du tournage de cette scène[8]. Virginia Gregg le remplace pour le rôle de la mère. Elle l'interprétera d'ailleurs dans les suites de Psychose[11]. Selon d'autres sources[12], ce sont deux doublures qui prennent la place de l'acteur absent. Ann Dore apparaît au début de la scène, derrière le rideau de douche, et c'est la cascadeuse Margo Epper qui donne les coups de couteau.
Postérité
[modifier | modifier le code]Parmi les grands réalisateurs américains, Brian De Palma a décliné cette scène dans nombre de ses films[13].
La scène de la douche est parodiée dans un épisode de la saison 2 des Simpson.
Cette scène culte est reproduite dans l'épisode 6 de la cinquième saison de la série préquelle Bates Motel.
Une parodie de la scène de la douche, mise en scène par le photographe David LaChapelle, et représentant l'actrice Pamela Anderson mimant la terreur, sert de support en 2015 à une campagne[14] de l'association People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) en faveur du véganisme, en arguant notamment que « Manger une livre (0.45 kg) de viande revient à dépenser en eau l’équivalent de six mois de douches. »[15].
Dans Le Grand Frisson (High Anxiety), long hommage hilarant au maître anglais, Mel Brooks, à la fois acteur et réalisateur, se met lui-même en scène sous la douche, plan par plan et avec une minutie qui mêle horreur et burlesque.
Références
[modifier | modifier le code]- "Psycho: Behind the Scenes of the Classic Thriller" Janet Leigh - Harmony 1995.
- Janet Leigh "The Making of 'Psycho'" - La scène de la douche
- ↑ The Technique of Film and Video Editing: History, Theory, and Practice - Focal Press (2002) 0-2408-0420-1
- ↑ Voir DVD Psychose - Chapitre 10
- ↑ « Janet Leigh, star of Psycho shower scene, dies at 77 »(Archive.org • Wikiwix • Archive.is • Google • Que faire ?)
- ↑ « Psycho > Cast - AllMovie », sur allmovie.com via Wikiwix (consulté le ).
- ↑ Graysmith, Robert (March 27, 2010). "Spotlight: Marli Renfro". The Times. Retrieved April 24, 2010.
- Hilton A. Green The Making of 'Psycho' - La scène de la douche
- ↑ Books of The Times; 'Casaba', He Intoned, and a Nightmare Was Born - The New York Times
- ↑ Psycho stabbing 'best film death
- ↑ (en) Virginia Gregg sur Internet Movie Database.
- ↑ « La douche froide de "Psychose" : anatomie d'une scène culte », sur nouvelobs.com, L'Obs, (consulté le ).
- ↑ Brian de Palma on line "La scène de la douche dans Psycho"
- ↑ Fabien Morin, « Pamela Anderson se déshabille pour la bonne cause », sur tvmag.lefigaro.fr, (consulté le ).
- ↑ « La scène de la douche avec Pamela Anderson fait des vagues pour une alimentation écologique », sur action.petafrance.com, [non daté] (consulté le ).