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Saya de Malha

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Saya de Malha
Saya de Malha.
Géographie
Pays
Partie de
Baigné par
Superficie
40 808 km2Voir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Géolocalisation sur la carte : océan Indien
(Voir situation sur carte : océan Indien)
Géolocalisation sur la carte : Maurice
(Voir situation sur carte : Maurice)

La Saya de Malha ou Sahia de Malha (en portugais moderne : Saia de Malha), littéralement « jupe de tricot », est le plus grand haut-fond du monde; il forme une partie du vaste plateau marin des Mascareignes et abrite l'un des plus grands herbier marin de la planète.

Description

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Localisation

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Le banc se trouve au nord-est de Madagascar, au sud-est des Seychelles, et au nord du banc de Nazareth. Les terres les plus proches sont les minuscules îles Agalega à quelque 300 km plus à l'ouest, suivi au sud de l'île de Coëtivy, quelques 400 km au nord-ouest.

Le banc couvre une superficie de 40 808 km2[1] et est composé de deux structures distinctes, la plus petite, le banc du Nord (également appelé Ritchie Bank) et l'immense South Bank. Le banc du Nord et le banc du Sud semblent avoir des origines différentes.

Formé il y a 35 millions d'années par le point chaud de la Réunion, la Saya de Malha est l'un des neuf bancs composant le plateau des Mascareignes[2]. Il s'agit d'un exemple de plateforme carbonatée en phase de drowning (littéralement de « noyade »)[1].

Le banc est composé d'une couche de roches basaltiques sur laquelle des restes de récifs coralliens composent une couche calcaire de plus de 1 500m. Le sommet du banc présente différents faciès sédimentaires, composés de coraux, de rhodolithes, de sables foraminifères et ptéropodiques, de sables bioclastiques et de surfaces durcies[1].

Les reliefs de la Saya de Malha ressemblaient il y a plusieurs millions d'années à ceux de la Mauritanie et de la Réunion actuelle, présentant plusieurs îles volcaniques et il est possible que jusqu'il y a quelques milliers d'années, des îles subsistaient encore dans le banc, lorsque le niveau des océans était plus bas qu'aujourd'hui[3].

Gouvernance

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Le banc de Saya de Malha fait l'objet d'une souveraineté conjointe entre les Seychelles et Maurice. En 2008, ces deux États ont convenu d'exercer conjointement leur souveraineté sur le plateau des Mascareignes qui comprend l'ensemble de Saya de Malha, et qui s'étend au-delà de leurs zones économiques exclusives (ZEE) respectives. Cette décision a été approuvée par la Commission des Limites du Plateau Continental (CLPC) en 2011 (entré en vigueur le 18 juin 2012[4]). Il s'agit de la plus grande zone maitime gérée conjointement, sous le statut de Zone de gestion conjointe (en anglais : Joint Management Area)[5],[6]. La juridiction conjointe couvre le fond marin et le sous-sol, mais n'inclut pas la colonne d'eau ni les organismes vivants situés au-dessus du plateau, qui restent sous le régime de la haute mer[7],[8].

La pêche dans le banc de la Saya de Malha dépend en principe de la Commission des thons de l'océan Indien pour les thons et de l’Accord de pêche pour le Sud de l’océan Indien pour la pêche profonde[9].

Biodiversité

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Le banc de Saya de Malha est considéré comme une zone abritant une biodiversité exceptionnelle[10]. Les habitats de phanérogames marines qu'il abrite sont jugés essentiels pour les tortues et forment des zones de reproduction pour les requins, les baleines à bosse et les baleines bleues[11]. Au total, des milliers d'espèces utilisent le banc comme zone de refuge, de nourriture ou de reproduction, dont les hippocampes et les dugongs[11]. En plus des poissons et des mammifères marins, la Saya de Malha abrite une large diversité d'algues, de phanérogames marins, d'éponges, de coraux, d'échinodermes, de crustacés et de mollusques[10].

Puits de carbone

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Les herbiers marins comme la Saya de Malha sont responsables d'une grande partie du stockage du carbone océanique, par l'emmagasinement du carbone dans les racines et dans le sol[12]. La Saya de Malha constituant l'un des plus grands herbiers marins au monde, il s'agit également de l'un des plus grands puits de carbone de la planète[11].

Menaces de l'activité humaine

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Largement situé en haute mer, le banc de Saya de Malha échappe en grande partie aux réglementations internationales. En 2025, l'ONG journalistique The Outlaw Ocean Project[a] a publié une enquête[11] sur le banc qui alerte sur les ravages des activités humaines sur cette zone. Ce travail a été largement repris dans la presse internationale[13],[14] et française[15],[16].

Exploitation halieutique

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Si elle a été longtemps épargnée par la navigation en raison de ses importantes variations de profondeurs (le plateau pouvant parfois culminer jusqu'à une dizaine de mètres de la surface[16]), la Saya de Malha fait depuis 2015 l'objet d'importantes opérations de pêche illégales de la part de la Thaïlande[17], du Sri Lanka et de Taïwan[11], bien que la quantité de bateaux thaïlandais écumant le banc soit en diminution. Plus de 230 bateaux de pêche ont ainsi parcouru la Saya de Malha entre janvier 2021 et janvier 2024[11].

Les cibles de cette pêche sont principalement les différentes espèces de thons et de requins qui peuplent le banc, ces derniers étant essentiellement chassés pour leurs ailerons[17]. Les requins sont pourtant essentiels pour la régulations des populations de l'herbier, notamment celle des tortues[18]. Les techniques de pêche utilisées incluent le chalutage de fond et la palangre de fond, la première ravageant les fonds marins exploités.

Exploitation minière

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Le sol océanique fait l'objet d'un intérêt croissant de la part de l'industrie minière, en raison de la présence sur le lit océanique de nodules polymétalliques contenant des métaux essentiels notamment à l'industrie des batteries[19]. Si la majeure partie du banc est trop peu profonde pour faire l'objet d'une telle exploitation, ses environs directs dans le plateau des Mascareignes sont l'objet depuis 2014 de plusieurs projets miniers sud-coréens, allemands et indiens[16].

Projets de micronations

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Constituant l'un des plus grands plateaux océaniques au monde et échappant aux réglementations internationales, la Saya de Malha a été la cible de plusieurs projets d'établissements de micronations.

Dès 1997, un architecte et un biologiste marin, Wolf Hilbertz et Thomas J. Goreau, projettent de fonder sur la partie nord du banc une micronation appelée Autopia. Ils tentent de créer une île autour d'une structure en métal arrimée au sol océanique à 11 m de profondeur, en formant une structure calcaire artificielle par électro-accumulation des matériaux dissouts dans l'eau de mer. Au total, Hilbertz et Goreau réalisent deux expéditions en 1997 et 2002 avant d'abandonner leur projet[11],[20].

Plus récemment, l'entrepreneur italien Samuele Landi planifiait d'établir une cité flottante constituée d'une vingtaine de barges dans le banc, avant de trouver la mort en 2025[11],[21].

Notes et références

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Références

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  1. a b et c (en) Christian Betzler, Sebastian Lindhorst, John J. G. Reijmer et Juan Carlos Braga, « Carbonate platform drowning caught in the act: The sedimentology of Saya de Malha Bank (Indian Ocean) », Sedimentology, vol. 70, no 1,‎ , p. 78–99 (ISSN 1365-3091, DOI 10.1111/sed.13032, lire en ligne, consulté le )
  2. (en) Adam Vecsei, « Database on isolated low-latitude carbonate banks », Facies, vol. 43, no 1,‎ , p. 205–221 (ISSN 1612-4820, DOI 10.1007/BF02536991, lire en ligne, consulté le )
  3. (en) Monaco Explorations, « INDIAN OCEAN EXPEDITION 2022 PRELIMINARY REPORT » [PDF], sur Monaco Explorations, (consulté le )
  4. (en) « MAURITIUS - SUBMISSION IN COMPLIANCE WITH THE DEPOSIT OBLIGATIONS PURSUANT TO THE UNITED NATIONS CONVENTION ON THE LAW OF THE SEA (UNCLOS) », sur www.un.org (consulté le )
  5. (en) « Mauritius and Seychelles to strengthen the administration of the World’s largest jointly managed maritime zone | United Nations in Mauritius », sur mauritius.un.org (consulté le )
  6. (en-US) « Joint Management Area (JMA) of the Extended Continental Shelf », sur Ministry of Fisheries and Blue Economy (consulté le )
  7. (en) Francis Marsac, Florence Galletti, Jean-François Ternon et Evgeny V. Romanov, « Seamounts, plateaus and governance issues in the southwestern Indian Ocean, with emphasis on fisheries management and marine conservation, using the Walters Shoal as a case study for implementing a protection framework », Deep Sea Research, part II: Topical Studies in Oceanography, vol. 176,‎ , p. 104715 (ISSN 0967-0645, DOI 10.1016/j.dsr2.2019.104715, lire en ligne, consulté le )
  8. (en) Commission on the Limits of the Continental Shelf (CLCS), Traités entre la République de Maurice et la République des Seychelles concernant le plateau des Mascareignes signés par le Gouvernement de la République de Maurice et le Gouvernement de la République des Seychelles à Clarisse House, Vacoas (Maurice), le 13 mars 2012, , 145 p. (lire en ligne), p. 27-55
  9. François Simard, « Les défis de la gouvernance de Saya de Malha », sur Monaco Explorations, (consulté le )
  10. a et b (en) R. Bhagooli, S. Ramah, G. Gendron et D. Kaullysing, Marine biodiversity of the Saya de Malha Bank shallows: A photographic catalogue, FAO, , 114 p. (ISBN 978-92-5-139479-3, lire en ligne Accès libre)
  11. a b c d e f g et h (en) « The Saya de Malha Bank | Reporting | The Outlaw Ocean Project », sur theoutlawocean.netlify.app (consulté le )
  12. (en) Carlos M. Duarte, Núria Marbà, Esperança Gacia et James W. Fourqurean, « Seagrass community metabolism: Assessing the carbon sink capacity of seagrass meadows », Global Biogeochemical Cycles, vol. 24, no 4,‎ (ISSN 1944-9224, DOI 10.1029/2010GB003793, lire en ligne, consulté le )
  13. (es) Ian Urbina, « Saya de Malha, la isla invisible que está en peligro », sur El País, (consulté le )
  14. (en-US) Ian Urbina, « The most important part of the ocean you've never heard of », sur Los Angeles Times, (consulté le )
  15. « Au cœur de l’océan Indien, l’un des plus grands poumons de la planète est en danger de mort », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  16. a b et c Ian Urbina, « Ce grand herbier que l'on saccage », sur Le Monde diplomatique, (consulté le )
  17. a et b (en) Greenpeace New Zealand, « Turn The Tide: Human Rights Abuses and Illegal Fishing in Thailand’s Overseas Fishing Industry », sur Greenpeace, (consulté le )
  18. (en) The Outlaw Ocean Project, « Saya de Malha: The Vanishing Predators », sur Youtube, (consulté le )
  19. Violette Vauloup, « Exploitation des fonds marins : les océans font grise mine », sur Libération (consulté le )
  20. (en) Wolf Hilbertz et Dr. Thomas Goreau, « SAYA DE MALHA EXPEDITION » [PDF], (consulté le )
  21. (en) Kenza Bryan, « The extraordinary life and mysterious death of a carbon credits broker », sur Financial Times, (consulté le )

Liens externes

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