Saverio Tomasella

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Saverio Tomasella
Biographie
Naissance Voir et modifier les données sur Wikidata
à Saint-CloudVoir et modifier les données sur Wikidata
Pays de nationalité FranceVoir et modifier les données sur Wikidata
Thématique
Titres Docteur en psychologie clinique (psychopathologie)
Profession Psychanalyste
Travaux Traumatisme et catastrophe
Intérêts Hypersensibilité, ultra-sensibilité
Œuvres principales Le sentiment d'abandon, La folie cachée

Saverio Tomasella est un psychanalyste et écrivain français né à Saint-Cloud le 14 février 1966, docteur en sciences humaines.

Biographie[modifier | modifier le code]

Saverio Bornancin Tomasella suit un cursus musique-études au sein du Lycée musical du Conservatoire de Nice jusqu'en classe de Troisième (il pratique la clarinette, le chant et le théâtre), puis au lycée Masséna à Nice jusqu'en Classe préparatoire [1].

Le 6 novembre 2002, il soutient une première thèse de doctorat intitulée Vers une psychanalyse de la marque et de ses expressions, préparée à l'université de Nice Sophia-Antipolis (UNS) sous la direction de Nadine Tournois[2].

En 2012, il reçoit le Prix Nicolas Abraham et Maria Torok pour son ouvrage Renaître après un traumatisme[3].

Le 2 décembre 2016, il soutient une seconde thèse de doctorat, en psychologie clinique (psychopathologie et psychanalyse), intitulée Désubjectivation, resubjectivation et résilience collective en situation de catastrophes, préparée à l'Université Paris-7 Denis Diderot (USPC) sous la direction de Serge Tisseron[4].

Rédacteur en chef de la revue scientifique américaine Trauma and Acute Care, il est l'auteur de nombreux livres et articles[5].

Orientation des recherches[modifier | modifier le code]

Pour Saverio Tomasella, l'inconscient est agencé comme « une musique personnelle, avec ses rythmes, ses mélodies, ses harmoniques, ses résonances, ses silences, ses tensions, ses repos, ses élans, ses nuances, ses rebonds, ses accords et désaccords »[6]. Il distingue un champ musical (personnel) d'un champ lexical (culturel). Il présente l'inconscient comme « un creuset de pulsations, avec son tempo, ses flux et ses reflux, ses colorations sensorielles et ses tonalités affectives »[7]...

Syndrome de Calimero[modifier | modifier le code]

Il correspond à une plainte insistante de la part d’une personne centrée sur ses souffrances, qui attend de son entourage attention et réconfort. Cette habitude de se lamenter recouvre une difficulté à exprimer ses vrais malheurs. Les Calimero se révoltent contre des injustices présentes surtout pour faire reconnaître des injustices passées qui n’ont pas été entendues et dont ils n’ont pas été consolés. Il s'agit d'une description bienveillante, tendre et humoristique, plutôt que d'une nouvelle "catégorie" psychopathologique[8].

Métapsychologie du traumatisme dans la mélancolie[modifier | modifier le code]

L'expérience clinique permet à cet auteur de repérer un essaim d'affects, lorsque les ressentis (sensations, émotions, sentiments) sont empêchés et gelés du fait d'une prise en bloc des affects. Au contraire, le clinicien observe un courant d'affects, lorsque la mobilité psychique est retrouvée dans sa complexité idéative[Quoi ?] et sa richesse expressive[9]. La fluidité des mouvements affectifs permet la réalisation des processus d'introjection mis en évidence par Sándor Ferenczi, alors que la fixité des états affectifs, ou désaffectés, correspond aux fantasmes d'incorporation théorisés par Nicolas Abraham et Maria Torok.

S. Tomasella préconise une réflexion clinique centrée sur l'écoute de l'analysant(e) à partir des ressentis et des images du corps. L'image intérieure surgit dans l'entre-deux du transfert, ou inter-transfert, comme vision proche des métaphores et du rêve[10].

Homéo-érotisme et mêmeté[modifier | modifier le code]

Il utilise le terme d'« homéo-érotisme » pour décrire un mouvement libidinal intervenant dans la constitution du sujet. Ce processus consiste à passer par l'illusion transitoire du même pour créer de la mêmeté, au lieu du semblable, sortir de l'imitation et développer une identité vécue comme sienne, en se libérant des étayages et des mirages de la symbiose[11].

Il distingue deux formes principales : « L’homéo-érotisme sain ou primaire, est un mouvement affectif de création de l’identité de soi à travers la rencontre désirante d’un autre humain proche de ses préoccupations singulières (développement de sa mêmeté, de sa spécificité). En revanche, l’homéo-érotisme troublé, ou secondaire, est un mode mimétique et imaginaire de rapport à l’autre, considéré comme un double, une duplication de soi (fabrication de semblable)[12]

Fantasme ou fantaisie[modifier | modifier le code]

S. Tomasella distingue le fantasme (imaginaire) de la fantaisie (imagination)[13]. Il repère quatre types principaux de fantasmes :

  • Les fantasmes spontanés, qui sont homogènes et compensatoires (comblant un vide de sens).
  • Les fantasmes réactifs, hétérogènes et défensifs (à la suite d'une expérience douloureuse).
  • Les fantasmes proactifs, endogènes et offensifs (faisant barrage à une réalité difficile).
  • Les fantasmes obligés, exogènes et souvent consensuels (imposés par l’environnement)[14].

Une éthique du désir[modifier | modifier le code]

S. Tomasella articule la réflexion éthique autour de trois dimensions fondamentales : ce qui constitue l'humanité, ce qu'est l'expérience humaine, ce qui favorise l'humanisation de toute personne[15]. Selon lui, l'éthique de la psychanalyse se situe dans le refus de toute emprise, de tout pouvoir sur autrui, de tout savoir établi[16] et la position éthique du psychanalyste favorise les mouvements progressifs d'introjection des différents vécus de l'analysant(e)[17].

L'espace de subjectivation, un creuset pour les représentations[modifier | modifier le code]

S. Tomasella s'appuie sur les théorisations précédentes des processus psychiques, en quatre types :

  • processus originaires, théorisés par Piera Aulagnier comme lieux de génération du pictogramme ;
  • processus primaires, irrationnels et déliés, relevant de l'inconscient ;
  • processus secondaires, rationnels, liés, conscients, tous deux théorisés par Freud ;
  • processus tertiaires, théorisés par André Green à partir de Winnicott comme processus interactifs de dialogue entre les processus primaires et secondaires[18].

Ainsi, il distingue cinq polarités[19] :

  • Le réel, qui n’est pas la réalité ; réel auquel on a difficilement accès, sauf dans les moments de créativité pure, ou parfois de délire ;
  • L’imaginaire, l’univers de fantasmes, de leurres et de représentations propres à chaque sujet ;
  • Le symbolique, l’ordre de la loi et du langage, partageable entre tous les humains de façon élaborée au travers d’une culture commune ;
  • La nécessité, ou le nécessaire, qui s’impose au sujet. Il s'agit ici d'une imposition apparente ; voir compulsion de répétition.
  • Le sensible, sensations, émotions, sentiments et intuitions, par lesquels s’appréhende le réel, se nourrit l’imaginaire, se véhicule le symbolique et se manifeste la nécessité.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • A fleur de peau. Le roman initiatique des hypersensibles, Lediuc, Paris, 2017.
  • Le syndrome de Calimero, Albin Michel, Paris, 2017.
  • Petites peurs ou grosses terreurs, Leduc, Paris, 2016.
  • Les relations fusionnelles, Eyrolles, Paris, 2016.
  • La folie cachée, Albin Michel, Paris, 2015.
  • Renaître après un traumatisme, Eyrolles, Paris, (2011), 2015. (Prix Nicolas Abraham et Maria Torok 2012)
  • L'emprise affective - Sortir de sa prison, Eyrolles, Paris, 2014.
  • Pour Brigitte. Six poèmes sur des peintures d'Alain Boullet, Alain Boullet, Nice, 2014.
  • Hypersensibles - Trop sensibles pour être heureux ?, Eyrolles, Paris, 2012.
  • Le transfert - Pour qui me prenez-vous ?, Eyrolles, Paris, 2012.
  • Les amours impossibles - Accepter d'aimer et d'être aimé, Eyrolles, Paris, 2011.
  • L'inconscient - Qui suis-je sur l'autre scène ?, Eyrolles, Paris, 2011.
  • Le chant des songes, Les éditions Persée, Aix-en-Provence, 2010.
  • La perversion - Renverser le monde, Eyrolles, Paris, 2010.
  • Le sentiment d'abandon - Se libérer du passé pour exister par soi-même, Eyrolles, Paris, 2010.
  • Le surmoi - Il faut, je dois, Eyrolles, Paris, 2009.
  • Oser s'aimer - Développer la confiance en soi, Eyrolles, Paris, 2008.
  • Vivre en relation - S'ouvrir et rencontrer l'autre, avec Gilles Pho, Eyrolles, Paris, 2006.
  • Habiter son corps, avec Christine Hardy, Eyrolles, Paris, 2006.
  • Les configurations familiales atypiques et leurs implications humaines, avec Karin Trystram, Eyrolles, Paris, février 2006.
  • Personne n’est parfait ! Accepter ses différences, avec Catherine Podguszer, Eyrolles, Paris, 2005.
  • Faire la paix avec soi-même, Eyrolles, Paris, 2004.
  • D'amour tendre, Édition des écrivains, Paris, 1999.

Articles[modifier | modifier le code]

  • « Trauma, Grief and Integrity Principle », Trauma and Acute Care, vol. 1, no 3:28,‎ 2016.[20]
  • « L’objet b ou le besoin comme nécessité », Psychotropes, vol. 22, no 1,‎ , p. 31-48 (lire en ligne)
  • « Trauma, deuil et principe d’intégrité », L'Évolution psychiatrique, vol. 81, no 3,‎ , p. 641-652 (DOI 10.1016/j.evopsy.2015.05.004)
  • « Je l’ai tellement dans la peau que j’en deviens marteau », Psychotropes, vol. 20, no 1,‎ , p. 135-151 (DOI 10.3917/psyt.201.0135)
  • (Article) "Les marques", Virtuel, Adolescences, no 47, 22 (1), Paris, mars 2004, p. 59–66.
  • (Article) "Le psychanalyste, le groupe et l'inconscient : quelle place pour être sujet ?", Autour du psychodrame, Le Coq-Héron, no 217, Toulouse, juin 2014, p. 122-126.
  • (Article) "Le trauma et ses répercussions somato-psychiques ou la pensée interrompue", Avec Ferenczi à Budapest, Le Coq-Héron, no 212, Toulouse, mars 2013, p. 85-95.
  • (Article) "Conscience et fragilité", Sous le sceau du corps, Le Coq-Héron, no 203, Toulouse, décembre 2010, p. 97-107.
  • (Article) "Haine, envie, jalousie : psychanalyse du désastre", Erich Fromm : un psychanalyste hors norme, Le Coq-Héron, no 182, Toulouse, octobre 2005.
  • (Article) "Extension ou extinction des feux : de l’essaim au courant d’affects", Entre pratique et théorie, Le Coq-Héron, no 176, Toulouse, mars 2004.
  • (Article) "L’homéo-érotisme ou quête affective du même", Le Coq-Héron, Toulouse, mars 2001.
  • (Article) "L'inconscient, un ailleurs pour l'entreprise", Un certain autre regard, no 2, IPM, 2013, p. 117-120.
  • (Article) De pouvoirs en capacités, Hermétisme, Paris, mars 2006.
  • (Article) "Attendre, tendre : la patience, accueil de l’étrange", Epistolettre, no 26, Paris, Fédération des ateliers de psychanalyse, 2004.
  • (Article) "Silence ou mutisme", Epistolettre, no 20, Paris, FAP, 1999.
  • (Textes) "L'école buissonnière", "Un chemin", "La frayeur de l'enfant trop sage", Epistolettre, no 19, Paris, FAP, 1998.
  • (Article) "Hamlet ou le féminin retrouvé", Les années paradoxes, Paris, Experts, décembre 1999, p. 74-77.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.psycho-ressources.com/bibli/traversee-tempetes.html
  2. Thèse de doctorat, notice du Sudoc, consultée en ligne le 12.02.16.
  3. Page du prix Nicolas Abraham et Maria Torok, consultée en ligne le 12.02.16.
  4. http://www.editions-eres.com/nos-auteurs/53671/tomasella-saverio
  5. Notice d'auteur de Saverio Tomasella, sur le site editions-eres.com.
  6. L’homéo-érotisme ou quête affective du même, Le Coq-Héron, mars 2001
  7. L'inconscient, Eyrolles, 2011, pp. 76-78.
  8. S. Tomasella, Le syndrome de Calimero, Albin Michel, 2017, p. 31, 238-239.
  9. "Extension ou extinction des feux : de l’essaim au courant d’affects", Le Coq-héron, "Entre pratique et théorie", n° 176, Erès, 2004, p. 31-38. Alex Raffy précise : « Saverio Tomasella relate le cheminement d'une cure avec les mouvements transférentiels dans lesquels son patient l'a engagé. L'auteur développe, sur un mode poétique et associatif, les références théoriques vers lesquelles chaque temps de la cure l'a mené... », p. 8.
  10. "De l'image inconsciente du corps à l'image consciente du cœur", Psychanalyse magazine n° 23, Avignon, septembre 2004, pp. 52-55. Voir également Véronique Berger, Les dépendances affectives, Eyrolles, 2007, chapitre 3.
  11. "L'homéo-érotisme ou quête affective du même", Le Coq-héron, Erès, 2001. Oser s'aimer, développer la confiance en soi, Eyrolles, 2008, pp. 118-128 et 165-166. La problématique de l'autoérotisme, avec et après Freud, est présente dans Vivre en relation, Eyrolles, 2006, pp. 107-112. Un parallèle peut être proposé avec l'homéostasie de Michael Fordham, homéostasie brièvement mentionnée dans Consommer la marque, CEM, 2003.
  12. "Je l'ai tellement dans la peau que j'en deviens marteau", Psychotropes, vol. 20, De Boeck, novembre 2014.
  13. Voir C. Paquis, Le fantasme, Eyrolles, 2010.
  14. Les amours impossibles, Eyrolles, 2011, pp. 172-175.
  15. Le surmoi, op. cit., pp. 89-91.
  16. "Haine, envie, jalousie : psychanalyse du désastre", Le Coq-héron, n° 182, Erès, 2005, pp. 142-146.
  17. La traversée des tempêtes - Renaître après un traumatisme, Eyrolles, 2011, pp. 119-126
  18. La métapsychologie et ses développements, CEM, 2006.
  19. Ibidem, p. 142-143.
  20. http://trauma-acute-care.imedpub.com/trauma-grief-and-integrity-principle-a-short-commentary.php?aid=17718

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]