Savant fou

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« Hahaha ! Ils verront tous que j'ai raison ! Ainsi, je pourrai dominer le Monde ! »
Âgé, mal peigné, portant une blouse blanche et manipulant des substances dangereuses : un des stéréotypes du savant fou.

Le savant fou est un archétype du savant qui est souvent un cliché ou un lieu commun des œuvres de fiction populaires. Il peut être méchant et dangereux ou au contraire distrait et inoffensif.

Le savant fou travaille généralement à la mise au point de technologies fictives et novatrices. Il est fréquent qu'il manque de sens commun et joue à être Dieu sans en mesurer les conséquences, crée des armes terrifiantes par pur défi scientifique, etc. Dans les cas où il est l'antagoniste, le savant fou est souvent aussi un génie du mal.

Historique[modifier | modifier le code]

En sciences[modifier | modifier le code]

Au tout début du XIXe siècle, les sciences et les techniques, notamment militaires, font un bond. La science est vue soit comme salvatrice soit comme destructrice pour la société entière. Elle réglera tous les problèmes grâce au progrès ou bien elle causera sa perte. Les scientifiques sont alors représentés comme vertueux ou maléfiques, sérieux ou fous. Une constante se dessine entre ces extrêmes : le génie.

La figure du savant fou progresse en fait avec la science : au fur et à mesure que celle-ci prouve sa puissance, les œuvres de fiction signalent ses dangers ou expriment les angoisses liées à l'accélération du progrès scientifique. Isaac Newton, Charles Darwin, Nikola Tesla, la psychiatrie, la bombe atomique, le laser, l'ordinateur, etc. Chacun de ces jalons de l'histoire scientifique appelle une réponse dans l'imaginaire collectif, le savant fou étant l'une des réponses les plus courantes.

Dans les arts[modifier | modifier le code]

Magazine de science-fiction Avon Fantasy Reader no 13 (1950) mettant en scène « The Love Slave and the Scientists » (« L'esclave de l'amour et les scientifiques »).

Littérature[modifier | modifier le code]

Le savant fou apparaît déjà dans la littérature du XVIIIe siècle, par exemple dans Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, où les savants de l'île volante de Laputa ont perdu pied avec la réalité, au propre comme au figuré.

Au début du XIXe siècle, vient le docteur Frankenstein inventé par Mary Shelley qui, au nom de la science et par manque de précautions, crée un monstre.

Puis, c'est le docteur Moreau de H. G. Wells qui n'hésite pas à jouer avec la nature, qu'il modifie de manière terrible grâce à son habileté de chirurgien. Du même auteur, L'Homme invisible met en scène le brillant docteur Griffin (en) passionné d'optique, ayant mis au point une méthode jouant sur l'absorbance de la lumière des objets physiques, au point qu'il parvient à se rendre invisible[1]. Ne voyant au départ que les avantages à son invisibilité, il déchante rapidement. Son statut de paria et son nouveau pouvoir le font basculer progressivement dans la folie mégalomaniaque.

On peut aussi citer le capitaine Nemo de Jules Verne, apparu en 1869, qui est un des personnages de savant excentrique les plus intéressants et les plus complexes : la science est son refuge ; Nemo hait l'humanité dont il méprise les tares morales et se réfugie dans les fonds marins, isolé du monde, grâce à son sous-marin, le Nautilus. Un personnage similaire apparaît dans un autre roman du même auteur, Robur le Conquérant (1886). Il débute sur un débat d'aéronautique, entre ceux qui pensent que les engins plus léger que l'air (les aérostats) sont les plus aptes à voler et ceux qui estiment que ce sont au contraire les plus lourds que l'air (les aérodynes). Robur donne raison à ces derniers en leur montrant l’Albatros, sorte de bateau à hélices dont il se sert pour terroriser le monde et s'isoler par la voie des airs. On retrouve le savant dans Maître du Monde, publié en 1904. Les deux personnages sont des savants misanthropes qui vivent isolés du monde, dans des milieux naturels dépourvus de présence humaine, grâce à des engins de leur création.

En 1886, Robert Louis Stevenson met en scène un des savants fous les plus célèbres de la littérature dans L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, où l'on découvre que les deux personnages titres ne font qu'un. Le premier est un respectable savant anglais ayant découvert un philtre, permettant de faire ressortir son mauvais côté en se transformant en un être monstrueux, devenant le second.

Considéré comme un des premiers super-vilains de la littérature, le Professeur Moriarty (apparu en 1893) est l'ennemi le plus marquant de Sherlock Holmes, bien qu'Arthur Conan Doyle, son auteur, ne l'ai fait apparaître que dans deux de ses romans. Il sera pourtant repris dans les très nombreuses reprises de la série de manière récurrente, en faisant parfois le principal antagoniste du héros.

Cinéma[modifier | modifier le code]

L'acteur Horace B. Carpenter en tant que le Dr. Meirschultz, un savant tentant de ramener un mort à la vie dans le film Maniac (en) (1934).
L'acteur Bela Lugosi interprète le Dr Paul Carruthers dans le film La Chauve-souris du diable (1940).

En 1927, le film Metropolis de Fritz Lang présente le prototype du savant fou au cinéma : Rotwang, le génie du mal qui crée les machines donnant vie à la ville dont le film porte le nom. Le laboratoire de Rotwang, où l'on trouve pêle-mêle des arcs électriques, des appareils en ébullition et des tableaux de cadrans et contrôles, a influencé les décors de nombreux films comme Blade Runner ou Dark City. Joué par l'acteur Rudolf Klein-Rogge, Rotwang vit des conflits intérieurs : il est maître de pouvoirs scientifiques presque mythiques, mais il est esclave de ses désirs de pouvoir et de vengeance. Son aspect physique aussi a eu une influence : les cheveux en broussaille, les yeux écarquillés et ses vêtements à l'allure presque fasciste. Même son bras droit mécanique est devenu un exemple de science détournée, par exemple dans Docteur Folamour de Stanley Kubrick.

Au début du XXe siècle, les premiers « super-vilains » — nés avant les super-héros — ont généralement des prédispositions pour les sciences, qu'ils soient précisément scientifiques ou non : Fantômas (issu de la série littéraire du même nom), le Docteur Cornélius, le Docteur Mabuseetc. Dans la seconde moitié du XXe siècle, le savant fou est devenu un poncif au cinéma (Docteur Folamour, et de nombreux savants fous croisant la route de James Bond), etc.).

Le cinéma expressionniste allemand créa lui aussi son lot de savants fous. Comme dans le film Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene (1920). Le Dr Caligari, directeur d'un asile psychiatrique, y contrôle un somnambule du nom de Cesare pour lui faire commettre des crimes à sa place.

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

La bande dessinée américaine de la seconde moitié du XXe siècle, exploite ce stéréotype du savant fou avec plusieurs de ses personnages de fiction. On peut citer Lex Luthor, l'ennemi de Superman ; le Docteur Fatalis, l'ennemi des Quatre Fantastiques ; ainsi que plusieurs ennemis de Spiderman.

Dans la bande dessinée franco-belge, on peut citer Zorglub, l'ennemi de Spirou. Ce savant mégalomane et maladroit est un ancien camarade du Comte de Champignac dont il représente le pendant négatif et dont il recherche secrètement l’admiration[2]. Le Comte lui-même joue parfois les savants fous, par exemple dans La Peur au bout du fil, devenant temporairement fou et dangereux après avoir accidentellement bu une potion qu'il a fabriqué.

L'auteur Edgar P. Jacobs utilisa avec brio ce type de personnage, en particulier à travers le Docteur Jonathan Septimus (La Marque jaune et L'Onde Septimus), un psychiatre paranoïaque semant la terreur à travers Londres et rêvant de contrôler l'esprit humain pour asservir les gens. À travers le professeur Miloch Georgevitch (S.O.S. Météores, Le Piège diabolique), l'auteur décrit plutôt un savant de la Guerre froide. Georgevitch travaille d'abord au service du bloc de l'Est, où il détraque le climat de celui de l'Ouest pour faciliter une invasion. À la suite de son échec, il se venge pour son propre compte du professeur Philip Mortimer en l'envoyant dans le passé, grâce à sa machine à remonter le temps, où il se retrouve coincé. Les repreneurs de la série créent eux aussi des savants fous. Yves Sente et André Juillard créent ainsi le Docteur Voronov (La Machination Voronov), responsable de la clinique du KGB à Baïkonour, nostalgique de Staline, qui se sert d'une bactérie tueuse pour éliminer ceux qu'il considère comme ennemis du Communisme.

Dans Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, série créée par Jacques Tardi en 1976 qui parodie et rend hommage aux romans-feuilletons, parmi les nombreux personnages déjantés croisant la route de l'héroïne figurent divers savants fous. Certains d'entre eux portent un nom comprenant le préfixe « dieu » (« Dieuleveult », « Dieudonné »...), pour souligner qu'ils se prennent justement pour des Dieux[2]. L'un d'eux, le professeur Robert Espérandieu, est au cœur de l'épisode Le Savant fou. Ce savant chauvin et revanchard se sert d'un pithécanthrope ramené à la vie pour le transformer en monstre et s'en servir afin de venger toutes les défaites militaires essuyées par la France.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Le savant fou, illustration.
Un front proéminent, des yeux lugubres, des lunettes, une pilosité en pagaille et un teint malsain, un des archétypes du savant fou.

Les savants fous ont habituellement un comportement obsessionnel et utilisent des méthodes très dangereuses et anticonformistes. Ils peuvent être motivés par la vengeance, essayant de punir un affront réel ou imaginé, parfois lié à leur travail.

Leur laboratoire est généralement encombré de bobines de Tesla, de machines électrostatiques de Van der Graaf, d'« échelles de Jacob » (deux hautes électrodes où des étincelles montent), de machines à mouvement perpétuel et autres instruments scientifiques très impressionnants, ou encore d'éprouvettes et d'équipements de distillation où bouillonnent des liquides aux couleurs vives, desquels émanent des vapeurs inquiétantes.

On peut citer également comme autres traits de caractère :

  • la poursuite de la science sans se préoccuper des conséquences destructrices ou éthiques (en violant le code de Nuremberg, par exemple) ;
  • être son propre cobaye ;
  • jouer à être Dieu, bafouer la Nature ;
  • être incapable de maintenir des relations humaines normales, vivant souvent comme un ermite ;
  • avoir un aspect négligé, débraillé, des cheveux en broussailles, des tares physiques, une tendance à négliger les questions triviales liées au quotidien ;
  • (dans les films ou les dessins animés) parler souvent avec un accent allemand ou d'Europe de l'Est (cela est dû en grande partie à l'immigration massive aux États-Unis de scientifiques européens en deux vagues : avant la Seconde Guerre mondiale, qui se sauvaient du nazisme et l'autre après la guerre, qui fuyaient l'URSS ou étaient d'anciens employés des nazis — voir à ce sujet l'Opération Paperclip) ;
  • (s'ils sont des vilains) avoir un rire maniaque (voire démoniaque), surtout lorsque leurs expériences atteignent leur apogée.

Habituellement, ils ont le titre de docteur ou de professeur. Il leur arrive souvent d'être accompagné d'un assistant, parfois difforme et/ou demeuré.

Le savant fou est souvent compétent dans de nombreuses sciences et techniques à la fois ; il est à la fois un Albert Einstein aux idées révolutionnaires et un Géo Trouvetou bricoleur, capable de mettre ses théories délirantes en pratique.

Sources d’inspiration[modifier | modifier le code]

Les inventions sensationnelles et excentriques de Nikola Tesla ont influencé la formation de l'image du « savant fou ».

De nombreux scientifiques ayant existé ont servi de modèle à l'archétype du savant fou :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Il fallait réduire l'indice de réfraction entre deux centres d'où rayonnaient certaines vibrations de l'éther... dont je vous parlerai plus tard... Non, il ne s'agit pas de rayons Roentgen : je ne sache pas que les miens aient déjà été décrits ; pourtant, l’existence en est assez évidente. J'avais surtout besoin de deux petites dynamos, et je les actionnait avec un moteur à gaz, bon marché. » ; H. G. Wells, L'Homme invisible, page 102 du récit.
  2. a et b Christophe Quillien et Al., Méchants - Crapules et autres vilains de la bande dessinée, Huginn & Muninn,

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Études
Littérature
  • Collectif, Les savants fous, Édition Omnibus, 1994 (anthologie).
  • (en) John Joseph Adams (dir.), The Mad Scientist's Guide to World Domination, Brilliance Audio, septembre 2013 (livre audio).
  • René Reouven, Bouvard, Pécuchet et les Savants fous.
Bande dessinée
  • Attention savants fous !, (À suivre), no 14, mars 1979.
  • Jacques Tardi, Le savant fou, collection Adèle Blanc-Sec, Casterman, 1986.
  • Christophe Quillien et al., Méchants - Crapules et autres vilains de la bande dessinée, Huginn & Muninn, 2013.
Littérature jeunesse
  • Le Journal de Mickey, no 2389, avril 1998, « Spécial Savants fous ».
  • Disney Club vacances, no 9, 1993, « Spécial Inventeurs et savants fous ».
  • Muriel Zurcher, Graine de savant fou - Le Grimoire inédit du célèbre Stephou Haliez, Graine 2 Éditions, 2012.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]