Satyre et bacchante

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Satyre et Bacchante
Pradier satyre et bacchante.jpg
Marbre original du musée du Louvre
Artiste
Date
Type
Matériau
Dimensions (H × L × l)
125 × 112 × 78 cmVoir et modifier les données sur Wikidata
Collection
N° d’inventaire
RF 3475Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Salle 225 (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Satyre et bacchante est un groupe en marbre, sculpté par James Pradier, entre 1830 et 1834. Son exposition au Salon de peinture et de sculpture de 1834 fit scandale par le réalisme et la sensualité du nu, et la rumeur colportée par l'élève de Pradier, Antoine Étex, selon laquelle la statue aurait été moulée d'après nature. Le groupe original en marbre appartient depuis 1980 aux collections du musée du Louvre département des sculptures françaises (R.F. 3475), une version en plâtre, préparatoire du marbre, réalisée en 1830, se trouve au palais des Beaux-Arts de Lille.

Description[modifier | modifier le code]

Le groupe représente un satyre accroupi qui tient de son bras droit une bacchante couronnée de fleurs et de feuilles. Le buste de la femme est renversé vers l'arrière, et repose sur le genou droit du satyre dont on aperçoit le sabot. De sa main gauche, il tire le voile qui revêt la bacchante, révélant sa nudité. Celle-ci se défend en repoussant la tête du satyre de ses deux mains, les deux visages exprimant un rire.

Historique[modifier | modifier le code]

Exposée au Salon de 1834, la sculpture est refusée par le gouvernement. Elle est acquise par Anatole Demidoff, prince de San Donato et mécène, qui l'emporte en Italie. En 1870, Lord Richard, marquis de Herford, en fait l'acquisition par l'intermédiaire de l'expert M.Manheim pour 10 300 francs. L'œuvre est léguée à John Murray Scott, qui la met en vente en 1904 à Paris. Elle se trouve alors dans la collection de G. Potin et, en 1940, dans celle d'Edouard Labouchère, dernier propriétaire privé de la sculpture. Elle est acquise en 1980 par le musée du Louvre avec la participation de la Société des Amis du Louvre (inventaire RF 3475)[1].

Sources d'inspiration[modifier | modifier le code]

Le thème du satyre convoitant une bacchante est classique dans l'art érotique et prend son origine dans l'antiquité. On trouve des représentations de ce couple mythologique dans les vases attiques datés du VIe siècle, et les fresques des villas romaines telles qu'elles furent conservées à Herculanum et Pompéi[1]. Une fresque d'Herculanum représentant un satyre dévoilant une ménade conservée au cabinet secret du musée royal de Naples, a pu servir de source à Pradier pour sa sculpture[1].

Réalisation[modifier | modifier le code]

Plâtre préparatoire, palais des Beaux-Arts de Lille.

Avant la sculpture du marbre, Pradier réalisa un plâtre préparatoire de dimension similaire. Une récente restauration a révélé des traces de pointes de clous et des marques de repères, qui ont confirmé la nature préparatoire du plâtre[2].

Scandale de l'exposition[modifier | modifier le code]

Lors de son exposition au Salon de 1834, le groupe de marbre provoque la polémique. La sensualité du nu, dont le réalisme du traitement, notamment dans les détails des plis de la chair, sa molesse, et le geste du satyre qui en retirant l'étoffe dévoile frontalement la nudité de la bacchante, sont perçus par les critiques comme contraires à l'idéal de la statuaire néo-classique à laquelle Pradier était rattaché. D'autant plus que ce thème, habituellement réservé à des sculpture de petites dimensions, est ici représenté grandeur nature[1]. S'ajoute au scandale la rumeur lancée par Antoine Étex, élève de Pradier, que le nu a été obtenu à partir d'un moulage du corps du modèle, pratique réprouvée à l'époque[1]. D'autant que certains ont cru reconnaître les traits de Juliette Drouet, modèle préféré et maîtresse de Pradier à cette époque, avec laquelle il eut une fille[3].

Influence[modifier | modifier le code]

La sculpture de Pradier a inspiré les artistes, tant sculpteurs que peintres, témoignant d'une importante influence de cette œuvre principalement dans l'art académique. Au Salon de 1861, William Bouguereau expose un Faune et une bacchante inspiré directement par l'œuvre de Pradier[1]. Quatorze ans plus tard, Henri Gervex fait lui aussi référence à l'œuvre de Pradier avec Satyre et ménade[4]. En sculpture, Auguste Clésinger s'en inspire pour son Satyre et bacchante de 1869 (Minneapolis Institute of Art). Mais c'est dans l'œuvre d'Albert-Ernest Carrier-Belleuse Satyre et Nymphe de 1868 (musée d'Orsay), que la référence au groupe de Pradier est la plus manifeste, reprenant la posture quasiment à l'identique en inversant les figures[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Lapaire et Jacques de Caso, Statues de chair : sculptures de James Pradier (catalogue d'exposition), Genève, Musée d’Art et d’Histoire, (ISBN 2830600215), « Satyre et bacchante », p. 124-128.
  • Claude Lapaire, James Pradier (1790-1852) et la sculpture française de la génération romantique (catalogue raisonné), Lauzanne, Milan, Swiss Institute for Art Research -5 Continents Edition, (ISBN 978-88-7439-531-6).
  • Wolfgang Drost, « Pradier à la villa Ludovici, autour du groupe Satyre et Bacchante », dans La Sculpture au XIXe siècle : mélanges pour Anne Pingeot, Paris, N. Chaudun, (ISBN 978-2-35039-054-3).
  • Sandra Buratti-Hasan (dir.) et Sara Vitacca (dir.), Musée des Beaux-Arts de Bordeaux, palais Fesch, Bacchanales modernes ! : le nu, l'ivresse et la danse dans l'art français du XIXe siècle, Milan, SilvanaEditorial, (ISBN 9788836632831), « Satyre et bacchante », p. 60-61.
  • Pierre Wat, « Le jour où… James Pradier a dévoilé Satyre et Bacchante », Le Journal des arts, Paris, Artclair Éditions,‎ (lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]