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Satrianum

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Satrianum
Image illustrative de l’article Satrianum
Localisation
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Coordonnées 40° 34′ 01″ nord, 15° 38′ 22″ est
Altitude 1 000 m
Géolocalisation sur la carte : Italie
(Voir situation sur carte : Italie)
Satrianum
Satrianum

Satrianum est un ancien site fortifié médiéval situé sur la colline de Torre di Satriano, entre les communes de Tito et Satriano di Lucania, en Basilicate[1]. Occupé depuis l’âge du bronze, le site est particulièrement actif à l’époque lucanienne puis au Moyen Âge, lorsqu’il devient un centre fortifié doté d’un évêché.

Géographie

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Satrianum occupe un sommet des Apennins méridionaux, culminant à environ 1 000 m d’altitude. Cette hauteur domine les vallées du Melandro, du Noce, de l’Agri et du Basento, qui s’ouvrent vers les mers Tyrrhénienne, Ionienne et Adriatique[2]. Ce positionnement explique l'importance stratégique du site, situé à la convergence de plusieurs voies de passage, dont l’ancienne strazzera degli stranieri, utilisée dès l’âge du Fer.

Les analyses environnementales montrent une alternance historique de zones boisées ouvertes, de prairies et de cultures, favorisant une économie mêlant élevage, transhumance et polyculture[3].

Le bourg de Satriano di Lucania, à l’est du site archéologique.

Le nom « Satrianum » apparaît dans les documents médiévaux sous les formes Satrianum, Satranum ou Castrum Satrianum. Il dérive très probablement d’un anthroponyme latin, Satrius ou Satrinus, suivi du suffixe toponymique -anum, indiquant une propriété ou un domaine rural à l’époque romaine[4].

L’hypothèse d’une racine pré-latine *Sat-* a également été avancée, en relation avec d’autres toponymes lucaniens présentant des formes similaires, mais elle demeure moins assurée que l’interprétation fondée sur un nom de personne romain.

Au cours du Moyen Âge, la forme Satrianum évolue dans l’usage local vers Satriano, attestée dès la période angevine et restée en usage pour désigner la zone environnante et le bourg moderne de Satriano di Lucania[5].

La désignation actuelle « Torre di Satriano » se réfère spécifiquement au sommet de la colline où se dressait la fortification médiévale, devenue l’élément le plus visible du site archéologique après l’abandon du centre fortifié au XVIe siècle.

Frise chronologique

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Cette frise résume les principales phases d’occupation et de transformation du site archéologique de Satrianum.

Période Datation Événements principaux
Préhistoire – Âge du Bronze IIe millénaire av. J.-C. Premières occupations protohistoriques sur la colline.
Âge du Fer – Lucaniens VIIIe siècle av. J.-C. Mise en place d’un habitat polycentrique lucanien (plus de quarante implantations autour du sommet).
Période hellénistique / romaine IIIeIIe siècle av. J.-C. Fréquentation sporadique du site ; maintien d’un sanctuaire lié aux routes inter-vallées.
Antiquité tardive – haut Moyen Âge IVeIXe siècle Occupations diffuses ; continuité des circulations sur la hauteur.
Réoccupation médiévale XeXIe siècle Réoccupation organisée ; intégration dans le réseau de hauteurs fortifiées du haut Potentino.
Fondation du centre fortifié Fin XIe siècle Fondation du comté et du diocèse ; construction de la tour, de la cathédrale et de l’épiscopium.
Période souabe et angevine XIIIeXIVe siècle Apogée : extension du cimetière, pavement moulé, développement des habitats de versant.
Déclin médiéval XVe – début XVIe siècle Déclin progressif ; recomposition du peuplement ; abandon du site ; transfert du siège épiscopal.
Période moderne XVIeXXe siècle Le site reste abandonné ; ruines partiellement conservées.
Reprise des fouilles 2006 Lancement du Progetto Satrianum (UNIBAS) : fouilles stratigraphiques, relevés 3D, analyses pluridisciplinaires.
Valorisation contemporaine 2010–2025 SIG, photogrammétrie, modélisation 3D, études paléobotaniques ; Festivalia ; résidence artistique RESTARE.
Chantier international 2022–2025 Participation régulière de l’Université Rennes 2 ; fouilles et formation d’étudiants.

Les premières fréquentations de la colline remontent au IIe millénaire av. J.-C., sous la forme d’occupations protohistoriques liées à l’exploitation saisonnière des pâturages et à la circulation entre les vallées du Melandro, du Basento et de l’Agri. À partir du VIIIe siècle av. J.-C., une organisation plus complexe apparaît : plus de quarante sites ont été identifiés autour de la colline, constituant un réseau d’habitats lucaniens de type polycentrique[6].

Cet habitat se caractérise par :

  • des fermes dispersées, installées sur des terrasses naturelles ;
  • un contrôle visuel large, permettant la communication entre communautés voisines ;
  • la présence d’un petit édifice quadrangulaire orienté à l’est, interprété comme un sanctuaire archaïque placé au croisement d’un axe de transhumance et d’un ancien chemin de voyageurs (*strazzera degli stranieri*)[7].

Le paysage antique de Satrianum reflète un environnement rural stable : cultures céréalières de pente, clairières pastorales, forêts basses, zones de transhumance convergeant depuis les vallées. À partir des IIIeIIe siècle av. J.-C., l’occupation décline mais ne disparaît pas : le sommet reste fréquenté, notamment comme point de repère et de passage[8].

Antiquité tardive et haut Moyen Âge

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Vue depuis le sud-est du site archéologique.

La documentation archéologique de cette période reste limitée, mais plusieurs indices confirment une fréquentation continue, bien que diffuse. Les terrasses sont réutilisées pour l’agriculture et l’élevage, et les voies de circulation antiques persistent dans le paysage médiéval.

Entre les VIIIe et Xe siècles, la colline acquiert un rôle stratégique accru : sa position dominante en fait un point clé pour le contrôle des routes transapennines reliant Potenza, le Vallo di Diano, le golfe de Policastro et la vallée de l’Agri. Des castra de hauteur se forment dans toute la Basilicate centrale ; Satrianum est en communication directe avec Tito, Picerno, Savoia et Brienza[9].

Cette réorganisation territoriale prépare la transformation plus radicale opérée à l’époque byzantine et normande.

Période byzantine (XeXIe siècle)

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Pour la période byzantine, la documentation archéologique reste limitée, mais le contexte historique permet de proposer certains cadres d’interprétation. Aux Xe et XIe siècles, la Basilicate se trouve dans une zone de contact entre les pouvoirs lombard et byzantin, et la région de Satrianum appartient à un espace disputé où les hauteurs stratégiques jouent un rôle central dans le contrôle des routes et des vallées. La colline, déjà marquée par des occupations plus anciennes, est réinvestie et intégrée dans un système de points forts de crête qui surveillent les passages entre la vallée de l’Agri, le Vallo di Diano et le bassin du Basento ; Satrianum se trouve ainsi en relation visuelle avec les castra de Tito, Picerno et Brienza, ce qui suggère une fonction de relais militaire et de poste d’observation avant même la pleine mise en place du pouvoir normand[9].

Les sources écrites sont plus allusives que précises, mais certains documents conservés en grec pour la région, analysés notamment par Giacomo Racioppi, ont conduit à formuler l’hypothèse de la présence d’une communauté de rite grec, héritière de l’implantation byzantine dans le Sud de l’Italie. Dans ce scénario, Satrianum aurait accueilli, au moins transitoirement, une population liée à la tradition liturgique orientale, avant que la réforme institutionnelle et la conquête normande n’imposent définitivement le cadre latin. Cette hypothèse reste débattue : l’archéologie ne fournit pas de preuve matérielle directe d’un complexe cultuel byzantin sur le site, mais la persistance de cultures mixtes gréco-latines dans la région à cette époque ne permet pas de l’exclure[10].

Dans l’état actuel de la recherche, la phase byzantine de Satrianum apparaît donc comme un moment de transition : réutilisation d’un relief déjà structuré, insertion dans un réseau défensif de moyenne montagne et possible coexistence de traditions liturgiques différentes, sans que l’on puisse attribuer à cette période les grandes constructions monumentales visibles aujourd’hui, qui relèvent essentiellement de la phase normande et postérieure.

Période normande (fin XIeXIIe siècle)

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L’arrivée des Normands en Italie méridionale, à la fin du XIe siècle, constitue un tournant pour Satrianum. Dans le cadre de la réorganisation territoriale conduite par les nouveaux princes, la colline est choisie comme siège d’un pouvoir à la fois ecclésiastique et seigneurial. La première mention explicite du diocèse de Satriano remonte à une bulle du pape Urbain II, datée du 20 juillet 1098, qui énumère la diocèse parmi les suffragantes de l’archidiocèse de Conza[11]. Au début du XIIe siècle, le premier évêque connu, Giovanni, apparaît dans les actes, suivi d’un homonyme en 1135 ; l’évêque Pietro est quant à lui documenté lors du IIIᵉ concile du Latran en 1179, ce qui confirme l’intégration de Satrianum dans le réseau épiscopal latin et sa reconnaissance par la papauté[12].

Sur le terrain, la conquête normande se traduit par une transformation en profondeur du sommet. Les fouilles montrent que l’acropole est remodelée en un complexe fortifié cohérent : une tour quadrangulaire est construite au point le plus élevé de la crête, véritable signal architectural et poste d’observation sur les vallées ; une cathédrale à trois nefs, dédiée à saint Étienne protomartyr, est édifiée à proximité immédiate de la tour ; un palais épiscopal (episcopium) vient compléter cet ensemble monumental. Les enceintes successives, les portes monumentales et l’articulation entre espaces liturgiques, résidentiels et administratifs témoignent d’un projet unitaire, répondant à la fois aux besoins de défense, de représentation et de contrôle territorial[13].

Vue depuis l'intérieur de la tour

Satrianum devient ainsi un véritable nœud de pouvoir normand, à l’échelle régionale. Sa position centrale lui permet de surveiller les routes reliant la vallée de l’Agri au Vallo di Diano et aux plateaux intérieurs, tandis que l’institution épiscopale assure un encadrement religieux et juridique du territoire. La topographie même du site renforce ce rôle : l’acropole domine les pentes où s’installent les habitats de versant, formant un système hiérarchisé dans lequel le sommet concentre les fonctions de commandement, d’administration et de culte. La période normande marque donc la véritable naissance de Satrianum en tant que centre fortifié structuré, doté d’un diocèse, d’un appareil monumental et d’un paysage de pouvoir clairement lisible dans les vestiges mis au jour.

Période souabe et angevine (XIIIeXIVe siècle)

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Sous Frédéric II et ses successeurs souabes, Satrianum connaît un développement significatif. L’administration impériale renforce les centres de hauteur capables d’assurer la surveillance des vallées et des routes militaires. Satrianum participe à ce système avec un rôle intermédiaire entre Potenza, Brienza et la vallée de l’Agri.

À cette période :

  • le cimetière s’étend autour de la cathédrale ;
  • plusieurs sépultures privilégiées apparaissent près du chevet, appartenant probablement à des membres du clergé ou des élites locales ;
  • la cathédrale est restaurée et dotée d’un pavement moulé à motifs animaliers et végétaux ;
  • le réseau d’habitats sur les versants se densifie, formant une véritable « ville en cascade » en relation directe avec l’acropole[14].

Sous les Angevins, au XIVe siècle, Satrianum apparaît dans les sources comme un centre stable, structuré autour de son évêché. Plusieurs évêques issus d’ordres religieux différents (cisterciens, franciscains, dominicains) témoignent de l’importance du siège.

Déclin et abandon (XVeXVIe siècle)

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Le XVe siècle marque une crise profonde. Selon la tradition rapportée par Racioppi, Satrianum aurait été détruite en 1430 sur ordre de Jeanne II de Naples, dans un contexte de conflits féodaux[15]. Cette information reste discutée, mais elle concorde avec une dégradation visible des structures.

Le séisme de 1456 contribue à la fin de l’occupation : le castrum est abandonné et la résidence épiscopale transférée à Sant’Angelo Le Fratte. Le diocèse subsiste jusqu’en 1525, date à laquelle il est uni *aeque principaliter* avec celui de Campagna. Il est définitivement supprimé en 1818[16].

Depuis 1968, Satrianum est un siège titulaire ; son titulaire actuel est l’archevêque Emilio Nappa.

Depuis 2006, le Progetto Satrianum, dirigé par l’Université de la Basilicate, applique une méthodologie interdisciplinaire incluant :

  • fouille stratigraphique ;
  • prospection géophysique ;
  • photogrammétrie et modélisation 3D ;
  • analyses paléobotaniques et carpologiques ;
  • études ostéologiques et anthropologiques ;
  • système d'information géographique (SIG)[17].

Les données produites sont intégrées dans une base numérique destinée à la restitution des édifices et à la modélisation du peuplement dans la longue durée.

Les recherches archéologiques sur Satrianum sont coordonnées depuis 2006 par l’Université de la Basilicate (UNIBAS), sous la direction scientifique de Francesca Sogliani et Brunella Gargiulo. Ces fouilles adoptent une approche interdisciplinaire associant stratigraphie, prospection géophysique, analyses paléobotaniques et archéozoologiques, photogrammétrie, modélisation 3D et système d’information géographique. Ces méthodes permettent d’étudier l’évolution du site, ses phases d’occupation et l’organisation de ses structures monumentales[18].

Le projet comprend également un important volet d’archéologie numérique. Les données issues des fouilles — relevés photogrammétriques, modèles architecturaux 3D, cartographies SIG — sont intégrées dans une plateforme numérique destinée à documenter, analyser et valoriser l’ensemble des vestiges du site[17].

Depuis 2022, les campagnes estivales accueillent également des équipes de l’Université Rennes 2 (France). Sous la coordination de Dominique Allios[19], maître de conférences en archéologie médiévale, des étudiants, doctorants et stagiaires participent aux fouilles. Ils interviennent dans la fouille stratigraphique, le relevé topographique, l’analyse architecturale, la documentation photogrammétrique et la médiation culturelle lors des journées de restitution. Cette collaboration franco-italienne renforce la dimension pédagogique et scientifique du chantier, devenu un terrain de formation pour de jeunes archéologues.

Quartier résidentiel

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Ruines de Satrianum intégrées au programme de fouilles archéologiques depuis 2006.

Les versants de la colline de Satrianum conservent les vestiges d’un vaste habitat médiéval organisé en terrasses successives. Ce type d’occupation, qualifié de « villages de versant », constitue l’une des caractéristiques majeures du site. Les unités domestiques étaient installées sur des plateformes artificielles ou aménagées, soutenues par des murs de terrasse, et reliées entre elles par un réseau de ruelles étroites adaptées à la pente[6].

Les fouilles ont mis en évidence la présence de bâtiments domestiques, d’espaces de stockage, d’aires de travail et de structures artisanales, suggérant une économie diversifiée fondée sur l’agriculture de pente, l’élevage et la transformation des produits. Plusieurs zones présentent des concentrations de matériel céramique, des foyers et des installations liées à la métallurgie légère ou à la transformation alimentaire[20].

Les terrasses supérieures, proches de l’acropole, étaient probablement occupées par des habitations de statut plus élevé ou par des activités directement liées au pouvoir épiscopal et seigneurial. Les terrasses inférieures, plus étendues, regroupaient une population plus large, constituant un bourg structuré dépendant étroitement des fonctions religieuses et administratives du sommet.

Cet ensemble, parfois décrit comme une « ville en cascade », formait un tissu urbain continu entre l’acropole et les zones périphériques. La configuration en gradins permettait une gestion efficace de l’espace, de l’eau et des circulations, tout en assurant une visibilité permanente du sommet, centre politique et religieux du site[6].

L’étude des niveaux d’abandon montre que ces habitats ont été progressivement désertés entre les XIVe et XVe siècles, dans un contexte de recomposition du peuplement, d’insécurité régionale et de déplacement des populations vers des sites plus accessibles en fond de vallée. Les villages de versant de Satrianum représentent ainsi un exemple remarquable d’adaptation à un relief contraignant et d’organisation sociale autour d’un centre épiscopal de hauteur.

Pratiques funéraires médiévales

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Les fouilles menées autour de la cathédrale et du palais épiscopal ont révélé plusieurs niveaux funéraires datant principalement des XIIIeXIVe siècle. Le cimetière médiéval, étendu sur le versant méridional de l’acropole, présente une organisation hiérarchisée caractéristique des centres religieux fortifiés de l’Italie du Sud.

Les sépultures les plus proches de la cathédrale se distinguent par leur emplacement privilégié, réservé à des individus de rang élevé. La Tomba 2 (Deposizione 1), située directement contre le mur méridional de l’édifice, en constitue un exemple significatif. L’absence d’objets personnels, fréquente dans les pratiques funéraires du bas Moyen Âge, n’empêche pas de reconnaître un statut supérieur fondé sur la localisation et la typologie de la fosse funéraire.

Plusieurs catégories de défunts peuvent être envisagées pour ces sépultures :

  • des membres du clergé cathédral (évêques, archiprêtres, dignitaires du chapitre) ;
  • des représentants des familles seigneuriales ou militaires associés au comté ;
  • des notables civils liés à l’administration du castrum.

Les tombes plus éloignées de la cathédrale, réparties en rangées régulières, témoignent quant à elles de l’inhumation d’une population plus large, probablement composée d’habitants du village de versant et des dépendances du site. L’ensemble illustre la structuration sociale du peuplement médiéval de Satrianum et le rôle central de la cathédrale dans la définition de l’espace funéraire.

Tour médiévale (Torre di Satriano)

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La tour quadrangulaire, élément central du complexe médiéval de Satrianum.

La tour quadrangulaire de Satrianum constitue l’un des éléments les plus emblématiques du site. Édifiée au point culminant de la colline, elle s’inscrit dans un vaste système de contrôle territorial mis en place entre les XIe et XIIe siècles. Par sa position dominante, la tour assurait non seulement la surveillance des vallées du Melandro, de l’Agri et du Basento, mais aussi une communication visuelle directe avec d’autres fortifications régionales, notamment Brienza, Picerno et Tito, formant un réseau coordonné de castra d’altitude[21].

De plan strictement quadrangulaire, la structure originelle se caractérisait par des murs épais et une élévation relativement importante, aujourd’hui conservée en partie. Les recherches indiquent qu’elle reposait sur un socle rocheux soigneusement nivelé, garantissant sa stabilité et son rôle de point d’observation à longue distance. L’appareil, composé de blocs bien équarris, suggère une construction soignée probablement liée au pouvoir normand, dont les tours quadrangulaires constituent une marque architecturale récurrente[22].

La fonction de la tour dépassait cependant la seule dimension militaire. Elle formait le cœur symbolique de l’acropole médiévale et jouait un rôle dans l’ordonnancement des espaces de pouvoir. Sa proximité immédiate avec la cathédrale et l’épiscopio témoigne d’une articulation entre autorité militaire, pouvoir seigneurial et présence ecclésiastique. L’ensemble constituait un complexe résidentiel et défensif cohérent, où la tour servait de repère architectural et de marqueur d’identité du castrum.

Les niveaux d’effondrement autour de la tour ont livré de nombreux indices sur son utilisation : fragments d’enduits, éléments d’aménagement, et traces d’incendie suggérant des phases de destruction et de restauration. Les analyses stratigraphiques permettent de distinguer au moins deux grandes phases : une phase normande d’implantation et une phase souabe-angevine correspondant à une consolidation du complexe fortifié.

Bien qu’aujourd’hui en grande partie ruinée, la Torre di Satriano demeure l’un des témoins les plus significatifs des architectures de hauteur de la Basilicate médiévale, et constitue un point de référence majeur pour la compréhension du réseau des fortifications régionales.

Cathédrale, espace épiscopal et organisation du pouvoir (XIeXVe siècle)

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Arche de l'espace episcopal

Les fouilles ont révélé que la cathédrale médiévale de Satrianum, dédiée à saint Étienne, constitue l’un des ensembles architecturaux ecclésiaux les plus importants de la Basilicate pour la période normande et angevine. La première phase de construction, attribuable aux XIeXIIe siècle, présente un plan basilical à trois nefs, séparées par deux rangées de quatre piliers. La zone absidiale et les annexes liturgiques montrent une organisation monumentale typique des centres épiscopaux de haute altitude[6].

Le pavement de première phase, exceptionnellement conservé par fragments, comprend de nombreuses formelle (carreaux moulés) ornées de motifs figuratifs :

  • animaux rampants portant un élément végétal ;
  • griffons aux ailes déployées ;
  • oiseaux et poissons d’inspiration chrétienne ;
  • figures humaines stylisées, dont une figure féminine aux bras levés.

Ces décors témoignent d’un répertoire iconographique composite associant symbolique chrétienne, motifs animaliers d’inspiration orientale et héritages décoratifs de la tradition méditerranéenne[23].

Une seconde phase architecturale, datée des XIIIeXIVe siècle, voit la restructuration du chevet, le rehaussement partiel du pavement et l’ajout d’une tour campanaire attenante à l’édifice, confirmant l’importance croissante du complexe dans le cadre de la réorganisation angevine du diocèse.

À proximité immédiate de la cathédrale se trouve l'episcopio, un bâtiment résidentiel associé à l’évêque. Les fouilles ont permis d’identifier plusieurs pièces (amb. 1 à 4), une cour interne (cortile), une citerne, une vaschetta de service et des espaces domestiques. L’ensemble constitue un exemple rare de résidence épiscopale rurale fortifiée pour l’Italie méridionale médiévale.

Le cimetière médiéval occupe la zone méridionale du complexe. Parmi les tombes les mieux documentées figure la Tomba 2, deposizione 1, représentative des pratiques funéraires du XIIIe siècle, et située en relation directe avec la cathédrale, ce qui indique la présence d’individus de rang élevé ou de statut ecclésiastique.

Les travaux récents incluent également une modélisation 3D du site et des structures liturgiques réalisée dans le cadre des collaborations internationales UNIBAS–Rennes 2[24]. La cathédrale médiévale se présente comme une basilique à trois nefs et trois absides. Le pavement en carreaux moulés, orné de motifs animaliers (griffons, sirènes, aigles) et végétaux, constitue l’un des ensembles décoratifs médiévaux les plus remarquables de la Basilicate[25].

Anthropologie physique et études ostéologiques

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Les campagnes récentes ont permis la mise au jour de plusieurs ensembles ostéologiques, offrant un aperçu inédit de la population médiévale de Satrianum. Les restes humains présentent un bon état de conservation permettant d’étudier l’âge au décès, le sexe biologique, les marqueurs d’activité et certaines pathologies.

Les premières analyses indiquent une population composée majoritairement d’adultes, avec une proportion significative d’individus engagés dans des activités physiques intenses, probablement liées à l’agropastoralisme et au travail sur les terrasses de versant. Des traces d’arthroses, d’hypoplasies dentaires et de microtraumatismes suggèrent des conditions de vie marquées par un travail soutenu et une alimentation irrégulière, comparable à d’autres communautés médiévales de montagne de l’Italie méridionale.

Aucune trace d’objets personnels ou de dépôts funéraires n’a été clairement identifiée dans les sépultures, conformément aux pratiques du bas Moyen Âge dans la région. Les analyses isotopiques et ADN anciennes, si elles étaient menées à l’avenir, pourraient permettre de déterminer l’origine géographique des individus, leurs régimes alimentaires et leurs éventuels liens familiaux, enrichissant la compréhension du peuplement de Satrianum.

Élites ecclésiastiques et laïques

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Le développement de Satrianum aux XIeXIVe siècle s’explique en grande partie par la présence simultanée d’élites ecclésiastiques et laïques associées au pouvoir normand, souabe puis angevin. L’établissement d’un évêché sur la colline, attesté à partir de la fin du XIe siècle, implique l’existence d’un clergé organisé comprenant un évêque, un archiprêtre, des chanoines et des officiants chargés de l’administration du territoire.

Le palais épiscopal (episcopium) reflète l’importance du pouvoir religieux : ses ambiances successives (Amb. 1–4), son cortile interne, sa citerne et ses espaces résidentiels attestent une présence permanente du personnel ecclésiastique. Les fonctions judiciaires et administratives associées à l’évêque renforçaient encore le rôle du site comme centre de contrôle.

Parallèlement, Satrianum abritait une élite laïque composée de représentants du comté et de familles de milites seigneuriaux, chargés du contrôle des routes et de l’administration du territoire. La position stratégique du site, en relation visuelle avec Brienza, Picerno et Tito, suggère une coordination militaire entre plusieurs castra, typique de l’organisation féodale normande.

La proximité des tombes privilégiées avec la cathédrale indique que certaines de ces élites, ecclésiastiques ou laïques, furent enterrées sur place, confirmant le rôle de Satrianum comme pôle de pouvoir régional jusque dans les dernières décennies du Moyen Âge.

Liste des évêques

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# Nom de l’évêque Note / source mentionnée
1 Giovanni Mention en 1108 (première attestation)
2 Giovanni (II) Document de 1135
3 Pietro Présent au IIIᵉ concile du Latran, 1179
4 Leone (O.Cist.) Évêque au XIIIe siècle — selon liste chronologique italienne
5 Francesco da Spoleto (O.F.M.) Évêque médiéval — mention dans la succession des évêques
6 Andrea da Venezia (O.P.) Évêque médiéval — liste des évêques documentée
7 Cherubino Caietano (O.P.) Dernier évêque avant l’union avec la diocèse de Campagna
8 ...

Source secondaire : page it-Wikipedia « Diocesi di Satriano », section « Cronotassi dei vescovi » (consultée décembre 2025).

Médiation culturelle

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Le festival annuel « Festivalia – L’Archeologia si racconta » propose des visites nocturnes, des performances artistiques, des lectures et des parcours guidés dans les ruines mises en lumière pour l’occasion[26]. En 2025, l'installation artistique RESTARE – Radici verticali de Graziano Riccelli a été intégrée au parcours.

Notes et références

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  1. (it) Torre di Satriano (Tito – PZ). Scavo archeologico, Matera, Università degli Studi della Basilicata – Scuola di Specializzazione in Beni Archeologici, .
  2. (it) Massimo Osanna, « Torre di Satriano. Morfologia e struttura di un insediamento della Lucania nord-occidentale », dans Felicitas temporum. Dalla terra agli uomini: la Basilicata settentrionale tra archeologia e storia, Bari, Edipuglia, , 143–166 p..
  3. (it) Massimo Osanna, « Torre di Satriano. Morfologia… », dans Felicitas temporum, Edipuglia.
  4. (it) Giacomo Racioppi, Storia dei Popoli della Lucania, Bari, Laterza, .
  5. (it) « Comune di Satriano di Lucania – Storia locale », sur Comune di Satriano di Lucania (consulté le ).
  6. a b c et d (it) Massimo Osanna, « Torre di Satriano… », dans Felicitas temporum
  7. (it) Massimo Osanna, « Torre di Satriano. Morfologia e struttura di un insediamento della Lucania nord-occidentale », dans Felicitas temporum. Dalla terra agli uomini: la Basilicata settentrionale tra archeologia e storia, Bari, Edipuglia, , 143–166 p.
  8. (en) Giorgia Dato, Eugenio Saccà et Alessandro Spadaro, « A digital ecosystem for the knowledge, conservation and enhancement of the medieval archaeological site of Satrianum (Tito, PZ) », Groma, vol. 7,‎ , p. 52–61 (lire en ligne)
  9. a et b (it) « La torre di Satrianum »
  10. (it) Giacomo Racioppi, Storia dei popoli della Lucania e della Basilicata, vol. II, Roma, , 154 p.
  11. (la) Paul Fridolin Kehr, Italia Pontificia, vol. IX, Berlin, Weidmann, , 518 p.
  12. (la) Konrad Eubel, Hierarchia catholica medii et recentioris aevi, vol. I, Monasterii, Regensberg,
  13. (it) Francesca Sogliani, Satrianum. Progetto di ricerca archeologica, Matera, Università degli Studi della Basilicata
  14. (it) « Torre Satriano (loc. Torre di Satriano in Tito, PZ) », sur Scuola di Specializzazione in Beni Archeologici, Università degli Studi della Basilicata (consulté le )
  15. (it) Giacomo Racioppi, Storia dei popoli della Lucania e della Basilicata, vol. II, Roma, Forni Editore, , 154 p.
  16. (la) Paul Fridolin Kehr, Italia Pontificia, vol. IX : Samnium – Apulia – Lucania, Berolini, Weidmann, , 518 p.
  17. a et b (en) Giorgia Dato, Eugenio Saccà et Alessandro Spadaro, « A digital ecosystem… », Groma, vol. 7,‎ , p. 52–61
  18. (en) Giorgia Dato, Eugenio Saccà et Alessandro Spadaro, « A digital ecosystem for the knowledge, conservation and enhancement of the medieval archaeological site of Satrianum (Tito, PZ) », Groma, vol. 7,‎ , p. 52–61
  19. https://ssba.unibas.it/site/home/ricerca/scavistudi-in-italia/torre-di-satriano-loc.-torre-di-satriano-in-tito-pz.html
  20. (it) « Torre Satriano (loc. Torre di Satriano in Tito, PZ) », sur UNIBAS
  21. (it) « La torre di Satrianum »
  22. (it) Massimo Osanna, « Torre di Satriano. Morfologia e struttura di un insediamento della Lucania nord-occidentale », dans Felicitas temporum. Dalla terra agli uomini: la Basilicata settentrionale tra archeologia e storia, Bari, Edipuglia, , 143–166 p.
  23. (it) « La torre di Satrianum ».
  24. (en) Giorgia Dato, Eugenio Saccà et Alessandro Spadaro, « A digital ecosystem… », Groma, vol. 7,‎ , p. 52–61.
  25. (it) Satrianum Project Brochure, UNIBAS, .
  26. (it) Progetto Torre di Satriano, UNIBAS, .