Satyre Ménippée : de la Vertu du Catholicon d'Espaigne et de la tenuë des estats de Paris

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Satire Ménippée
Satyre Menippee de la vertu du Catholicon d'Espagne.png
Page titre de la Satire Ménippée de la vertu du Catholicon d’Espagne.
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La Satyre Ménippée : de la Vertu du Catholicon d'Espaigne et de la tenuë des estats de Paris (titre complet) ou Satire Ménippée (orthographe modernisée) est une œuvre satirique collective mêlant prose et vers français.

Cette œuvre politico-satirique, qui a pour sujet la tenue, pendant les guerres de Religion, des États généraux convoqués à Paris le par le duc de Mayenne, chef de la Ligue catholique hostile à Henri IV, dans le but d’élire à sa place un roi catholique, a impitoyablement parodié la Ligue catholique et les prétentions espagnoles, tout en défendant l’idée d’une France certes catholique mais surtout indépendante. Circulant d'abord sous le manteau en 1593, elle a été imprimée en par Jamet Mettayer.

Forme littéraire[modifier | modifier le code]

La Satire Ménippée emprunte son titre à une œuvre elle-même en vers et en prose de l'érudit Juste Lipse[1], inspiré par Varron, auteur de Saturæ Menippeæ dont il ne subsistait à la Renaissance que quelques fragments, fort appréciés des érudits et connus de bien des fonctionnaires de chancellerie, formés aux belles-lettres de l'Antiquité[2]. Ménippe était le nom d'un cynique célèbre pour ses railleries[3].

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Tandis que Henri de Navarre, le futur Henri IV, cherchait par la force des armes à reconquérir le royaume, les Espagnols proposaient d’abolir la loi salique et de déclarer l’infante d’Espagne reine de France. Certains des ligueurs, refusant une princesse étrangère sur le trône, préparaient le ralliement de la capitale à Henri IV.

La légende veut qu'une réunion de bons citoyens, « demeurés français en politique et gallicans en religion », aient prêté le secours de leur plume à Henri de Navarre, par une œuvre mi-sérieuse, mi-plaisante, afin d’aider à faire revenir dans la voie de la vérité et du bon sens les esprits égarés[4].

C’est ainsi que serait née l’idée de la Satire Ménippée, lors d’une réunion au quai des Orfèvres, dans la maison de Guillot, chanoine de la Sainte-Chapelle, de quelques hommes d’esprit, réunis pour défendre dans une œuvre commune, les vrais intérêts de la France, qui voulait rester catholique et indépendante[4].

Auteurs[modifier | modifier le code]

L’idée principale de la Satire Ménippée appartient à Pierre le Roy, chanoine de Rouen et aumônier du cardinal de Bourbon. Les sieurs Nicolas Rapin, les poètes Jean Passerat et Gilles Durant, Florent Chrestien en rédigèrent chacun une partie ; Pierre Pithou, jurisconsulte, revit l’ensemble et amena l’œuvre à son point de perfection[4].

Citation[modifier | modifier le code]

Un passage remarquable de cet ouvrage collectif est la description de la procession conduite par le recteur Rose et destinée à passer en revue toutes les forces de la Ligue, les harangues du duc de Mayenne, du légat du pape, du cardinal de Pelvé, et celle d’Aubray, député du tiers état, dans laquelle Pierre Pithou peint les malheurs du peuple français, lui reproche son aveuglement et le rappelle à l’alliance du peuple et de la monarchie nationale qui seule à cette époque pouvait être le salut de la France :

« O Paris, s’écrie-t-il, qui n’est plus Paris mais une spélunque de bestes farouches, une citadelle d’Espagnols, Wallons et Néapolitains, un asyle et seure retraicte de voleurs, meurtriers et assassinateurs. Ne veux-tu jamais te ressentir de ta dignité et te souvenir que tu as esté, au prix de ce que tu es? Ne veux-tu jamais te guarir de ceste frenesie qui, pour un légitime et gracieux roy, t’a engendré cinquante roytelets et cinquante tyrans? Te voilà aux fers, te voilà en l’inquisition d’Espagne, plus intolérable mille fois et plus dure à supporter aux esprits nez libres et francs, comme sont les Français, que les plus cruelles morts, dont les Espagnols se sauroyent adviser. »

Réception[modifier | modifier le code]

Pour le critique Mikhaïl Bakhtine, la Satyre Ménippée est « l’une des plus grandes satires politiques de la littérature mondiale[5] . » Georges Bernanos y fait référence dans sa Lettre aux Anglais comme à l’« un des plus grands livres de notre littérature[6] ».

Bibliophilie[modifier | modifier le code]

Un exemplaire est décrit dans Alphonse Willems, Les Elzevier : histoire et annales typographiques, sous le no 2007, où sont décrites les illustrations : deux figures du charlatan espagnol et du charlatan lorrain[7].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Satyre Menippee de la Vertu du Catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris, éd. Martial Martin, Paris, H. Champion, 2007, coll. « Textes de la Renaissance », 117, 944 p. (ISBN 978-2-74531-484-0)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bernd Renner, « La Satire dans tous ses états : le « meslange satyricque » à la renaissance française », Cahiers d'humanisme et Renaissance, Gnève, Droz, no 92,‎ , p. 355/390 (ISBN 978-2-60001-290-4, ISSN 1422-5581, lire en ligne, consulté le ).
  2. Claudine Nédélec, « Le Politique travesti : l’influence de la Satyre Ménippée au XVIIe siècle », dans Jacques Berchtold, Marie-Madeleine Fragonard, La Mémoire des guerres de religion : la concurrence des genres historiques, XVIe – XVIIIe siècles : actes du colloque international de Paris (15-16 novembre 2002), Genève, Droz, , 376 p. (ISBN 978-2-60001-119-8, lire en ligne), p. 175.
  3. Charles Labitte, Études littéraires : avec une notice de M. Sainte-Beuve, t. 1, Paris, Joubert, , 422 p., 2 vol. in-8° (lire en ligne sur Gallica), p. 97.
  4. a b et c Auguste Noël, Histoire abrégée de la langue et de la littérature françaises, Paris, Delalain, , 6e éd., x, 524, 19 cm (OCLC 49554797, lire en ligne), p. 181.
  5. Mikhaïl Bakhtine (trad. Isabelle Kolitcheff, préf. Julia Kristeva), La Poétique de Dostoïevski, Paris, Seuil, , 366 p. (ISBN 978-2-02035-337-3, lire en ligne).
  6. Georges Bernanos, Lettre aux Anglais, Paris, Éd. des Cahiers du témoignage chrétien, , 2e éd., 325 p. (lire en ligne), p. 75.
  7. Alphonse Willems, Les Elzevier : histoire et annales typographiques, Bruxelles, G.A. van Trigt, , 883 p., in-8° (OCLC 822830141, lire en ligne), p. 541.

Liens externes[modifier | modifier le code]