Satellites hypothétiques de la Terre

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Vue artistique de la Terre avec deux lunes.

L'existence d'autres lunes de la Terre, c'est-à-dire des satellites naturels de la Terre autres que la Lune, a été postulée à plusieurs reprises au cours de l'histoire. Malgré ces déclarations, aucun autre satellite naturel de la Terre n'a été confirmé à ce jour[1],[2]. Plusieurs revendications se sont avérées invérifiables, alors que d'autres se sont avérées être des canulars[3].

Il existe un certain nombre d'objets géocroiseurs étant en résonance orbitale avec la Terre, ainsi que des quasi-satellites de cette dernière. Ces corps sont parfois appelés de manière abusive « deuxième », « troisième » ou « autres » lunes de la Terre[4],[5]. Il arrive également que d'autres petit corps du Système solaire entrent en orbite autour de la Terre pour un court laps de temps, devenant temporairement des satellites naturels, mais aucun d'eux ne l'a été durant une période de temps significative.

Histoire[modifier | modifier le code]

La lune de Frédéric Petit[modifier | modifier le code]

En 1846, l'astronome français Frédéric Petit, directeur de l'Observatoire de Toulouse, annonce la découverte d'une seconde lune ayant une orbite elliptique autour de la Terre. Petit affirme que cette seconde lune a une période de 2 heures et 44 minutes, avec un apogée de 3 570 km et un périgée de 11,4 km[6]. Cette lune aurait également été observée par Lebon et Dassier à Toulouse, et par Larivière à l'observatoire d'Artenac, au cours du début de la soirée du 21 mars 1846[6].

Cette « découverte » est rapidement rejetée par la communauté astronomique[7]. En 1861, Petit publie à nouveau sur ses observations de 1846, affirmant que la seconde lune expliquerait des perturbations dans les mouvements de la Lune[6]. Malgré cela, l'existence de cette seconde lune n'a jamais été confirmée.

La lune de Waltemath[modifier | modifier le code]

Annonce de la découverte d'une seconde lune par Waltemath.

En 1898, Georg Waltemath, partant de l'hypothèse que quelque chose affecte gravitationnellement l'orbite de la Lune[8], annonce la découverte d'un système de petites lunes en orbite autour de la Terre[9],[10].

Waltemath affirme que l'une des lunes proposées est située à 1 030 000 km de la Terre et possède un diamètre de 700 km, une période orbitale de 119 jours, et une période synodique de 177 jours[6]. Il affirme que cette lune ne peut presque jamais être observé sans télescope puisque l'astre ne reflète pas suffisamment de lumière. Cependant, Waltemath affirme que « Parfois, elle brille dans la nuit comme le Soleil, mais seulement pendant environ une heure[trad 1],[8],[11]. »

E. Stone Wiggins, un expert canadien en climat, affirme que cette seconde lune pourrait être expliquée par un phénomène météorologique. Il affirme qu'il a observé un tel effet pour la première fois en 1882 et qu'il a rendu public sa découverte en 1884 dans le New-York Tribune, postulant que cet effet serait la cause probable d'une éclipse solaire anormale observée en mai de cette année-là. Il a dit que cette lune était aussi probablement le « croissant de lune vert » vu en Nouvelle-Zélande et, plus tard, en Amérique du Nord en 1886, phénomènes observés pendant moins d'une demi-heure à chaque fois[12].

L'édition d'août 1898 de la revue Science souligne que Walthemath a envoyé à la revue « l'annonce d'une troisième lune », qu'il décrit comme une « vraie lune tempérée et magnétique[trad 2],[13]. » Cette dernière aurait un diamètre de 746 km et serait plus proche que la « deuxième lune » qu'il a observé précédemment[14].

En 1918, l'astrologue Sepharial confirme l'existence de la deuxième lune de Waltemath, qu'il baptise Lilith (en)[15].

L'existence des phénomènes décrits par Walthemath et Wiggins a été discréditée à la suite de l'absence de corroboration des observations par d'autres membres de la communauté scientifique[6].

Autres[modifier | modifier le code]

En 1926, la revue scientifique Die Sterne publie les résultats de l'astronome amateur allemand W. Spill, qui prétend avoir vu une seconde lune en orbite autour de la Terre[11].

À la fin des années 1960, le scientifique américain John Bargby affirme avoir observé plus de dix petits satellites naturels de la Terre[6].

Recherches contemporaines[modifier | modifier le code]

2010 TK7 a une trajectoire hélicoïdale (vert) par rapport à la Terre. Son orbite est illustrée en bleu.

À partir des années 2000, la communauté astronomique découvre que de petits corps, tels 2006 RH120, peuvent être capturées temporairement par la gravité de la Terre. Ces derniers peuvent donc devenir, pendant un bref moment, des satellites naturels de la Terre, comme cela a été le cas pour 2006 RH120 en 2006-2007[1].

En 2010, le premier astéroïde troyen de la Terre, 2010 TK7, est découvert à partir des données du Wide-field Infrared Survey Explorer .

En 2011, les planétologues Erik Asphaug et Martin Jutzi proposent un modèle dans lequel une seconde lune aurait existé il y a 4,5 milliards d'années. Elle aurait fait partie du processus de formation de l'actuelle Lune en entrant en collision avec celle-ci[16].

Les quasi-satellites et troyens[modifier | modifier le code]

Les orbites de la Terre et du quasi-satellite 3753 Cruithne.
Quand on l'observe depuis la Terre, Cruithne semble être en orbite autour d'un point très près de la Terre.

Bien qu'aucune autre des lunes de la Terre ne soient répertoriées à ce jour, cette dernière possède des quasi-satellites, i.e. des objets géocroiseurs en résonance avec la Terre qui sont en orbite autour du Soleil à une distance semblable à celle de cette dernière. Les orbites des quasi-satellites seraient instables et changeraient au bout de quelques milliers d'années[5].

La Terre compte au moins 7 quasi-satellites :

Cruithne, découvert en 1986, est en orbite autour du Soleil selon une orbite elliptique, mais qui a la forme d'une orbite en fer à cheval vue de la Terre[5],[4]. Cela a amené certains à surnommer abusivement Cruithne « seconde lune de la Terre »[4].

La Terre possède un troyen connu, stable selon le point de Lagrange L4. Cet objet, 2010 TK7, a un diamètre de 300 mètres.

Satellites temporaires[modifier | modifier le code]

L'orbite de 2006 RH120, petit astéroïde qui était en orbite autour de la Terre en 2006-2007.

Les modèles informatiques des astrophysiciens Mikael Granvik, Jérémie Vaubaillon et Robert Jedicke suggèrent que des « satellites temporaires » devraient être tout à fait commun et que « à tout instant, il devrait y avoir au moins un satellite naturel, possédant un diamètre de 1 mètre, en orbite autour de la Terre[trad 3],[20]. » Ces objets resteraient en orbite durant en moyenne dix mois avant de revenir dans une orbite solaire.

L'une des premières mentions dans la littérature scientifique d'un satellite temporaire est celle de Clarence Chant lors de la Great Meteor Procession de 1913 (en)[21] :

« Il semblerait que les corps ayant voyagé à travers l'espace, probablement selon une orbite autour du Soleil et passant près de la Terre, auraient pu être capturés par celle-ci et être amenés à se déplacer autour d'elle comme un satellite[trad 4],[22]. »

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

  • L'écrivain Jules Verne a appris la théorie de l'astronome Petit et a utilisé cette dernière dans son roman De la Terre à la Lune[7]. Cette lune fictive n'est pas vraiment basée sur les observations de Petit d'un point de vue technique, donc l'orbite proposée par Verne dans son ouvrage était mathématiquement incorrecte[6]. Mort en 1865, Frédérick Petit n'a pas pu commenter la lune fictive de Verne[23].
  • Le roman pour enfants Mushroom Planet, écrit par Eleanor Cameron (en) (suite de l'œuvre de 1954 The Wonderful Flight to the Mushroom Planet (en)), présente une petite lune habitable, appelée Baside, qui serais sur une orbite invisible à 80 000 km d'altitude. On y décrit également une autre lune encore plus petite, appelée Lepton, qui orbite a seulement 1 600 km de la Terre[24].
  • Dans le roman Tom Swift on the Phantom Satellite (1956) de Tom Swift, Jr. (en), on présente nouvelle lune qui entre dans l'orbite de la Terre à 80 000 km d'altitude[25]. La suite de 1963, Tom Swift and the Asteroid Pirates, met en scène une petite lune, nommée Nestria, qui était autrefois un astéroide qui est entré dans l'orbite de la Terre à 80 000 km d'altitude[26].
  • Le roman Dhalgren (en) (1975), écrit par Samuel R. Delany, met en scène une Terre qui a mystérieusement acquis une seconde lune appelée George[27].
  • Dans œuvre de Haruki Murakami ,1Q84, une deuxième lune, de forme irrégulière et verte, est visible pour certains personnages de l'histoire[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Sometimes, it shines at night like the sun but only for an hour or so »
  2. (de) « wahrhalfter Wetter und Magnet Mond »
  3. (en) « At any given time, there should be at least one natural Earth satellite of 1-meter diameter orbiting the Earth. »
  4. (en) « It would seem that the bodies had been traveling through space, probably in an orbit about the sun, and that on coming near the earth they were promptly captured by it and caused to move about it as a satellite. »
  1. a et b (en) « Mystery Mini Moons: How Many Does Earth Have? », DNews
  2. (en) « New Asteroid-Capture Mission Idea: Go After Earth's 'Minimoons' », Space.com
  3. (en) Paul Drye, « Les autres satellites de la Terre », passingstrangeness.wordpress.com, (consulté le 23 octobre 2011)
  4. a, b et c (en) Jean Meeus, More Mathematical Astronomy Morsels, (ISBN 0-943396-74-3), chap. 38 (« Cruithne, an asteroid with a remarkable orbit »)
  5. a, b et c (en) Robin Lloyd, « More Moons Around Earth? », space.com,‎ (lire en ligne)
  6. a, b, c, d, e, f et g (en) Paul Schlyter, « The Earth's Second Moon, 1846-present », sur nineplanets.org
  7. a et b (en) Patrick Moore, The Wandering Astronomer, CRC Press, (ISBN 0-7503-0693-9, lire en ligne), p. 139
  8. a et b (en) Public Opinion : A Comprehensive Summary of the Press Throughout the World on All Important Current Topics, Public Opinion Co., (lire en ligne), « The Alleged Discovery of a Second Moon », p. 369
  9. Bakich 2000, p. 146.
  10. Observatoire de Lyon, « Un passage énigmatique devant le soleil », Bulletin de l'Observatoire de Lyon,‎ , p. 55 (lire en ligne)
  11. a et b Bakich 2000, p. 148
  12. (en) E. Stone Wiggins, « Why the spring was backward », Edmonton Bulletin, (consulté le 16 mai 2016), page 7.
  13. (en) « A Stray Moon », The Times (en), Washington, D.C.,‎ , p. 15 (lire en ligne) :

    « It is a real weather and magnet moon, and whenever it is about to cross the earth's course it disturbs the atmosphere and surface of the earth, producing storms, rain, tempests, magnetic deviations and earthquakes... »

  14. (en) « General », Science, vol. VIII, no 189,‎ , p. 185 (lire en ligne)
  15. A. Sepharial, La Science de prescience : Être un Compendium de recherche astrologiques, philosophie et pratique dans l'Est et l'Ouest, Kessinger Publishing, (ISBN 1-56459-717-2, lire en ligne), p. 39–50
  16. (en) M. Jutzi & E. Asphaug, « Forming the lunar farside highlands by accretion of a companion moon », Nature, no 476,‎ , p. 69–72 (DOI 10.1038/nature10289, résumé)
  17. (en) Brasser, R., « Transient co-orbital asteroids », Icarus, vol. 171, no 1,‎ , p. 102–109 (DOI 10.1016/j.icarus.2004.04.019, Bibcode 2004Icar..171..102B)
  18. (en) « Dynamical evolution of Earth's quasi-satellites: 2004 GU9 and 2006 FV35 »
  19. (en) Martin Connors, Paul Chodas, Seppo Mikkola, Paul Wiegert, Christian Veillet et Kimmo Innanen, « Earth coorbital asteroid 2002 AA29 », Meteoritics and Planetary Science,‎
  20. (en) Amy Shira Teitel, « Earth's Other Moons », Universe Today, (consulté le 4 février 2012)
  21. (en) Mikael Granvik, Jeremie Vaubaillon et Robert Jedicke, « The population of natural Earth satellites », Icarus,‎ , p. 63 (DOI 10.1016/j.icarus.2011.12.003, Bibcode 2012Icar..218..262G, arXiv 1112.3781, lire en ligne)
  22. (en) Clarence A. Chant, « An Extraordinary Meteoric Display », Journal of the Royal Astronomical Society of Canada, vol. 7, no 3,‎ may–june 1913, p. 144–215 (Bibcode 1913JRASC...7..145C)
  23. (en) « Histoire de l'observatoire de Toulouse » [archive du ]
  24. (en) « The Mushroom Planet Series » (consulté le 13 mai 2014)
  25. (en) « Tom Swift on the Phantom Satellite » (consulté le 13 mai 2014)
  26. (en) « Tom Swift and the Asteroid Pirates » (consulté le 13 mai 2014)
  27. (en) John J. Pierce, When World Views Collide: A Study in Imagination and Evolution, Greenwood Press, coll. « Contributions to the study of science fiction and fantasy », (ISBN 0313254575, lire en ligne), p. 108
  28. (en) Judith Eve Lipton, MD, « 1Q84: Living in a World With Two Moons », sur Psychology Today, (consulté le 13 mai 2014)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]