Sascha-Film

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Sascha Kolowrat (en), fondateur de Sascha-Film, ici à gauche, en 1915-1916.
L'ancien siège de Sascha-Film à Vienne.

Sascha-Filmindustrie AG, abrégé Sascha-Film, était la plus importante société de production autrichienne pendant la période du cinéma muet et aux débuts de celle du parlant. Elle fut fondée en 1910 par Alexander « Sascha » Kolowrat-Krakowsky (de) (1886-1927). À partir de 1933 elle est rebaptisée Tobis-Sascha-Filmindustrie AG avant de fusionner avec la Wien-Film (en) en 1938.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1910, à Vienne, se met en place l'industrie du film visant à contrôler la production sur le territoire de l'empire, avec la fondation de la Wiener Kunstfilm-Industrie, par Anton Kolm (en) (1865-1922) associé à son épouse Luise Fleck (en) (1873-1950), société qui va conserver un monopole jusqu'en 1914.

Une première société, Sascha-Filmfabrik, est fondée en 1910 par le comte et champion automobile Alexander Kolowrat-Krakowsky à Pfraumberg (Přimda) en Bohème. Puis, en 1912, Sascha-Film installe ses bureaux à Vienne. Au moment de la Première Guerre mondiale, les films français et britanniques étant interdits en Autriche-Hongrie, les premières productions Sascha-Films voient massivement le jour, venant prendre d'importantes parts de marché. Populaires, vite faits, placés au service de la propagande et du moral des populations, leurs films permettent à Kolowrat-Krakowsky de devenir leader en 1916.

En effet, le , Kolowrat-Krakowsky et l'Allemand Oskar Messter décident de fonder la Sascha-Meßter-Film, une filiale de Sascha-Film et de Messter-Film. Parallèlement, la Messter-Film prend des parts dans la société de Kolowrat-Krakowsky. La même année, Sascha-Film fait construire le premier grand studio de cinéma à Vienne-Sievering. Lorsque Messter-Film est racheté en 1918 par la société allemande l'Universum Film AG (UFA), Kolowrat-Krakowsky craint de perdre son indépendance.

Aussi, en , du fait de la crise économique et de la guerre, les productions Philipp & Pressburger, fondées en 1911 à Vienne, fusionnent avec la Sascha-Film, dans laquelle les fondateurs, Sigmund Philipp et Arnold Pressburger, deviennent respectivement vice-président et directeur général[1]. Leur association se termine en 1925-1926, mais Kolowrat-Krakowsky réussit par cette manœuvre à garder sa société sous capitaux autrichiens[2]. En 1920, la Wiener Kunstfilm-Industrie avait fait faillite. Durant les années 1920, Sascha-Film règne alors en maître sur la production autrichienne, de nouveau concurrencé par Vita-Film (en) (1919-1924), fondé par Kolm et Fleck. Cette compétition entraine la production de films de plus en plus monumentaux — tels que Prinz und Bettelknabe (1920) —, les budgets enflent, conduisant à la faillite de Vita-Film. Ce combat est parfaitement illustré par la double sortie en 1922 de Samson und Delila (Vita-Film) et Sodome et Gomorrhe (Sascha-Film). En 1924, le gros succès de L'Esclave reine renforce encore la puissance financière de Sascha-Film. L'acquisition du réseau de salles Collegia, la signature d'un contrat de distribution exclusif avec la Paramount, et la production du film austro-français Salammbô sont les grands événements de ces années. En 1927, la sortie de Café Elektrik avec Marlene Dietrich marque l'apogée de Sascha-Film : cette année-là, Kolowrat-Krakowsky, qui luttait contre le cancer, meurt.

L'invention du cinéma sonore, la crise de 1929, et des difficultés de succession avec les héritiers, mettent en péril Sascha-Film à partir de 1930. En 1932, un accord est trouvé, le groupe Pilzer (dirigé par les frères Oskar, Kurt, Severin et Viktor Pilzer) rachètent Sascha-Film. Le nouveau président est Oskar Pilzer (1882-1939). Au printemps 1933, la société de production allemande Tobis Film (en) est également rachetée par Pilzer et le groupe est rebaptisé Tobis-Sascha-Film.

En 1933, les nazis interdisent les transferts de financement entre l'Allemagne et l'Autriche : Tobis-Sascha-Film possède une créance de plus d'un million de marks bloquée à Berlin. La société sous-loue ses studios, liquide ses salles de projection, et licencie en masse. Berlin informe Pilzer qu'elle ne traiterait plus avec lui, ce dernier étant juif. Le , il est contraint de vendre ses participations pour un montant dérisoire, qui n'a jamais été soldé.

En 1938, tout ce qui reste de Sascha-Film et de Tobis-Film (Vienne) est regroupé sous l'appellation Wien-Film, à capitaux allemands, contrôlés par la UFA.

Après guerre, en , les héritiers de Kolowrat-Krakowsky fondent Sascha Film Distribution à Vienne, et produisent des films de divertissement jusque dans les années 1960.

Films produits[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) « 30 Jahre Sascha-Film », Eine Festschrift der Sascha-Film Verleih u. Vertriebs G.m.b.H, Vienne, septembre 1948.
  2. Bruno de Seguins Pazzis, Quand le christianisme fait son cinéma, Paris, Éditions du Cerf, 2018, chapitre 18.

Source de la traduction[modifier | modifier le code]