Samora Machel

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Samora Machel
Samora Machel aux États-Unis en 1985.
Samora Machel aux États-Unis en 1985.
Fonctions
Président de la République populaire du Mozambique

(11 ans, 3 mois et 24 jours)
Prédécesseur Nouvelle fonction
Successeur Joaquim Chissano
Biographie
Nom de naissance Samora Moisés Machel
Date de naissance
Lieu de naissance Madragoa (Afrique orientale portugaise)
Date de décès (à 53 ans)
Lieu de décès Mbuzini (Afrique du Sud)
Nationalité mozambicaine
Parti politique Frelimo
Conjoint Sorita Tchaicomo
Josina Mutemba
Graça Simbine
Profession Enseignant
Résidence Palais de la Pointe-Rouge

Samora Machel
Présidents de la République populaire du Mozambique

Samora Moisés Machel, né le à Madragoa (actuellement Chilembene) au Mozambique et mort le à Mbuzini en Afrique du Sud, est un homme politique mozambicain, membre du Frelimo et premier président de la République populaire du Mozambique indépendante entre 1975 et 1986. Il est considéré comme le père de l'indépendance du Mozambique.

Formation[modifier | modifier le code]

De religion protestante, Samora Machel est le fils d'un petit chef shangaan (en portugais, changane) de la province de Gaza.

Il est scolarisé à la mission catholique la plus proche où il gagne le surnom de « rebelle » mais, à la suite de la mort de son frère dans une mine en Afrique du Sud, Samora Machel est obligé de cesser ses études, faute de crédits. Il parvient néanmoins à commencer une formation d'infirmier et est embauché à l'hôpital de Lourenço-Marquès. Il devient ensuite l'infirmier personnel attaché à une doctoresse portugaise. En 1961, Machel rencontre Eduardo Mondlane, un intellectuel mozambicain en lutte contre le colonialisme portugais au Mozambique, de retour au pays à la tête d'une mission pour le compte de l'ONU.

En 1963, Samora Machel quitte son épouse et choisit de rejoindre la lutte indépendantiste contre la puissance coloniale portugaise. Machel intègre le Frelimo (Front de libération du Mozambique) et rejoint son chef, Mondlane, à Dar es Salaam. Il suit alors une formation militaire en Algérie et fait partie le des 250 guérilleros du Frelimo qui déclenchent la lutte armée contre le Portugal. En 1966, il devient secrétaire à la défense du Frelimo, succédant à Filipe Magaia, mort au combat. En 1968, Machel devient commandant en chef des forces armées et entre au comité central du Frelimo.

Le Frelimo n'attend pas le retrait des troupes portugaises de l'Angola pour développer sa propre administration dans les régions « libérées ». Le nombre d'écoles et l'alphabétisation augmentent, des centres de santé sont créés et des cultures agricoles se développent, organisées par le mouvement. En 1973, les premiers « comités du parti » sont créés et l’« École du parti », chargée de former idéologiquement ses cadres. Bien que la documentation soit peu abondante au sujet de l'organisation politique de ces régions, il semble que le Frelimo ait cherché à encourager les paysans à participer aux décisions plutôt que de confier le pouvoir à ses représentants[1].

Après l'assassinat par ses services secrets portugais d'Eduardo Mondlane en 1969, il accède à la direction du parti au sein d'un triumvirat avec Marcelino dos Santos et le révérend Uria Simango. Samora Machel représente alors l'aile marxiste et multiraciale face aux tenants du courant africaniste. Dès 1970, il s'impose face à ses deux rivaux et prend seul la direction du mouvement de libération marxiste. Josina Mutemba, sa seconde femme, rencontrée en Tanzanie, meurt en 1971 d'une leucémie. En 1973, il se remarie avec Graça Machel (née Simbine), ancienne ministre de l'Éducation, qui se remariera ultérieurement (en juillet 1998) au président sud-africain Nelson Mandela. Elle se consacrera à découvrir les responsables de la mort de son premier mari.

Carrière politique et arrivée au pouvoir[modifier | modifier le code]

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Samora Machel et la ministre de l'Éducation de la RDA, Margot Honecker, en 1983.

En 1974, au Portugal, les militaires renversent Marcelo Caetano (successeur du dictateur Salazar), dans le contexte de la Révolution des œillets. Les nouveaux dirigeants souhaitent mettre fin aux guerres coloniales que l'armée portugaise mène en Afrique, en accordant l'indépendance à ses possessions (Mozambique, Angola, Guinée-Bissau, Sao Tomé-et-Principe et Cap-Vert). Le Frelimo est alors l'interlocuteur privilégié du Portugal. Le 7 septembre 1974, à Lusaka, est signé un accord de cessez-le-feu et fixé un calendrier, prévoyant un gouvernement provisoire, l'indépendance du Mozambique et des élections pluralistes.

Rapidement la majorité des colons (120 000 sur 200 000) quittent le Mozambique pour retourner en Europe ou s'établir en Afrique du Sud. Propriétaires de l'essentiel de l’économie, certains détruisent leurs biens ou brulent leurs fermes avant de partir, ce qui provoque un impact significatif et immédiat sur l’économie.

Dès la période de neuf mois de transition qu’il partage avec le Portugal avant l’indépendance, le FRELIMO écrase toute opposition. Les anciens militants Lázaro Nkavandame, Uria Simango, Paulo Unhai, Kambeu et le prêtre Mateus Gwengere sont détenus, sous le prétexte de s’être alliés à des éléments de la communauté blanche lors du soulèvement du 7 septembre 1974 contre l’octroi du pouvoir exclusivement au FRELIMO (Mateus Gwengere est enlevé au Kenya, où il s’était exilé, et ramené secrètement au Mozambique). La même vague attrape Joana Simeão, qui n’avait jamais été membre du FRELIMO mais avait créé un parti (GUMO – Groupe Uni du Mozambique) prétendument pro-occidental, lequel proposait un modèle basé sur le pluralisme et l’économie libre (ironiquement, le FRELIMO adopterait ce modèle quelques années plus tard, lorsqu’il renonça au marxisme).

Traités de « traîtres » et d’« ennemis », ils sont soumis à un jugement sommaire présidé par Machel lui-même selon les lignes dites « révolutionnaires » et « populaires ». Selon un article des journalistes José Pinto de Sá et Nélson Saúte paru dans le quotidien portugais « Público », Joana Simeão, le révérend Uria Simango, Lázaro Nkavandame, Raul Casal Ribeiro, Arcanjo Kambeu, Júlio Nihia, Paulo Gumane et le prêtre Mateus Gwengere étaient détenus dans le « campo de reeducação » (camp de rééducation) de M’telela, dans la province de Niassa (nord-ouest du Mozambique), lorsque, le 25 juin 1977 (le deuxième anniversaire de l'indépendance du Mozambique), on leur communiqua qu'ils allaient être transférés à la capitale, Maputo, où le président Machel lui-même discuterait leur libération. À un moment donné, le convoi de jeeps s'arrêta sur la route de terre battue entre M'telela et la capitale de Niassa, Lichinga. En utilisant une pelleteuse mécanique, les soldats avaient ouvert un fossé au bord du chemin et l'avaient partiellement rempli de bois. Ils ligotèrent les prisonniers, les jetèrent dans le fossé et les arrosèrent d'essence, à laquelle ils mirent le feu. Les prisonniers politiques du Frelimo furent brûlés vivants, pendant que les soldats scandaient des chants révolutionnaires autour du fossé. Les détails macabres du massacre ne furent connus que dix-huit ans plus tard, en 1995. Le Frelimo, dont les gouvernements successifs avaient jusqu'alors systématiquement refusé de donner des renseignements sur ce qu'étaient devenus ces éléments dudit « groupe des réactionnaires », se remit au silence[2]. Un autre dissident du FRELIMO, Miguel Murupa, réussit à se réfugier au Portugal, de même que Máximo Dias (n.º 2 du GUMO), Domingos Arouca et Pereira Leite (bien que ces deux derniers avaient autrefois été des adversaires du régime colonial). L’avocat Willem Gerard Pott, qui avait eu une activité considérée comme progressiste pendant l’époque coloniale, est décrié, du fait de ne pas avoir démontré une fidélité inconditionnelle au FRELIMO, et finit par mourir en prison à la suite d'humiliations (comme, par exemple, être exhibé à moitié nu sur la voie publique).

Le Mozambique devient indépendant le . Le FreLiMo est alors à la tête d'un gouvernement d'union nationale mais les concurrents ou opposants sont rapidement écartés. Sous l'initiative du SNASP (Service national de Sécurité populaire) et de la PIC (Police d'investigation criminelle), les emprisonnements prolifèrent, soit dans des pénitentiaires traditionnelles, soit dans les soi-disant campos de reeducação perdus dans la jungle du Nord et du Centre du pays. Même la première femme de Machel, qu'il avait quittée lors de son départ pour la Tanzanie en 1963, est détenue, malgré son absence totale d'activité politique. La vie quotidienne des citoyens est surveillée par les grupos dinamizadores (groupes de dynamisation), des cellules de contrôle établies au niveau des quartiers et des lieux de travail.

Samora Machel est élu président de la République. Il pousse au développement d'une société socialiste et rejoint le bloc soviétique. Une réforme agraire est imposée, regroupant les paysans dans des aldeias comunais (villages communautaires) selon le modèle des kolkhozes et sovkhozes. Pour cela, le nouveau régime mozambicain n'hésite pas à utiliser les anciens aldeamentos, des petites agglomérations dans lesquelles l'armée portugaise avait essayé de confiner les paysans, traditionnellement dispersés en unités unifamiliales dans la campagne, afin de les soustraire à l'influence du Frelimo dans les zones du Nord touchées par la guerre (le Frelimo lui-même tachait alors ces aldeamentos de «camps de concentration»). Profondément contraire au mode de vie traditionnel dans la campagne mozambicaine, la réforme agraire basée sur le concept des aldeias comunais se traduit vite par un échec colossal.

La situation régionale est compliquée : le Mozambique abrite les bases arrières des mouvements armés de libération sud-africain (l'ANC) et rhodésien (la ZANU). De leurs côtés, l'Afrique du Sud, toujours sous le régime d'apartheid, et le gouvernement blanc de Rhodésie soutiennent financièrement et logistiquement la ReNaMo, un mouvement armé qui s'attaque à l'infrastructure mozambicaine. Économiquement, l'aide de l'Union soviétique ne suffit pas et les relations économiques et politiques avec les deux voisins du sud sont des plus tendues. Néanmoins, Machel réussit à rester populaire parmi la population.

En 1979, la Renamo est affaiblie quand son chef est abattu. En 1980, le soutien de la Rhodésie cesse avec l'avènement à sa place du Zimbabwe. Mais la guerre civile continue, coupant le pays en deux. Dès 1980, Samora Machel se rend compte aussi de l'inefficacité de sa politique économique et en 1983 se tourne vers le FMI. Le pays connaît alors une sécheresse sans précédent, et la famine couplée à la guerre civile contribue à faire du Mozambique un des pays les plus pauvres du monde. À la suite des exactions de la Renamo, Samora Machel fait rétablir les coups de fouet en public et la peine de mort.

En 1984, les difficultés économiques le contraignent de se rapprocher de l'Afrique du Sud. Il signe l'accord de Nkomati avec le président Pieter Botha prévoyant que les sud-africains cessent de soutenir la Renamo contre le retrait du soutien mozambicain à l'ANC et aux mouvements anti-apartheid établis sur son sol. L'accord n'est finalement pas respecté de part et d'autre en dépit des relations sereines établies au niveau des ministères respectifs des deux pays[3].

Le , Samora Machel s'envole pour la Zambie pour discuter de la situation avec les présidents zambien, angolais et zaïrois. Le sommet se déroule dans le calme malgré une ambiance tendue. Mobutu est accusé de soutenir autant l'Unita en Angola que la Renamo au Mozambique. Le Malawi, non représenté au sommet, est aussi soupçonné par Machel de donner asile aux rebelles de la Renamo. Machel avait menacé quelques mois auparavant le Malawi de blocus économique et de tirs de roquettes alors que l'ambassade du Malawi était mise à sac à Maputo au mois de septembre.

Le changement de politique de Machel vis-à-vis des Portugais[modifier | modifier le code]

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Il est souvent admis que l'une des raisons principales de l'effondrement de l'économie mozambicaine à la suite de l'indépendance a été le départ précipité de la plupart des quelque 200 000 Portugais résidant au pays à la veille de la Révolution des œillets qui a eu lieu en 1974 au Portugal, et que cet exode aura été provoqué par un changement brusque d'attitude de la part de Samora Machel.

En effet, le gouvernement de transition qui devait diriger le pays entre l'accord de cessez-le-feu (signé le 7 septembre 1974 à Lusaka) et l'indépendance (prévue pour le 25 juin de l'année suivante) s'était montré très conciliant. Le Premier ministre, Joaquim Chissano (qui deviendra président de la République après la mort de Machel douze ans plus tard), réussit à convaincre la plupart des Blancs que seuls ceux qui avaient de graves responsabilités dans les pages les plus sombres de l'époque coloniale pourraient craindre le gouvernement du Frelimo.

Un mois avant l'indépendance, c'est-à-dire, vers la mi-mai 1975, Samora Machel rentra au Mozambique par la frontière nord, en provenance de la Tanzanie, et entama un périple à destination de la capitale, Lourenço Marques, située dans l'extrême sud, où il devait arriver à la veille de l'indépendance. Au long de ce voyage, les masses étaient littéralement enflammées par ses discours, dans lesquels il ne cessa de rappeler les aspects les plus odieux et humiliants du colonialisme sous la perspective des colonisés. Le malaise s'installa progressivement au sein de la communauté portugaise et nombreux furent ceux qui décidèrent d'aller refaire leur vie ailleurs.

Plusieurs explications ont été proposées pour ce changement d'approche. Dans son livre de mémoires Quase Memórias, le Dr. António de Almeida Santos, un avocat renommé de Lourenço Marques qui, après la chute du régime de Marcelo Caetano, a été le ministre chargé de la coordination des territoires sous domination portugaise et qui a connu Machel de près, soutient que le président du Frelimo aurait été très affecté par deux épisodes de violence, le premier desquels causé par un soulèvement dans la capitale, avec prise des installations du Rádio Clube de Moçambique, à la suite de la signature de l'accord de Lusaka du 7 septembre 1974 entre le gouvernement provisoire portugais et le Frelimo, prévoyant l'octroi du pouvoir au mouvement nationaliste sans partage : ce soulèvement était dirigé par le FICO (Front intégrationniste pour la Continuité occidentale), un mouvement majoritairement blanc auquel s'étaient ralliés des dissidents du Frelimo et d'autres membres de la communauté noire qui voyaient mal l'instauration d'un régime de parti unique au nom du Frelimo. De sanglantes émeutes éclatèrent alors comme représailles dans les quartiers noirs de la ville et, pendant plusieurs jours, quelques milliers d'habitants, surtout des Portugais, furent sauvagement massacrés par des partisans du Frelimo. Le deuxième épisode de violence eut lieu peu de semaines plus tard, le 21 octobre 1974, à la suite d'une querelle entre des commandos portugais et des guérilleros du Frelimo, provoquant aussi de sanglantes émeutes dans les quartiers à majorité noire, avec l'assassinat de plusieurs Blancs. Selon Almeida Santos, Machel se serait possiblement convaincu que la présence d'une communauté portugaise nombreuse au Mozambique constituerait toujours une source d'instabilité et une potentielle menace contre le pouvoir du Frelimo. À cela se seraient ajoutées les pressions de l'Union soviétique, envers laquelle le Frelimo avait contracté une lourde dette, notamment politique, et qui aurait intérêt à se débarrasser des Portugais afin de mieux exercer son influence à tous les niveaux[4].

Si elle est plausible, cette explication nous mène à des conclusions surprenantes : Étant donné que les deux épisodes de violence en cause ont eu lieu au début de la période de transition (le premier avait même éclaté avant l'entrée en fonctions du gouvernement présidé par Joaquim Chissano), le Frelimo aurait donc pris la décision de « chasser » les Portugais au moment même où son Premier ministre Chissano semblait les encourager à rester. Comment expliquer que le gouvernement de transition dirigé par un haut responsable du Frelimo ait adopté une approche conciliatrice aussi contrastante avec le ton ultérieurement hostile et revanchiste de Machel ? Un manque de coordination entre la politique du président et celle de son délégué au gouvernement de transition semble exclu. Il est plus probable que tout ait été préalablement accordé au plus haut niveau au sein du mouvement, afin de mener tranquillement à terme la transition au cours d'une première étape jusqu'à ce que le processus d'indépendance soit devenu irréversible puis, une fois que la grande majorité des agents de l'administration portugaise, notamment les militaires, aient quitté le pays (juste avant l'indépendance), le radicalisme de Samora Machel — c'est-à-dire le vrai visage du Frelimo — se manifesterait.

Mort[modifier | modifier le code]

Circonstances[modifier | modifier le code]

Le dans l'après-midi, Machel revient en avion du sommet de Lusaka, d'où avait été discuté avec les pays régionaux des mesures communes à adopter contre le régime sud-africain, quand son Tupolev 134 s'écarte soudainement de 34° de sa trajectoire et écrase en Afrique du Sud sur les flancs des montagnes Lebombo (connues au Mozambique sous le nom de « Montes Libombos »), à 300 mètres de la frontière mozambicaine, près de Mbuzini, non loin de Komatipoort[5]. Machel et 24 autres occupants meurent, neuf survivent. Des unités d'élites de l’armée sud-africaine et des membres de l’exécutif, dont le ministre de la Défense Magnus Malan, se rendent immédiatement sur place et entreprennent de fouiller l'appareil afin d'y trouver des documents diplomatiques[6]. Le Mozambique n'est informé que dix heures plus tard du crash et de son emplacement.

Après une courte période d'intérim, Joaquim Chissano devient président de la République le . En décembre, il signait un traité d'amitié et de coopération avec le Malawi mettant fin aux tensions entre les deux pays.

Enquêtes[modifier | modifier le code]

L'URSS et le Mozambique exigent aussitôt une enquête internationale sur place. Membre avec eux d'une commission tripartite, l'Afrique du Sud refuse initialement, en dépit des requêtes de la commission et de l'Organisation de l'aviation civile, de mettre à disposition des enquêteurs les boites noires de l'appareil. En janvier 1987, la cellule d’enquête sud-africaine dirigée par le juge Cecil Margo rend son rapport et conclu à une erreur des pilotes, lesquels n'auraient pas demandé les vérifications d'usage après qu'ils se furent aperçus qu'ils s'étaient déroutés. Le rapport écarte cependant les rumeurs sur « l'ivresse » des pilotes (invention du ministre sud-africain des Affaires étrangères avant même le début d'une enquête) ou de vétusté de l'appareil. Au contraire, les enquêteurs soviétiques réfutent les conclusions de la commission Margo dont ils soulignent certaines contradictions et corroborent l'hypothèse d'une balise VOR qui aurait détourné l'appareil de sa trajectoire[6].

En 1996, un rapport de la Commission vérité et réconciliation, chargé d’enquêter sur les crimes commis sous l'apartheid, recommande un complément d'enquête pour éclaircir des points litigieux soulevés par ses recherches. Le chef de la commission des investigations, Dumisa Ntsebza, explique en effet que « le faisceau de soupçons de la commission impliquant l'armée sud-africaine, le renseignement militaire et les forces spéciales justifie l'ouverture d'une nouvelle enquête judiciaire ». Les autorités ne donnent pourtant pas suite à cette recommandation et aucune nouvelle enquête n'est ouverte[6].

Le , Charles Nqakula – ministre sud-africain de la Sécurité – ordonna qu'un complément d'enquête soit effectué[réf. nécessaire]. Toutefois, en 2007, Jacinto Veloso, un ancien membre de la police du Mozambique et ami de Machel, publie ses mémoires dans lesquelles il soutient que la mort de l'ancien président était due à un complot entre les services secrets sud-africains et les Soviétiques qui auraient considérés dangereux que Machel améliore les relations de son pays avec les puissances occidentales[7]. En 2010, le journaliste portugais José Milhazes publie un livre dans lequel il défend l'hypothèse d'erreurs de l'équipage russe. Selon lui, tant les Soviétiques que les Mozambicains auraient intérêt à répandre la thèse d'un attentat perpétré par le gouvernement de l'Afrique du Sud : l'URSS voudrait sauvegarder sa réputation (qualité mécanique de l'appareil et professionnalisme de l'équipage), alors que le gouvernement du Mozambique chercherait à créer un martyr[8]. En Afrique du Sud, le journaliste Mpikeleni Duma recueille les témoignages d'anciens membres des services de renseignements qui lui déclarent que leur unité avait été chargée d'organiser le crash de l'avion présidentiel[9]. Au moins deux techniciens de l'aéroport de Maputo auraient été recrutés et payés par l'agent sud-africain Craig Williamson[9].

Distinction[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Mozambique : guerre et nationalismes, Politique africaine,
  2. José Pinto de Sá, O dia em que eles foram queimados vivos, Público Magazine, Lisboa, n.º 277, 25 juin 1995.
  3. « Samora Machel : 30 ans après, le Mozambique se souvient », Le Point,‎ (lire en ligne)
  4. António de Almeida Santos, Quase Memórias, éd. Casa das Letras, Lisboa, 2006.
  5. Jeune Afrique, numéros 1982 à 1989. Société africaine de presse, 1999, p. 41.
  6. a, b et c Augusta Conchiglia, « Qui a tué Samora Machel ? : Le Mozambique hanté par l’assassinat de son premier président », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)
  7. Jacinto Veloso, Memórias em Voo Rasante, éd. Papa-Letras, Lisboa, 2007.
  8. José Milhazes, Samora Machel: Atentado ou Acidente?, éd. Alêtheia, Lisboa, 2010.
  9. a et b « Qui a tué Samora Machel ? – JeuneAfrique.com », JeuneAfrique.com,‎ (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Lory (sous la direction de), biographie de Samora Machel dans «Afrique australe», éditions Autrement, n.º 45 HS, avril 1990
  • António de Almeida Santos, Quase Memórias, éd. Casa das Letras, Lisboa, 2006
  • José Milhazes, Samora Machel: Atentado ou Acidente?, éd. Alêtheia, Lisboa, 2010
  • Jacinto Veloso, Memórias em Voo Rasante, éd. Papa-Letras, Lisboa, 2007
  • José Pinto de Sá, O dia em que eles foram queimados vivos, Público Magazine, Lisboa, n.º 277, 25 juin 1995

Liens externes[modifier | modifier le code]