Salh d’Escola

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Salh d'Escola représenté dans un chansonnier du XIIIe siècle

Salh d’Escola (dont le prénom est parfois aussi orthographié Sail ou Saill) est un troubadour périgourdin de la fin du XIIe siècle, originaire de Bergerac. Une seule de ses chansons a été préservée, Gran esfortz fai qui chanta ni.s deporta.

Biographie[modifier | modifier le code]

La signification du nom de Salh d’Escola a suscité un certain nombre de spéculations et d'hypothèses chez les romanistes, qui y voient un sobriquet. Selon Alfred Jeanroy, sa signification pourrait se traduire par « transfuge de l'école »[1], alors qu'Antoine Thomas opte pour « échappé de l'école »[2]. Clovis Brunel, qui en fournit une interprétation similaire (« Je sors d'école »), estime qu'il s'agirait « d'une raillerie à l'égard de qui montre des manières pédantes »[3]. Pour Geneviève Brunel-Lobrichon, ce nom, qu'elle traduit par « maître d'école », pourrait lui venir « d'un ancêtre ou d'un trait de son caractère »[4].

Enluminure représentant Salh d’Escola dans un chansonnier du XIIIe siècle, surmontée de sa vida (texte en rouge)

Les détails de la vie de Salh d'Escola sont connus par deux sources, l'une contemporaine, l'autre plus tardive. La première est le sirventès Pos Peire d'Alvernh' a chantat, la chanson la plus célèbre du Monge de Montaudon, composée vers 1195, dans laquelle l'auteur présente une galerie de troubadours contemporains qu'il critique tour à tour, parmi lesquels figurent Salh d’Escola. Selon le Moine :

« Salh d'Escola [...] de jongleur s'est fait bourgeois / à Bergerac où il achète et revend / et quand il a vendu ses équipements / il s'en va ensuite en Narbonnais avec un chant faux comme présent[5]. »

La seconde source, plus tardive, est une très courte vida (biographie) anonyme de Salh rédigée au XIIIe siècle, qui s'inspire probablement en grande partie, si ce n'est exclusivement, de la chanson du Moine de Montaudon. D'après ce biographe anonyme :

« Salh d'Escola fut de Bergerac, d’un puissant bourg du Périgord ; il était fils d’un marchand. Et il se fit jongleur, et composa de bonnes chansonnettes. Il résida auprès de Dame Ermengarde de Narbonne; et lorsqu’elle mourut, il se rendit à Bergerac et abandonna l’art de « trouver » et le chant[6],[7]. »

Son inclusion dans la « fameuse galerie satirique de troubadours » du Moine de Montaudon (Pos Peire d'Alvernh' a chantat) indique que Salh bénéficiait déjà vers 1195 d'un certain prestige[4].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Une seule canso (chanson) attribuée de façon incontestée à ce troubadour a été conservée, Gran esfortz fai qui chanta ni.s deporta, préservée uniquement dans le « manuscrit C »[8], un chansonnier élaboré au XIVe siècle dans la région narbonnaise[9].

Certains manuscrits reconnaissent à Salh d'Escola la paternité de trois autres chansons, mais un plus grand nombre désignent d'autres troubadours comme auteurs de ces mêmes œuvres. Il s'agit de De ben gran joia chantera de Guilhem Ademar, Ges de chantar no·m pren talans de Bernard de Ventadour et Manta gent fas meravelhar de Pistoleta (en)[10].

Références[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Boutière et Alexander Herman Schutz, éditeurs, Biographies des troubadours : textes provençaux des XIIIe et XIVe siècles, Paris, A.-G. Nizet, , lvii-641 p.
  • Clovis Brunel, « Le nom du troubadour Sail d'Escola », Mélanges de philologie romane offerts à M. Karl Michaëlsson par ses amis et ses élèves, Göteborg, Bergendahls Boktryckeri,‎ , p. 68-73.
  • Martín de Riquer, Los trovadores : historia literaria y textos, Planeta, Barcelone, 1975, 3 vol.
  • (it) Oriana Scarpati, « Sail d’Escola, Gran esfortz fai qui chanta ni·s deporta (BdT 430.1) », Lecturae tropatorum, vol. 2,‎ (ISSN 1974-4374, lire en ligne [PDF])

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Alfred Jeanroy, La poésie lyrique des troubadours, 1934, p. 427.
  2. Antoine Thomas, « L'identité du troubadour Pons de Chapteuil », Annales du Midi, 1893, p. 376.
  3. Brunel 1952, p. 72.
  4. a et b Geneviève Brunel-Lobrichon, « Salh d'Escola », dans Robert Bossuat, Louis Pichard et Guy Raynaud de Lage (dir.), révision et mise à jour, Geneviève Hasenohr et Michel Zink (dir.), Dictionnaire des lettres françaises, Le Moyen Âge : édition entièrement revue et mise à jour sous la direction de Geneviève Hasenohr et Michel Zink, Paris, Fayard, (1re éd. 1964) (ISBN 2-213-59340-X), p. 1361
  5. Moine de Montaudon, Pos Peire d'Alvernh' a chantat, texte original occitan : « Salh d'Escola [...] de joglar s'es fag borges / a Bergerac on compra e ven / e quant a vendut sos conres / el s'en vai pos en Narbones / ab un fals chantars per prezen », édition du texte occitan et traduction française de Jörn Gruber, dans Gérard Zuchetto et Jörn Gruber, Le Livre d'or des troubadours : XIIe-XIVe siècle, anthologie, Éditions de Paris, Paris, 1998, p. 169.
  6. Texte original occitan : « Salh d'Escola si fo de Barjarac, d’un ric borc de Peiregorc, fils d’un mercadier. E fez se joglar e fez de bonas cansonetas. Et estet cum N’Ainermada de Nerbona ; e quant ella mori, el se rendet a Bragairac e laisset lo trobar e’l cantar. », traduction française par Irénée-Marcel Cluzel avec la collaboration de M. Woronoff, publiée, avec le texte original, dans Boutière et Schutz, p. 64
  7. Autre édition du texte occitan : Vida de Salh d'Escola, Camille Chabaneau Biographie des troubadours en langue provençale page 12
  8. Scarpati 2009, p. 3-4 et note 9.
  9. Bibliothèque nationale de France, manuscrit français 856 ; Nicolaas Unlandt, Description du ms. C, sur Les Troubadours [base de données en ligne], Brigham Young University (page consultée le 16 mars 2011)
  10. Nicolaas Unlandt, Sahl d'Escola, sur Les Troubadours [base de données en ligne], Brigham Young University, 2007-2010 (page consultée le 19 mars 2011).