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Salamandrella keyserlingii

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Salamandrella keyserlingii
Description de cette image, également commentée ci-après
Une salamandrelle de Sibérie dans l'Oblast de Omsk (Russie)
Classification ASW
Règne Animalia
Embr. Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Amphibia
Sous-classe Lissamphibia
Ordre Caudata
Famille Hynobiidae
Sous-famille Hynobiinae
Genre Salamandrella

Espèce

Salamandrella keyserlingii
Dybowski, 1870

Synonymes

  • Isodactylium wosnessenskyi Strauch, 1870
  • Isodactylium schrenckii Strauch, 1870
  • Salamandrella uralensis Knipovich, 1896
  • Salamandrella cristata Andersson, 1917 "1916"
  • Hynobius doii Abé, 1922
  • Hynobius michnoi Nikolskii, 1925
  • Salamandrella keyserlingii stvorzovi Pavlov, 1932
  • Salamandrella keyserlingii var. sodei-campi Kostin, 1934 "1933"
  • Salamandrella keyserlingii var. kostini Pavlov, 1934
  • Salamandrella keyserlingii var. austeri Pavlov, 1934
  • Salamandrella keyserlingii var. dilutiores Pavlov, 1934
  • Salamandrella skvorzovii Pavlov, 1934

Statut de conservation UICN

( LC )( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Salamandrella keyserlingii, la salamandrelle de Sibérie, est une espèce d'urodèles de la famille des Hynobiidae[1]. Elle est remarquable pour sa grande tolérance au gel et son aire de répartition qui est une des plus grande connue actuellement parmi les amphibiens contemporains[2].

Description

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Salamandre brune de taille moyenne (10-16 cm [3]). La peau est de texture lisse, la tête ovale, les glandes parotides sont bien visibles et les flancs présentent 10 à 14 sillons costaux. Les membres sont large avec quatre doigts et généralement quatre orteils, les griffes sont absentes chez les larves comme les adultes. La queue est aplatie latéralement et présente une légère crête verticale de part et d'autre. Les dents vomériennes placées dans un alignement formant un V[2],[4].

La coloration de fond varie du brun, bronze au grisâtre. Une bande costale plus claire (généralement cuivrée) est présente de part et d'autre de la tête à l'extrémité de la queue. Celle-ci s’assombrit en période de reproduction la rendant moins distincte[2],[4].

Coloration de la salamandrelle de Sibérie

Dimorphisme sexuel

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Le dimorphisme sexuel est peu marqué. On peut noter cependant une queue plus haute et plus longue chez le mâle, une tête plus large, un cloaque plus grand et des pattes antérieures plus longues. Ces différences s'accentuent en période de reproduction où une tâche jaune apparaît sur la gorge des mâles[2],[5].

Cycle de vie

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Résistance au gel

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Cette salamandre[2] est dotée d'une grande tolérance au froid, les adultes pouvant survivre jusqu'à -40°C (au maximum -55°C pour les juvéniles en laboratoire[6]) et être actifs à partir de 0.5°C. Les œufs peuvent survivre à de courtes périodes dans la glace. Le mécanisme de résistance au gel n'est pas encore entièrement compris, mais il implique des changements métaboliques durant la période d'acclimatation où les températures chutent[7]. La concentration de glycérol, dont le rôle cryo-protecteur a été mis en évidence, augmente dans certains tissus durant la période précédant le gel. On constate une diminution de plus d'un quart de la masse corporelle, expliquée en grande partie par une perte d'eau. En conséquence, le gel prend majoritairement place à l'extérieur des tissus, par exemple entre les muscles et la peau, ce qui limite les dommages mécaniques dus à la formation des cristaux de glace[7],[8]. Ceux-ci ne sont en revanche pas entièrement écartés, avec notamment des ruptures de vaisseaux sanguins constatées fréquemment. Des saignements peuvent ainsi avoir lieu au moment du dégel[7]. Des dégradations du matériel génétique et des bio-membranes ont également lieu à l'échelle cellulaire.

Période d'activité et hibernation

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Selon la latitude, la période d'activité dure de avril-mai jusqu'à septembre-octobre où la salamandrelle va se réfugier dans un tronc mort, sous une bûche ou dans un terrier pour hiberner. Il n'est pas rare de rencontrer plusieurs individus dans le même abri. La reproduction début de mi mai en zone tempérée à mi juin à partir de la zone sub-arctique[2].

Reproduction

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La majorité de l'aire de répartition de cette espèce se trouve dans la zone du pergélisol (permafrost). Elle se reproduit dans des points d'eau de faible profondeur qui gèlent entièrement durant l'hiver et dont la plupart sèchent entièrement en été. De plus, des épisodes de froid hors de la saison hivernale ou une élévation trop importante de la température de l'eau durant l'été peuvent être fatals pour les pontes[9].

Ponte de Salamandrella keyserlingii

La ponte est formée d'un double sac attaché au substrat par un filet muqueux reliant les deux sous-unités. Chaque sac abrite généralement 50 à 100 œufs qui écloront après environ un mois (± 15 jours selon le climat). Les larves à la naissance mesurent 8 à 10 mm[2]. Les œufs sont en général pondus de mai à juin selon la région[9].

Alimentation

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En phase aquatique, les larves comme les adultes se nourrissent principalement d'invertébrés benthiques fixés sur les plantes aquatiques et plus rarement de plancton. Les proies des adultes sont généralement de taille supérieure. En phase terrestre le régime alimentaire de la salamandrelle de Sibérie est principalement constitué de limaces et d'arthropodes[2].

Ce sont les insectes aquatiques qui exercent la plus grande pression de prédation sur les œufs et les larves, tandis que les adultes sont en général la proie de différents vertébrés.

Cette espèce se rencontre dans différents habitats tout au long de son aire de répartition. En zone de taïga, on la rencontre dans tous types de forêts humidesconifères, mixtes ou décidues). En zone de toundra ou dans les steppes boisées, on la retrouve dans les formations végétales riveraines.

Répartition

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Aire de répartition de Salamandrella keyserlingii.

La salamandrelle de Sibérie est présente abondamment tout au long de son aire de répartition conséquente, couvrant près de 12 millions de kilomètres carrés. Elle est aussi l'amphibien qui atteint les plus hautes latitudes dans le Monde, jusqu'à 72°N en Sibérie (à noter que Rana temporaria est présente à des latitudes à peine inférieures dans l’extrême nord de l'Europe à proximité du Cap Nord au delà duquel son expansion septentrional n'est physiquement plus possible.


Cette espèce se rencontre[1][10] :

Sous-espèce

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Dans le kraï du Primorié, une population a été montrée comme génétiquement distincte. Elle a d'abord été proposée comme espèce à part entière sous le nom Salamandrella schrenckii[2]. Cependant, ce nom a été invalidé et cette population a alors fait l'objet d'une proposition comme sous-espèce[11]. Une élévation au rang d'espèce n'est pas à exclure après confirmation par des études génétiques supplémentaires[2],[12],[13].

Menaces et statut de protection

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Cette espèce est classée Least Concern (LC) sur la liste rouge de l'IUCN[14]. La salamandrelle de Sibérie est abondante dans la zone de taïga, mais sa population diminue au nord et au sud. Les populations des toundra et des steppes sont les moins abondantes. En périphérie de son aire de répartition et dans certaines stations locales aux conditions plus extrêmes, ses populations sont menacées par la destruction d'habitat, l’assèchement des zones humides, la pollution industrielle et la déforestation[2].

Publication originale

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  • Dybowski, 1870 : Beitrag zur Kenntnis der Wassermolche Sibiriens. Verhandlungen des Zoologisch-Botanischen Vereins in Wien, vol. 20, p. 237-242 (texte intégral).

Liens externes

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Notes et références

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  1. a et b Amphibian Species of the World, consulté lors d'une mise à jour du lien externe.
  2. a b c d e f g h i j et k « AmphibiaWeb - Salamandrella keyserlingii », sur amphibiaweb.org (consulté le )
  3. (en) Masato Hasumi et Leo J. Borkin, « Age and body size of Salamandrella keyserlingii (Caudata: Hynobiidae): a difference in altitudes, latitudes, and temperatures », Organisms Diversity & Evolution, vol. 12, no 2,‎ , p. 167–181 (ISSN 1439-6092 et 1618-1077, DOI 10.1007/s13127-012-0091-5, lire en ligne, consulté le )
  4. a et b Max Sparreboom, Robert Thorn et Max Sparreboom, Salamanders of the Old World: the salamanders of Europe, Asia and northern Africa, KNNV Publishing, coll. « Brill / Biology E-Books Online », (ISBN 978-90-5011-485-1 et 978-90-04-28562-0)
  5. (en) Masato Hasumi, « Age, Body Size, and Sexual Dimorphism in Size and Shape in Salamandrella keyserlingii (Caudata: Hynobiidae) », Evolutionary Biology, vol. 37, no 1,‎ , p. 38–48 (ISSN 0071-3260 et 1934-2845, DOI 10.1007/s11692-010-9080-9, lire en ligne, consulté le )
  6. (en) D. I. Berman, E. N. Meshcheryakova et N. A. Bulakhova, « Extreme negative temperatures and body mass loss in the Siberian salamander (Salamandrella keyserlingii, amphibia, hynobiidae) », Doklady Biological Sciences, vol. 468, no 1,‎ , p. 137–141 (ISSN 1608-3105, DOI 10.1134/S001249661603011X, lire en ligne, consulté le )
  7. a b et c Sergei V. Shekhovtsov, Nina A. Bulakhova, Yuri P. Tsentalovich et Ekaterina A. Zelentsova, « Biochemical Response to Freezing in the Siberian Salamander Salamandrella keyserlingii », Biology, vol. 10, no 11,‎ , p. 1172 (ISSN 2079-7737, PMID 34827165, PMCID 8614755, DOI 10.3390/biology10111172, lire en ligne, consulté le )
  8. (en) « Molecular Physiology of Freeze Tolerance in Vertebrates », sur journals.physiology.org (DOI 10.1152/physrev.00016.2016, consulté le )
  9. a et b (en) A. V. Alfimov et D. I. Berman, « Reproduction of the Siberian salamander, Salamandrella keyserlingii (Amphibia, Caudata, Hynobiidae), in water bodies on permafrost in Northeastern Asia », Biology Bulletin, vol. 37, no 8,‎ , p. 807–822 (ISSN 1608-3059, DOI 10.1134/S1062359010080054, lire en ligne, consulté le )
  10. « Salamandrella keyserlingii Dybowski, 1870 | Amphibian Species of the World », sur amphibiansoftheworld.amnh.org (consulté le )
  11. (en) N. A. Poyarkov et S. L. Kuzmin, « Phylogeography of the Siberian newt Salamandrella keyserlingii by mitochondrial DNA sequence analysis », Russian Journal of Genetics, vol. 44, no 8,‎ , p. 948–958 (ISSN 1608-3369, DOI 10.1134/S1022795408080097, lire en ligne, consulté le )
  12. (en) Boris Malyarchuk, Miroslava Derenko, Daniil Berman et Maria Perkova, « Phylogeography and molecular adaptation of Siberian salamander Salamandrella keyserlingii based on mitochondrial DNA variation », Molecular Phylogenetics and Evolution, vol. 56, no 2,‎ , p. 562–571 (DOI 10.1016/j.ympev.2010.04.005, lire en ligne, consulté le )
  13. Berman, DI, Derenko, MV, Malyarchuk, Boris, Grzybowski, Tomasz, Kryukov, Alexey et Miscicka-Sliwka, D, « Intraspecific genetic differentiation of Siberian newt (Salamandrella keyserlingii, Amphibia, Caudata) and cryptic species S. schrenckii from the Russian South-East », Zoologicheskiĭ zhurnal, no 84,‎ , p. 1374-1388 (lire en ligne [PDF])
  14. IUCN SSC Amphibian Specialist Group (IUCN SSC), « IUCN Red List of Threatened Species: Salamandrella keyserlingii », IUCN Red List of Threatened Species,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )