Salamandre géante de Chine

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Andrias davidianus

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Andrias davidianus

Classification selon ASW
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Amphibia
Sous-classe Lissamphibia
Ordre Caudata
Famille Cryptobranchidae
Genre Andrias

Nom binominal

Andrias davidianus
(Blanchard, 1871)

Synonymes

  • Sieboldia davidiana Blanchard, 1871
  • Megalobatrachus sligoi Boulenger, 1924

Statut de conservation UICN

( CR )
CR A2ad :
En danger critique d'extinction

Statut CITES

Sur l'annexe  I  de la CITES Annexe I , Rév. du 01/07/75

Andrias davidianus, la Salamandre géante de Chine, est une espèce d'urodèles de la famille des Cryptobranchidae[1]. Cette salamandre géante vie en Chine et aurait été introduite à Taïwan.

Description[modifier | modifier le code]

Andrias davidianus
Andrias davidianus

Andrias davidianus mesure environ 100 cm. Dans le passé sa taille pouvait atteindre jusqu'à 180 cm, pour 65 kg, mais les spécimens observés actuellement sont nettement plus petits. Sa queue représente environ 59 % de la taille du corps et son extrémité s'aplatit latéralement en forme d'aviron. La teinte générale du corps varie du brun clair au brun foncé, parfois proche du noir, avec des taches noirâtres éparses. Le corps et la tête ont une allure plutôt aplatie. La tête est large, la gueule vaste avec de petits yeux sans paupières qui les affectent d’une mauvaise visibilité – les deux yeux ne peuvent se concentrer sur le même objet en même temps. Ils sont donc fortement tributaires de l’odorat[réf. nécessaire] et du toucher pour trouver leurs proies. La peau est visqueuse et présente des plis irréguliers sur les flancs. Les pattes, bien développées, portent quatre doigts à l'avant et cinq à l'arrière.

La salamandre géante reste la plupart du temps au fond de l’eau et ne remonte à la surface que pour respirer. La respiration est assurée en partie par la peau. Cette dernière laisse entrer le dioxygène et sortir le dioxyde de carbone. Cette caractéristique ajoutée à un métabolisme lent lui permet de rester longtemps sous l’eau. Étant donné que leurs branchies larvaires se réduisent, les adultes développent un pli bien visible sur la peau, le long de leurs flancs pour augmenter la surface d’absorption de l’oxygène. Leur grande taille, l’absence de branchies et des poumons inefficaces confine cette espèce dans des zones d’eaux circulantes.

Sa longévité moyenne dépasse 30 ans, bien qu’elle puisse théoriquement[réf. nécessaire] vivre près de 80 ans.

Son cri proche du vagissement lui vaut le surnom de « Poisson nourrisson ». Parmi la multitude d’espèces de salamandres, le record de taille est détenu par la salamandre géante de Chine qui peut mesurer près de 1,80 m de long. Généralement de petite taille, cette dernière se distingue, accompagnée de la salamandre géante du Japon et celle d’Amérique du Nord, comme les plus grands amphibiens vivants au monde.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Essentiellement active la nuit, ce n’est pas une grande chasseuse. Le camouflage et la patience sont ses atouts. Tapie à l’entrée de son repère creusé sur la berge d’un fleuve, elle attend ses proies. Au passage de sa victime, elle projette la tête en avant d’un geste vif et latéral et l’attrape dans sa gueule. Ses proies favorites sont les écrevisses, les crabes et les petits poissons. Bien qu’elle ne possède que de petites dents « larvaires », sa prise ne peut se dégager de sa large emprise et sa morsure puissante. La méthode employée dans l'alimentation de cette espèce est connue sous le nom d’aspiration buccale asymétrique, où la mâchoire inférieure se rabat rapidement et à proximité des proies qui sont aspirées dans sa gueule. Cette salamandre géante chasse également les plus petites salamandres et se rabat parfois sur des charognes de grenouilles ou de poissons. Elle peut se nourrir d’une grande variété de proies, comme les vers, larves d'insectes, les anoures (grenouilles et crapauds) et leurs têtards, de crustacés, de mollusques, de reptiles aquatiques et de petits mammifères. Elle peut également présenter un comportement cannibale.

Reproduction[modifier | modifier le code]

Andrias davidianus

La saison de reproduction des salamandres géantes de Chine semble se produire entre août et septembre. La femelle dépose près du mâle une trainée d’un très grand nombre d’œufs, entre 500 et 1000, distribués en deux longs cordons gélatineux. Le mâle chasse la femelle car elle a la mauvaise habitude de manger sa propre progéniture et s’enfouit dans un terrier en profondeur (ou cavité de reproduction), puis, il libère ses spermatozoïdes et, agitant l’eau autour des œufs, les féconde indirectement. Avec ses membres atrophiés, il fait une boule des cordons et les protège jusqu’à l’éclosion, soit 50-60 jours plus tard[2] .

À la naissance, les larves ne mesurent que 30 mm et possèdent des branchies externes qui régresseront au moment de la métamorphose, lorsque leur taille aura atteint environ 200-250 mm de long. Ils n’acquerront le métabolisme d’un adulte qu’à l’âge de trois ans. La maturité sexuelle se ferait à environ 15 ans.

Distribution[modifier | modifier le code]

Cette espèce se rencontre en Chine. Elle a été probablement été introduite à Taïwan[1]. Son aire de répartition est fortement morcelée. Elle est présente entre 100 et 1 500 m d'altitude.

La salamandre géante se rencontre au Guanxi, au Guangdong, au Fujian, au Hunan, au Jiangxi, au Zhejiang, au Jiangsu, au Anhui, au Hubei, au Guizhou, Qinghai, à Chongqing, au Sichuan, Gansu, Shaanxi, Shanxi, Henan et au Hebei[3].

Habitat[modifier | modifier le code]

La salamandre géante vit dans les fleuves, lacs, marais et étendues d'eau douce en Chine. Elle vit dans les eaux vives des rivières riches en oxygène. L’espèce est entièrement aquatique et endémique de la Chine continentale. Son habitat se compose de rochers, ruisseaux de montagne et des lacs aux eaux claires et rapides. L’espèce trouve généralement son bonheur dans les zones forestières à des altitudes modérées, particulièrement entre 300 et 800 m. Elle occupe les creux sous-marins et les cavités, passant la plupart de son temps dans l’eau.

La Salamandre géante de Chine évolue dans les trois grands écosystèmes fluviaux de la Chine, les rivières Huang He (rivière jaune), Yangtze et Zhu Jiang (rivière des perles). Jusqu’à la construction de canaux, il y a de ça environ 1400 ans, ces cours d’eau avaient été isolés les uns des autres. Il n’y a pas eu de déplacement des salamandres par l’homme au cours de ces transformations des trois réseaux hydrographiques. Tout laisse à penser que les populations de salamandres de ces trois systèmes fluviaux seraient génétiquement distincts les uns aux autres. Des travaux récents révèlent des divergences génétiques et géographiques entre les populations de salamandres. Selon cette hypothèse, A. davidianus serait en fait un composite de plusieurs espèces distinctes génétiquement[4].

Menaces et solutions[modifier | modifier le code]

Squelette d'Andrias davidianus

Espèce en danger[modifier | modifier le code]

Le plus grand amphibien vivant au monde voit sa population considérablement décliner depuis les années 1950. Oppressées par la pression et la chasse des populations locales, les salamandres géantes de Chine ont connu une collecte intense depuis les années 1960. La chasse est parfois active également dans les zones protégées. Leur chair étant appréciée dans la composition de mets délicats des tables chics, la capture et le commerce illégal s’en retrouvent encouragés. L'espèce est considérée comme étant à la fois un aliment de luxe et une importante source de médicaments traditionnels en Chine. Un facteur qui rend la salamandre géante chinoise particulièrement vulnérables à la chasse, c'est qu'elle est facile à attraper: elle se cache dans les crevasses de roche d'où elle est facile à dénicher et à détacher de sa cachette. Elle reste une option lucrative pour les chasseurs, qui peuvent vendre sa chair pour environ 100 $ US par kg.

Le gouvernement chinois a déclaré la Salamandre géante de Chine, espèce protégée de Classe II et est listée dans la catégorie des espèces en danger d’extinction sur « The Chinese Red Book of Amphibiens and Reptiles » ainsi que dans La liste rouge de l’UICN[5]. La pollution de l'eau et l'aménagement à grande échelle de tous les cours d'eau du pays modifient et empoisonnent son habitat. L’habitat de la salamandre géante de Chine a été détruit et fragmenté par des activités humaines intenses agricoles, de déforestation et de construction de barrages, d’équipements électriques et réservoirs. Cela aggrave l'érosion du sol et provoque une augmentation du ruissellement et l'envasement des cours d'eau, réduisant la qualité de l'eau et empêchant l'espèce de s'approvisionner suffisamment en oxygène à travers sa peau. Fortement diminuée par la perte de son habitat primaire, la salamandre géante de Chine est sous la protection de l’État depuis 1973 et dans l’Annexe I de la CITES[6]. L'Annexe I comprend les espèces menacées d'extinction, et le commerce des spécimens de ces espèces n'est autorisé que dans des circonstances exceptionnelles. Malheureusement, bien que la CITES réglemente le commerce international des espèces, il n'a pas compétence sur le commerce intérieur au sein de la Chine, qui constitue le marché primaire.

Conservation[modifier | modifier le code]

Une compréhension de la diversité génétique de la salamandre géante chinoise est essentielle pour la formulation de stratégies et politiques de conservation. Un des principaux objectifs de conservation est de préserver la diversité génétique existante. Les délocalisations par l’homme auraient eu une influence substantielle sur la structure de la population. Cette dispersion artificielle aurait causé une augmentation des flux de gènes entre les populations géographiquement séparées, et la réduction de la diversité génétique locale. Les politiques de conservation devraient tenter d’enrayer les délocalisations par l’homme. D’autre part, il peut être souhaitable d’établir les programmes d’élevage in situ et ex situ en utilisant les individus d’une population localisée. Il faudrait également établir un rassemblement de reproducteurs issues de la population naturelle non délocalisée dans le but de maintenir l’espèce originelle, qui n’a pas subi de modifications génétiques au cours des déplacements humains à travers les régions de Chine. Une population "ex situ" est idéalement une colonie de reproduction d'une espèce maintenue en dehors de son habitat naturel, donnant lieu à des individus de cette espèce disposés à l'abri des problèmes liés à leur situation à l'état sauvage. Cela peut être situé dans le milieu de vie de l'espèce ou dans un autre pays muni d'installations pouvant soutenir un programme de reproduction en captivité de cette espèce.

Il serait intéressant d’étudier les salamandres géantes de Chine situées dans les zones proches du plateau tibétain, où les activités humaines ont peu d’influence sur les populations. De nombreux travaux ont été réalisés pour la protection et la reproduction artificielle des Andrias davidianus à travers la Chine. Une réserve de reproduction artificielle a été construite en 1960 dans la ville de Wuda usui de la région de Sanzhi à Taiwan. Une autre réserve de la région, avec la collaboration de « Hunan Aquatic Science Institution » a procédé en 1978 – 1980, aux recherches sur la reproduction artificielle des salamandres géantes de Chine. Pour la première fois dans le monde, l’expérience d’éclosion artificielle a fonctionné. Ce fût une belle avancée et une prise de conscience gouvernementale pour la protection de ces salamandres endémiques. Depuis les années 1980, 14 réserves naturelles ont été créées dans les provinces de Chine pour protéger la population sauvage de salamandres géantes. Malheureusement, des difficultés de préservation et traitements sont parfois observables dans ces réserves, souvent dus à un manque d’attention et des moyens insuffisants.

Préconisations[modifier | modifier le code]

Trois recommandations pour le développement du programme de gestion des espèces ont été proposées par Wang, Zhang, Wang, Ding, Wu et Huang en 2004[7] : Tout d’abord, une expertise devrait être faite, regroupant les statuts géographiques et démographiques de conservation des espèces pour en obtenir une meilleure compréhension chronologique. On y regrouperait ainsi les données génétiques des populations et des caractéristiques de survie dans les différents milieux.

Il serait également pertinent d’organiser une meilleure protection des salamandres géantes de Chine, en particulier dans les zones de nidation, accompagnée d’une prévention de contamination issue des évacuations de polluants agricoles et des constructions. Un renforcement juridique encadrant la collecte et le transport illégaux d’animaux protégés s’impose dans cette démarche.

Pour finir, les chercheurs proposent une campagne d’information sur la nécessité de protection de cette espèce endémique auprès des populations et travailleurs agricoles locaux. Ce projet de communication se doit d’intégrer le Plan Global de gestion de la conservation de l’espèce.

Taxinomie[modifier | modifier le code]

Megalobatrachus sligoi[8] a été placée en synonymie avec Andrias davidianus par Thorn en 1968[9]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Cette espèce est nommée en l'honneur d'Armand David[10].

Publication originale[modifier | modifier le code]

  • Blanchard, 1871 : Note sur une nouvelle Salamandre gigantesque (Sieboldia Davidiana Blanch.) de la Chine occidentale. Comptes Rendus Hebdomadaires des Séances de l'Académie des Sciences, vol. 73, p. 79-80 (texte intégral).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Amphibian Species of the World, consulté lors d'une mise à jour du lien externe
  2. EDGE http://www.edgeofexistence.org/amphibians/species_info.php?id=547.html
  3. Dai, Wang & Liang, : Conservation Status of Chinese Giant Salamander (Andrias davidianus). Chengdu Institute of Biology, Chinese Academy of Sciences (texte intégral).
  4. Murphy, Fu, Upton, de Lema & Zhao, 2000 : Genetic variability among endangered Chinese giant salamanders, Andrias davidianus. Molecular Ecology, vol. 9, no 10, p. 1539-1547.
  5. Union internationale pour la conservation de la nature
  6. Convention on International Trade in Endangered Species of wild fauna and flora
  7. Wang, Zhang, Wang, Ding, Wu & Huang, 2004 : The decline of the Chinese giant salamander Andrias davidianus and implications for its conservation. Oryx, vol. 38, no 02, p. 197-202.
  8. Boulenger, 1924 : On a new giant salamander, living in the Societys Gardens. Proceedings of the Zoological Society of London, vol. 1924, p. 173-174.
  9. Thorn, 1968 : Les Salamandres d'Europe, d'Asie et d'Afrique Nord. Paris, Editions Paul Lechevalier.
  10. Blanchard, 1871 : Note sur une nouvelle Salamandre gigantesque (Sieboldia Davidiana Blanch.) de la Chine occidentale. Comptes Rendus Hebdomadaires des Séances de l'Académie des Sciences, vol. 73, p. 79-80 (texte intégral).