Salah Hamouri

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Salah Hamouri
SalahHamouri.jpg

Salah Hamouri en 2012.

Biographie
Naissance
Nationalité
Activité

Salah Hamouri (arabe : صلاح حموري), né le à Jérusalem, est un avocat franco-palestinien. Il a été inculpé en 2005 sous la double accusation d'avoir projeté de tuer le rabbin Ovadia Yosef, et d’appartenance au Front populaire de libération de la Palestine.

Après trois ans de détention administrative[1], il accepte sur les conseils de son avocate[2] une procédure de plaidoyer de marchandage afin d'échapper à une peine éventuelle de quatorze ans, et a donc été condamné par un tribunal militaire à une peine de sept ans de prison qu'il a purgée pour l'essentiel à la prison de Guilboa[3]. Transféré à la prison de Shata quelques semaines avant sa libération, il a été libéré le 18 décembre 2011 de manière anticipée dans le cadre d'une libération de 1 027 prisonniers palestiniens contre Gilad Shalit.

Plusieurs comités de soutien se sont constitués pour protester contre cette condamnation, le considérant comme innocent et demandant sa libération[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et études[modifier | modifier le code]

Salah Hamouri est né d'une mère française, Denise Guidoux, originaire de Bourg-en-Bresse (Ain), professeur de français à Jérusalem, et d'un père palestinien, Hassan Hamouri, restaurateur à Jérusalem-Est. Il est français par sa mère ; son père est Palestinien de Jérusalem. Il cumule donc la nationalité française avec le statut de Palestinien de Jérusalem (il dispose d'une carte d'identité israélienne, et a le droit de vote aux élections locales)[5].

Ancien élève de l'école privée catholique De La Salle College, des frères des Écoles chrétiennes, à Jérusalem, il décide après son baccalauréat de faire des études de sociologie à l'université de Bethléem. Après sa sortie de prison, il suit des études de droit et devient avocat au barreau palestinien en août 2017[réf. nécessaire].

Arrestation et procès[modifier | modifier le code]

C'est pendant sa deuxième année de sociologie que les autorités militaires israéliennes l'arrêtent lors d'un contrôle d'identité à un checkpoint[6], le 13 mars 2005. Selon ses dires, le jour de son arrestation, il se rendait avec des amis à Ramallah ; alors qu'il arrivait au checkpoint de Qalqiliya, les soldats le font descendre du véhicule et l’arrêtent sans aucune explication. Il est conduit aussitôt en prison[7].

En avril 2008, Jean-Claude Lefort, président de l'Association France-Palestine Solidarité, beau-père de Salah Hamouri[8] et coordinateur de son comité national de soutien, assure avoir entendu les juges militaires dire dans le tribunal la phrase suivante : « Cette fois, ou tu plaides coupable, ou tu en prends pour 14 ans…[9] » Son avocate lui conseille alors de plaider coupable, selon la procédure de plaidoyer de marchandage.

Arrestation[modifier | modifier le code]

Salah Hamouri a été arrêté pour répondre de deux chefs d’inculpation[10] :

  1. son appartenance à une organisation illégale en Israël, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) ;
  2. l'intention de participer à un complot visant à assassiner le rabbin Ovadia Yosef, leader spirituel du parti religieux ultra-orthodoxe Shass, ancien Grand Rabbin d'Israël.

Dans un premier temps, Hamouri nie les faits qui lui sont reprochés[11],[12]. Selon l'accusation, il connaissait Moussa Darwish, qui a admis avoir fomenté le projet de passer devant la maison du rabbin en moto et d'ouvrir le feu.

D'après des articles publiés lors de l'arrestation de Salah Hamouri dans la presse israélienne (Yediot Aharonot ou Haaretz), Darwish, Hamouri et Muatztaf Sheikh ont acheté des armes et des munitions pour attaquer des civils israéliens à Jérusalem[13],[14] et installé, dans plusieurs quartiers du nord de Jérusalem, des groupes de distribution de prospectus sur les activités du FPLP[13]. Enfin, ils ont eu des contacts avec des membres du FPLP, incarcérés à la suite de l'assassinat de l'ancien ministre israélien du tourisme, Rehavam Zeevi[13].

Procès[modifier | modifier le code]

Après trois ans de détention préventive, son avocate israélienne Leah Tsemel[15], lui suggère sur proposition du procureur militaire israélien de négocier une procédure de marchandage à son procès, qui lui permettrait d'être condamné à une peine moindre que celle qu'il encourt (14 années de prison) s'il refuse cette option.

Après avoir suivi ces recommandations et plaidé coupable, il est finalement condamné à sept ans d'emprisonnement par le tribunal militaire israélien de Judée, à Ofer en Cisjordanie, le 17 avril 2008. L'initiateur de la tentative d'assassinat, Darwish, est quant à lui condamné à 12 ans de prison en appel[16].

Le consulat général de France a suivi l'ensemble de la procédure judiciaire et a assisté à toutes les audiences[17].

Demande de libération anticipée[modifier | modifier le code]

Selon l'ambassade d'Israël en France, Salah Hamouri pourrait faire appel devant la Cour suprême[18], ce que contestent ses soutiens[19],[20].

En 2009, Salah Hamouri demande une libération anticipée pour « bonne conduite », demande refusée par la commission israélienne chargée de statuer sur sa libération. Les services du Quai d'Orsay étudient les motifs avancés par la commission israélienne sur ce refus. Parmi les motifs supposés de ce refus et selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien, figure la procédure de plaider coupable, choisie par Hamouri pour réduire sa peine, qui ainsi démontrerait sa culpabilité, ainsi que le refus de présenter des excuses, et enfin son statut de récidiviste, déjà condamné à de la prison pour avoir collé des affiches[12].

Selon Patrick Le Hyaric, député européen PCF et membre du comité de parrainage de Salah Hamouri[21], lors de la commission de libération, la présence du consul adjoint de France à Jérusalem n'a pas été autorisée par le tribunal militaire[22].

Efforts diplomatiques[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Avant le jugement, les autorités françaises, par la voix de Cédric Goubet, chef de cabinet du président de la République, ont fait savoir qu'Israël était un État de droit. Il était donc impossible d’intervenir dans le processus judiciaire en cours tandis que, de son côté, Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères, demandait « un procès rapide ».

Rama Yade, saisie par la famille de Salah Hamouri, a répondu par une lettre qui suscita une réaction indignée de la mère d'Hamouri :

« Lors de l’audience le 10 avril dernier, Monsieur Hamouri a reconnu avoir été en compagnie de Monsieur Moussa Darwish, accusé d’avoir voulu assassiner le rabbin Obadia Yosef et condamné pour cette tentative d’assassinat à 12 ans de prison. Monsieur Hamouri a reconnu qu’il avait essayé d’expliquer à son camarade qu’il valait mieux reporter cette tentative par manque d’armes et de munitions. Le juge a alors accusé le prévenu de tentative d’assassinat avec préméditation. Monsieur Hamouri a déclaré être en accord avec l’énoncé des faits et n’avoir rien à ajouter. Le 17 avril dernier, le juge a relevé que Monsieur Salah Hamouri n’a exprimé aucun regret et l’a condamné à une peine de réclusion assortie d’une peine probatoire de 3 ans à sa libération. »

Le Quai d’Orsay et l’Élysée restent depuis la condamnation discrets sur le sujet. La diplomatie française s’accorde derrière le plaider coupable et ne semble pas avoir entrepris de démarches significatives en vue de la libération de Salah Hamouri[23]. Cet état de fait incite l'ancien député Jean-Claude Lefort à critiquer « l’insuffisance de l’action des autorités françaises »[24]. Nicolas Sarkozy a notamment refusé de recevoir la famille d'Hamouri[25] (qui a toutefois été reçue par B. Kouchner), mais a réclamé un « geste de clémence » auprès du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou[12].

En décembre 2009, Dominique Voynet, sénatrice française, évoque le cas Salah Hamouri lors d'une séance de questions d'actualité au Sénat français. La question s'adressant au ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner y a répondu[11].

Dans une lettre adressée à Marie-France Beaufils, sénatrice-maire de Saint-Pierre-des-Corps, en date du 31 mars 2011, Alain Juppé écrit concernant Salah Hamouri :

« Je déplore que les autorités israéliennes n’aient pas pris de décision de remise de peine, d’autant que les aveux faits à l’audience n’ont été corroborés par aucun élément de preuve. Je mesure la peine de sa famille, alors qu’il est à présent en âge de s’investir dans des études. Je comprends également que l’intéressé a fait le choix de ne pas solliciter de demande de grâce. C’est une attitude respectable. »

Union européenne[modifier | modifier le code]

Lors d’un débat au Parlement européen de Strasbourg le 9 juillet 2008 et consacré aux prisonniers palestiniens en Israël, la députée socialiste belge Véronique De Keyser a évoqué le cas de Salah Hamouri dans une question orale. Pour la députée,

« il faut négocier, par exemple l'échange et la libération de prisonniers, comme celle de Gilad Shalit, d'un côté, de Salah Hamouri, de l'autre[26]. »

Soutiens[modifier | modifier le code]

Comité national de soutien[modifier | modifier le code]

Un Comité national de soutien à Salah Hamouri a été créé en octobre 2008[27],[28], coprésidé par Hind Khoury et Stéphane Hessel. Jean-Claude Lefort, ancien député PCF, est le coordinateur national de ce comité.

Font également partie du Comité National de soutien des personnalités, politiques ou non, telles que Marie-George Buffet, Noël Mamère, Christiane Taubira, Jean-Louis Bianco, Jack Lang, Alain Krivine et Olivier Besancenot, Albert Jacquard, Rony Brauman, Edgar Morin, Monseigneur Jacques Gaillot, Mouloud Aounit du Mrap ou l'acteur François Cluzet, et bien d'autres[29].

Salah Hamouri a été fait citoyen d'honneur de la ville de Grigny, le 16 mai 2009[30], et la mairie de Bourg-en-Bresse[31] a apporté son soutien. Depuis la création du comité national, des comités locaux se sont formés dans plusieurs villes de France[32].

Certains de ses soutiens militants, estimant qu'il n'y a pas de « charge claire » retenue contre lui, affirment que Salah Hamouri est un prisonnier politique[22].

À la suite de la libération de Clotilde Reiss, certains y voient la possibilité d'une libération de Salah Hamouri à l'exemple du député Jean-Claude Lefort : « La France doit agir fermement auprès d’Israël comme elle l’a fait pour Clotilde auprès de l’Iran[33] ! »

Refus de soutien[modifier | modifier le code]

Le conseil municipal de Paris a refusé que Salah Hamouri soit nommé citoyen d'honneur de la ville, lors de la séance ayant conféré ce même titre à Gilad Shalit[34].

Controverse[modifier | modifier le code]

François Cluzet, ayant pris la défense de Salah Hamouri, déclare sur France 2 que celui-ci est poursuivi par la justice israélienne parce qu'il serait « contre les colonisations » des territoires palestiniens. Le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA), considérant que cette intervention constitue « un plaidoyer en faveur de la libération du terroriste franco-palestinien », rappelle que Salah Hamouri a été condamné par la justice d'Israël pour avoir « en sa qualité de leader d'une faction du FPLP » projeté un attentat, et saisit le CSA pour réclamer que France 2 « rétablisse la vérité » le concernant[35]. Entre temps, France 2 a diffusé un reportage sur Salah Hamouri, où les faits pour lesquels il a été condamné ont été rappelés. Le CSA a finalement considéré que les propos de François Cluzet n'étaient pas « constitutifs d'une incitation à la haine ou à la violence », et a souligné qu'« en diffusant, le 22 novembre 2009, un sujet complet sur Salah Hamouri, France 2 avait assuré la diversité des points de vue et l'honnêteté de l'information »[36]. Le président du BNVCA déplore toutefois un reportage « pas très équilibré »[37].

Libération[modifier | modifier le code]

Salah Hamouri est libéré[38] le dimanche 18 décembre 2011 avec 550 autres prisonniers dans le cadre de l'échange « Gilad Shalit », conclu avec l'Égypte, avec l'accord du rabbin Ovadia Yosef, dirigeant spirituel du parti orthodoxe israélien Shass[39].

Depuis sa sortie de prison, les autorités israéliennes lui ont remis plusieurs ordres militaires lui interdisant de se rendre en Cisjordanie. En janvier 2016, alors qu'elle était enceinte de 6 mois et possédait un visa en règle pour résider à Jérusalem, l'épouse de Salah Hamouri, Elsa Lefort, a été mise en détention trois jours puis expulsée vers la France et ne peut plus entrer sur le territoire israélien[40].

Hamouri est de nouveau arrêté à son domicile à Jérusalem-Est dans la nuit du 22 au 23 août 2017, sans que l’armée israélienne ne précise la raison de son arrestation[41]. Bien qu'il ne soit l'objet d'aucune inculpation, il est placé en détention administrative pour une première période de 6 mois (renouvelable indéfiniment) sur décision de l'armée israélienne, car soupçonné d'avoir renoué avec une organisation politique illégale : le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP)[42]. Selon son avocat, Mahmoud Hassan : « Ils n’ont pas de preuve, ils ont vu que Salah n’avait rien à leur cacher. Mais quand ils n’ont rien contre un Palestinien, ils le placent en détention administrative et le dossier devient confidentiel[42]. »

Témoignages de Salah Hamouri[modifier | modifier le code]

Dans une interview accordée au journal Le Point, Salah Hamouri explique qu’il doit sa libération davantage à son Comité de soutien présidé par Jean-Claude Lefort qu’au gouvernement, dont il estime les efforts tardifs et différents de ceux dont a pu bénéficier le soldat Gilad Shalit. Il remercie François Cluzet de son soutien public et déplore les pressions qu’il a subies à la suite de cette assistance. Il explique que les conditions de vie en prison sont très difficiles, comme le fait de vivre à huit dans une cellule et les empêchements de lire, d’étudier et de recevoir des visites. Au sujet de sa grève de la faim, il déclare avoir protesté par ce geste avec 234 autres prisonniers contre les conditions déplorables de détention ce qui lui a coûté une semaine d’isolement.

En ce qui concerne son accusation de tentative de meurtre sur le rabbin Ovadia Yosef, il déclare que pour Israël « tout le peuple palestinien est condamné d'avance » et rappelle la légitimité du combat pour la liberté du peuple palestinien. Enfin, il estime que les gestes du Hamas pour la libération des prisonniers palestiniens et de Mahmoud Abbas pour l'adhésion d'un État palestinien à l'ONU comme importantes[43].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nouvel Obs 04/09/2017 qui est Salah Hamouri ?
  2. Voir sur rue89.com.
  3. Le Point.fr du 9 novembre 2009.
  4. « Netanyahou rejette la demande de clémence pour Salah Hamouri », « Son comité de soutien clame son innocence depuis 2005 et pointe les faiblesses de l'accusation », Rue89.com, publié le 13 août 2009.
  5. Article d'Haaretz, 18 avril 2005.
  6. (fr) Point de contrôle.
  7. « Ma rencontre avec Salah Hamouri », récit du député Jean-Claude Lefort.
  8. L'épouse de Salah Hamouri est Elsa Lefort.
  9. Voir sur bakchich.info.
  10. « La réponse de la mère de Salah Hamouri à l'ambassade d'Israël » sur rue89.com.
  11. a et b Vidéo de la question et de la réponse.
  12. a, b et c Voir sur lefigaro.fr.
  13. a, b et c (en) Tal Rosner, « Palestinian plots to kill Ovadia Yosef », Ynetnews, (consulté le 7 mars 2010).
  14. Haaretz, 18 avril 2005.
  15. Leah Tsemel, prix Hans Litten, fondatrice du Public Committee Against Torture in Israel, PCATI.
  16. Article d'Haaretz, consulté le 23 avril 2011.
  17. « Israël/Hamouri : Sarkozy pour la clémence », sur le site du Figaro.
  18. Reportage France 2
  19. Stéphane Hessel lors du lancement du Comité de soutien
  20. Lettre ouverte de JC Lefort à M. l'ambassadeur d'Israël.
  21. Voir sur salah-hamouri.fr.
  22. a et b « Une question politique », par Patrick Le Hyaric, 27 juillet 2009.
  23. Israël: un Français aux oubliettes
  24. Jean Claude Lefort à la conférence de Bil’in.
  25. Voir sur humanite.fr.
  26. Parlement européen de Strasbourg: débat du mercredi 9 juillet 2008 - Strasbourg
  27. Création du Comité national de soutien à Salah Hamouri.
  28. Video complète.
  29. Comité de parrainage.
  30. Salah Hamouri, citoyen d’honneur de Grigny.
  31. Voir sur le site de la ville.
  32. Voir sur soutiensalahhamouri.over-blog.com.
  33. Voir sur oumma.com.
  34. Vœu 123, 16 décembre 2008.
  35. Le Point, 9 novembre 2011.
  36. Réponse du CSA au BNVCA.
  37. Le Point, 23 novembre 2009.
  38. Voir sur lefigaro.fr.
  39. Audrey Pelé, « Libéré, Salah Hamouri a toujours clamé son innocence », sur Le Figaro, .
  40. Voir sur lexpress.fr.
  41. « Salah Hamouri arrêté sans « aucun motif » par l’armée israélienne », L'Humanité,‎ (lire en ligne).
  42. a et b « Israël: Salah Hamouri placé en détention administrative pour six mois », RFI,‎ (lire en ligne).
  43. Voir sur lepoint.fr.

Liens externes[modifier | modifier le code]