Sainte Parenté

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Hans Thomann, Sainte Parenté (vers 1515), Musée de Bode, Berlin.

La Sainte Parenté désigne l'ensemble de la famille de Marie (mère de Jésus), descendants de sa mère St. Anne et composée de ses parents et sœurs et des maris et enfants de celles-ci. Selon la tradition qui a ses origines dans des manuscrits apocryphes et qui est notamment détaillée dans La Légende dorée de Jacques de Voragine[1], elle est composée de 17 personnes. La Sainte Parenté est une thème populaire de l'iconographie en Allemagne et dans les Pays-Bas, et se retrouve dans de nombreuses formes : enluminures, vitraux, sculptures, haut reliefs et peintures de la fin du XVe siècle et le début du XVIe siècle. Ce thème est à rapprocher de la Trinité mariale (Anna Selbdritt en allemand) qui montre seulement Sainte Anne, Marie et Jésus, de la Sainte Famille, où Anne est remplacé par Joseph, et enfin de la Sainte Trinité, sans présence féminine, composée de Dieu le père, du fils et du saint esprit.

Composition[modifier | modifier le code]

Hartmann Schedel, Chroniques de Nuremberg, Arbre de parenté (1493).

La Sainte Parenté est composée de Anne (mère de Marie) et de ses maris et de sa descendance. Anne s'est mariée trois fois : avec Joachim, dont est issu Marie, puis à sa mort avec Cléophas dont est issue Marie Jacobé, et enfin avec Salomas ou Salomé, dont est issue Marie Salomé. Ces trois Marie ont elles aussi eu des enfants, tous masculins et sans descendants : Marie et Josephe le seul Jésus, Marie Jacobé avec Alphée quatre enfants, et enfin Marie Salomé, avec Salomé deux enfants; il y a donc Anne et ses 3 époux, et la famille de Marie (3 personnes), la famille de Marie Jacobé (6 personnes) et la famille de Marie Salomé (4 personnes), d'où un total de 17 personnes.

Voici la parenté du Christ (d'après Voragine[1]) :

 
 
 
 
 
 
 
 
 
Émérencie
 
 
 
Stolanus[2]
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Ismérie
 
 
 
Stolanus ou Solanus(?)[3] Ephraim(?)[4]
 
 
 
 
 
 
 
 
Joachim
 
 
 
Anne
 
 
 
Cléophas
 
 
 
 
Salomas
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Élisabeth
 
Zacharie
 
Eliud
 
Émérencie[4],[5]
 
Vierge Marie
 
Joseph
 
 
 
Marie Jacobé
 
Alphée
 
 
 
 
 
Marie Salomé
 
Zébédée
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Jean le Baptiste
 
 
 
 
 
Émineu (ou Énim)
 
Memelia
 
Jésus
 
Jacques le Mineur
 
Joseph Barsabas
 
Simon le Zélote
 
Jude (apôtre)
 
Jacques le Majeur
 
Jean l'évangéliste
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Saint Servais[6]

Dans certaines représentations, on trouve également la sœur d'Anne, Ismérie, avec sa descendance, donc 8 ou 9 personnes supplémentaires. C'est le cas du tableau de Jan Baegert, mais aussi de l'antependium en provenance de Strasbourg.

Sources[modifier | modifier le code]

La base de cette arbre généalogique est le trinubium, la tradition selon laquelle Anne s'est mariée trois fois. La descendance est précisée comme suit dans La Légende dorée de Jacques de Voragine[1] :

« Anne conçut, dit-on, trois filles nommées Marie,
Dont les pères furent Joachim, Cléophas et Salomé,
Les époux Joseph, Alphée et Zébédée.
La première enfanta le Christe, la deuxième Jacques le Mineur,
Joseph le Juste, Jude et Simon
La troisième Jacques le Majeur et Jean l'oiseau. »

« Anna solet dici tres concepisse Marias,
Quas genuere viri Joachim, Cleophas, Salomeque.
Has duxere viri Joseph, Alpheus, Zebedeus.
Prima parit Christum, Jacobum secunda minorem,
Et Joseph justum peperit cum Simone Judam,
Tertia majorem Jacobum volucremque Johannem.»

Le plus ancien théologien connu à avoir exposé le concept de trinubium est Haymon d'Auxerre, dans son Historiae sacrae epitome, qui est elle-même un abrégé de manuscrits plus anciens.

Évolution[modifier | modifier le code]

La légende du triple mariage (Trinubium Annae) est peut-être due au bénédictin Haymon d'Auxerre[7]. Le concept de Sainte Parenté remonte jusqu'au début du XIVe siècle[4]. Il a vu un déploiement artistique important depuis le milieu du XIVe siècle. De très nombreuses représentations de la Sainte Parenté existent[8]. La diffusion du thème en Europe du Nord atteint toutes les couches de la société. D'après Annie Cloulas-Brousseau[8], ce succès provient du fait qu'il répond à des préoccupations de la société de l'époque. Il exalte le matriarcat et l’importance des liens familiaux qui assurent stabilité et continuité dans tous les domaines. Il affirme aussi qu’il faut procréer afin de pallier la mortalité qu’engendrent les guerres et les épidémies. La fécondité d’Anne sert de modèle aux familles chrétiennes, en justifiant le remariage des veuves. Les réformateurs accentuent encore le message. En 1523, Heinrich de Kettenbach (de), franciscain converti aux thèses luthériennes, écrivait : « Je crois que Dieu a établi le mariage de telle sorte qu’une pieuse personne mariée, même si elle a été mariée trois fois, est plus estimée de Dieu qu’un moine ou une nonne qui sont restés chastes pendant trente ans »[8].

Le Concile de Trente rejette en 1563 le triple mariage d’Anne, mettant ainsi fin à la profusion de représentations. Quelques œuvres plus tardives existent, surtout au sud des Pays-Bas[9]. Ainsi, Maarten de Vos le peigne à plusieurs reprises, et Hendrick de Clerck en compose une autre, aujourd’hui à Bruxelles (Musées royaux des beaux-arts ). Sur les sujets trône la Sainte Famille stricto sensu, entourée des parents de la Vierge, parfois accompagnés d’Élisabeth, Zacharie et du petit saint Jean Baptiste, comme chez Jacob Jordaens, La Sainte Famille avec sainte Anne, le jeune Baptiste et ses parents, Metropolitan Museum of Art[8].

Galerie[modifier | modifier le code]

Jean Fouquet, Sainte Anne et les trois Marie Bnf (département des manuscrits, NAL 1416.

La Sainte Anne et les trois Marie de Jean Fouquet, peinte entre 1452 et 1460 pour les Heures d'Étienne Chevalier, montre, à l'angle d'un jardin urbain, devant un treillis garni de rosiers, sainte Anne se tient majestueusement parmi ses trois filles accompagnées de leurs enfants. La Vierge, portant Jésus dans ses bras qui bénit sa parenté, se détache à gauche sur une tonnelle, où saint Joseph apparaît au fond à gauche en grisaille rehaussé d’or. De l’autre côte les deux autres Maries, entourées de leurs enfants qui jouent et conversent sous l’œil attentif de leurs mères. Aux yeux des contemporains pour qui « sainte Anne habitait avec ses filles dans un jardin aux palissades de roses, d’où l’on découvrait les clochers de Tours [10]».

Lucas Cranach l'Ancien, La Sainte Parenté (1509), Städel, Francfort-sur-le-Main.

En 1509, le prince électeur Frédéric le Sage commande à Lucas Cranach l’Ancien pour l’église Sainte-Marie à Torgau un triptyque consacré à la Sainte Parenté, conservé au Städel, le musée de Francfort-sur-le-Main. Dans une architecture palatine conforme au goût nouveau pour l’antique[8], les contemporains prêtent leurs traits aux personnages bibliques. Tandis que les demi-sœurs de Marie et leurs époux prennent place sur les volets, Marie et Anne, presque aussi jeune que sa fille, jouent avec Jésus qui cherche à attraper une pomme tendue par sa mère. Ses cousins, beaucoup plus âgés que lui, jouent aussi avec des pommes. Joseph, pensif, baisse les yeux et toute l’attention se concentre sur les trois maris d’Anne, accoudés derrière une balustrade. Le statut des deux plus jeunes est indiqué par des putti en grisaille présentant des blasons et par la tenture rouge qui les surmonte. Ce sont l’Empereur Maximilien et son chapelain, Wolfgang von Maen. Un peu à l’écart, Joachim dont les vêtements modestes contrastent avec les costumes d’apparat de ces voisins, est un autoportrait du peintre. Sur les volets latéraux, Frédéric et son fils Jean incarnent Alphée et Zébédée[11].

Gandolfino da Roreto a peint cinq versions sur le thème de la Sainte Parenté, dont une Sacra Parentela (it) qui se trouve au musée municipal d'art antique (it) de Turin. Celle conservée dans la cathédrale d’Asti a servi de modèle au peintre lombard Lorenzo Fasolo, dans sa composition pour la chapelle Multedi de l’église San Giacomo de Savone[8]. Une autre composition du peintre sur ce thème se trouve au Louvre[12].

Wolf Traut, Sainte Parenté (1514), Bayerisches Nationalmuseum, Munich.

Une autre représentation de la Sainte Parenté est un tableau du peintre nurembergeois Wolf Traut (1478/80- 1520). Il constitue le panneau central du triptyque d'un retable qui était initialement dans la chapelle Tuchmacher de l'église Saint-Laurent (Lorenzkirche) de Nuremberg et qui, à partir du XVIIe siècle se trouvait à Artelshofen (maintenant incorporé dans la commune de Vorra), dans l'église patronale des Harsdorffer avant de trouver sa place finale au musée. On y trouve, devant un baldaquin tenus par deux angelots, sainte Anne jouant avec le Christ sur les genoux de sa mère, et les deux autres Marie avec leurs enfants au premier plan; relégués au deuxième les époux, le tout entouré de deux colonnes ouvragées et donnant sur un paysage verdoyant. Au-dessus se trouve l'esquisse d'une Sainte Trinité, avec Dieu le père couronné et portant le globe terrestre surmonté d'une croix, et juste en dessous la colombe du Saint-Esprit, le tout dans un concert où jouent un orchestre et un chœur d'angelots, avec tambours, harpe, viole et trompettes.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Jacques de Voragine, La Légende dorée, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », , « La Nativité de la sainte Vierge Marie », p. 730 et 1372 (Notes).
  2. D'après le Ökumenisches Heiligenlexikon, ce nom est dans la tradition des Carmélites qui fait naître Émérencie au Mont Carmel, une autre les nomme Ysachar et Susanna.
  3. Ce nom de l'époux d'Ismérie est rapporté dans :What is the Holy Kindred ?.
  4. a, b et c Heilige Sippe dans le Ökumenisches Heiligenlexikon.
  5. Cette Émérencie reprend le nom de la mère d'Anne lorsque celle-ci est appelée Suzanne.
  6. D'après la Légende dorée, page 730, « le corps de Saint Gervais est dans la ville de Mastricht, située sur la Meuse, dans le diocèse de Liège ». Mais il ne peut s'agir de Servais de Tongres qui vivait 300 ans plus tard. Les commentateurs de la Légende dorée sont eux-mêmes perplexes (note 6, page1773).
  7. (de) Beda Kleinschmidt, Die heilige Anna. Ihre Verehrung in Geschichte, Kunst und Volkstum, , p. 255-258
  8. a, b, c, d, e et f Annie Cloulas-Brousseau Sainte Anne Trinitaire. La Sainte Parenté.
  9. Émile Mâle, L’Art religieux après le Concile de Trente, Paris, Armand Colin, , p. 346.
  10. Émile Mâle, L’Art religieux de la fin du moyen âge, cité par Annie Cloulas-Brousseau
  11. Max Friedländer, J. Rosenberg, Die Gemälde von Lucas Cranach, Bâle, 1989.
  12. Sacra Parentela (La Famille de la Vierge) (1513), Musée du Louvre.

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Articles liés[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]