Aurelia Petronilla

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Sainte Pétronille

Pétronille ou Petronelle ou Aurelia Petronilla (morte à Rome à la fin du Ier siècle) est un personnage vénéré comme vierge et martyre (témoin) par la plupart des églises chrétiennes. Elle aurait été convertie par l'apôtre Pierre à Rome. C'était probablement un membre de la famille flavienne, descendante de Titus Flavius Petro. Elle a été enterrée dans la catacombe de Domitilla, située via Adreatina. Les saints Nérée et Achillée ont été enterrés à ses côtés par la suite (vers 96).

C'est une sainte chrétienne fêtée le 31 mai.

Son nom[modifier | modifier le code]

Le Liber Pontificalis restitue ainsi l'inscription gravée sur son sarcophage : « Aureliae Petronillae Filiae Dulcissimae ("Aurélia Pétronilla chère fille")[1] ». Ce sarcophage de marbre qui existait encore lors du transfert de ses restes dans la basilique pontificale par le pape Paul Ier (757 - 767) est aujourd'hui perdu. L'inscription sur ce sarcophage, ainsi qu'un manuscrit de Pierre Sabinus de Venise, montrent que Pétronille s'appelait Aureliae Petronillae (Aurelia Petronilla)[2]. « Aurelia était son gentilicium et son cognomen Petronilla n'est pas dérivé de Petrus, mais de Petro, Petronis et [...] ce même cognomen figure en tête de la généalogie des flaviens[2]. » Elle est née d'un mariage d'un Flavius avec une Aurelia, ou vice-versa[2].

Un ensemble d'éléments convergent pour indiquer qu'elle était membre de la famille des Flaviens dont trois membres deviendront empereur[3]. Elle a été enterrée dans une propriété qui, à l'époque de Domitien, appartenait à Flavia Domitilla[2],[4], même s'il y a débat pour savoir si cette dernière était la nièce de Titus Flavius Clemens ou sa femme[5],[6]. La tradition chrétienne a retenu qu'elle était la descendante de Titus Flavius Petro, le grand-père de Vespasien. Dans l'Épître du pseudo-Titus, le disciple Tite, auteur pseudépigraphe de la lettre est présent à son domicile. Il intervient pour interroger l'apôtre Pierre et demander sa guérison. Il en est de même dans les Actes de Nereus et Achilleus[1]. Or Tite est le diminutif de Titus[7],[8], le prænomen porté par tous les hommes connus de cette famille flavienne. Les textes chrétiens la présentent astucieusement, comme « la fille de Pierre » ce qui est une double référence: à celui qui lui a donné son nom et qui devait s'appeler Petro[2] (Pierre en latin) — que celui-ci soit son père, son grand-père, voire son arrière grand-père — et aussi à l'apôtre Pierre dont elle était la fille spirituelle, puisque c'est lui qui l'avait convertie. C'était aussi une parente de la sainte Flavia Domitilla.

Tradition et légende[modifier | modifier le code]

Funérailles et apothéose de sainte Pétronille par Guercino

Comme beaucoup de saints des premiers temps de l'Église, on ne connaît quasiment rien de sa vie. Les seules informations sûres sont le nom qu'elle portait, et le fait qu'elle soit une martyre : ces deux indications figurent sur une fresque du IVe siècle située dans la basilique souterraine de la catacombe de Domitilla. Toutefois, dans les tout premiers temps du mouvement créé par Jésus on était Martyr (témoin) si on avait revendiqué sa qualité de chrétien devant un tribunal et refusé de sacrifier aux Dieux romains, même si on avait été relâché ensuite par le tribunal[9]. Ce qui explique que certains soient « plusieurs fois martyrs[9] » après avoir été relâchés[9].

Dans la Légende dorée, il est écrit qu'elle était la fille de l'apôtre Pierre, sans faire référence à une filiation spirituelle[10]. Toutefois, une filiation spirituelle, soulignée par la consonance entre le prénom de Pierre et celui de Pétronille est plus probable. Une autre tradition veut qu'elle soit la descendante de Titus Flavius Petro, le grand-père de Vespasien.

Selon la légende, Flaccus, noble romain, séduit par sa beauté, la demanda en mariage, mais la jeune fille voulait consacrer sa virginité à Dieu, et elle refusa de l'épouser. Flaccus la menaça, et lui accorda seulement trois jours pour lui donner une réponse favorable. Pétronille pria, jeûna et à sa prière, Dieu la rappela à lui. Flaccus, à son retour, ne put qu'assister à ses funérailles. Il est dit que Saint-Pierre l'a guérie de paralysie et de fièvres intenses.

Pétronille est souvent associée à sainte Félicule et parfois présentée comme sa sœur. La Légende dorée la présente comme une compagne de Pétronille, qui elle aussi se serait refusée à Flaccus. Pour cette raison, elle aurait été livrée à la torture puis exécutée.

Sépulture initiale[modifier | modifier le code]

Presque toutes les listes des tombes des martyrs romains les plus vénérés des VIe – VIIe siècle, mentionnent la tombe de sainte Pétronille comme située dans la Via Ardeatina (it) à Rome, à côté de la sépulture des saints Nérée et Achillée[11]. Ces notices ont été confirmées par les fouilles qui ont été faites dans les catacombes de Domitilla. La propriété sur laquelle ils ont été enterrés appartenait à une branche de la famille des flaviens. Une topographie des tombes des martyrs romains, l'Epitome libri de locis sanctorum martyrum, localise « Via Ardeatina » une église de sainte Pétronille, dans laquelle deux saints du Ier siècle, Nérée et Achillée, ainsi que Pétronille ont été enterrés[11].

Cette basilique semi-enterrée, construite dans la catacombe de Domitilla, a été découverte et les monuments qui s'y trouvent ont confirmé que les tombes des trois saints étaient autrefois vénérés à cet endroit[12].

Une inscription confirme son nom et le fait qu'elle était considérée comme une martyre, bien que les sources parlent d'une mort naturelle à son propos. Toutefois, avant 150, on était martyr si on n'avait pas renié sa foi en Jésus-Christ devant un tribunal, même s'il n'y avait pas eu de condamnation à mort à l'issue du procès. Elle figure sur une fresque de la fin du IVe début du Ve siècle située dans un cubiculum de la basilique souterraine de la catacombe de Domitilla datant du IVe siècle[13],[12], [14]. Pétronille y est représentée comme recevant au ciel, une personne décédée (appelée Veneranda)[15]. Cette fresque, une des plus anciennes de la chrétienté se trouve sur la pierre qui ferme une tombe dans une crypte souterraine derrière l'abside de la basilique[16] que fit construire le Pape Sirice († 26 novembre 399 à Rome) après 390 sur la via Adreatina[1]. Sur cette fresque figure l'inscription PETRONELLE MART[YR].

Elle apparaît pour la première fois dans un fragment en copte des Actes de Pierre[13] un texte datant du IIe siècle, mais dans ces textes les plus anciens son nom n'est pas donné[13]. Elle y est désignée comme « la fille de Pierre[13]. » Dans ces versions, elle demeure paralysée à la demande de ses parents[13], Pierre effectue donc le miracle qui consiste à la paralyser. Le sens caché de ces allusions n'a pas encore été percé. Dans certaines versions des Actes de Pierre, elle est appelée « la fille du jardinier[17]. » Le premier texte à donner finalement son identité est appelé Actes de Nérée et Achillée[13]. Comme dans le fragment copte, elle est paralysée à la demande de ses parents, mais dans cette version elle récupère progressivement, pour pouvoir être courtisée par un certain come Flaccus[13].

Translations de sa sépulture et don aux rois de France[modifier | modifier le code]

En 755, les cimetières et basiliques situés autour de Rome furent dévastés par les Lombards qui assiégeaient la ville. Dès que la paix fut conclue, le Pape Paul Ier commença à transférer dans des lieux plus sûrs les reliques des saints illustres[18]. Le sarcophage qui conservait les restes de la sainte est solennellement transféré dans le mausolée, modifié en chapelle, qui lui a été réservé au Vatican[18] (757). Celui-ci a été emménagé dans unes des deux rotondes, des mausolées impériaux circulaires datant de Caracalla (211 -217), bâties aux deux extrémités de la spina du Cirque de Caligula et de Néron, près de la basilique Saint-Pierre[19]. La rotonde orientale était déjà dédiée l'apôtre André, frère de Pierre, depuis le VIe siècle et reliée à la basilique Saint-Pierre, elle constituait l'entrée latérale de la basilique[19]. La rotonde dédié à sainte Pétronille, « fille de Pierre », celle dédiée à son frère André reliée à la grande basilique était clairement un ensemble dédiée à la mémoire de Pierre, supposé avoir été le fondateur de l'église de Rome.

Charlemagne, aux environs de l'an 800 vint visiter la chapelle où reposait le corps de Pétronille et sembla avoir une profonde vénération pour elle. Ce bâtiment a été donné en toute propriété aux rois francs sous le nom de « Capella regum Francorum » (chapelle des rois Francs) avant de devenir la chapelle de sainte Pétronille[20], peut-être dès l'époque de Charlemagne. Déjà Pépin le Bref, le père de Charlemagne, aurait fait transporter à Rome sa fille Gisèle qui venait de naître, afin qu'elle reçût le baptême des mains du pape Paul Ier près du tombeau de Pétronille.

Depuis cette époque, Pétronille était reconnue comme patronne des rois de France, elle devint patronne nationale quand la France se nomma Fille aînée de l'Église, ce qui a fait dire que la France est la première fille de l'Église comme Pétronille est la fille du premier chef de l'Église. Son association avec la couronne française vient du fait que Charlemagne et Carloman ont été considérés comme des fils adoptifs de Saint Pierre après 800.

Aussitôt devenu roi de France, Louis XI octroya 1 200 écus d'or en faveur de l'édifice de l'église Sainte-Pétronille à Rome, par lettre patente datée d'Amboise le 3 novembre 1461[21]. À la suite de la maladie du dauphin Charles, le roi aurait fait embellir la chapelle de sainte Pétronille. C'est probablement à partir de ce moment qu'elle devient la patronne des dauphins de France[22], des représentations de dauphins figurant sur son sarcophage initial.

Pendant le règne de Louis XII, le cardinal Jean de Bilhères Lagraulas commanda au jeune sculpteur Michel-Ange une vierge de piété, la célèbre Pietà, pour décorer la chapelle Sainte-Pétronille, petit édifice proche de la basilique constantinienne de Saint-Pierre de Rome et lieu de rassemblement des Français de Rome avant la construction de l'église Saint-Louis-des-Français.

La rotonde dédiée à saint André a été « démolie en 1777, l’autre, à l’ouest, dédiée à sainte Pétronille, la fille de Pierre, a disparu dès le Moyen Âge[19]. » Le sarcophage où figurait des dauphins ainsi que son nom, Aurelia Petronilla est aujourd'hui perdu. Les restes de la sainte se trouvent toujours dans la Basilique Saint-Pierre.

Culte[modifier | modifier le code]

Chaque année, le 31 mai, jour de la fête de Sainte-Pétronille, une messe est dite dans la chapelle pour la France et tous les Français de Rome y sont invités. Pétronille reste patronne nationale de la France jusqu'au XVIIe siècle[23].

Beaucoup de prénoms ainsi que le terme de péronnelle, sont dérivés du prénom Pétronille : Pierrette, Perrine, Pernelle, Pernette, Péroline, Pétronelle, Pétronile.

Représentation - patronage[modifier | modifier le code]

Sainte Pétronille est représentée avec la palme du martyre, souvent en compagnie de saint Pierre. Elle guérit les fièvres.

Une tradition en fait la servante de Saint Pierre, aussi est-elle parfois représentée avec un balai à la main et vêtue de guenilles.

Dictons[modifier | modifier le code]

  • « Pluie de Sainte Pétronille change raisin en grappilles. »
  • « Quand il pleut, Sainte Pétronille, quarante jours trempe sa guenille. »
  • « S'il pleut le jour de Sainte-Pétronille, le blé diminue jusqu'à la faucille. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Amy-Jill Levine, Maria Mayo Robbins, A Feminist Companion to the New Testament Apocrypha, 2006, T & T Clark International, New-York, p. 140.
  2. a, b, c, d et e Giovanni Battista De Rossi, Bulletin d'archeologie chretienne de M. le commandeur J.B. de'Rossi, p. 41
  3. Bull. arch. crist., 1874, p. 8s ; 1875, p. 1s ; 1878, p. 132s ; 1879, p. 158s.
  4. Jean Héracle, Une grande dame de l'ancienne Rome: Flavia Domitilla, petite fille de Vespasien, p. 114.
  5. Les deux Flavia Domitilla — celle mentionnée par Dion Cassius et celle mentionnée par Eusèbe de Césarée — sont une seule et même personne pour Paul Mattéi. Pour lui, il y a seulement une imprécision sur le lien de parenté qui l'unit à Flavius Clemens: épouse pour Dion Cassius, nièce pour Eusèbe de Césarée. cf. Paul Mattéi, Le christianisme antique de Jésus à Constantin.
  6. Brian Jones, The Emperor Domitian, 1993, Routledge, Londres, p. 117.
  7. Marie-Françoise Baslez, Saint Paul, Paris, 2012, éd. Pluriel, p. 484.
  8. De nombreuses versions comportent d'ailleurs Titus à la place de Tite, tant dans les Actes de Pétronille que dans d'autres sources chrétiennes.
  9. a, b et c Claudio Moreschini, Enrico Norelli, Histoire de la littérature chrétienne ancienne grecque et latine, p. 258.
  10. Jacques de Voragine, Légende dorée, Sainte Pétronille.
  11. a et b Giovanni Battista De Rossi, Roma sotterranea, I, 180-1
  12. a et b Giovanni Battista De Rossi, Bollettino di archeologia cristiana, 1874, p. 5s.
  13. a, b, c, d, e, f et g Christine M. Thomas, The Acts of Peter, Gospel Literature, and the Ancient Novel: Rewriting the Past, Oxford University Press, p. 61.
  14. Giovanni Battista De Rossi, Bulletin d'archeologie chretienne de M. le commandeur J.B. de Rossi, Recherches sur l'âge du tombeau de Veneranda, p. 12s.
  15. Giovanni Battista De Rossi, Bulletin d'archeologie chretienne de M. le commandeur J.B. de Rossi, Explications de la fresque représentant Veneranda introduite par Pétronille en paradis, p. 19s.
  16. Wilpert, Die Malereien der Katakomben Roms, Freiburg, 1903, plate 213; Giovanni Battista De Rossi, ibid., 1875, p. 5s.
  17. Christine M. Thomas, The Acts of Peter, Gospel Literature, and the Ancient Novel: Rewriting the Past, Oxford University Press, p. 67.
  18. a et b Giovanni Battista De Rossi, Bulletin d'archeologie chretienne de M. le commandeur J.B. de'Rossi, p. 31.
  19. a, b et c Gérard Nauroy, La nécropole vaticane et le tombeau de saint Pierre : une description en forme d’état de la question, p. 430.
  20. De Rossi , " Inscriptiones christianae Urbis Romae " , II , 225
  21. https://books.google.fr/books?id=SMxRAAAAcAAJ&pg=PA162 note n° 1 ; son objectif était toutefois, à moitié fidèle catholique, à moitié politique, car cette lettre patente ordonnait pareillement d'autres dons destinés aux établissement en Bretagne et en Galice (lettre conservée auprès de la Bibliothèque nationale de France, fr20420 , folio 21 ; voir aussi https://books.google.fr/books?id=q8VzCQAAQBAJ&pg=PT27 (Jules Michelet)).
  22. (en) Feast of the Visitation May 31, sur http://www.saintpatrickdc.org.
  23. Jacques Baudoin, Grand livre des saints, Éditions Créer, , p. 393

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Saint Petronilla » (voir la liste des auteurs).
  • Les Chapelles de Sainte-Pétronille, Rome et ses vieilles église - Émile Mâle - Paris - 1942

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Liens externes[modifier | modifier le code]