Sainte-Vehme

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Une Sainte-Vehme sur une miniature dans le Herforder Rechtsbuch (vers 1375).

La Sainte-Vehme (Fehmgerichte)[note 1], était une société secrète d'inspiration chrétienne créée en Westphalie au XIIIe siècle et active jusqu'au début du XIXe siècle. Son nom vient du néerlandais veem (corporation). L'institution prétendait agir au nom du Saint-Siège[1].

Charles IV a recours à l'aide de la Sainte-Vehme pour assurer la paix. Wenceslas accorde à la Sainte-Vehme, en 1382, le droit d'appel dans tout l'Empire[2].

Le pic d'activité de ces cours se situe aux XIVe et XVe siècles, une activité moindre étant attestée pour les XIIIe et XVIe siècles, et des preuves éparses établissant leur existence continue aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elles ont finalement été supprimées par ordre de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie, en 1811.

Histoire[modifier | modifier le code]

Peinture du Femegericht (tribunal de la Sainte-Vehme) par Friedrich Hiddemann

L'apparition de la Sainte-Vehme coïncide avec les troubles qui suivent la mort du roi Conrad IV de Hohenstaufen en 1254 : la vacance de la monarchie centrale, la lutte entre les maisons de Habsbourg et de Luxembourg, le pillage des domaines de la couronne et la division du clergé permettent aux seigneuries locales et aux villes d'acquérir une autonomie politique, conduisant à l'explosion politique de l'Empire allemand[3]. L'objectif de la Sainte-Vehme était de contrebalancer l'éparpillement politique par une unité juridictionnelle. Son succès est également dû aux difficultés des roturiers à obtenir justice autrement[2].

Son but était de rendre justice de manière ferme, droite et expéditive (les condamnés étaient généralement pendus)[3]. Composée initialement d'échevins, elle s'ouvrit ensuite aux chevaliers teutoniques. Elle était composée de 14 juges (7 nobles et 7 bourgeois), tenus au secret quant aux statuts, fonctionnement et délibérations du tribunal. Elle siège souvent en secret, d'où sa qualification de tribunal secret[4].

La Vehme ne prononce que deux verdicts. L'accusé est soit acquitté soit condamné à mort et exécuté dans les plus brefs délais[2].

Son siège central se trouvait à Dortmund, mais de nombreux tribunaux locaux apparurent en Allemagne.

La Sainte-Vehme était réputée compétente pour juger :

Créée dans l'espace laissé par les carences du pouvoir impérial, la Sainte-Vehme perd sa raison d'être avec l'affermissement du pouvoir sous les règnes de Maximilien Ier et de Charles Quint et la restauration de l'autorité de la justice impériale. Provisoirement restaurée pendant la guerre de Trente Ans (1618–1648), elle disparaît totalement à la fin du XVIIIe siècle, tout en continuant cependant à exercer une fascination macabre sur les mentalités allemandes du XIXe siècle.

Déclin et dissolution des tribunaux[modifier | modifier le code]

Le fait qu'une organisation de ce type ait donné lieu à des abus intolérables, tels que la corruption, était en soi inévitable ; dès le milieu du XVe siècle, des protestations ont été soulevées contre les inimitiés de la cour[5].

Avec le pouvoir croissant des souverains territoriaux et l'amélioration progressive du processus de justice ordinaire, les fonctions des tribunaux de la Sainte-Vehme ont été supplantées. Par l'action de l'empereur Maximilien et d'autres princes allemands, ils ont été, au XVIe siècle, à nouveau limités à la Westphalie, et là aussi, ils ont été placés sous la juridiction des tribunaux ordinaires, et finalement confinés à de simples fonctions de police. Avec ces fonctions, cependant, mais avec les anciennes formes depuis longtemps dépouillées de leur caractère impressionnant, ils ont survécu jusqu'au XIXe siècle. Elles ont finalement été abolies par ordre de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie, en 1811. Le dernier Freigraf est mort en 1835[4].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le mathématicien allemand Leibniz trouvera au mot Vehme (Fehm en allemand), une origine latine : fama, c’est-à-dire « loi fondée sur l’opinion commune ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Thomas Keightley, Secret Societies of the Middle Ages, p. 344, Google Books, consulté le 18 avril 2015.
  2. a b et c Bernard Vogler, « LA VEHME », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 30 octobre 2020).
  3. a et b Jean-Pierre Bayard, Les francs-juges de la Sainte-Vehme, Dualpha, (ISBN 978-2-915461-07-7, lire en ligne).
  4. a et b (en) « Sainte-Vehme », dans Encyclopædia Britannica, 1911 [détail de l’édition] [lire en ligne] [ (en) Lire en ligne sur Wikisource].
  5. McCall, Andrew The Medieval Underworld Sutton Publishing (2004) p111

Lien externe[modifier | modifier le code]