Saint Louis (paquebot)

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Saint Louis
Image illustrative de l’article Saint Louis (paquebot)
Le Saint Louis à La Havane en juin 1939
Autres noms St. Louis
Type Paquebot transatlantique
Histoire
Chantier naval Bremer-Vulkan, Brême
Quille posée 16 juin 1925
Lancement 6 mai 1928
Mise en service 15 juin 1929
Statut Démoli à Hambourg en 1952
Caractéristiques techniques
Longueur 175 m
Maître-bau 22 m
Tonnage 16 732 tonneaux
Propulsion Moteurs Diesel MAN, 2 hélices
Vitesse 16 nœuds
Caractéristiques commerciales
Pont 8
Passagers 973 (270 en cabine, 287 en touriste, 416 en 3e)
Carrière
Armateur Hamburg America Line
Pavillon Drapeau de l'Allemagne Allemagne

Le Saint Louis était un paquebot allemand à bord duquel 963 Juifs allemands quittèrent l'Allemagne nazie durant le printemps 1939.

Le paquebot[modifier | modifier le code]

Le Saint Louis était en général affecté à la ligne HambourgAmérique (Hapag). Il disposait de huit ponts et pouvait accueillir 400 passagers en 1re classe (800 Reichsmarks) et 500 passagers dans la classe touriste (600 Reichsmarks). Les passagers avaient en outre été obligés de payer 230 Reichsmarks de plus au cas où le bateau serait obligé de faire demi-tour. Au princtemps 1939, le bateau était commandé par le capitaine Gustav Schröder et comprenait 231 membres d'équipage.

La traversée du printemps 1939[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

En 1939, les Juifs allemands étaient déjà largement persécutés. Quelques mois auparavant, en novembre 1938 s'était déroulé un pogrom dans toute l'Allemagne : la Nuit de Cristal. De nombreux Juifs étaient arrêtés et regroupés en camp de travail forcé. Dans le même temps, les lois sur l'immigration et l'émigration avaient accentué les difficultés des Juifs allemands à quitter l'Allemagne, et ils devaient se dépouiller de tous leurs biens au profit des nazis.

Embarquement à Hambourg.

Dans ce contexte, le Saint Louis constituait pour beaucoup un des derniers espoirs de quitter le Reich. Un certain nombre de passagers avait réussi à sortir des camps de concentration, tels que Dachau, dans lesquels ils étaient internés à la condition expresse qu'ils quittent l'Allemagne afin d'émigrer avec le Saint Louis.

Beaucoup de passagers laissaient derrière eux certains membres de leur famille car le coût du billet était prohibitif pour des Juifs qui avaient souvent perdu leur travail et tous leurs biens. Un certain nombre d'entre eux avaient aussi de la famille qui avait émigré auparavant.

Pour les Nazis, ce voyage servait essentiellement à des fins de propagande. Leur objectif était de montrer à l'étranger et par la propagande intérieure que les Juifs allemands étaient libres d'émigrer s'ils le désiraient.

Le voyage vers Cuba[modifier | modifier le code]

Passagers bloqués au port de La Havane.

Les 896 passagers, munis d'un visa touristique pour Cuba ou de permis réguliers d'immigration, embarquèrent le et le bateau appareilla de Hambourg pour Cuba à huit heures du soir, sous le commandement de Gustav Schröder[1]. Il fit escale le 15 mai dans la rade de Cherbourg pour y embarquer les derniers voyageurs[2]. À Cuba, pays de transit, les Juifs étaient censés attendre que les quotas américains leur permettent d'entrer aux États-Unis. Le Saint Louis avait à son bord six « observateurs » nazis travaillant pour le compte de l’Abwehr et chargés de récupérer à Cuba des informations concernant l'état d'esprit de l'administration et de l'armée américaine, alors présente dans l'île.

Une demi-heure après avoir quitté le port, le Saint Louis reçut un message qui ordonnait, sans explication, au bateau d'accélérer son allure pour rattraper deux autres navires, le Flandre et l’Orduna, qui faisaient aussi route vers Cuba avec des réfugiés juifs à leur bord. Le voyage se déroula dans de bonnes conditions. Le capitaine avait insisté auprès de l'équipage afin qu'il traite les passagers comme lors des croisières habituelles. Le 23 mai, le capitaine reçut un télégramme l'informant d'un possible problème pouvant empêcher les passagers de débarquer à Cuba. Il organisa un petit comité composé de juristes afin d'étudier la question et les options possibles au cas où les passagers ne seraient pas autorisés à y débarquer.

L'asile refusé[modifier | modifier le code]

Au début de l'année 1939, le gouvernement cubain avait établi un décret différenciant les conditions d'accès sur son sol selon que les arrivants étaient touristes ou réfugiés. Selon ce décret (le décret 55) et contrairement aux touristes, les réfugiés devaient désormais disposer d'un visa pour entrer à Cuba et en plus payer 500 dollars afin de prouver qu'ils pourraient subvenir à leurs besoins une fois arrivés sur l'île. Cependant, le décret avait une faille : il ne définissait pas clairement la différence entre un touriste et un réfugié. Le directeur de l'immigration, Manuel Benitez, profita de cette faille pour délivrer des permis touristiques, beaucoup moins chers, permettant à leurs détenteurs de débarquer à Cuba. La société Hapag proposa des forfaits contenant une traversée et un visa. Le 5 mai, le président cubain Federico Laredo Brú et son cabinet promulguèrent un autre décret (le décret 937) afin de combler la faille du décret 55. Les prétextes furent multiples : Benitez fut accusé de trafic et de corruption, et les quelques centaines d'immigrants européens furent accusés de peser sur l'économie cubaine, alors que l'île croulait sous les casinos, les tripots et les hôtels où les riches américains venaient passer du bon temps.

Arrivé le 27 mai au large du port de La Havane, le paquebot ne fut pas autorisé à accoster et dut mouiller en dehors de la rade. Les passagers se virent refuser l'entrée à Cuba, malgré les visas que leur avait accordés l'ambassade de Cuba en Allemagne. Le capitaine Schröder essaya ensuite de débarquer ses passagers directement aux États-Unis.

Retour en Europe[modifier | modifier le code]

Contraint de quitter le port de La Havane le , le capitaine fit cingler le paquebot vers l'Amérique du Nord. Le périple du bateau entraîna une très grosse controverse aux États-Unis. À l'origine, le président des États-Unis, Franklin D. Roosevelt, qui avait organisé quelques mois auparavant la Conférence d'Évian sur les réfugiés juifs, montra une certaine volonté d'accueillir une partie des réfugiés. Mais l'opposition véhémente du Secrétaire d'État Cordell Hull et des démocrates du Sud (certains allant jusqu'à le menacer de ne pas le soutenir à l'élection présidentielle de 1940), le firent renoncer.

Négociations en Belgique.

Le , Roosevelt ordonna d'interdire l'entrée au bateau qui attendait dans la mer des Caraïbes entre la Floride et Cuba. Schröder tenta d'entrer au Canada, mais fut une nouvelle fois refoulé. Il repartit vers l'Europe. Durant la traversée du retour, Morris Troper, directeur pour l'Europe de l'American Jewish Joint Distribution Committee, entreprit des démarches pour trouver une issue. Le capitaine Schröder a sérieusement envisagé d'échouer son navire sur les côtes britanniques, de manière à rendre impossible le retour de ses passagers en Allemagne.

Enfin, le samedi 10 juin, la Belgique acceptait d'accueillir environ 250 passagers, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, et la France firent des offres similaires. Le bateau accosta le 17 juin à Anvers, d'où les passagers furent redirigés vers leur destination finale[3]. Les passagers à destination de la France et du Royaume-Uni prirent un autre bateau envoyé par la compagnie qui avait affrété le Saint Louis. Environ 200 passagers furent accueillis par la France à leur arrivée à Boulogne-sur-Mer et 282 par le Royaume-Uni à Southampton. La Belgique et les Pays-Bas accueillirent environ 200 passagers chacun.

Le paquebot après 1939[modifier | modifier le code]

De 1940 à 1944, le navire fut réquisitionné par la Kriegsmarine comme transport de troupes et caserne flottante. Il fut gravement endommagé lors du bombardement allié sur Kiel le 30 août 1944, mais fut réparé et servit comme bateau-hôtel à Hambourg en 1946. Il fut ensuite envoyé à la casse en 1952.

Une fois précisées ses idées, intentions et actions, le capitaine Schröder fut considéré comme un humaniste et reçut la médaille de « Juste parmi les nations » à titre posthume le 11 mars 1993.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Georg Reinfelder, MS "St. Louis", Hentrich & Hentrich, , p. 8.
  2. (de) Georg Reinfelder, MS "St. Louis", Hentrich & Hentrich, , p. 33.
  3. Ephraim Schmidt, L'histoire des juifs à Anvers, Université d'Anvers, , p. 136

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Benyamin , L'odyssée de la peur,
  • Gilbert Sinoué, Un bateau pour l'enfer,
  • Diane Afoumado (préf. Serge Klarsfeld), Exil impossible. L'errance des Juifs du paquebot « St. Louis », Paris, L'Harmattan, . Cette étude rigoureuse sur le périple des passagers du St. Louis repose principalement sur des archives américaines et allemandes, jusque-là non exploitées.
  • L'épisode du Saint-Louis à Cuba est également relaté dans le roman Hérétiques, de Leonardo Padura.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]