Saint Laurent rive gauche

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Saint Laurent rive gauche[n 1] est une marque de vêtements de prêt-à-porter fondée en 1966 par Pierre Bergé, le couturier Yves Saint Laurent, et Didier Grumbach.

Article principal : Yves Saint Laurent (entreprise).

Historique[modifier | modifier le code]

Préambule[modifier | modifier le code]

Au tout début des années 1960, le jeune couturier Yves Saint Laurent quitte Dior auréolé d'un succès immense et mondial. Sa dernière collection pour la maison de couture est nommée « Rive Gauche » ; inspirée par les Beatniks, elle réinterprète de façon luxueuse leur vestiaire mais est fraichement accueillie[1].

Article détaillé : Yves Saint Laurent (Dior).

Avec Pierre Bergé et des financements annexes, il fonde sa propre maison. Dès janvier 1962, pour sa première collection[2], il s'affirme comme un acteur incontournable de la haute couture ; mais dans les années 1960, cette inaccessible haute couture est quelque peu démodée, et surtout peu rentable. Le marché de la mode est en pleine évolution : Courrèges et Cardin révolutionnent les tendances de l'époque, les jupes raccourcissent, le pantalon se démocratise peu à peu pour les femmes. Yves Saint Laurent, souhaitant rendre plus accessible ses créations va participer à ce renouvellement du paysage de la mode, avec une démarche à la fois sociale, politique et culturelle, mais également financière : la survie des griffes de haute couture passant par ce chamboulement. La couture est supplantée par le prêt-à-porter, les magazines Elle et Marie Claire en sont les porte-drapeaux.

Articles détaillés : Prêt-à-porter et Années 1960 en mode.

Mais Yves Saint Laurent, convaincu de la nécessité « de démocratisation[2] » de la mode, n'abandonne pas pour autant son rang dans la haute couture parisienne : En 1965, c'est la collection Mondrian - Poliakoff dont la robe Mondrian deviendra une icône ; c'est également la collection Pop Art inspirée par Andy Warhol, et le premier smoking féminin qui deviendra un symbole du couturier dans les décennies suivantes.

Présentation[modifier | modifier le code]

En 1963, l'entreprise Charles of the Ritz (en) achète une grande majorité de la marque Yves Saint Laurent, et lance l'année suivante un parfum, Y en échange d'un accord commercial engageant à reverser une partie du chiffre d'affaires réalisé par ce parfum. L'apport de liquidité va permettre rapidement d'investir[3]. Didier Grumbach, alors à la tête de l'entreprise de confection C.Mendès s'associe avec Pierre Bergé et Yves Saint Laurent pour fonder Saint Laurent rive gauche[4],[n 2] ; Pendant une douzaine d'années, C.Mendès sera le premier fabricant pour cette enseigne.

Le 26 septembre 1966 ouvre le premier point de vente à Paris, rue de Tournon. C'est la première fois qu'une boutique de prêt-à-porter, en dehors de sa maison, porte le patronyme d'un grand couturier[5]. Celle-ci est une ancienne boulangerie, agencée par Isabelle Hebey pour Saint Laurent. L'inauguration se fait en présence de Catherine Deneuve. La presse parle de « coup de génie[6] ». « Ce qui m'intéresse c'est d'arriver à créer pour les femmes quelques types de vêtements rationnels et indémodables[7] » dira plus tard le couturier.

La première collection a été créée sur Danielle Luquet de Saint Germain, et son succès est immédiat : « C'est l'identification de la boutique qui faisait qu'on entrait » dit Andrée Putman[8]. Les basiques d'Yves Saint Laurent sont là, bien que d'un tarif élevé, moins cher qu'en haute couture. La clientèle aussi est nouvelle : elle se rajeunit et touche des clientes qui n'avaient ni les moyens[9], ni l'envie de vêtements de haute couture. La boutique proposera durant son existence des sahariennes, des robes chemisier, des caracos à manches bouffantes, des tailleurs-pantalons, des blouses transparentes, des cabans et trench-coat

À l'aube des années 1970, les choses s'enchaînent : ouverture de deux boutiques en Italie[10] en 1967, d'une boutique à New York un an après, une collection Saint Laurent rive gauche pour homme et une boutique à Londres l'année suivante. En février 1969, Vogue Paris publie un article, illustré de Betty Catroux en jumpsuit (en), sur les dix-neuf boutiques présentes dans le monde[11]. En 1971, un nouveau parfum, au flacon rayé de bleu et noir, porte le nom de Rive gauche. La version Rive gauche pour homme suivra. Yves Saint Laurent vend ses parts de rive gauche à l'entreprise C. Mendès fondée par Didier Grumbach. L'enseigne compte alors trois boutiques à Paris… dont deux sur la Rive droite au milieu des années 1970[12]. La ligne Saint Laurent Fourrures est créée, et commercialisée au sein des boutiques rive gauche[13].

Dans les années 1980, la marque compte une vingtaine de boutiques en France[14],[15].

En 1996, l'intérêt du couturier pour rive gauche est en baisse[16]. Yves Saint Laurent cesse définitivement de dessiner les collections de prêt-à-porter pour cette griffe deux ans plus tard et embauche le styliste Alber Elbaz. L'entreprise YSL est cédé au groupe fondé par le maroquinier italien Gucci, devenu filiale de PPR[3] : la ligne de prêt-à-porter, ainsi que toutes les autres lignes dont les accessoires, passent sous le nom de Saint Laurent rive gauche et la responsabilité de Tom Ford[17] ; la fabrication part en Italie[18]. Yves Saint Laurent, de son côté, se consacre alors exclusivement à la haute couture jusqu'en 2002. Pendant toutes ces années à la responsabilité de rive gauche, Tom Ford essuiera de nombreuses critiques. Stefano Pilati succède au controversé styliste américain plus tard ; il se rapproche des principes fondamentaux de la maison[19], et reste alors huit ans à la tête du prêt-à-porter pour être finalement remplacé par Hedi Slimane en 2012.

Exposition[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Face à la multiplicité des graphies de la marque suivant les sources, est retenue ici celle lisible sur le site internet de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent.
  2. La création de rive gauche se fait à part égales entre le couturier, son compagnon Pierre Bergé, l'entreprise C. Mendès, et Didier Grumbach propriétaire de C. Mendès.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Valerie Mendes et Amy de la Haye (trad. Laurence Delage, et al.), La mode depuis 1900 [« 20th Century Fashion »], Paris, Thames & Hudson, coll. « L'univers de l'art », , 2e éd. (1re éd. 2000), 312 p. (ISBN 978-2-87811-368-6), chap. 6, p. 162
  2. a et b Anne-Laure Quilleriet, « Saint Laurent forever… », Archives, sur lexpress.fr, L'Express, (consulté le 13 février 2013)
  3. a et b Florentin Collomp, « YSL, trois lettres qui valent de l'or », sur lefigaro.fr, Le Figaro, (consulté le 19 février 2013) : « Le premier parfum Saint Laurent, Y, est lancé en 1964 par Charles of the Ritz, en échange de 5 % du chiffre d'affaires reversés en royalties à la maison de couture. Cet afflux de liquidités permet de créer en 1966 le prêt-à-porter, sous le nom d'Yves Saint Laurent Rive Gauche. »
  4. Clément Ghys, « Didier Grumbach. Monsieur mode », Next, sur liberation.fr, Libération, (consulté le 19 février 2013) : « Un vent nouveau fait alors trembler les ateliers parisiens : le prêt-à-porter. Grumbach est de l’aventure Yves Saint Laurent Rive Gauche en 1966, s’associe avec le petit prince à lunettes de la couture et Pierre Bergé »
  5. (en) « Making Sense of the YSL Retrobranding », sur businessoffashion.com, (consulté le 18 février 2013) : « Yves Saint Laurent, the company, which was founded in haute couture, became the first Parisian fashion house to launch a ready-to-wear collection, in 1966, then called “Saint Laurent Rive Gauche” »
  6. Nicolas Penicaut, « Une affaire cousue d’or », Culture, sur liberation.fr, Libération, (consulté le 19 février 2013) : « Rive gauche, nom qui renvoie à cette rive parisienne sur laquelle, il a ouvert en 1966 sa première boutique de prêt-à-porter. Cette ouverture est saluée par la presse comme un coup de génie et le début d’une longue série dans différentes capitales. »
  7. « Saint laurent coupez pour nous », Elle, no 1157,‎ (ISSN 0013-6298)
  8. Anne Boulay, « La fin des années clinquantes », sur liberation.fr, Libération, (consulté le 19 février 2013) : « Le concept remonte à l'ouverture de la boutique Saint Laurent Rive gauche, à la fin des années 60. C'est l'identification de la boutique qui faisait qu'on entrait», se souvient Andrée Putman. »
  9. Gérard Lefort, « YSL, un style et un sigle », Culture, sur liberation.fr, Libération, (consulté le 19 février 2013) : « la première boutique Rive gauche. Il s’agissait de mettre à portée de main et de porte-monnaie, une mode jusqu’alors inaccessible au commun des femmes. Les prix de ce prêt-à-porter de luxe restent élevés mais possibles sur le mode du coup de tête. »
  10. Milan et Rome in : Didier Grumbach, Histoires de la mode, Paris, Éditions du Regard, (1re éd. 1993 Éditions du Seuil), 452 p. (ISBN 978-2-84105-223-3), « La défense de la tradition », p. 94
  11. Florence Müller, Farid Chenoune et al., Yves Saint Laurent, Paris, Éditions de La Martinière, , 380 p. (ISBN 978-2-7324-4458-1), p. 154
  12. Bourdieu Pierre, Delsaut Yvette. Le couturier et sa griffe : contribution à une théorie de la magie. In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 1 N°1, janvier 1975. Hiérarchie sociale des objets. pp. 7.
  13. « Une première pour Yves Saint Laurent », L'Officiel de la mode, Éditions Jalou, no 634,‎ , p. 10 (ISSN 0030-0403, lire en ligne) « Les nouveaux salons de la boutique Saint Laurent rive-gauche accueillirent un parterre de femmes très élégantes, venues admirer les nouvelles créations fourrures d'Yves Saint Laurent, présentées pour la première fois. »
  14. « Saint Laurent rive gauche (publicité) », L'Officiel de la mode, Éditions Jalou, no 644,‎ , p. 11 (ISSN 0030-0403, lire en ligne)
  15. « Saint Laurent rive gauche (publicité) », L'Officiel de la mode, Éditions Jalou, no 694,‎ , p. 96 (ISSN 0030-0403, lire en ligne)
  16. « Yves Saint Laurent n'ira pas aux défilés », sur liberation.fr, Libération, (consulté le 19 février 2013)
  17. « Tom Ford taille dans YSL », Économie, sur liberation.fr, Libération, (consulté le 19 février 2013) : « L'idée est de regrouper les "produits féminins sous le seul label Rive Gauche". »
  18. Cédric Saint-André Perrin, « YSL, merci patrons », Next, sur liberation.fr, Libération, (consulté le 19 février 2013) : « Rive Gauche étant à présent fabriqué en Italie dans les usines Gucci, certains sous-traitants français, avec lesquels nous collaborons depuis des années, risquaient de glisser la clé sous la porte. »
  19. Edson Pannier, « Stefano Pilati, itinéraire d’une force tranquille », sur lofficielmode.com, Éditions Jalou, (consulté le 19 février 2013) : « Chez Yves Saint Laurent, il accompagne Tom Ford avant de prendre le contrôle de la ligne Rive Gauche. Lorsque le roi du porno-chic fait ses valises en 2004, Stefano Pilati prend le relais. Dès lors, il brise les codes établis par son prédécesseur et impose sa patte dans le plus grand respect de la tradition Saint Laurent. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]