Saint Expédit

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Saint Expédit (fin XVIIIe , début XIXe siècle, Milan, église San Nicolau (it).

Selon le Martyrologium Hieronymianum, saint Expédit était un commandant romain d’Arménie converti au christianisme et décapité pour cette raison par l’empereur Dioclétien en l'an 303 de l’ère chrétienne, à Mélitène, en compagnie des autres martyrs Hermogène, Caius, Aristonique, Rufus et Galatas.

Réalité du personnage[modifier | modifier le code]

Pâtisserie traditionnelle espagnole appelée huesos de san Expedito (es), c’est-à-dire « ossements de saint Expédit ».

Il n'y a pas de relique d'Expédit[1] et son existence réelle est, depuis longtemps, remise en cause.

La position de l’Église catholique[modifier | modifier le code]

Certaines autorités de l’Église s’interrogent sur son existence réelle et l'historien d'art Louis Réau rapporte que Pie X avait « rayé, en 1906, son nom du martyrologe et prescrit, sans succès, l'enlèvement de ses images dans les églises. »[2]

Reste que les croyants s’en réfèrent encore à lui afin qu’il interfère dans les procès qui s’éternisent. Il est le saint patron des écoliers, des hommes d’affaires et des candidats au permis de conduire. Mais sa fête n’est que peu célébrée. Son nom figure au plus ancien martyrologe, celui de l’Église indivise, il est à ce titre vénéré dans l'Église grecque.

La légende des religieux et du colis anonyme[modifier | modifier le code]

En 1910, Christian Morgenstern donnait peut-être la première version de la légende des religieuses qui reçoivent un colis anonyme et l'attribuent à Saint Expeditus[3]. Prosper Ève colportera la légende en racontant que saint Expédit aurait été inventé par erreur par un groupe de sœurs de l'île de la Réunion qui reçurent, de Rome, des reliques emballées dans un paquet sur lequel était écrit « in expedito », et sans mention de quel saint provenaient ces reliques[1].

Culte[modifier | modifier le code]

Le culte de saint Expédit, sous le nom d’Elpide ou Ilpide, se serait développé en Allemagne au XVIIe siècle[4]. Il est honoré le 19 avril par l'Église catholique et l'Église orthodoxe. En 1781, il fut proclamé patron secondaire d'Acireale en Sicile.

Saint Expédit est vénéré dans certains pays d'Amérique du Sud, dont l'Argentine et le Chili. Il est très populaire au Brésil, où il est le saint patron de la Police militaire de l'État de São Paulo. Il est surtout connu depuis la fin des années 1990, lorsque Renato Geraldes, un imprimeur de São Paulo, a promis de diffuser son nom partout après avoir reçu la grâce. La fête de Saint Expédit (19 avril) donne lieu à de nombreuses manifestations, notamment dans le village qui porte son nom (Santo Expedito, État de São Paulo)[2].

À l'église Saint-Nizier de Lyon, c'est souvent sous sa statue que les résistants de l'ombre se donnaient rendez vous durant l’Occupation (1940-1944).

À Marseille, il semble que son culte y soit arrivé par une passagère qui aurait réussi à embarquer grâce à l'intercession du saint, alors qu'elle était bloquée par les épidémies sévissant à Marseille, à la fin de la guerre 1914-1918. On retrouve sa statue dans l'église de Saint-Cannat, dite aussi des Prêcheurs, au no 4 de la rue des Prêcheurs à Marseille, et dans l'église des Grands-Carmes de Marseille[5].

Saint Expédit à la Réunion[modifier | modifier le code]

Un autel, le long d’une route des Hauts de la Réunion.
Article détaillé : Religion à la Réunion.

Depuis que son culte y a été introduit, dans les années 1930[6], saint Expédit est particulièrement prié à la Réunion, département français de l’océan Indien. Il s’agit d'un syncrétisme mêlant l’héritage catholique aux croyances venues de Madagascar ou d’Inde. Saint Expédit apparaît, en vérité, comme un ultime recours à beaucoup de monde, principalement aux déshérités de la société réunionnaise. Le culte de saint Expédit est destiné à lui demander une faveur : trouver du travail, gagner de l’argent ou d’autres choses plus ou moins importantes mais toujours avec une notion de promptitude dans l’exécution de la demande.

De très nombreux autels sont construits à son intention le long des routes, spécialement dans les Hauts. Ils sont généralement de taille suffisante pour accueillir une statue de légionnaire romain de quelques dizaines de centimètres de haut. Il en existe cependant de plus grands pouvant contenir plusieurs statues (par exemple, à Trois-Mares), des bougies, des fleurs rouges, etc. Ils sont toujours peints en rouge sang. Les ex-voto remerciant le saint n’y sont pas rares.

Les pratiquants demeurent difficiles à dénombrer, le culte de saint Expédit étant socialement dévalorisé et la fréquentation des autels se fait en secret. Mais leur bon entretien demeure un indice de l’audience persistante du saint.

Le culte de saint Expédit s’est développé à la Réunion à partir de l’église Notre-Dame-de-la-Délivrance, à Saint-Denis, qui a accueilli la première statue du Saint installée dans l’Île. Il y a également une statue du saint à Saint-Leu, à l’église Notre-Dame-de-la-Salette ,

Hagiographie et iconographie[modifier | modifier le code]

Saint Expédit, Royan, chapelle Notre-Dame des Anges.

Selon Prosper Ève, Expédit était sur le point de se convertir au christianisme, quand le diable, prenant la forme d’un corbeau, arriva en criant : « Cras ! Cras ! Cras ! » (« Cras », en latin, signifie « demain »). Ne voulant pas retarder sa conversion, Expédit l’écrasa en criant à son tour : « Hodie ! Hodie ! Hodie ! » (« aujourd'hui ! »)[1]. Expédit est donc souvent représenté portant la palme du martyre, avec le corbeau, et les inscriptions « Cras » et « Hodie »[2].

Représentations[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Représentations de saint Expédit.

Saint Expédit à l’écran[modifier | modifier le code]

  • Saint Expédit fait l'objet d'un documentaire intitulé Sur les chemins de Saint Expédit de Pascal Benbrik, diffusé par la chaîne KTO. L'historien Prosper Eve et Monseigneur Gilbert Aubry, évêque de la Réunion y détaillent les véritables origines du culte et son lien étroit avec le dialogue inter-religieux[7].
  • Saint Expédit est le sujet du documentaire Cachez ce Saint !, sur les traces d’Expédit. Ce film de 52 minutes détaille la manière dont le culte du saint s’est répandu, à partir d'une «  »[8].
  • On en parle également dans la série française Les Monos, notamment dans l'épisode « La loi du plus fort » de la saison 6 tournée à La Réunion.
  • Dans le film Un drôle de paroissien, réalisé par Jean-Pierre Mocky et sorti en 1963, le premier tronc d’église choisi par Bourvil est celui de saint Expédit.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Philippe Reignier, « Saint Expédit, à La Réunion: approche géo-ethnographique », Les Amis de l'Université,‎ (consulté le 26 juillet 2009)
  2. a, b et c anonyme, « Saint Expedit », http://amis.univ-reunion.fr,‎ (consulté le 26 juillet 2009)
  3. Christian Morgenstern, « St. Expeditus », http://www.textlog.de,‎ (consulté le 26 juillet 2009)
  4. Bénédictins de Ramsgate, Dix mille saints, dictionnaire hagiographique, Brepols, 1991.
  5. François Thomazeau, Marseille insolite, Paris, édition Les Beaux Jours/Compagnie parisienne du livre, 1997, p.163.
  6. Monique Augras « Secours d'urgence : le “show” de saint expédit », Sociétés, n°72, février 2001, pp. 125-137.
  7. saintexpedit.net.
  8. Bernard Crutzen, Cachez ce Saint ! FMC Production/France Télévisions, 2010. Première diffusion le 8 février 2011, Archipel, France O.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Reignier, « Un objet parmi d'autres. Saint Expedit à la Réunion », in Institutions et cultures. Les enjeux d'une rencontre, L'Harmattan, 2003.
  • Philippe Reignier, « E.-X.-P.-E.-D.-I.-T. Un saint au maniement délicat », Ponctuation : la religion, ses passes et ses impasses, no 9, 2011.
  • Philippe Reignier, Saint Expedit à la Réunion. Monographie, Thèse de 3e cycle, Département d'Anthropologie, université de la Réunion, 2001.
  • Émilie Bonvin, Manuel des prières à saint Expédit, Éd. Cristal, (ISBN 9782848950471).
  • Père Marie-Expédit, Saint Expédit, Éd. Téqui, (ISBN 2-7403-0265-7).
  • Paul Sanda, Petit Grimoire du Sens, Éd. Arma Artis, (ISBN 2-87913-088-3) [a pour thème littéraire et méditatif le buste reliquaire polychrome de saint Expédit de l’église Saint-Michel de Cordes-sur-Ciel, ainsi que la statue en pied de la chapelle épiscopale orthodoxe gnostique].
  • Émilie Bonvin, Saint Expédit, prières et neuvaines, Éd. Exclusif, Collection Poche, (ISBN 9782848910949).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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