Saint-Michel I

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Le Saint-Michel I, unique représentation connue du premier bateau de Jules Verne. Dessin par Jules Verne, vers 1873, qui y a noté Bourset Malais

Le Saint-Michel I est le premier bateau acquis par Jules Verne. Il était basé au port du Crotoy.

Histoire[modifier | modifier le code]

C'est en août 1865 que Jules Verne décide de louer une maison au Crotoy. Il s'installe alors dans une dépendance de la propriété Millevoye. Il est en pleine rédaction de sa Géographie illustrée de la France et de ses colonies. Sa femme, Honorine, ses deux filles adoptives, Suzanne et Valentine et son fils Michel peuvent ainsi profiter des bains de mer[1]. En mars 1866, il loue à la propriété même un appartement pour l'été.

Au printemps 1868, il loue une petite villa de deux étages, La Solitude et se fait construire un bateau. En mars 1869, il décide de s'y installer à l'année et y vit effectivement à partir d'avril 1869[2]. Il la quittera pour déménager à Amiens en février 1871.

Description[modifier | modifier le code]

Le Saint-Michel I est un bourcet-malet. Il ne s'agit donc pas d'un voilier de plaisance. Il mesure environ 9 m de long « ...il jauge 5 tonneaux et demi en douane et au moins 12 en réalité... »[3].

Ses plans ont été établis par le marin Paul Bos (1826-1886)[4]. Il est modifié sur le chantier Asselin, la cale à poisson devenant une petite cabine d'environ 3 m de long sur 1,70 m de large. Deux couchettes et un caisson contenant des cartes et des livres sont ajoutés[5].

Terminé le 29 mai 1868, l'acte de propriété est signé par Jules Verne le 3 juin. Le 6 juin, celui-ci se rend à Saint-Valery-sur-Somme pour les formalités de douane et l'inscription sur le rôle de plaisance.

Contrairement à ce qu'écrit Marguerite Allotte de La Fuÿe en 1923 dans sa biographie romancée sur l'auteur[6], Jules Verne ne fut pas garde-côtes au Crotoy à bord de son navire lors de la guerre de 1870. En effet, ce que la biographe a pris comme une arme n'est qu'un canon d'alarme miniature servant uniquement à attirer l'attention dans la brume ou à saluer[7].

Jules Verne est piloté à bord du Saint-Michel I par des marins et amis du Crotoy, Alexandre Delong (1831-1900) comme capitaine[8] et Alfred Bulot (1834-1932) comme second[9]. Il voyage ainsi dans la Manche jusqu'à Douvres, Londres et Ostende. En mai 1870, il entreprend une traversée jusqu'au Havre et remonte la Seine jusqu'à Paris.

Jules Verne s’inspire malgré tout de ses voyages à bord de son petit bateau pour la rédaction de 20 000 lieues sous les mers comme en témoignent certaines lettres à son éditeur Hetzel : « ...Ah ! mon cher ami, quel livre si je l'ai réussi ! Que j'ai trouvé de bonnes choses en mer, en naviguant sur le Saint-Michel ! Le plus difficile, c'est de rendre tout cela si vraisemblable, que tout le monde soit tenté d'y aller ! Enfin, nous verrons.... » (Le Crotoy, 14 juin 1868)[10].

« ...Oui ! Je vous écris de Londres, où je serai dans quelques heures. J'avais fourré dans ma tête que le Saint-Michel irait à Londres, et, il y est à peu près. Je suis mouillé devant Gravesend, au moment où je vous écris, et finis là le premier volume de Vingt mille lieues sous les mers, tout comme si j'étais dans mon cabinet de la rue de Sèvres ! Est-ce assez beau, et quel aliment pour l'imagination ! .... » (Londres, 19 août 1868)[11].

Il se sépare du Saint-Michel I en 1876 et se fait construire le Saint-Michel II[12].

Les agrès du Saint-Michel I se trouvaient encore dans le grenier de la propriété Millevoye avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale[13].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • R. Salmon, La vie d'un brave marin. Alexandre Delong, Le Crotoy autrefois, in Les Vedettes picardes no 3, 1987
  • Alexandre Tarrieu, Sur les traces des hommes du Saint-Michel I, Bulletin de la Société Jules-Verne no 151, 2004, p. 16-18 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Philippe Valetoux, Jules Verne en mer et contre tous, Magellan, 2005
  • Philippe Valetoux, Le Saint Michel II et Le Havre, Patrimoine Normand no 59, 2006, p. 37-45
  • Philippe Valetoux, Dans le sillage de Jules Verne... au Crotoy, SNSM, 2009 Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Valetoux, Dans le sillage de Jules Verne... au Crotoy, SNSM, 2009, p. 6
  2. La plaque apposée sur cette villa au Crotoy est ainsi erronée.
  3. Cité par Philippe Valetoux, op.cit, p. 15
  4. Alexandre Tarrieu, Sur les traces du Saint-Michel I, Bulletin de la Société Jules-Verne no 151, 2004, p. 17
  5. Valetoux, ibid.
  6. M. Allote de la Füye, Jules Verne, sa vie, son œuvre, Kra, 1923
  7. Ce petit canon passera successivement sur les autres Saint-Michel de Jules Verne et sera perdu en mer le 1er août 1879 en rade de Brest.
  8. Il servira aussi sur le Saint-Michel II.
  9. Alexandre Tarrieu, Jules, Alexandre, Alfred, ... et les autres, in Dans le sillage de Jules Verne... au Crotoy, SNSM, 2009, p. 23
  10. Reproduite dans Volker Dehs, Olivier Dumas, Piero Gondolo della Riva, Correspondance inédite de Jules Verne et de Pierre-Jules Hetzel, vol. 1 : 1863-1874, lettre no 54, p. 84, datée du dimanche 14 juin 1868.
  11. Correspondance, op.cit, p. 88-89, lettre datée du mercredi 19 août 1868.
  12. Philippe Valetoux, Et que vogue le Saint-Michel II !, Revue Jules Verne no 22-23, Centre international Jules Verne, 2006, p. 259-263
  13. Valetoux, Dans le Sillage..., op. cit, p. 11

Liens externes[modifier | modifier le code]