Sahel

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Le Sahel (de l'arabe ساحل saḥel signifiant côte ou frontière) désigne une bande de l'Afrique marquant la transition, à la fois floristique et climatique, entre le domaine saharien au nord et les savanes du domaine soudanien (à ne pas confondre avec le pays du même nom), où les pluies sont substantielles, au sud. D'ouest en est, il s'étend de l'Atlantique à la mer Rouge. La définition de la zone couverte est très variable selon les auteurs. Ainsi, pour certains le Sahel comprend tous les territoires bordant le Sahara : il y a donc un Sahel septentrional et un Sahel méridional. C'est ce dernier qui est cependant désigné quand on ne lui ajoute pas de qualificatif[1].

Le Sahel représenté en brun. Ici il s'agit des terres directement au sud du Sahara, et comprenant l'île du Cap-Vert, comprises entre les isohyètes de 200 et 600 mm et n'incluant pas les autres régions d'Afrique avec les mêmes régimes de précipitations. C'est une, mais pas la seule, définition acceptée pour le Sahel

Géographie[modifier | modifier le code]

La ceinture sahélienne recouvre, entièrement ou en partie, les pays suivants :

On y ajoute parfois les pays de la Corne de l'Afrique :

Localisation[modifier | modifier le code]

D'est en ouest, la flore, la végétation et l'utilisation du sol varient très peu malgré la vaste étendue du Sahel. Cela est dû à une grande homogénéité de climat, du relief, de la géomorphologie, des sols et de leur utilisation. Cependant, du domaine soudanien vers le Sahara, la transition est progressive. Les espèces soudaniennes disparaissent les unes après les autres tandis que les sahariennes apparaissent progressivement et que la pluviométrie diminue d'environ 1 mm par kilomètre. Ce changement progressif ne connaît pas de brusque rupture que l'on pourrait utiliser afin de définir de façon objective l'étendue du Sahel. Ainsi, il est vain de tenter de définir précisément la limite entre le Sahara et le Sahel et entre le Sahel et le Soudan, ou à l’intérieur du Sahel entre les secteurs sahélo-saharien et sahélo-soudanien.

On peut trouver des « ilots » de Sahel au-delà de ses limites générales, par exemple sur la face sud-ouest du massif du Tibesti, c'est-à-dire entièrement en territoire saharien. De plus il ne faut pas négliger la présence d’importants éléments fluvio-lacustres au cœur même du Sahel, ou le traversant, d’origine extra-sahélienne : les grands fleuves (Sénégal, Niger, Logone-Chari, Nil Blanc, Nil Bleu) et les grands lacs (Lac Tchad, Lac Turkana). On peut également penser à l’énorme delta intérieur du fleuve Niger qui inonde 20 000 km² chaque année.

Climat[modifier | modifier le code]

Le Sahel possède un climat semi-aride chaud (Classification de Köppen BSh ou BShw) à saison sèche « hivernale ». Néanmoins le Sahel, au sens strict, est habituellement défini comme la zone tropicale comprise entre les domaines saharien et soudanien, où se produit une alternance marquée entre une courte saison humide estivale et une très longue saison sèche elle-même subdivisée en une saison sèche et chaude, suivie d'une saison sèche et en général très chaude, qui se termine lorsque les pluies commencent. La saison sèche est très intense au Sahel car l'ensemble des régions sahéliennes possèdent une nombre très élevé de mois totalement secs qui ne reçoivent normalement aucune pluie en moyenne. En saison sèche, les alizés continentaux, tels que le célèbre harmattan (vent de nord ou de nord-est), balayent constamment la bande sahélienne : l'air est très chaud, très sec, souvent chargé de fines particules de sable ou de poussière ; le ciel est clair ou très peu nuageux (nuages épars de marge type cirrus ou altocumulus) ; le temps est au beau fixe ; la pluie fait totalement défaut ; l'amplitude thermique quotidienne est très élevée (souvent près de 20 °C pendant les mois les moins chauds). En saison des pluies, les alizés associés au régime anticyclonique s'interrompent provisoirement et laissent place à la mousson (vent de sud ou de sud-ouest) qui naît du fort contraste thermique entre l'océan Atlantique, frais et le Sahara, surchauffé en cette saison. C'est le seul moment de l'année où la pluie est largement susceptible de se produire en grande quantité. Toutefois, certaines années, la mousson peut ne pas monter suffisamment en latitude pour atteindre les régions sahéliennes et y donner la saison des pluies se produisant normalement en cette période, d'où des épisodes de sécheresse extrême et prolongée. Les types de temps au Sahel apparaissent très stables, bien tranchés, et se répètent tous les ans, avec quelques variations près. La saison des pluies est donc un phénomène régulier qui revient chaque année, ce qui n'est pas le cas au Sahara où toute période suffisamment pluvieuse à long terme fait défaut. Néanmoins, cette période pluvieuse appelée « hivernage » présente une durée et une intensité aléatoires[2].

Le climat semi-aride chaud à saison sèche principalement centrée sur les 8 à 10 mois les moins chauds de l'année, typique des régions sahéliennes se définit ainsi :

  • chaud, tropical parce que la température annuelle moyenne le moins chaud est supérieure ou égale à 18 °C ;
  • semi-aride parce que les précipitations annuelles moyennes sont assez basses, entre 250 mm et 450 mm (et supérieures à 100-150 mm) caractérisées par une très courte saison des pluies intense, irrégulière et imprévisible.

La saison sèche dure entre environ 8 et 10 mois par an selon les localisations. Elle est souvent subdivisée entre une saison sèche et chaude pendant les 2 ou 3 mois les moins chauds de l'année qui précède l'autre saison sèche, très chaude et qui se termine lorsque les pluies commencent. Bien que la saison des pluies est erratique, elle se produit en règle générale en fin de saison chaude (2 à 4 mois les plus chauds de l'année) :

Par exemple à Khartoum, Soudan ville que l'on peut qualifier de pleinement saharienne, les précipitations annuelles de 156,8 mm se répartissent ainsi : 151,3 mm en saison chaude (six mois les plus chauds : avril à septembre) et seulement 5,5 mm en saison "fraîche" (six mois les plus frais : octobre à mars). Par conséquent 96,5 % des précipitations annuelles tombent lors de la saison chaude. Au sein de celle-ci les mois les plus torrides sont mai et juin qui ne reçoivent respectivement que 0,9 et 1,2 mm : la saison des pluies n'arrive que plus tard pendant la saison chaude, entre juillet et septembre avec août étant le seul mois vraiment humide (selon les critères de F. Bagouls et Henri Gaussen qui considère qu'un mois est humide lorsque P (précipitations mensuelles moyennes en mm) > 2 T (température mensuelle moyenne en °C)). En moyenne, entre 80 % et 100 % de la quantité annuelle de précipitations tombent pendant les trois mois les plus pluvieux au Sahel et dans le Sahara méridional[3].

Les températures montent en flèche à la fin de la saison sèche, entre mars et juin suivant la latitude plus ou moins septentrionale. L'été sahélien correspond donc au printemps des latitudes tempérées. Pendant ces mois-ci, où le Soleil règne en maître, le Sahel forme la région la plus chaude du monde avec des températures dépassant facilement 40 °C au plus chaud des journées : seuls certains déserts du sous-continent indien endurent des chaleurs « printanières » aussi extrêmes, ou presque. Le vent chaud accentue aussi la sensation de chaleur. Dans le Sahel occidental (Sénégal, Mali, Mauritanie), en moyenne légèrement plus chaud que son homologue oriental, il est courant que les maxima quotidiens en avril et mai dépassent 45 °C. Au Mali, par exemple, les moyennes des maxima d'avril sont de 42,4 °C à Ségou et de 44 °C à Kayes[4]. Cette chaleur saharienne, sèche, torride domine sur l'ensemble de l'année mais le contraste est énorme avec la chaleur équatoriale, humide, étouffante de la courte saison des pluies, l'hivernage qui abaissent les maxima, alors que les minima nocturnes restent élevés. Sans aucune période fraîche dans l'année, les températures moyennes annuelles sont particulièrement élevées, surtout au nord à proximité du désert, avec des valeurs dépassant partout 28 °C à quelques exceptions près, et souvent elles atteignent 30 à 32 °C.

En réalité, on observe deux maxima de température au Sahel : le premier, le plus prononcé, dont nous venons de parler, se produisant à la fin de la saison sèche ; et le second moins accentué qui se produit à la fin de la saison des pluies, lorsque la saison sèche reprend ses droits, vers octobre-novembre, où les maxima quotidiens atteignent ou dépasse encore couramment la barre des 40 °C. Cette dernière période est celle de l'année où la visibilité est excellente, les pluies de l'hivernage ayant évacué les poussières atmosphériques apportées par les vents du désert régnant alors pendant la longue période de sécheresse.

Les précipitations sont essentiellement reçues sous formes d'orages violents donnant lieu à un fort ruissellement de type hortonien (les intensités de pluie dépassent la capacité d'infiltration des sols). Les isohyètes de 150 à 250 et 400 à 500 mm sont relativement représentatifs des limites nord et sud de la bande sahélienne. La limite sud représente également le minimum pluviométrique pour pratiquer une agriculture pluviale. La notion de Sahel reste très élastique et certains auteurs considèrent une limite sud bien plus méridionale, incluant des territoires qui, floristiquement en tous les cas, appartiennent plutôt au soudanien. Schiffers, par exemple, définit un Sahel-Large dont la limite sud, située au Sud de Bamako et Ouagadougou, se situe en des régions où les précipitations atteignent ou même dépassent 1 000 mm, une contrée typiquement soudanienne avec savane arborescente et forêt ouverte. Cette notion est également acceptée par Boudet[5].

Suivant des critères phytogéographique, écologiques et agropastoraux, une subdivision souvent adoptée pour le Sahel est la suivante[6]:

  • La zone sahélo-saharienne : pluviométrie annuelle entre 150 et 250 mm.
  • La zone sahélienne typique : pluviométrie annuelle entre 250 et 500 mm.
  • La zone sahélo-soudanienne : pluviométrie annuelle entre 500 et 750 mm.

Par exemple, la moyenne pluviométrique annuelle sur la période 2000 - 2015 est de 457,7 mm à Niamey, Niger ; 470,5 mm à N'Djamena, Tchad ; 372,9 mm à Abéché, Tchad ; 480,5 mm à Mopti, Mali ; 309,7 mm à Yélimané, Mali ; 391,4 mm à Tahoua, Niger ; 368,4 mm à Matam, Sénégal ; 307,9 mm à Podor, Sénégal ; 371 mm à El Fasher, Soudan ; 207,8 mm à Kassala, Soudan. Ces précipitations, déjà très limitées, sont, comme nous l'avons déjà vu, réparties de façon très irrégulière dans l'espace et dans le temps. À cette faiblesse des pluies, la sécheresse générale du Sahel est encore accentuée par la température excessive et le grand ensoleillement, dont la durée moyenne annuelle effective s'établit généralement entre 2.700 et 3.700 h.

Le climat sahélien se retrouve aussi, avec des variantes, a) au centre-nord de l'Australie et plus précisément au nord du Grand désert de sable dans le Pilbara : Marble Bar, Port Hedland, ou encore au nord du désert de Tanami jusqu'à Tennant Creek, b) au sud du Sind autour de (Karachi), c) et enfin dans une petite région située aux confins des États du Pernambouc, Ceará, Piauí, Bahia dans le nord-est continental du Brésil.

Vu que les seuils de semi-aridité définis ici (100-250 à 600 mm de précipitations) sont nettement plus bas que ceux de la Classification de Köppen (390 à 780 mm pour des stations dont la température moyenne annuelle est de 25 °C et dont la saison sèche est centrée sur la saison "fraîche", et même 440 à 880 mm pour des stations à 30 °C), le climat sahélien, incidemment le climat le plus chaud sur Terre, est à la limite des climats semi-arides chauds (BSh) et des climats arides chauds (BWh) de Köppen.

Populations[modifier | modifier le code]

La zone sahélo-saharienne est la région par excellence du nomadisme et du pastoralisme transhumant (Peuls, Daza, Zaghawa, Beja, Afar, Somali, Touaregs, Baggara, etc.), avec de grands troupeaux parcourant de petites distances lors de la transhumance saisonnière. Toute culture pluviale (ne dépendant que de l'eau de pluie) y est impossible. C'était la région du commerce caravanier.

La zone sahélienne typique est principalement une zone de pastoralisme parcourue par les mêmes groupes ethniques mentionnés ci-dessus. Par endroit, la culture du sorgho ou du millet (Pennisetum glaucum) est pratiquée dans les zones de décrues. Cependant, à cause de la pression démographique croissante, la culture du millet tend à remplacer progressivement les pâturages. Ces cultures sont risquées et peu productives. Cette tendance est particulièrement préoccupante car des zones de moins en moins adaptées à l'agriculture sont désormais cultivées, menant à la désertification.

La zone soudano-sahélienne, au sud de la bande sahélienne typique, reçoit des pluies régulières estivales permettent aux paysans sédentaires d'y cultiver le sorgho, le maïs, et le coton. C'est une région de conflit entre les nomades mentionnés plus haut et les populations d'agriculteurs sédentaires (Wolofs et Sérères au Sénégal ; Malinkés, Bambaras, Sonrhaïs et Dogons au Mali ; Songhaï, Zarmas et Haoussas au Niger, Haoussas au Nigeria ; Kanuris au Tchad et au Soudan ; Mossis au Burkina Faso).

Géomorphologie et sols[modifier | modifier le code]

Bien que le Sahel ne possède pas de caractères géomorphologiques propres, il est néanmoins caractérisé par l'étendue des dunes fossiles d'une part, et par la fréquence des mares temporaires de saison humide d'autre part. L'extension des sables date du pléistocène supérieur lorsqu'une période aride vit le Sahara s'étendre 450 km au sud de ses frontières actuelles entre 30 000 et 12 000 ans BP (Ogolien)[6]. Excepté les grands fleuves d'origine allochtone (Sénégal, Niger, Logone-Chari et Nil), le réseau hydrographique sahélien est constitué de cours d'eau éphémères débouchant dans des mares et petit lacs temporaires (endoréiques). Ceux-ci ont un rôle écologique important car ils constituent généralement le seul moyen d'approvisionnement en eau pour la faune durant la saison sèche, certains retenant de l'eau jusqu'au printemps. La mare sahélienne (différente de son homologue, le dhaya saharien : une éphémère couche d'eau peu profonde dans un paysage qu'il ne modifie pas) peut, lorsqu'elle est suffisamment large, et se maintient en conséquence plus longtemps, former une oasis avec une végétation ligneuse abondante.

Les sols sont majoritairement sableux, rouge-jaunâtre et légèrement acide (5<pH<6). Quelques vertisols sont présents dans des dépressions. Des sols peu profond sur cuirasse latéritique sont communs dans la moitié sud de la bande sahélienne. Les sols sont généralement déficients en phosphore et azote. La matière organique ne constitue guère plus de 1 % de la couche superficielle[6].

Végétation[modifier | modifier le code]

La steppe sahélienne est une formation de plantes ligneuses. Ce type de végétation a reçu néanmoins de nombreux autres noms plus ou moins équivalents : Dornbuschsteppe, Akazienzone, Dornsavanne, Niedergrassteppe, Halbwüste, semi-desert zone, semi-desert grassland, desert scrub, wooded steppe, open thorn savanna, thorn scrub, thorn steppe, acacia-desert grass savanna, etc[5].

En raison de la rareté de l'eau, les arbres sahéliens ont généralement un faible développement aérien et un grand développement souterrain. Dans les zones à sol profond et fragmenté des racines traçantes qui peuvent aller chercher de l’eau jusqu’à la nappe phréatique (phréatophytes). La strate arborée est dominée par des épineux du genre Acacia (Acacia tortilis, A. laeta, A. seyal, etc.) mais bien d'autres arbres et arbustes prospèrent au Sahel.

Les espèces ligneuses permettent difficilement de définir des zones, leur apparition et disparition étant graduelles et leur distribution se chevauchant largement. Cependant, la physionomie du couvert herbacé, et particulièrement celui des graminées, mène plus facilement de lui-même à la définition de caractères zonaux. Du nord au sud et sur sol sableux, on trouve en général la succession[7],[8],[6]:

  • La zone sahélo-saharienne : Une steppe de graminées cespiteuses pérennes très espacées, semi érigées à semi prostrées, ayant des feuilles principalement basales (type cespiteux basiphylle) et étroites (enroulées et parfois acérées), et une taille moyenne inférieure à 80 cm, généralement non soumises aux feux. La couverture végétale tend à se limiter aux lits d'oueds et dépressions (végétation contractée). Espèces caractéristiques : Aristida pallida, Cymbopogon schoenanthus, Eremopogon foveolatus, Stipagrostis acutiflora, S. papposa, S. pungens, Panicum turgidum, etc. Selon l'abondance des plantes ligneuses on parlera de steppes herbacées et/ou graminéenne, buissonnante, arborée et/ou arbustive. Quelques arbres et arbustes sont présents en faible densité : Leptadenia pyrotechnica est restreint aux dunes, Commiphora africana (Myrrhe africaine) et Balanites aegyptiaca tende à être localisés dans les pénéplaines

Autour des villages et des points d'eau permanents ou temporaires on trouve en abondance les espèces rudérales suivantes : Calotropis procera, Zornia glochidiata, Tribulus terrestris, Gisekia pharnaceoides, Cassia tora, Cassia italica, Cassia mimosoides, Limeum viscosum et Mollugo nudicaulis[6].

La flore sahélienne possède une nette affinité paléotropicale. La limite entre ce dernier et le paléarctique est d'ailleurs localisée au milieu du Sahara. Les familles végétales dont le centre de gravité se trouve en dehors des tropiques sont ici très peu représentées. Le Sahel ne possède que peu d'espèces endémiques : on peut retenir Jatropha chevalieri Beille, Euphorbiacée arbustive de l'ouest du Sahel (Mauritanie, Sénégal, Mali)[9],[10]. La flore est particulièrement pauvre : la flore de l'est de la Mauritanie et de l'ouest du Mali ne compte que 200 espèces dans les relevés d'Audry et Rossetti. Ce chiffre augmente sensiblement lorsque l'on tient compte de la flore des vallées de grands fleuves, d'affinité soudanienne, ou de régions d'altitude.

Il semble que le feu soit à l'origine de la séparation de la prairie estivale annuelle en deux zones distinctes. Les graminées pérennes survivent dans les zones les plus arides car la biomasse y est trop faible pour entretenir un feu ; à l'inverse, dans le sud, à cause du régime hydrique plus favorable, les graminées pérennes se maintiennent en place dans les zones les plus humides, peu propices aux incendies[6].

Il faut également noter que la végétation sahélienne sur plateaux latéritiques a souvent un aspect strié, ou en rosaces, sur les photographies aériennes. Ce phénomène, connu sous le nom de « brousse tigrée »[11], se produit également dans les autres régions semi-arides du monde.

Évolutions de la flore[modifier | modifier le code]

Le Sahel fut autrefois plus vert, il s'est désertifié, en partie à cause du surpâturage et du déboisement et à cause de modifications climatiques globales depuis la dernière glaciation. Plusieurs plans de revégétalisation ont été mis en œuvre, souvent sans succès. Dans le bassin versant malien du Bani (130 000 km2), les données de télédétection (indice de végétation satellitaire ou NDVI pour Normalized difference vegetation index) montrent un léger reverdissement de 1982 à 2010, ainsi que dans plusieurs zones d'Afrique de l'Ouest, sans augmentation significative de la pluviométrie.[réf. nécessaire] Il s'explique par la mise en culture de certaines zones (passant de 13 % à 23 % des terres entre 1985 et 2000 dans le nord du Bani), ainsi ailleurs que par une revégétalisation spontanée. Un déficit pluviométrique a été constaté de 2000 à 2006, mais après une augmentation de 1982 à 1999 qui a pu profiter à la flore pérenne ensuite restée vivace durant la période sèche.[réf. nécessaire]

Mammifères[modifier | modifier le code]

une gazelle
Une gazelle dorcas du nord de l'Afrique

La faune du Sahel n’est pas particulièrement riche en nombre d’espèces de mammifères. Un des genres les plus diversifiés est celui des gazelles, bien adaptées au climat semi-aride. Plusieurs espèces de gazelles côtoient ainsi la zone sahélienne, comme la gazelle dama (Gazella dama), la gazelle dorcas (G. dorcas) et la gazelle à front roux (G. rufifrons), pour ne nommer qu’elles. Très étendues par le passé, ces espèces sont pour la plupart devenues rares en milieux sahéliens. Une autre espèce de gazelle était présente dans cette région, mais est maintenant considérée comme éteinte à l’état sauvage, l’oryx algazelle (Oryx dammah)[12]. Le sahel possède en plus, au moins 4 espèces de gerbilles endémiques (Gerbillus bottai, G. muriculus, G. nancillus et G. stigmonyx). Plusieurs prédateurs, comme le lion, la panthère et le chien sauvage, étaient présents dans la région du Sahel, mais ces espèces ne s’y retrouvent plus[8].

Accentuation de la sécheresse et de la désertification ou reverdissement ?[modifier | modifier le code]

Le Sahel est une région en proie à la sécheresse[13],[14] et à une désertification[15] qui a connu une progression importante des années 1950 à 1990, avec deux pics de sécheresse dans les années 1970 et dans les années 1980 sur toute la région sahélienne[16]. À partir de 1900, le Sahara a progressé vers le sud de 250 km sur un front large de 6 000 km. La steppe du Sahel connaît un dessèchement relativement brutal qui a pour conséquence une famine endémique. Les troupeaux ne trouvent plus de pâturages et les cultures souffrent d’un manque d’irrigation. Les éleveurs sahéliens doivent désormais parcourir des kilomètres dans le sable pour faire paître leurs troupeaux. Au Sahel, les tentatives pour arrêter l'avance du désert restent vaines. Des terres sont perdues chaque année, des troupeaux décimés, la famine est parfois sévère. Deux sécheresses successives en 1970 et 1984 ont ruiné les éleveurs nomades.

Cependant, une amélioration a ensuite été observée selon des travaux alliant observations de terrain et données satellitaires, avec dès le début des années 1990 une reprise généralisée de la végétation (qui suit globalement le rétablissement des précipitations [16]). L'ensemble du Sahel ayant subi de très fortes sécheresses entre les années 1950 et 1990, la théorie d'une désertification du Sahel a pu être ravivée, ainsi que celle prédisant une avancée rapide du Sahara sur le reste du continent. Pourtant dès les années 1990, l'analyse des premiers indices de végétation satellitaires acquises à l'échelle du globe à une fréquence journalière a mis en évidence une nette augmentation de ces indices positifs[16]. On parle alors de reverdissement du Sahel dans certaines régions où les populations agricoles ont été soutenues par des ONG et des agronomes occidentaux. Cela n'exclut pas que dans certaines régions, ou à l'échelle locale, une dégradation du couvert puisse aussi être observée (comme sur les sols agricoles soumis à érosion ou sur quelques terroirs agricoles) ce qui tend à réconcilier les deux théories. Une analyse a montré que ce reverdissement n'est pas homogène, ainsi il a été confirmé sur le terrain (pour la période 1984-2011) dans la région du Gourma au Mali pour les sols sableux profonds, mais pas pour les sols peu profond qui ont continué à s'éroder ou se dégrader); Dans le même temps la région Fakara (sud-ouest du Niger) n'a pas vu sa situation s'améliorer[16].

Prospective : Depuis les années 1970[17], on cherche à modéliser les dynamiques d'avancée/recul du désert, et les tendances en termes de température et pluviométrie[18], pour se projeter dans le futur[19],[20]. Les résultats des simulations récentes faites sur la base des scenarii standards du GIECC se montrent assez différents selon les types de modèles[21],[22]. Le réchauffement de l'océan semble expliquer la sécheresse du XXe siècle mieux que les questions de changements d'occupation du sol ou d'albedo[23].
Un nouveau scénario ; simulation "CM2" (qui s'est avéré très proche de la réalité quand on l'a fait tourner rétrospectivement sur la seconde moitié du XXe siècle) publié en 2006, prévoit une sécheresse très aggravée (plus grave que ce que prévoyaient tous les scenarii IPCC-AR4 pour le XXIe siècle. Les auteurs de ce travail fait avec la NOAA[24] invitent à considérée sérieusement comme scénario d'avenir possible une sécheresse encore aggravée au XXIe siècle, tout en restant prudent en raison des imperfections des modèles (ex : en 2008 l'évapotranspiration et encore un paramètre complexe mal modélisé[25]).

Lutte contre la désertification[modifier | modifier le code]

Cependant en limite sud du Sahel, en zone soudano-sahélienne, on observe des améliorations ponctuelles mais significatives. L’action conjuguée des ONG (Organisations non gouvernementales) et des populations locales d’agriculteurs, a permis des progrès tangibles, surtout dans les domaines de l’hydraulique villageoise, de l'agroforesterie, de l’amélioration des terroirs et des cultures. Ces résultats ont été constatés sur le terrain et par satellite de 1990 à aujourd’hui, notamment au Niger [26], et au Burkina Faso [27].

Tourisme[modifier | modifier le code]

Le Sahel est un environnement politique instable connaissant un déficit de tourisme depuis le classement de la zone en rouge par le Centre de Crise du Ministère des Affaires Étrangères Français : il y a eu huit enlèvements en 2011 (au Niger), des cellules terroristes y sont actives ou dormantes et des bandes armées y sont établies durablement et y circulent, surtout depuis le conflit libyen[28].

Annexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • I.M. Held, T.L. Delworth, J. Lu, K.L. Findell, T.R. Knutson (2005) [Simulation of Sahel drought in the 20th and 21st centuries Simulation of Sahel drought in the 20th and 21st centuries] ; Proc. Natl. Acad. Sci. USA, 102 , pp. 17891–17896

Références[modifier | modifier le code]

  1. J.L. Trochain, Écologie végétale de la zone intertropicale non désertique, Université Paul Sabatier, Toulouse, 1980.
  2. https://books.google.fr/books?id=C1ngj7SNov0C&pg=PA19&lpg=PA19&dq=Sahel+saison+chaude+octobre&source=bl&ots=G4e1EhM-K5&sig=PaTOqQWbXPLtDGxAyDRA74cbfX4&hl=fr&sa=X&ved=0CCkQ6AEwAWoVChMIx7W-vMjQyAIVhtkaCh2GxAQc#v=onepage&q=Sahel%20saison%20chaude%20octobre&f=false
  3. http://www.science.co.il/Weather/Middle-East-Climate/
  4. https://books.google.fr/books?hl=fr&id=qw0wAAAAIAAJ&dq=kayes+mali+temp%C3%A9rature+en+avril&focus=searchwithinvolume&q=moyennes
  5. a et b Théodore Monod, 1986. The Sahel zone north of the equator. Pp 203-243 in M. Evenari, I. Noy-Meir and D.W. Goodall, editors. Hot deserts and arid shrublands, B. Ecosystems of the world 12B. Amsterdam, Elsevier.
  6. a, b, c, d, e et f Le Houérou, H. N. 1980. The Rangelands of the Sahel Journal of Range Management 33:41-46.
  7. Rossetti C., 1965, Ecological Surveys, Mission to West Africa. Studies on the vegetation (1959, 1961): Discussions and conclusions, U.N. Spetial Fund, DL/ES/5
  8. a et b Shorrocks, B. The biology of Africain savannahs, Oxford University Press, New York, 2007, 268p.
  9. LEBRUN J-P. : 1977 ; Eléments pour un atlas des plante vasculaires de l'Afrique sèche ; et. bot. N°4, Vol I, et N°6, Vol II ; IEMVT, 256 p. et 259 p.
  10. JAOUEN X :1988 ; Arbres, arbustes, et buissons de Mauritanie, centre Culturel Français de Nouakchott, 113 p.
  11. M. Clos-Arceduc, « Étude sur photographies aériennes d'une formation végétale sahélienne : la brousse tigrée », Bulletin de l'IFAN, n° spécial, Dakar, 1956, p677-684
  12. Ruiz-Lopez, MJ., Roldan, ERS., Espeso G., and Gomendio, M. 2009, Pedigrees and microsatellites among endangered ungulates: what do they tell us?, Molecular Ecology, Vol.18:1352-1364
  13. Site de l'IRD-2003
  14. La dynamique de la grande sécheresse du sahel, dans La dynamique du temps et du climat , Marcel Leroux, 2004, 2e édition, DUNOD ISBN 2 10 004807 4
  15. (fr) Darfour : impacts ethniques et territoriaux d'une guerre civile en Afrique, par Marc Lavergne, du CNRS, spécialiste du Soudan, sur le site Géoconfluences [1]
  16. a, b, c et d Cécile Dardel (2014) Entre désertification et reverdissement du Sahel : Diagnostic des observations spatiales et in situ. Géophysique [physics.geo-ph. Université Paul Sabatier - Toulouse III, 2014. Français. <tel-00944267>
  17. Charney, J. G. (1975). Dynamics of deserts and drought in the Sahel. Quarterly Journal of the Royal Meteorological Society, 101(428), 193-202.
  18. Biasutti, M., Held, I. M., Sobel, A. H., & Giannini, A. (2008). SST forcings and Sahel rainfall variability in simulations of the twentieth and twenty-first centuries. Journal of Climate, 21(14), 3471-3486.
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