Saïd Bouteflika

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Saïd Bouteflika
Naissance (62 ans)
Oujda (Maroc)
Nationalité Drapeau de l'Algérie Algérienne
Profession
universitaire
Autres activités
Maître-assistant, chargé de cours
Formation
Famille

Saïd Bouteflika (en arabe : سعيد بوتفليقة, en berbère : ⵙⵄⵉⴷ ⴰⵠⵓⵜⴼⵉⵇⴰ), né le 1er janvier 1958[1] à Oujda (Maroc), est un universitaire et un homme politique algérien.

Maître-assistant à l'Université des sciences et de la technologie Houari-Boumédiène (USTHB). Il est le frère et conseiller spécial d'Abdelaziz Bouteflika dans ses anciennes fonctions de président de la République algérienne démocratique et populaire, sur qui il aurait eu « une influence considérable »[2], notamment après que le président ait été victime en 2013 d'un grave accident vasculaire cérébral.

Le 4 mai 2019, un mois après la démission de son frère, dans le contexte des manifestations de 2019 en Algérie, il est arrêté et incarcéré provisoirement à la prison militaire de Blida en attente de son procès. Le 25 septembre 2019, il est condamné à quinze ans de prison pour « atteinte à l'autorité de l'armée » et « complot contre l'autorité de l'État ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Saïd Bouteflika naît en 1958 à Oujda au Maroc, alors base de la Wilaya V, au début de l’ascension de son frère Abdelaziz, alors âgé de vingt ans, auprès de Houari Boumédiène, qui atteint au même moment la tête de la wilaya. Il est le dernier d'une fratrie de neuf[3].

Son père Ahmed[réf. nécessaire] meurt alors qu'il a un an, il est donc élevé par sa mère (qui tient un hammam), sous la tutelle de son frère Abdelaziz, et par là de Houari Boumédiène qui prend le pouvoir par un coup d'État en 1965. Il est élève au collège Saint-Joseph des Frères des écoles chrétiennes, à El-Biar (Alger), puis au lycée tenu par les jésuites, comme certains fils de dirigeants[2], avant la fermeture définitive de ces établissements.

Exil et retour[modifier | modifier le code]

Diplômé de l'École nationale polytechnique d'Alger[4], il arrive à Paris en 1983 afin de préparer un doctorat en informatique[2]. Son frère, évincé de la succession de Boumédiène, le rejoint, accusé de détournement de fonds[2]. Saïd Bouteflika est titulaire d'un doctorat de troisième cycle de l'université Pierre-et-Marie-Curie (Paris VI). Son principal centre d'intérêt est la reconnaissance des formes, domaine dans lequel il soutient sa thèse[5].

En 1987, les Bouteflika peuvent retourner en Algérie, et Saïd suit son frère[2]. Il devient enseignant et militant syndicaliste universitaire. Il épouse une biologiste. À El Biar, il vit à un étage de son frère[3].

Conseiller spécial[modifier | modifier le code]

En 1999, alors que son frère Abdelaziz est élu président, il est nommé conseiller spécial par un décret non publiable ; il s'occupe officiellement du service informatique[2]. Effacé jusque-là face à d'autres membres du cabinet comme Ali Benflis ou Larbi Belkheir, Saïd Bouteflika évince le premier en 2003 et le second en 2005[2]. Il gère les campagnes de réélection de son frère en 2004 et 2008, et commence à être présenté comme un successeur potentiel ; il échoue à se faire nommer vice-président[6].

En 2005, Abdelaziz Bouteflika est hospitalisé à Paris pour un ulcère, qui le contraint à ralentir ses activités ; l'importance de Saïd croît. D'après un habitué d'El Mouradia interrogé par Jeune Afrique, « il tient l'agenda du chef de l'État, intervient dans les nominations de ministres, de diplomates, de walis [préfets], de patrons d'organismes publics, et influe sur la vie interne du FLN. Devenu incontournable pour accéder au président, le conseiller spécial prend de facto la direction des affaires à El-Mouradia. »[2]

En 2008, il participe à la réélection de son frère, faisant pression sur des hommes d'affaires pour qu'ils financent la campagne, et fait en sorte que des marchés publics soient confiés à des proches[3]. Un câble américain de cette année-là, révélé par Wikileaks, indique que pour Bernard Bajolet, « La corruption, qui remonte jusqu’aux frères de Bouteflika [Saïd et Abdallah], a atteint un nouveau sommet et interfère dans le développement économique »[7]. Peu de temps après, plusieurs scandales de corruption éclatent, où son nom est cité, peut-être à l'instigation du DRS[8].

En 2013, Abdelaziz Bouteflika est hospitalisé au Val-de-Grâce, à Paris. Pour Jeune Afrique, Saïd Bouteflika reste seul au chevet de son frère, filtrant les accès, donnant des instructions sur la gestion de la crise au Premier ministre Abdelmalek Sellal, qui doit attendre 46 jours pour voir le président[9],[3]. Le Matin affirme même que Saïd Bouteflika a signé lui-même sept décrets de nomination en lieu et place de son frère, et qu'il bloque les autres nominations[10]. Dans le même temps, il intervient dans la crise qui secoue le FLN afin d'imposer un proche comme secrétaire général, puis dans le remaniement ministériel consécutif[11],[12]. Le journaliste et ancien capitaine du DRS Hichem Aboud, qui révèle la gravité de l'état du président, accuse Saïd Bouteflika de « dirige[r] le pays par procuration », d'avoir « trempé dans beaucoup d’affaires de corruption » et de l'avoir fait persécuter pour le faire taire[13].

En octobre de la même année, les rumeurs de succession entre les frères reprennent[14], alors que les manœuvres qui l'opposent au DRS et à son chef, le général Toufik, se poursuivent[15],[16]. Cette guerre politique se manifeste notamment par une nouvelle attaque d'Hichem Aboud qui accuse Saïd Bouteflika de corruption massive et de trafic de drogue, mais également d'homosexualité, qui est illégale en Algérie[17],[18].

Diminué et quasi-paralysé, Abdelaziz Bouteflika se porte finalement candidat à un quatrième mandat lors de l'élection présidentielle algérienne de 2014 et l’emporte, dès le premier tour. Peu de temps après l'élection, alors que son frère est toujours aussi peu visible, des rumeurs de velléités de Saïd de lui succéder se font à nouveau jour[19],[20]. En novembre, un de ses proches[21], l'homme d'affaires Ali Haddad, est le seul candidat à la tête du Forum des chefs d'entreprises[22].

En septembre 2015, le président Bouteflika met fin aux fonctions du général Toufik[23], limogeage interprété par le fait que la réalité du pouvoir est entre les mains de Saïd Bouteflika[24].

Pour Frédéric Pons, Saïd Bouteflika prépare la succession de son frère en se rapprochant des islamistes modérés avec qui il cherche à donner une large assise populaire à la nouvelle équipe qui prendra en main le pays[25].

Le 3 juin 2017, Saïd Bouteflika surprend en venant soutenir les manifestants qui protestent contre le traitement réservé à Rachid Boudjedra par la chaîne Ennahar TV[26]. Il est hué et exclu de la manifestation[27].

À l'été 2017, pour Le Matin d'Algérie, Saïd Bouteflika est le mieux placé pour succéder à son frère en 2019, mais un tel événement susciterait un tollé[28]. Le nom de l'ancien ministre Chakib Khelil est également cité[29].

Manifestations de 2019 et condamnation[modifier | modifier le code]

Événements de mars 2019[modifier | modifier le code]

Le 27 mars, dans le contexte du Hirak, Saïd Bouteflika, Athmane Tartag, Mohamed Mediène et Louisa Hanoune se réunissent dans une résidence militaire pour décider du renvoi du chef de l'armée, Ahmed Gaïd Salah, et le maintien de Bouteflika en échange de la nomination d'un nouveau Premier ministre chargé de mettre en place la transition promise mi-mars. Après avoir hésité sur le nom du Premier ministre, ils choisissent l'ancien président de la République Liamine Zéroual, qui décline après avoir accepté, invoquant des raisons de santé et le refus du plan par les manifestants[30].

Détention provisoire[modifier | modifier le code]

Le soir du 2 avril 2019, après la démission forcée de son frère de la présidence de la République sous la pression de la rue et de l'armée, Saïd Bouteflika aurait été placé[31] en résidence surveillée[32]. Le 4 mai, il est arrêté puis placé en détention provisoire pour « atteinte à l'autorité de l'Armée » et « complot contre l'autorité de l'État », en même temps que les anciens patrons du renseignement Athmane Tartag et Mohamed Mediène[33],[34].

Bien que contraint de porter un uniforme de prisonnier, Saïd Bouteflika bénéficie cependant de meilleures conditions de détention que les autres personnalités emprisonnées à la prison d'El-Harrach, ayant notamment le droit de lire les journaux[35].

Le procès a lieu le 23 septembre[36]. Saïd Bouteflika a été jugé en compagnie d'autres accusés[37], Louisa Hanoune, secrétaire général du Parti des travailleurs, Mohamed Mediène, ancien patron du Département du Renseignement et de la Sécurité et Athmane Tartag, ancien coordinateur des services de sécurité (CSS).

Procès au tribunal militaire de Blida[modifier | modifier le code]

Lors du procès, Saïd Bouteflika a rejeté la compétence du tribunal militaire à le juger et a refusé de répondre aux questions du juge. Il a alors demandé à quitter la salle et le juge l’y a autorisé[38].

Lors du deuxième jour du procès, le procureur général du tribunal militaire de Blida a requis une peine de prison de 20 ans à l'encontre de tous les accusés[39]. Au troisième jour, le juge prononce une peine de 15 ans de prison à l'encontre de Saïd Bouteflika, pour « complot avec des réunions » visant à « porter atteinte à l’autorité de l’État et de l’Armée »[40].

Le 26 septembre, il fait appel du verdict[41].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Extrait de l'Agence de conservation foncière du cadastre et de la cartographie du Maroc, http://www.medias24.com/INTERNATIONAL/11717-Les-biens-oujdis-de-Bouteflika-n-apparaissent-pas-sur-sa-declaration-de-patrimoine.html
  2. a b c d e f g et h Farid Alilat, « Saïd Bouteflika : Mister mystère », sur jeuneafrique.com, (consulté le 21 octobre 2013)
  3. a b c et d Mireille Duteil, « Saïd Bouteflika, l'énigme algérienne », Le Point, 28 mars 2014
  4. https://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/algerie-abdelaziz-bouteflika-et-les-siens_752321.html
  5. Résumé de la thèse de Saïd Bouteflika
  6. Farid Alilat, « Algérie : la diplomatie américaine s'intéresse au frère de Bouteflika », Dernières nouvelles d'Algérie repris par Rue89, 05/09/2011
  7. WikiLeaks. Les frères Bouteflika sont des «rapaces», Gaïd Salah «corrompu» et le Général Toufik qui sait tout sur algerie-focus.com
  8. Marie Verdier, « Mohammed Hachemaoui: «Le service de renseignement détient tous les leviers du pouvoir en Algérie» », La Croix, 01/10/2013
  9. « Algérie : quand Saïd Bouteflika orchestre le silence présidentiel », Jeune Afrique, 20/05/2013
  10. Abubakr Diallo, « Algérie : le frère de Bouteflika soupçonné de signer des décrets », Afrik.com, 08/06/2013
  11. Farid Aillat, Algérie : Bouteflika forever..., Afrik.com, 07/10/2013
  12. « Fin d’un règne mouvementé et incertitudes sur l’avenir politique », challenge.ma, 27 septembre 2013
  13. Alain Jourdan, «Saïd Bouteflika veut me faire taire. Il n’y arrivera pas», La Tribune de Genève, 19/09/2013
  14. Kamel Daoud, « Comment l’Algérie a-t-elle pu devenir une monarchie ? », Algérie-Focus, 19/10/2013
  15. Ihsane El Kadi, « Présidentielle : l’armée algérienne divisée, Bouteflika veut peser sur les choix », Algérie-Focus, 28/07/2013
  16. Mohamed-Chérif Lachichi, « Le DRS avait prévenu Bouteflika », Liberté, 04/06/2013
  17. Algérie. Une ambiance explosive, courrierinternational.com, 7/03/2014 issus de David Porter, counterpunch.org
  18. Guerre politique en Algérie : Saïd Bouteflika répond à Hicham Aboud, afrik.com, 11 février 2014
  19. Saïd F. pour Tamurt.info, « Saïd Bouteflika se prépare-t-il à succéder à son frère ? », 7 août 2014 et « Tout est fait pour oublier la maladie de Bouteflika », 5 août 2014
  20. Kamel Daoud, « Guide de l’Algérie pour visiteur étranger : Discussion autour du cheval de l’Emir », 21 octobre 2014
  21. Yacine Omar, « Ali Haddad : “Oui, je suis proche des responsables militaires et civils” », Algérie focus, 14 novembre 2014
  22. Ali Titouche, « Présidence du FCE : Ali Haddad boucle sa campagne », El Watan, 24 novembre 2014
  23. AFP, « Bouteflika remercie Toufik, le puissant chef du renseignement algérien », sur www.lalibre.be (consulté le 13 septembre 2015)
  24. Algérie : "Monsieur Frère" et l'Odjak des janissaires, bernardlugan.blogspot.cz, 19 septembre 2015
  25. Frédéric Pons, « L'inquiétant héritage de Bouteflika », Conflits, no 13, janv.-mars 2017, p. 13-16
  26. Mesbah Salim, « Le coup politique de Saïd Bouteflika », El Watan, 5 juin 2017
  27. Ali Attar, « Algérie : Saïd Bouteflika exclu du rassemblement contre Ennahar TV » Afrik.com, 3 juin 2017
  28. Ahcène Bettahar, « Se dirige-t-on droit vers le pire des scénarios en 2019 ? », Le Matin, 23 août 2017
  29. Jean-Louis Tremblais, « Abdelaziz Bouteflika, un président en pointillé », Le Figaro Magazine, semaine du 1er décembre 2017, page 32.
  30. Adlène Meddi, « Ce que révèle le « procès du siècle » : les 7 derniers jours de Bouteflika », sur Le Point (consulté le 27 septembre 2019)
  31. « Au sommet de l’État, la « bande » dénoncée par Gaid Salah est hors d'inquiétude », sur TSA, (consulté le 14 avril 2019)
  32. Nicolas Beau, « Saïd bouteflika Algérie, Said Bouteflika en résidence surveillée », sur Mondafrique, (consulté le 3 avril 2019)
  33. Le Point Afrique, « Algérie : Saïd Bouteflika a été arrêté », 4 mai 2019
  34. Athmane Tartag, Mohamed Mediène et Said Bouteflika placés en détention provisoire à Blida, agence APS, 5 mai 2019.
  35. « Algérie – Abdelaziz Bouteflika : l’exil intérieur – JeuneAfrique.com », sur JeuneAfrique.com (consulté le 11 octobre 2019)
  36. « Le procès de Toufik, Said Bouteflika, Hanoune, Tartag et Nezzar aura lieu le 23 septembre », sur Al HuffPost Maghreb (consulté le 14 septembre 2019)
  37. « Voici comment se déroulera le procès de Saïd Bouteflika et des généraux Toufik et Tartag », sur Observ'Algérie, (consulté le 24 septembre 2019)
  38. « Ce qu'il faut savoir du procès de Toufik, Tartag, Hanoune et Saïd Bouteflika », sur Observ'Algérie, (consulté le 24 septembre 2019)
  39. « Algérie : Une lourde peine requise contre Saïd Bouteflika et les généraux Toufik et Tartag », sur Observ'Algérie, (consulté le 24 septembre 2019)
  40. Le Monde avec AFP, « Algérie : Saïd Bouteflika, ex-« homme de l’ombre » du régime, condamné à quinze ans de prison », sur Le Monde, (consulté le 25 septembre 2019)
  41. « Les avocats de S. Bouteflika, Hanoune et, des généraux Tartag et Toufik interjettent appel du jugement - Algérie360.com » (consulté le 26 septembre 2019)

Voir Aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]